‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 304 sur 314 · Ibid., Arch. cub., t. XU, p · texte numérisé non relu

Ibid., Arch. cub., t. XU, p

6. Voy. notamment le Discours aux Français^ avec Vhistoire véritable sur ^admirable accident de la mort de Henry de Valois^ naguères roy de France^ advenue au bourg de Sainct-Cloud-lès-Paris^ le 1*' août 1589. Cette pièce, imprimée à Paris en 1589 et qui est rare, a été reproduite par Cikber et Danjou, t. XII, p. 362. — Voy. aussi le Martyre de J. Clément {Ibid., p. 397).

alors prisonnier au Louvre. Ce dernier, plein de confiance <lans les déclarations royalistes du moine, lui donna un passeport et des lettres pour le roi. De là, Clément se rendit au faubourg Saint-Martin, où il eut une conférence avec La Chapelle- Marteau, et à Saint-Lazare, où il s'entretint avec Mayenne en personne *. Le duc promit à l'assassin que la vie des nombreux politiques arrêtés dans les jours précédents répondait de la sienne. Mme de Montpensier employa peut-être des arguments plus décisifs encore *. Quoi qu'il en soit, le moine se met en route (31 juillet) et tombe, au sortir de Paris, entre les mains de deux soldats du régiment de Comblanc qui se mettaient en devoir de le conduire à leur quartier, quand le procureur général de La Guesle et sa suite, qui se rendaient également à Saint-Cloud, rencontrent ces trois voyageurs. La Guesle s'informe, apprend que le moine porte au roi des lettres et des nouvelles et, croyant être agréable au prince dont il connaissait les prédilections pour le froc, prend Jacques Clément sous sa protection, en fait son hôte et va prévenir le roi, qui promet une audience pour le lendemain matin, entre six et sept heures. L'assassin dîna joyeusement chez le procureur général et « tailla ses morceaux du funeste couteau ». Il dormit si paisiblement qu'il fallut le réveiller pour le conduire au roi. Du Halde introduisit La Guesle et le dominicain; Henri III venait de se lever (il était environ huit heures), et il se trouvait « sur sa chaise, tout débraillé ' ». Le procureur général avait pris les lettres du

1. Db Thou donne ces deux faits comme constants. D'Aabray, dans la Sat, M^n.y p. 145, affirme également que Mayenne Tit et encourageai. Clément.

2. U est juste de reconnaître que de Trou est sur ce point moins afûrmatif et ne fait que rapporter les allégations de « ceux doiit les recherches ont été plus malignes ». Il ajoute même, avec sa bonne foi ordinaire, qu'il ne peut croire à l'abnégation suprême de Mme de Montpensier. — Conf. Bat. Mén., loc. citato.., D'Âubray fait allusion à l'influence des jésuites sur l'assassin.

3. Nous suivons ici la relation de La Guesle, témoin oculaire du meurtre. Elle a été reproduite dans l'Estoile, t. III, p. 376, et par Cihber et Danjou,

comte de Brienne et une lettre fausse du premier président dont le moine était porteur, et il les remit au roi. Henri fit signe à Jacques Clément d'approcher afin d'exposer ce qu'il avait à dire. Sur l'insistance du misérable, qui prétendait ne vouloir parler qu'au prince lui-même sans témoin^ La Guesle et le grand écuyer Bellegarde durent se reculer et faire place à Jacques Clément. Tandis que le roi tendait l'oreille et relisait le billet du comte de Brienne, le dominicain tira un couteau, dissimulé dans sa manche, et frappa vigoureusement Henri lU dans le ventre, au-dessousdu nombril. « Ah! malheureux, que t'avais-je fait pour m'assassiner ainsi? » s'écria le Valois, en arrachant le couteau pour en frapper l'assassin au front. Eperdu, La Guesletira son épée et, « lui baillant des gardes dans l'estomac »,. poussa le moine dans la ruelle. Il fut aussitôt achevé par les ordinaires^ « nonobstant que La Guesle leur criast par plusieurs fois qu'ils n'eussent à le tuer ; mais leur juste colère ne put permettre que son advertissement servît d'aucune chose * ». (1" août.)

Le premier moment de stupeur passé, on mit le roi sur son lit, et les chirurgiens qui le pansèrent ne crurent pas la blessure mortelle : des nouvelles rassurantes furent envoyées aux princes étrangers et aux gouverneurs des pro-

1^ série, t. XII, p. 376. En voici le titre exact : Lettre d'un des premiers officiers de la cour de Parlement, escHte d un de ses amis, sur le subject de la mort du roy.

1. Telle est du moins la version de La Guesle. — D^Aubighé, H»^ univ., liv.2, chap. xjui, raconte, au contraire, qu'après avoir frappé le roi, J. Clément u estendit ses deux bras contre une muraille contrefaisant le crucifix; que là le procureur général, troublé de desplaisir pour se voir l'instrument d*une chose tant à contre-cœur, donna de son espée à travers le corps du jacobin et le tua de ce coup seul ». Db Thou dit que le moine fut tué par Montpesat de Lognac et Jean de Levis, baron de Mirepoix, peu maîtres de leur premier mouvement, et cela concorde bien avec le récit du procureur général, de l'Estoilb et de Palma-Caybt. D'après l'auteur du Discours aux Français, Abch. cur., t. XII, p. 366, c'est Henri III lui-même qui aurait ordonné de tuer J. Clément, et l'ordre aurait été exécuté par Montferrier, l'un des assassins du duc de Guise. Edme Bourgoing, dans son récit de la mort de Henri de Valois, dit que Jacques Clément u fut, à l'instant, tué de divers coups par les gardes. » (Ibid., p. 387.)

vinces *. Il ne parait pas que le roi de Navarre se soit rendu immédiatement auprès de Henri III blessé. Peutêtre appréhendait-il les défaillances morales ordinaires aux mourants et voulait-il Téviter d'entendre des déclarations contraires à ses droits ou simplement ambiguës. Peutêtre aussi crut-il nécessaire, comme l'insinuent certains historiens, de prendre des précautions militaires contre une sortie probable des ligueurs parisiens *. Mais cette sortie n'eut pas lieu : le conseil général de l'Union s'occupa toute la matinée de remplir les prisons du grand et du petit Châtelet et y fit écrouer tous ceux qui avaient des parents dans l'armée royale. D'autres furent dirigés sur le Louvre et la Bastille. Le roi passa la journée avec son cha^ pelain, Louis de Parade, et les courtisans préférés, d'Épernon, Bcllegarde, d'O, Châteauvieux, de Clermont, d'Antragues, de Beaulieu-Ruzé et Charles d'Orléans, comte d'Auvergne, duc d'Angoulême, fils de Charles IX et de Marie Touchet. C'est seulement vers le soir, alors que l'état du blessé était déjà beaucoup plus grave, qu'il reçut le Béarnais et ordonna à tous ses officiers de le reconnaître pour son successeur ^ Quant aux discours que Palma-Cayet et de Thou prêtent au Valois moribond, ils sont trop arrangés pour mériter qu'on s'y arrête *. Henri HI mourut dans cette

i. Voy. le texte de celte dépêche dans Palma-Cayet, p. 149, et au t. III, p. 563 des Mém. de la Ligue. Lettre au comte de Montbéliard.

2. Palma-Cayrt, p. 140. « n fut advisé par le roy de Navarre et par les princes et seigneurs qui avoient charge en l'armée que Pon devoit se tenir en armes et prests, de peur d'une surprise du costé de Paris, ce qu'ils firent tous. Leur raison estoit que l'assassinateur en estant sorty, il n'y avoit point de doute que c'estoit un fait prémédité dans ceste Ville, et que les chefs de guerre qui y estoient, estans advertis de la blessure du roy, présumeroient qu'il adviendroit du trouble en l'armée, sous la faveur duquel, en attaquant quelque quartier, ils pourroient faire quelque elTort notable. »

3. Ibid,y p. 150. La version de Palma-Cayet s'accorde avec la relation ligueuse, Discours aux Français, etc. II est à noter que de Thou ne fait même pas mention de l'entrevue de Henri III mourant avec le roi de Navarre. L'Estoilb imite ce silence, et il en est de même du certiGcat des seigneurs qui assistèrent le roi.

4. L'auteur anonyme du Discoun aux Français prétend même que Henri III

nuit du 2 au 3 août, sur les trois heures. Il avait trentehuit ans et dix mois, et avait régné quinze ans et deux mois sur le royaume de France.

Ainsi, le Paris de Jacques Clément et de la Saint-Bartliélemy avait couronné son œuvre de vengeance et de haine. Quelle suite de péripéties terribles, depuis les Barricades jusqu'au drame de Saint-Cloud, en passant par celui de Blois et l'assassinat du grand Guise! Tout ce foyer de crimes, il est à Paris et rayonne au loin. Sous la main meurtrière de l'Église, qui bénit les régicides et brise les couronnes, tous les fanatismes se fondent et se soulèvent dans un bouillonnement colossal. A Tapothéose de l'assassin par la capitale de la France, répondent la joie funèbre de Philippe II et la tranquille apologie du crime par le Saint-Siège. Entre l'explosion d'enthousiasme des ligueurs parisiens et le discours pontifical de Sixte-Quint au consistoire du 11 septembre, il n'existe qu'une différence de milieu. Au fond, c'est l'Église qui tient le couteau sanglant et elle commet cette horrible impiété de vouloir rendre Dieu complice. Le pape, dans un discours étudié à loisir, compare l'action du moine à l'incarnation du Verbe et au mystère de la résurrection du Sauveur : il place le régicide au-dessus de Judith et d'Eléazar, et conclut qu*un dessein si glorieux n'a pu être exécuté sans la volonté et le secours de la Providence *.

n'eut pas le temps « de se reconnaître et de penser à son salut, dont il n'a point eu de soing, n'ayant receu ses sacrements ny parlé à aucun prestre, à la manière de Henry huictiësme, premier tyran des catholiques angloys ».

1. De Thou, t. X, p. 679, après avoir donné une exacte analyse de ce discours du 11 septembre, ajoute quMl eût été de l'intérêt de Sixte V et du Saint-Siège de supprimer un pareil écrit, au lieu de le publier. Conf. VEsprit de la Ligue par le chanoine Anqubtil, t. III, p. 94. — Le libelle intitalë ie Martyre de frère Jacques Clément^ reproduit la thèse du pape : « Dieu s'est voulu servir du plus simple et plus humble et infirme, suivant l'apparence humaine, de tous les religieux, pour terrasser Torgueil et

Paris, depuis les princesses jusqu'aux portefaix, ne témoigna ni moins de cynisme, ni moins d'hypocrisie mystique, en apprenant la mort de Henri III. Le conseil de TUnion adressa aux prédicateurs une circulaire officielle qui les invitait à développer en chaire ces trois points : « 1° Jacques Clément est un héros et un martyr; 2* Le Béarnais ne peut succéder à Henri III; 3® Ceux qui soutiendront son parti seront excommuniés * . Guincestre fit Tapothéose de Jacques Clément et toutes les chaires retentirent des mêmes hyperboles. De nombreux libelles chantèrent les louanges « du saint martyr de J.-C, du bienheureux enfant de Saint-Dominique ' ». On gravait des portraits du meurtrier avec des vers en son honneur '. Des cierges furent allumés dans les églises autour de sa statue, et Ton fit venir sa mère, du village de Sorbonne, pour montrer au peuple celle qui avait mis au monde le libérateur de Paris. Mme de Montpensier * logea dans son hôtel de la rue de Tournon la mère du martyr, et cette femme, comblée

l'audace de Henry de Valois, etc. » (Arch.cur., t. XII, p. 399.) — Quant &l'£s- TOILE, il s'indigne de voir que a l'homme d'Église, qui doit servir au peuple de patron et d'exemplaire d'obéissance envers les supérieurs, soit si soudainement changé et métamorphosé en un meurtrier sanguinaire de son prince, signes certains de l'absence de Tesprit de Dieu... » (T. III, p. 308.) Ailleurs, il flétrit la « jurisprudence des moines et prescheurs de ce temps auxquels les parricides et les assassinats plus exécrables estoient censés des miracles et des œuvres de Dieu. » (T. V, p. 4.) — Voy. aussi dans la Sat. Ménippéele discours de d'Âubray (p. 146), qui s'élève contre les éloges accordés à J. Clément par les prédicateurs et la joie des Parisiens.

1. Grevier, Hist. de PUniv., t. VI, p. 414. — HisL eccUs. de Flbcry, t. XXXVI, p. 273. — Ch. Labitte, De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligucy p. 79.

2. Mézebat, /it5^ deFr., 1685, in-f*, t. III, p. 659. — De Thou, t. X, p. 679. Arch. cur., t. XII, p. 397. — Le Martyre de frère Jacques Clément. — Félib. , Hist. de la V, de Paris, t. II, p. 1183. — Saint-Foix, Essais sur Paris, t. III, p. 63.

3. Voy. dans l'Estoile, édit. Halphen, t. IV, p. 103 et suivantes, les placards mis au bas des portraits de Jacques Clément,

4. Mme de Montpensier, si Ton en croit l'Estoile, sauta au cou de celui qui lui apporta la première nouvelle de la mort de Henri III : « Hal mon ami, soie le bien venu! Mais est-il vrai au moins? Ce meschant, ce perfide, ce tiran est-il mort? Dieu que vous me faites aise! Je ne suis marrie que d'une chose : c'est qu'il n'a pas sceu, devant que de mourir, que c'estoit moi qui Tavois fait faire. » (T. V, p. 1.)

de présents, s'en retourna chez elle, accompagnée par quarante moines jusqu'à une lieue de Paris. Quant à la duchesse de Nemours, mère de Madame de Montpensier et qui avoit, comme elle, distribué des écharpes vertes à tout Paris, en criant la bonne nouvelle de la mort du tyran, elle se rendit aux Cordeliers et monta sur les degrés du grand autel pour lancer les dernières injures contre <( le chien Henri de Valois ». Enfin, il se trouva des fanatiques qui allèrent, un peu plus tard, chercher à Saint- Cloud la terre arrosée du sang de l'assassin * et la chargèrent sur un bateau pour conduire ces reliques à Paris. Malheureusement le vent s'éleva et les reliques coulèrent k fond avec ceux qui les rapportaient *.

Ainsi Paris délire; il porte le deuil vert, la livrée des fous, dit l'Estoile, et il répète avec les duchesses : « Le tyran est mort. Il n'y a plus de Valois en France ». Qui va venir? Mayenne, Philippe II, le duc de Savoie, le cardinal de Bourbon? On ne sait. Au fond, la capitale n'a de haine que contre le roi de Navarre, le prince hérétique. Et quand le parti est pris, lorsque Mayenne, reconnaissant la difficulté de poser la couronne sur sa tête, a fait proclamer, «ous le nom de Charles X, le vieux cardinal de Bourbon, et s'est fait décerner à lui-même le titre de lieutenant général au gouvernement de l'Estat et couronne de France ', ia Ville de Paris écrit au pape, le 7 août, et elle expose en quelques lignes toute sa politique : « De ville opulente de

1. Le corps de Jacques Clément avait été tiré à quatre chevaux, mis en -quartiers, puis brûlé, le 2 août, sur la place de l'Eglise de Saint-Cloud. Voy. L'EsToiLB, t. m, p. 30, et Discours aux Français, Arch. cur., t. XII) p. 369.

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