Ibid., fo
A côté des travaux de voirie et des affaires de finances, la Ville et le roi s'occupaient encore d'autres soins. Le règlement du 28 janvier 1578 fournit quelques détails précieux sur les mesures d'ordre public auxquelles donnaient lieu les fêtes foraines de Paris. Les deux principales étaient la foire Saint-Germain et la foire Saint-Laurent. Leur origine semble fort ancienne, puisque la première est mentionnée par un document de 1176 et la seconde par un document de 1344. Quant à la foire Saint-Germain des Prés, que concerne exclusivement le règlement de 1578, elle avait subi une éclipse dans la première moitié du xv^ siècle; mais Louis XI, en 1482, l'avait ressuscitée, en permettant aux religieux de Saint-Germain de tenir une nouvelle foire sur l'emplacement des jardins du roi de Navarre, donnés en 1399 à l'abbaye par Jean, duc de Berry. L'usage devait se maintenir jusqu'en 1789 S Henri III, à la date du 28 janvier 1578, envoya à la Ville un règlement que les registres reproduisent sous ce titre : Mémoire de ce que le roy veult estre faict et observé durant la foire de St-Germain des Prez. Il est prescrit à la municipalité d'établir quatre personnes aux faubourgs de la Ville, principalement dans ceux qui sont voisins de la foire. A ces quatre personnes, les cinquanteniers et dizainiers feront rapport « par cliascun jour » des personnes de quelque qualité qui sont arrivées auxdits faubourgs pour y loger, « afin que les dictz quatre députtez en advertissent par chascun jour lesdicts presvost des marchans et eschevins ». Les Iiôteliers seront assujettis à une surveillance spéciale. Sans préjudice du clievalier du guet « qui fait marcher ses gens » depuis onze heures du matin
1. II y a lieu de présumer que la foire Saint-Germain se tenait sur remplacement actuel du marché Saint-Germain. On peut consulter sur la foire Saint-Germain, l'ouvrage de M. Campardon : Les spectacles de to /bire, B^s, Berger-Levrault, 1877, 2 vol. in-S»; V Essai sur la foire Saint-GermaHÎ^i^T Léon Roullaud, 1862. La foire commençait, en général, le 3 février.
jusqu'au soir *, et des cent suisses de la garde du roi qui « seront députez aux quatre portes de la dicte Halle où se tient la foire », sans parler des commissaires • et des sergents du prévôt de Paris, deux intendants de police de chaque quartier auront à faire rapport chaque jour des personnes logées dans les hôtelleries, en s'aidant du concours des commissaires, cinquanteniers et dizainiers. Le règlement leur recommande de tenir la main « à ce qu'il ne loge aucune personne en ladictc ville et faulbourgs que Sa Majesté n'en soit advertye ». Enfin les quartiniers furent informés le 1" février des volontés du roi et mis en demeure d'exercer une surveillance sur les locations des chambres garnies et hôtelleries pour en faire rapport au souverain.
Cette année 1578 est assez vide, au point de vue de l'histoire parisienne. On suit de loin les péripéties de la guerre
1. L'institution du chevalier du guet remonte à saint Louis. Il dépendait du Châtelet de Paris et avait sous ses ordres des archers à pied et à cheval. Ce n'était pas un emploi méprisé. En 1464, Jehan de Harlay, chevalier du guet, fut nommé échevin. Tons les chevaliers du guet portaient de droit Tordre de FEstoile, institué par le roi Jehan en 1351.
2. Les commissaires du Châtelet étaient chargés de l'exécution du règlements de police pour la sûreté de la Ville. Un arrêt du Parlement, du 12 décembre 1551, fixait les circonscriptions pour la résidence des commissaires. Il existe plusieurs règlements sur les commissaires au Châtelet. On peut citer ceux du 12 décembre 1551 (Coll. Lamoionon, t. VII, p. 365) et du 21 novembre 1577 (tit. A, XX, 4, 7; Coll. La]ioig!<ion, t. IX, p. 79). On peut lire aussi le « règlement sur le fait de la police, contenant le devoir des commissaires du Chastelet de Paris, des sergens à verge, des quarteniers, dizainiers et cinquanteniers », en date du 22 décembre 1541. Voy. FoîiTANON, t. I, liv. v, p. 887; Dksmazb : Le Châtelet de Paris, p. 157. Il y avait alors deux commissaires dans chacun des seize quartiers de Paris. Le règlement les désigne déjà sous le nom de commissaires de police. (Voy. l'art. 4.)
Quant aux sergents du Châtelet, leurs fonctions sont réglementées par l'ordonnance de 1499, art. 54 à 57. (Voy. FoirrANON, t. I, fol. 224.) Mais il y eut ensuite bien d'autres règlements. Le dernier, par rapport à la période que nous étudions, parait être celui du 20 juillet 1546. (Ck>!l. Lamoi- GNOff, t. VI, p. 490.) Les sergents du Châtelet se divisaient en deux catégories : les sergents à cheval et les sergents à pied. Leur nombre varia beaucoup suivant les époques. L'ordonnance d*août 1287 {Olim^ t. II, p. 202) fixait à Torigine â 70 le nombre des sergents à pied, et à 35 celui des sergents â cheval.
des Pays-Bas, drame à cent actes divers où les ambitions rivales du duc d'Anjou, de don Juan d'Autriche, de la reine d'Angleterre, du prince d'Orange, de Jean-Casimir s'entrechoquent et se combattent. On rit de la chevauchée de la reine de Navarre, que Catherine et le cardinal de Bourbon reconduisent vers son mari à travers la Gascogne (août). On pleure sur le sort des deux pauvres gôns de Chelles, exécutés le 20 août au parvis Notre-Dame, c'est-à-dire pendus, puis brûlés « pour plusieurs énormes et exécrables blasphèmes par eux dits et prononcés contre l'honneur de Dieu et de la benoiste Vierge sa mère » ; et sur une autre exécution encore, celle d'un jeune laquais de treize ans qui avait donné quelques coups de dague à son maître, ce dernier ayant eu l'esprit d'en guérir (3 sept.).
Quelques jours plus tard, le 18, on procède sans incident à l'élection du prévôt des marchands et de deux échevins. L'ouverture du scrutin se fit devant le roi lui-même. Ceux qui obtinrent le plus grand nombre de suffrages furent M. Claude Daubray, notaire et secrétaire du roi, pour la charge de prévôt des marchands, et MM. Le Comte et René Baudart pour les charges d'échevins. Ayant pris connaissance des résultats du scrutin, le roi fit appeler les trois élus et reçut leur serment *.
Les rapports du roi avec le Parlement étaient, à cette époque, plus tendus que ses relations avec la Ville de Paris, parce que Henri III, fatigué sans doute des remontrances municipales, s'était adressé, pour avoir de l'argent, d'abord au clergé, qui avait refusé, puis au Parlement, sous forme d'édits bursaux à vérifier. « Le jeudi 4* de septembre, dit l'Estoile, le roy partit de Paris pour aller à Fontainebleau ac rafraischir et, s^en allant, laissa à sa cour de parlement vingt-deux édits nouveaux et boursaux pour les voir et
i. Rbo. h, 1788, fo 200.
homologuer. » Le Parlement envoya lavocal du roi, Brisson, porter à Henri III un arrêt de refus, et, sur Tinsistance du monarque, la cour souveraine répondit « qu'elle ne pouvait ni ne devait », mais, excité par ses favoris, le roi s'écria : « Je voy bien que madame ma cour me veult donner la peine d'y aller moi-même. Je iray, mais je leur diray ce qu'ils ne seront, possible, giières contents d'entendre. » Il ffidlut bien vérifier c< quelques-uns des moins meschans » entre les vingt-deux édits. Quant au clergé, il se croyait k l'abri des exactions royales, parce que, le 15 septembre, Prévost, curé de Saint-Séverin, avait rapporté de Fontainebleau la décharge « de la décime et demie extraordinaire que Sa Majesté avoit demandée »; mais, au commencement d'octobre, Henri, toujours ingénieux, envoya aux abbés, prieurs et bénéficiers aisés des lettres personnelles par lesquelles il priait chacun d'eux de lui prêter certaine somme : le chapitre de Paris était taxé à douze cents écus. Les ecclésiastiques « faisoient la sourde aureille, refusans tout à plat Sa Majesté, laquelle ils disoient assez haut monstrer bien par ses déportemens qu'il n'aimoit guères l'Église * ».
Il semblait que le roi se fît un jeu de blesser successivement ou à la fois tous ses sujets. « Un gouvernement si tyranniquc, dit gravement de Thou, avait détruit insensiblement cet ancien attachement que la nation avait toujours eu pour ses princes. » De fait, la fermentation était grande dans toutes les provinces. Le tiers état et les nobles se liguaient en Bretagne, en Normandie, en Bourgogne, en Auvergne pour résister aux perpétuelles exactions du roi et protester contre ses prodigalités folles. Les États qui se tinrent à Dijon en novembre 1378 dressèrent une longue requête pour demander la diminution des impôts, sans