‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 88 sur 314 · L'EsTOiLB, t. I, p · texte numérisé non relu

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préjudice de beaucoup d'autres réformes *. Les délégués des États bourguignons vinrent trouver le monarque et lui tinrent quelques propos attestant leur érudition;* ils citèrent, par exemple, ce mot de Tibère « qu'un bon pasteur doit tondre ses brebis et non pas les écorcher ». En Bretagne, on réclamait le rétablissement des impôts au chiffre du temps de Louis XII et de la reine Anne. Les États provinciaux de Normandie, qui s'assemblèrent le 17 novembre, n'eurent pas une attitude moins énergique que les États de Bourgogne. Nicolas Clerel, chanoine de Rouen et député ecclésiastique pour le bailliage de cette ville, qu'on avait chargé de rédiger la réponse des États aux demandes du roi, ne prit aucune précaution diplomatique *. Il prononça contre l'administration royale une véritable philippique qui commençait par une citation de Jérémie et se continuait par une série de jusques à quand * . . . Ces plaintes avaient pour conclusion le refus formel d'exécuter les édits bursaux.

Comme la Bretagne et la Normandie comptaient parmi les provinces les plus catholiques du royaume, Henri III n'eut pas de peine à deviner que les Guises encourageaient et excitaient sous main les faiseurs de remontrances et

i. Voy. dbTbou, t. VII, p. 730, qui analyse les difTérents articles de celte requête.

2. Coppie (F une lettre escrite par Edmond de PanygroHes, escuyer, à un seigneur du pays de Bourgogne : en laquelle est contenu le discours de ce qui ^est passé aux Estais provinciaux de Normandie, tenus à Rouen au mois de novembre mil cinq cens soixante et dix-huit. A Paris, par Barthélémy des Planches, 1578. Arcu. cubibubks de Cimber et Danjon, 1^* série, t. IX, p. 263. Suivant la Croix du Maine, les noms de Panygrollesj auteur, et B. des Planches, imprimeur, sont des noms supposés, sans qu^on connaisse d'ailleurB le véritable auteur de la lettre.

3. « Représentez-vous, s'il vous plaist, les porves villageois de Normandie, ayans la teste nue, prosternez aux pieds de vostre grandeur (M, de Caronges, l'un des gouverneurs de la Normandie), maigres, deschirez, langoureux, sans chemise en dos ny souliers en pieds, ressemblans mieux hommes tirez de la fosse que vivans, lesquels, levans les mains & vous comme à Tymage de Dieu, vous usent de ces paroles : Jusques à quand sera-ce, monseigneur, que les playes dont nous sommes affligez auront cours? etc. »

les ennemis des édits bursaux. Ainsi s'expliquent les avances faites par Henri III au roi de Navarre et les efforts de tatherine pour réconcilier les deux princes. Une première entrevue avait eu lieu à La Réole (fin août 1578) entre la reine mère et le roi de Navarre, que l'arrivée de Catherine et de sa fille ne remplit pas d'allégresse. Mais, à travers les incidents peu intéressants de la campagne diplomatique de la vieille reine pour soumettre les protestants du Midi et diviser leurs chefs, le raffinement des séductions essayées contre le roi de Navarre par sa bellemère est tout à fait édifiant. La reine, dit d'Aubigné ', « avoit exprès pour son gendre la dame de Sauves et Dayelle Cypriotte, celles-là mesmes qui l'avoient retenu autres fois aux prisons de la Cour ». Tant d'habileté vint échouer contre la haine de la reine de Navarre pour son frère, Henri III, qui avait dénoncé au Béarnais des infortunes conjugales qu'il ne connaissait que trop bien et dont il ne faisait que rire. Mais la reine Marguerite ne riait pas des lâchetés du roi de France contre elle et le vicomte de Turenne « embarqué en son amour ». Elle reprit les armes de Catherine et styla de telle sorte les maîtresses de son mari que ce dernier finit par se résoudre à une nouvelle rupture avec Henri III. Tel fut le point de départ de la Guerre des Amoureux (avril 1580). Ainsi le roi de France, par la bassesse de ses perfidies, se retrouvait seul en face de la Ligue, d'une part, en face des protestants, de l'autre.

Il était bon d'établir sommairement la situation de la monarchie au regard des protestants et des provinces catholiques, pendant les années 1578-1579. Les mouvements des partis dans le Midi et les manifestations populaires en Bourgogne, en Bretagne et en Normandie n'ont pas été

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