‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 206 sur 314 · De Thou, t. X, p · texte numérisé non relu

De Thou, t. X, p

ROBIQUET. î'i

explications sur la bienveillance de ses intentions envers les Parisiens, qui s'étaient crus à tort menacés dans leurs biens et leurs vies par Tenlrée des troupes étrangères, alors que ces troupes ne devaient rester que vingt-quatre heures dans la capitale, pour faire une visite exacte des maisons et cliasser de la ville les suspects, évalués à quinze mille. Le roi fit suivre ces doléances d'assez vives menaces et assura que si les Parisiens abusaient de sa patience* (( elle se tourneroit en furie ». Il termina en autorisant le Parlement à rester en fonctions et chargea les délégués do rapporter aux habitants de la capitale tout ce qu'il avait dit. Quelques jours après, le roi envoya au Parlement Claude Dorron, maître des requêtes, pour annoncer que les États généraux seraient réunis vers la fin de Tannée \ mais qu^il fallait auparavant que les rebelles missent bas les armes, h peine d'être traités en criminels de lèse- Majesté *. Henri III reçut à Chartres beaucoup d'autres députations; tous les corps de TËtat firent cette promenade. Le clergé régulier députa le cordelier Feuardant, et le clergé séculier maître Faber, curé de Saint-Pol, et de Ceuilli, curé de Saint-Germain TAuxerrois. Au président de Neuilly, député par la Cour des aides et l'un des suî-

1. L'ordonnance de convocation des États généraux fut signée le 31 mai 1388 et publiée le 17 juin à son de trompe et cri public. Le texte de ce document est assez curieux. Après des considérations vagues sur le malheur des temps, le roi fixe la date du 15 août, comme devant être celle de Touverture des États à Blois; puis, au moment de signer, le roi fait la rectification ci-dessous : « Comme nous voulions signer la présente, nous avons jugé que, pour donner plus de loisir de faire rassemblée pour venir ausdictz estats, il estoit nécessaire de proroger le terme jusques au 15* jour de septembre; ce que nous avons ainsi advisé, alln que Ton n'y faille point, et que Ton s'y trouve précisément audit 15 septembre, en nostrc ville de Bloys » Isambbrt, Rec. des anc, lois françaises y L XIV, p. 613.

2. Dr ThoV, t. X, p. 285 à 289. L'ëstoub, t. HI, p. 152. On peut consulter dans VHist, de la journée des Barricades par un Bourgeois de Paris le compte rendu fait le président de la Guesle et le procureur général, son fils, du voyage de Chartres. Les Mém. de la Ligue, t. II, p. 362, donnent le texte des deux discours du roi. Voy. aussi Palma-Catet. Édit. Michaud, p. 56.

Gl'ISE ET PARIS APHÉS LES BARRICADES 387

vants de la procession de frère Ange, le roi fit une réplique assez mordante. Comme le président « pleuroit comme un veau et s'excusoit de ce qui estoit advenu, il [le roi) dit ces mots : Hé! sot que vous estes, pensez-vous que si j'eusse <»u quelque mauvaise volonté envers vous et les autres de votre faction, que je ne Teusse bien peu exécuter? Qui m'en eust gardé, si j'en eusse eu envie? Non, non, j'aime les Parisiens en dépit d'eux, combien qu'ils m'en donnent fort peu d'occasions * ... » C'était dissimuler son impuissance avec une grâce légère qui n'était pas indigne du premier gentilhomme de France. Le Bourgeois de Paris et l'Estoile s'accordent à dire que le Valois affectait à Chartres une gaieté et une bonne humeur inaltérables. Il écrivait, dit le Bourgeois, des lettres « aussi enjouées qu'il fit jamais, par lesquelles il se gaussoit de sa façon de desloger soudainement et de Cracovie et de Paris ». Il faut reconnaître que ce roi, on apparence si résigné aux humiliations, déploya, en cette circonstance du moins, une certaine activité. Après le renvoi de d'Épernon et le départ du favori disgracié pour la Saintonge et l'Angoumois, Henri III envoya dans les provinces douteuses plusieurs commissaires, qui étaient pour la plupart des maîtres des requêtes ou des membres soit du Parlement, soit du Grand Conseil. Jacques-Auguste de Thou, le célèbre historien ', alla en Normandie; Charles Turquant, en Limousin, pour déjouer les manœuvres d'Edmond de Hautefort; Pierre Lubert, en Champagne, où le cardinal de Guise dirigeait les affaires de la Ligue ; Prévôt de Saint-Cyr, en Touraine ; Adrien du Drac, en Picardie, sans parler des autres '. Un coup de thé&tre qui ne man-

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