D'aubigné, loco cit
2. On en trouve le texte en latin dans Cimber et Danjou, 1'* série, t. XII, -p. 349. « .... Populus hujus regiii solutus est et Hberatus a sacramento fidelitatis et obedientise prœfato Ilenrico régi prsstito. Deinde idem populus 4icitè et tuta conscientia potest armari, uniri et pecunias colligere et coniribuere aO defensionem et conservationem religionis catholicœ, apostolicœ et romanœ adversus nefaria consilia et conatus prsedicti régis... »
faisoit scrupule de faire ses Pasques pour la vengeance qu'il avoit empreinte dans le cœur contre Henry de Valois, qu'il s'arrestoit en beau chemin et qu'il faisoit conscience de rien, attendu qu'eux tous, et luy-mème le premier qui consacroit chacun jour en la messe le corps de Nostre- Seigneur, n'eust fait scrupule de le tuer, ores qu'il eust esté à l'autel, tenant en main le précieux corps de Dieu ' ». Était-ce une exaspération isolée, le mot d'un maniaque sanguinaire ? Non, c'était la conviction sérieuse de tous les moines, et la conduite du pape après le meurtre démontre qu'aucune voix ne s'élevait dans l'Église pour interdire de tuer un tyran. Avec une naïveté féroce, les pamphlets ligueurs ont développé eux-mêmes la thèse. Puisque le roi « est un homme distrait et séparé de l'Église, qui boufToit de tyrannies exécrables et qui se déterminoit d'estre le fléau perpétuel et sans retour de la France, celuy qui le mettroit à mort, comme fit jadis Judith un Holoferne, ferait chose saincte et très recommandable * ». Enfin les ligueurs répandaient le bruit que, de concert avec le Béarnais, Henri de Valois allait suivre l'exemple d'Elisabeth d'Angleterre et abolir dans ses États tous les ordres religieux. Un moine devait nécessairement se charger di» f^ire disparaître le prince qui nourrissait de tels desseins. Ce moine s'appela Jacques Clément.
1. L'ËSTOiLE, t. III, p. 340. Vai\ de l'édit. 1621, iD-8% p. 253. Dans son traité De justa abdicatione Henrici tertii, qui était déjà à moitié imprimé lors de Tassassinat de Henri III, Boucher, le fameux curé de Saint-Benoit, le théoricien et le théologien de la Ligue, développe cette doctrine, hardie pour le temps, que c'est le peuple qui fait les rois; que le droit d'élection étant supérieur au droit d'hérédité, la république, après avoir nommé un roi, garde son pouvoir et a sur lui droit de vie et de mort. D'autre part. Boucher reconnaît à l'Église le même droit de déposer les rois. — Voy. Ch. Labittb (les Préd. de la Ligue, p. 92).
2. Discours véritable de Vesirange et subite mort de Henry de Valois, MéIm. DE LA. Ligue, t. IV, p. 6, et Arch. cur., 1'* série, t. XII, p. 385. Il n'y a pas & taxer de partialité db Thou et d'autres historiens qui ont cité la consultation donnée à J. Clément par le père Bourgoing, prieur de l'ordre, puisque de Tiiou, t. X, p. 668, n'a fait que reproduire les aveux des relations ligueuses et notamment celle du Discours véritable»
Né au villagpe de Sorbonne, près de Sens, il avait été élevé au couvent des dominicains de cette ville. D'esprit grossier, de mœurs plus que douteuses, ayant peut-être commis « quelques crimes énormes auxquels les cloîtres sont sujets ^ », cet homme était admirablement préparé à servir dlnstrument aux doctrines du Gesu sur le tyrannicide *. On exalta son cerveau comme on avait exalté celui de Balthasar Gérard, et à vingt-deux ans ' il était mûr pour l'assassinat. Telle était déjà la furie de son langage et l'intempérance militaire de ses allures que ses camarades de couvent lui avaient donné un surnom ; ils l'appelaient le capitaine Clément. Enfin, obsédé par les visions, ce bourreau mystique ne peut plus attendre. Le père Bourgoing, son prieur, lui promet que, s'il succombe après avoir accompli l'œuvre sainte, il ira droit au ciel *. Alors, toute hésitation disparait. Jacques, pendant plusieurs jours, jeûne, fait abstinence, puis « se confesse, se fait communier et recevoir le précieux corps de nostre sauveur Jésus-Christ, se disposant comme un homme qui va rendre son âme à Dieu * ». Mais comment parvenir jusqu'au roi? D'après les relations ligueuses °, Jacques Clément se serait adressé « à un honneste personnage, bourgeois de Paris », qui trouva moyen de lui donner accès auprès du comte de Brienne, beau-frère du duc d'Epernon et qui était