Kkg. h, 1189, iijid
a faict vous prier fort afTectueuscment vouloir adviser à establir un bon ordre pour le gouvernement de vostre ville... » La devise que la Ligue parisienne propose aux cités de TUnion c'est « un même Dieu, une même foi, un même roi et une même loi ». Les villes dissidentes seront exclues de tout commeixe et négotition avec les villes confédérées, et Ton déjouera tous les complots des traîtres et des ambitieux qui s'efforcent de diviser les catholiques, dans la conviction que « par Tunion et mutuelle intelligence des gens de bien, leurs tyrannies, extorsions et pilleries sont sy descouvertes qu'infailliblement ilz encourent la pugnition de leurs faultes ».
A cette campagne audacieusement entreprise par les ligueurs, maîtres de Paris, contre la couronne et Tautorité royales, Henri III allait-il opposer le langage qui convient à un monarque absolu, et aurait-il le courage de conformer ses actes à la fierté de ses paroles ? « Les lettres que. le roi adressa à tous les gouverneurs des provinces étaient, dit de Thou, un aveu tacite de la lâcheté de la cour *. » Henri III débute par un récit des événements qui ont amené les barricades. Il rappelle l'arrivée imprévue du duc de Guise à Paris, les menées des factieux pour aigrir l'esprit de la population; affirme qu'il n'a fait entrer les Suisses et les gardes dans la capitale que pour assurer le service des perquisitions; qu'il avait si peu l'intention de prendre des mesures violentes contre les Parisiens et do leur imposer des garnisons étrangères, que les chefs des troupes royalistes avaient reçu Tordre « d'endurer et souffrir plustost toutes les extrémitez du monde » que « d'at-
1. Voy. le texte de la circulaire royale dans Palha-Catet, ïntrod, à la Chron. noi;., et dans les Arch, cur., t. XI, p. 441. — De Thou, t. X, p. 271, en donite une analyse très complète. D'après Palma-Cayet. la circulaire royale portail la date du 17 mai. La même date est donnée dans les Mém, de la Ligue, t. II, p. 328, qui reproduisent le texte de l'expédition de la circulaire royale adressée à Monseigneur de Boisséguin, gouverneur de Poitiers.
tenter aucunes choses contre les habitans >». (l'est grâce à cette consigne qu'on a pu « éviter un sac général de la ville, avec une très grande effusion de sang ». S'il avait eu le dessein de sévir, il l'aurait mis & exécution avant qui^ les habitants eussent commencé à tendre leurs chaînes et à dresser leurs barricades. Mais on ne lui a su aucun grr de sa modération. Les <( gentilshommes, capitaines, ou autres estrangers envoyez par le duc de Guise ot qui sv trouvèrent en bien peu de temps départis et rangiez par chacune des dizaines » ont poussé le peuple à la révolte, fait tirer sur les Suisses, pris l'Hôtel de Ville, saisi les clefs de la porte Saint-Antoine et d'autres portes; onfiii, poussé leurs corps de garde jusque devant le Louvre. Malgré tout, le roi n'a pas voulu « employer ses forces contre les habitans, pour lui avoir esté toujours la conservation de la Ville et des bons bourgeois et habitans d'icellf aussi chère et recommandée que celle de sa propre vie >*. Il a mieux aimé « s'absenter et esloigner de la chose du monde qu'il aime autant, comme il désire faire encore, que* (le la voir courre de plus grand hazard et en recevoir aussi plus de déplaisir ». Il est donc parti, laissant à la reini* mère le soin « d'assoupir le tumulte » et il s'est rendu a Chartres. Le roi termine en insistant sur les conséquences déplorables de la division des catholiques qui, au lieu de combattre ensemble comme autrefois, pour la propagation de la religion, vont tourner leurs armes les uns contre les autres. La conclusion est qu'il faut faire prier Dieu dans les églises pour que cette scission prenne fin et que les villes « ne se desvoyent pas du droit chemin », mais demeurent fidèles à leur roi. Henri III ne se borna pas h transmettre sa circulaire aux gouverneurs des villes du royaume; il adressa des lettres spéciales aux corps municipaux de chacune d'elles pour les prier de repousser les M inventions et inductions » de la Ligue et manifester le
regret profond de voir « qu'aucuns ont eu pouvoir d'imprimer au cœur des habitans de la ville de Paris qu*il ait eu volonté de leur donner des garnisons étrangères et qu'il soit en doute de la fidélité et dévotion des bons bourgeois d'icelle * ».
Le 29 mai, le roi répondit à la requête que le duc de Guise, le cardinal de Bourbon et les membres de la nouvelle municipalité de Paris lui avaient adressée le 23 mai '. Henri débute par prolester « du zèle très ardent et constant qu'il porte à l'honneur de Dieu et du soin qu*il a toujours eu de défendre son Église catholique, apostolique et romaine ». Il a tout récomment encore, dans la guerre contre les reîtres, exposé sa propre personne et arrêté l'invasion des hérétiques sur les bords de la Loire. S'il n'a pas tiré profit de ses succès, c'est à cause des défiances et des jalousies que sa politique a rencontrées. Il n'a rien épargné et n'épargnera rien pour les dissiper ; il oubliera « les choses advenues ces jours passés en sa ville de Paris dont il a senti en son âme tous les regrets et déplaisirs qu'il est possible de supporter », aussitôt que les Parisiens se comporteront en bons et loyaux sujets. S'ils se confient en la bonté de leur prince, leurs libertés, droits et privilèges ne recevront aucune atteinte. Henri III invite ensuite les princes catholiques et ses autres sujets à s'unir à lui « de cœur, d'affection et de leurs personnes pour tous ensemble aller faire la guerre aux hérétiques, le plus diligemment que faire se pourra ». Quant aux désordres et aux abus dont se plaignent les ligueurs, le roi a jugé ne pouvoir mieux faire que de confier le soin d'y remédier aux États généraux du royaume et il a résolu de les convoquer à Blois pour le 15 août suivant. En attendant la réunion des
1. Voy. dans les Mém, de la Ligue, t. Il, p. 329, la lettre donnée k Chartres, le 17 mai 1588, aux maire, échevins, manans et habitans de la ville de Poitiers.