‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 47 sur 314 · Reo. h, 1787, f · texte numérisé non relu

Reo. h, 1787, f

2. Ibid. On trouve au registre un « mémoire de ce qui a esté arresté en l'hostel de la Ville de Paris le 23 décembre 1575, en la présence de M. de Biron, grand mestre de rartillerie, y estant venu pour pourvoir à la conservation de ladicte ville ».

3. « Les restes de la Noël, dit TËstoile, on commença à fortifier la ville

fit activement besongner aux tranchées, et la Ville mit en réquisition « les mandians vallides et autres gens vaccabondz et sans advea ». Les manœuvres forains reçurent chacun six solz tournois par jour. Enfin les « marchands forains, laboureurs et autres demeurans en Tellection de Paris » furent autorisés à rentrer leurs grains dans la ville. Le prévôt des marchands mit des magasins à leur disposition « sans aulcune chose paier ». Une ordonnance royale du 29 décembre sanctionna ces mesures.

Une commission fut instituée et installée à l'Hôtel de Ville pour veiller à la sûreté de la capitale et prendre les mesures nécessaires *. Cette commission devait se tenir en relations constantes avec le roi, afin de le renseigner sur

de SaiatrDenis en France et relever les tranchées et boulevars où travaillent 3000 prisonniers, paies des deniers des fortifications qu'on contraint les bourgeois de Paris bailler par avance, et fut fait commandement aux villages circonvoisins dudit Saint-Denis d'y porter cent oauis de bled de munition, chacun suivant sa quotle. » T. I, p. 99.

1. Voici d'ailleurs, d*après les registres de la Ville, le texte de l'ordonnance royale qui instituait à l'Hôtel de Ville la commission dont il s'agit* On remarquera qu'elle ne comptait parmi ses membres aucun militaire, ce qui indique que son caractère était purement administratif. Ajoutons qu a la date du 4 février 1576 le roi adjoignit aux personnes désignées plus bas les présidents Bailly, de Saint-Mesmyn et Luillier. « Le roy considérant que pour le bien, repos et seureté de ceste ville de Paris, il est besoing adviser et pourveoir journellement aux affaires qui s'y présentent tant pour le dedans que pour le dehors ès-envyrons de ladicte ville; a advisé et résolu en son conseil que en une des chambres de Thostel de ladicte ville de Paris s'assembleront journellement avec messieurs les prévost des marchands et eschevins : messieurs de Thou, premier président en la court de Parlement, Demorsans et Hennequln, aussy prêsidens en icelle court, Nicolas de Neully, premier président en la Chambre des comptes et généraulx des aydes, Bailly, Luillier et Guiot le père, aussy présidons en icelle Chambre des comptes, Marcel, intendant des finances de Sa Majesté, Paluau, l'un de ses notaires et secrétaires, et Jehan Anbry, conseillers de ville; pour tenir conseil en ladicte Chambre, où sera aussy le procureur du roy de ladicte Ville Perrot; adviser et donner ordre journellement aux affaires qui se présenteront pour le bien, repos et seurettè de ladicte ville et des envyrons, aultant que leur sera possible; s'ilz congnoissent qu'il y ait chose qui mérite estre entendue de Sadicte Majesté, ledict prévost des marchans et l'un des eschevins l'en advertiront incontinent, pour ce faict leur faire entendre son intention et y pourveoir elle-mesmes ou leur commander ce qa'ilz debvroient faire pour y pourveoir, selon qu'elle verra nécessité le requérir. Faict à Paris le XIX* jour de décembre MVLXXV. Signé : Henry,' et au-dessoulz Pinabt. » Rbg. H, 1787, f» 260.

louies les circonstances et tous les incidents de nature à rintéresser. La présence, au sein de la commission, du prévôt des marchands, des échevins et de plusieurs conseillers de ville, s'explique difficilement, il faut le reconnaître, après la philippique dont nous avons reproduit les passages essentiels. On se demande comment le roi pouvait accorder sa confiance à ce prévôt des marchands qui, diaprés le témoignage officiel des registres, marchait, le 19 décembre, en tête de la députation qui avait porté au prince les remontrances des Parisiens. Quel était donc alors le chef de la municipalité? C'était toujours ce Jean le Charron, président de la Cour des aides, dont nous avons dit le rôle assez lâche et assez équivoque au moment de la Saint-Barthélémy * et qui avait été continué, le 16 août 1S74, dans les fonctions de prévôt des marchands. Le personnage ne possédait nullement Tétoffe d'un fauteur de révolutions. On a vu que, la veille de la Saint-Barthélémy, quelques paroles de M. de Tavannes l'avaient fait rentrer sous terre et transformé de partisan de la tolérance en furieux fanatique. Peut-être, après la scène des remontrances, Jean le Charron fit-il quelques réflexions sur le danger de dire la vérité aux rois, surtout à un monarque qui savait comme Henri III recevoir une injure avec le sourire sur les lèvres. Et puis Villequier, ainsi que naguère Tavannes, semblait animé d'un médiocre amour pour les récriminations municipales. Ces mignons, si gracieux, manquaient de patience et mettaient flamberge au vent pour quelques paroles. Enfin, chose étonnante, le peuple ne savait aucun gré à ses magistrats du courage qu'ils avaient montré. Jamais personne ne fut plus impopulaire que ne l'était Jean le Charron. Il faut lire dans l'Estoilc les pièces satiriques que son nom suscitait et les jolis vers sur le perro-

1. Sur le Charron, voy. Hist munie, p. 631-632, et plus haut, p. 14. -

quet d'Attichi, secrétaire du roi, ce perroquet savant, ce perroquet mal élevé qui à Charron donnait pour rime larron *. C'est aussi contre Jean le Charron, « mal famé et renommé en son estât et fort hay du peuple », qu'on fit dans le même temps ce sonnet peu flatteur :

0 sages citoiens, un asnîcr vous commande ! Un vendeur de saffran, un coqu effronté Qui trahist votre autel et vostre^utorité, Larron digne, cent fois et cent fois qu'on le pende!

0 riches citoiens, un coquin vous gourmande,

Qui, pour se relever de honte et pauvreté,

Vend à deniers comptans les loix, la liberté,

Et rien qu'emprunts, qu'impôts, que tailles ne demande!

Que vous sert il, messieurs, de vous armer dehors, Si toujours ce venin se couve en votre corps. Qui vous suce le sang, qui vous ronge et vous mine! Que ne l'en voiez- vous, à l'aide d'un cordeau, Vers l'avare nocher de l'infernal basteau ! Duquel il a le nom, le front et la rapine?

Il y a donc de sérieuses raisons de croire que ce prévôt des marchands « qui rien qu'emprunts, qu'impôts, que tailles ne demande » ne devait pas être un défenseur bien énergique des deniers de ses administrés. L'opposition venait surtout des bourgeois eux-mêmes et des officiers municipaux subalternes. Les quartiniers apportaient une lenteur' calculée dans le recouvrement des cotisations demandées aux Parisiens. Par lettre du 22 février 1576, conservée aux registres, le roi constate avec amertume que la perception « se tire en grande longueur ». Un peu plus

Page 1