‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 80 sur 314 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

(Depuis la paix de Bergerac jusqu'à la CoaTeotion de Nemours, 17 septembre 1577 — 7 juillet 1585).

La paix signée, Henri III quitta Poitiers et reprit lentement le chemin de la capitale, s'attardant parmi les fleurs de Touraine, sur les bords de la Loire au sable d*or, « aveq la trouppe de ses jeunes mignons, fraisés et frizés avec les orestes levées, les ratapenades *■ en leurs testes, un maintient fardé, avec l'ostentation de mesmes, pignés, diaprés et pulvérizés de pouldres violettes et senteurs odoriférantes... » La cour s'installe tout entière à Paris le dernier jour d'octobre 1577 et donne aussitôt le spectacle de tous les scandales. C'est un bizarre mélange, une succession brusque de galanteries, de meurtres et de débauches. Quand le roi va au bal avec les princes et princesses chez quelque bourgeois qui n'a pas demandé cet honneur, ils s'y conduisent comme des truands dans un mauvais lieu *.

1. Ce mot dans la langue de l'Ebtoilb doit être équivalent k perruques^ en forme de chauve-souris, car ratepenade veut dire chauve-souris en provençal. Voy. Ducahgb, v* Ratapennador, et Rabblaxs (HI, 155). Le mot ratepennage, dans le sens de pemique, est plus usité. Voy. La Cdbab de Sainte-Palayb. Édit. L. Favre. V*» Ratepennage.

2. Voy. le compte rendu donné par l'Estoo^b de la soirée de noces de la fllle de Claude Marcel, ancien orfèvre du Pont-au-Change^ avec le seigneur de Vicourt. Le roi y vint avec les trois reines et trente dames de la cour, masquées, vêtues de drap et toile d*argent, couvertes de pierreries, u Les plus sages dames et demoiselles durent sortir et firent sagement Si les tapisseries et les murailles eussent pu parler, elles eussent

dit beaucoup de belles choses. « I, 224.

Les mascarades de la cour ne sont pas moins indécentes, ■et Tallégorie des foulons peut être citée à titre d'exemple '. A travers tout cela, des manifestations extérieures de dévotion théâtrale, des fondations de couvents, notamment ceux de Picpus et des Hiérosolymites ; des processions de pénitents. Le roi, suivant d'Aubigné, « entroit lui-même dans le sac deux ou trois fois la sepmaine, puis avec les courtisans et les principaux des grosses villes qu'il rangeoit à sa dévotion partisanne, emplissoyent lés rues de Paris *. » Toutes ces momeries pouvaient donner le <!hange à quelques moines crédules ou gagnés. Dom Bernard, de Tordre des Feuillants, en était touché jusqu'à Tâme et trouvait que le Christ revivait dans la personne du roi, tellement Henri était « attaché au crucifix ». Quant au jésuite Auger, confesseur du roi depuis 1575 et qui avait eu pour précepteur Loyola lui-même, il écrivait, en parlant du monarque, « qu'il avoit bien tasté le pouls de ce prince, profondé, jaugé et manié sa conscience : et pçirtant, asseuroit publiquement et en particulier que la France n' avoit -eu de longtemps prince tant religieux ». Mais le robuste bon sens du peuple refusait de se laisser prendre aux hypocrisies royales, et les partisans des Guises dévoilaient publiquement les galanteries scandaleuses que le monarque dissimulait sous son froc '. Destiné à subir l'ascendant de son entourage, Henri, par une sorte d'ombrageuse défiance, avait éloigné de lui les Guises et les grands seigneurs du royaume pour s'entourer de favoris obscurs qui lui devaient tout. Les Villequier, les d'O * étaient les

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