‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 245 sur 314 · L'EsTOiLB, t. m, p · texte numérisé non relu

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du domaine, il était aussi presque saas soldats. A la suite de Tassassinat des Guises, Tarmée du duc de Nevcrs s'était débandée, ne voulant plus servir l'assassin, et le général était revenu seul à la cour. Orléans avait forcé le maréchal d'Aumont d'évacuer la place. Charles VII un moment avait été le roi de Bourges; Henri III n'était plus que le roi de Blois. Il allait se diminuer encore en se faisant le geôlier du prévôt des marchands, de Tarchevêque de Lyon, du prince de Joinville et du duc d'Elbœuf, dont la captivité gênait Taudace de la rébellion ligueuse.

Si maintenant on jette un coup d'œil en arrière pour résumer le rôle des députés parisiens aux Etats généraux de Blois, on arrive à cette conclusion qu'ils ne brillèrent ni par leur éloquence, ni par leurs lumières, ni par leur énergie. Président élu du tiers état, chargé de le diriger par une tradition séculaire, le prévôt des marchands, La Chapelle-Marteau, ne fut qu'un médiocre auxiliaire de l'ambition des Guises. On chercherait vainement dans ce personnage effacé l'étoffe et les grandes vues d'un successeur de Marcel. Le président de Neuilly, Jean de Compans, Nicolas Auroux, Louis Bourdin, Louis d'Orléans, ses collègues de la députation parisienne, pour le 'tiers état, pâlissent comme lui à côté de la grande victime du drame de Blois. Les députés de la noblesse et du clergé, pour la Ville, prévôté et vicomte de Paris, font encore plus mince figure dans la lutte contre Henri III; on ne trouve aucune trace de leur action dans le procèsverbal des États. Un seul honmie, en dehors des princes, montre quelque initiative et dépasse de la tète tous les agents de la ligue; c'est Etienne Bernard, député de Dijon. Par son honnêteté, son courage, son éloquence, il réussit un moment à intimider le roi, qui le ménage et le respecte. C'est Bernard qui ose, après l'assassinat des Guises, refuser, au nom du tiers, d'entrer en délibération

avec le Conseil « sur le fait des finances », et réclame à plusieurs reprises la mise en liberté des députés parisiens. Il eût mérité de présider le tiers état et de tenir la placé du prévôt des marchands. Quant à La Chapelle-Marteau, il n'apporta, dans ces circonstances tragiques, qu'un petit esprit et de petits moyens ; alors qu'il aurait pu parler au nom d'un grand peuple et s'ériger en redresseur des abus criants' de la monarchie des Valois, il ne fut que le plat valet des Guises et l'une des causes de leur fin sanglante par ses basses adulations, par ses conseils provocateurs. Il n'eut ni la grandeur du vaincu, ni l'audace du roi meurtrier. Ayant pu être un tribun ou un réformateur, il ne fut qu'un comparse, un otage vulgaire auquel on laissa la vie, par dédain.

Désormais l'intérêt n'est plus à Blois, mais à Paris, où la Ligue va installer le quartier général de l'insurrection. Certes, ce n'est pas uniquement la municipalité parisienne qui se chargera à elle seule d'organiser la résistance; mais, à côté des prédicateurs, à côté de l'ambassadeur d'Espagne Mendoza, elle jouera néanmoins un rôle considérable dans los préparatifs de la lutte. Tout en gardant prisonnier le prévôt des marchands, Henri III commit une grande imprudence. Pour essayer de se concilier les Parisiens, il leur renvoya, vers la fin de décembre, les échevins Compans et Costeblancbe, qui avaient d'abord été arrêtés, et il se contenta de leur faire jurer de servir ses desseins. C'était Claude Marcel (l'ancien prévôt des marchands de 1570, dont nous avons dit les états de service lors de la Saint- Barthélémy), c'était Claude Marcel qui avait reçu du roi la mission de reconduire les échevins mis en liberté et de ménager une transaction avec l'Hôtel de Ville. Compans et Costeblancbe oublièrent de suite leurs serments, et les confesseurs de la Ligue ne manquèrent pas de les en délier. Quant à Marcel, il perdit toute son influence en deve-

nant rhomme du roi : mais ce qui prouve bien que le soulèvement de Paris ne fut pas immédiat, c'est que les meneurs ne repoussèrent pas violemment les ouvertures du souverain et députèrent à Blois Pierre le Maître, président aux enquêtes, afin d'amuser le roi et de surveiller ses actes.

Il faut se transporter maintenant dans la capitale pour voir à l'œuvre les meneurs de la Ligue, moines, princes, bourgeois, agents de l'Espagne ou du pape, et suivre de près l'organisation et les péripéties de la lutte suprême contre le dernier des Valois.

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