HUt, univ,, édit. de 1626, coL
3. Voy. notamment dans d*Aubigné de quelle manière Henri III quittait les processions pour courir aux rendez-vous galants qu'il donnait aux femmes des pénitents. Col. 970.
4. Voy. sur la moralité de M. d'O et celle du roi Taventure rapportée dans la Confession de Sancy, chap. vu. — Journal des choses mémorables advenues durant le règne de Henri III^ t. Il, p. 167. Personne n'a plus
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plus impopulaires, à cause de leur insolence et de leurs exactions. Ce Villequier avait tué sa femme au château de Poitiers, où habitait le roi en septembre 1577, et, à ce que rapporte le journal de TEstoile, « Tyssue et la facilité de la grâce qu'en obtinst Villequier, sans aucune difficulté, firent croire qu'il y avoît en ce fait un secret commandement ou tacit consentement du roy, qui hayoit ceste dame.... » parce qu'elle avait exprimé tout haut son mépris pour le monarque. Villequier était Tinitiateur des mignons, le gardien en chef de la troupe fardée des jeunes honuues. Henri III n'eut pas de conseiller plus cynique, la Ville de Paris d'adversaire plus violent. En face du roi et de ses favoris se dressaient d'autres coteries aristocratiques : Monsieur et ^s spadassins, les Guises et leurs fidèles. Et, dans l'atmosphère capiteuse de la cour du dernier Valois, les épées brillent et se croisent, le sang coule, le poison se distille, sans que l'orgie s'arrête un jour. L'énerycment laisse comme un trouble dans toutes les intelligences. Chacun se croit menacé, non sans cause; le monarque, pas plus que ses sujets, n est à l'abri de ces craintes : à la fin de novembre 1577, on renforce la garde ordinaire de Suisses qui se tenait à la porte du Louvre, et l'on mande en hâte une compagnie du régiment français de Beauvais-Nangis, parce que le prévôt de Paris,. Antoine du Prat, avait dénoncé au roi une prétendue conspiration du baron de Viteaux et de quelques familiers du duc d'Anjou. Le fameux Bussy d'Amboise et Fervacques.
énergiquement que d'Aubigné raconté et flétri les mœurs honteuses de Henri IIÏ et de ses favoris; on peut même croire qu'il en a un peu exagéré^ rinfamie. Cependant, le grave historien de Thou s'exprime sur le compte de René de Villequier et de François d'O, gendre de ce dernier et surintendant des finances, dans les ternies les plus indignés : « Ennemi déclaré des honnêtes gens, débauché à l'excès, fier jusqu'à être devenu inabordable et médisant de profession, il n'avait de talent que pour mener des intrigues de coiir, inventer des calomnies atroces contre les plui^ gens de bien ou pour imaginer de nouveaux impôts, après avoir épuisé les anciens en les augmentant sans mesure. • De Thou, t. VII, p. 728.
durent quitter pour quelque temps Paris et la cour, afin de se soustraire aux explosions possibles de la colère royale. Nulle sécurité pour personne, pas même pour les étrangers. Le 30 novembre 1577, à neuf heures du soir, Troïlus Ursin, grand seigneur romain, est tué par une main mystérieuse. Il n'y eut aucune poursuite, car une vengeance privée se cachait sous ce meurtre, et la victime fut enterrée à Notre-Dame, dans la chapelle des Ursins. C'est le temps des assauts sanglants entre les mignons du roi et ceux du duc d'Anjou ou du duc de Guise. Il suffit de citer la bataille avortée de Bussy et de M. de Grammont (10 janvier 1578) *; et le fameux duel de Caylus, Maugiron et Livarot, mignons du roi, contre d'Entragues, surnommé Antraguet, Riberac et Schomberg, favoris du duc de Guise (27 avril 1578). Caylus, Maugiron, Riberac et Schomberg en moururent, le premier après avoir langui trente-trois jours. Le roi passa des journées entières à son chevet et, quand il fut mort, garda ses blonds cheveux. De superbes mausolées furent élevés à Caylus et Maugiron dans l'église Saint-Paul, « sérail des mignons », et Amadis Jamin consacra par ordre vingt-quatre sonnets à la mémoire des favoris du roi; le troisième était Saint -Mesgrin, tué, le 21 juillet 1578, au coin de la rue Saint-Honoré par les gens du duc de Guise, dont il avait séduit la femme. On rapporte que le duc de Mayenne conduisait lui-même la troupe des assassins.
1. Voy. L^ÈâTOiLR, t. I, p.. 230. II y avait trois cents gentilshommes de chaque côté. l\ falhit deux maréchaux de France, Montmorency et Ck)S8é, et le régiment des gardes pour arrêter les hostilités; les deux rivaux furent emprisonnés au Louvre, et on les força de se réconcilier. Le 1*' février 1518, Caylus, Saint-Luc, d'O, Darquea et Saint-Mesgrin assaillirent Bussy près de la porte Saint-Honoré. Le 2 avril, Souvray pour les Guises et la Valette pour le roi faillirent recommencer une bataille rangée. Le 14, nouvel attentat contre Salcède. Il échappe, mais ses deux compagnons, MM. de Vey et de Pauville, sont tués tous deux, ainsi que deux des agresseurs, gentilshommes bretons au service du duc de Mercœur. « Tout estoil permis en ce temps, conclut TEsloile, fors bien dire et bien faire. »
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Ainsi se traduisaient les haines des grands; les escarmouches d'avant-garde préparaient les grands chocs. Paris devenait le rendez-vous de tous les aventuriers du monde, et chaque prince s'entourait d'une véritable armée d'hommes de main, prêts à l'offensive ou à la défensive *. En février 4578, le duc d'Anjou, que les attentats dirigés contre Bussy exaspéraient, avait pris la résolution de quitter Paris, mais le roi, informé de ses desseins, le retint prisonnier au Louvre, tandis que ses principaux officiers étaient consignés à la Bastille. Il y eut toutefois une réconciliation factice entre les deux frères, et Combaud, maître d'hôtel du roi, donna un festin magnifique aux favoris de Henri III et de Monsieur, le 13 février. Mais, le lendemain, le duc d'Anjou franchit les murailles de l'abbaye de Sainte-Geneviève, où il était allé faire collation, et s'enfuit à Angers, emmenant tout son état-major de gentilshommes : Bussy, La Chastre, Chamvallon, La Rochepot et une foule d'autres. Il fallut que la pauvre Catherine se dévouât encore pour aller amadouer le fugitif et prévenir le scandale d'une nouvelle guerre fratricide. Mais le chroniqueur rapporte que le peuple de Paris et la cour furent « merveilleusement esbahis et scandalisez de ceste larronnesse départie ». Les favoris du duc d'Anjou partis, les favoris des Guises prirent la place laissée libre, et les duels avaient recommencé de plus belle avec les courtisans du roi. C'est le 27 avril qu'avait eu lieu le grand combat des mignons, resté légendaire. Pour se soustraire à la colère et aux outrages du roi, tous les Guises, les ducs de Lorraine, de Guise, de Mayenne, d'Aumale,
1. « Plusieurs des plus expers au hasard des armes furent envoyés à Paris pour se loger ës-tavernes et au plus près du logis dudit seigneur (le duc d^Ânjou), ainsi qu'on les peut accommoder, pour, si d*aventure il esloit besoin de faire service audit seigneur pour ayder & le saulver ou à le tirer de la ville de Paris, qu'ils s'y emploiassent contre la personne du roy mesme, s'il y eschéoit. » Mém. de Claude Hator, édit. Bourquelot, t. II, p. 917.
LA RÉSURRECTION DE LA LIGUE Hi
marquis d'Elbœuf et le nouveau cardinal de Guise quit« tèrcnt Paris le 10 mai. Une effroyable anarchie règne dans les provinces, et les troupes que lève le duc d'Anjou pour sa guerre des Pays-Bas * se conduisent comme autrefois les grandes compagnies. « Soulz le nom et prétexte d'aller en Flandre, tous bannis, vacabons, volleurs, meurtriers, renieurs de Dieu et de vieilles debtes, remenans de guerre, reste de gibet, massacreurs, véroUez, gens mourans de faim se meirent aux champs, pour aller piller, battre et ruyner les hommes des villes et villages qui tombaient en leurs mains es lieux où ils logeoient et par les chemins, sans crainte aulcune '. » Ces bandes vinrent jusqu'aux portes de Paris, et le roi dut envoyer contre elles plusieurs compagnies de ses gardes et autorisa les habitants à leur courir sus.
La capitale elle-même resta à moitié préservée de tous ces bandits, dont Claude Haton évalue le nombre à cinquante mille; mais douze mille seulement d'entre eux franchirent la frontière, les États généraux des Pays-Bas n'ayant réclamé, par le traité d'Anvers (13 août), qu'un secours de dix mille hommes de pied et deux mille chevaux. Paris dut sa sécurité relative à la présence du roi et aux garnisons qu'on avait placées dans la banlieue. On prit néanmoins, dans l'intérieur de la Ville, quelques mesures de police. Un mandement municipal du 15 avril 1578' prescrivait aux quartiniers de faire recherche des vaga-
i. Depuis la paix de Bergerac, le duc d'Anjou avait constamment cherché & se constituer un royaume aux Pays-Bas, tout en aspirant & la main de la reine Elisabeth d'Angleterre. Une fois libre et installé à Angers, il avait levé des troupes et traité avec les États généraux des provinces catholiques des Pays-Bas. Il passa la frontière vers le tO juillet, et, le 15 août 1578, les Etats généraux le déclarèrent défenseur de la liberté des Pays- Bas.
2. Claude Haton, t. II, p. 937. a Les chemins de Lyon à Paris, de Paris à Rouen, à Orléans et d'aultre costé, en Picardie estoient remplis de telles gens et souvent faisoient de grands volz aux portes de Paris. »