Paris et Londres comparés
(6) mes observations personnelles , sans rëpëter les détails stati$tiques qu^OB peut trouver dans des ouvrages dëjà publiés (r).
Le but que je me suis proposé est d'intro* duire plusieurs améliorations dans les lois et usages des deux capitales.
On dirait que les rues de Paris ne sont faites que pour les gens qui ont voiture. Elles rappellent trop le temps où la bourgeoisie et le peuple , méprisés par de méprisables hommes de cour, devaient en recevoir les éclaboussures comme de l'eau bénite. Sous la république , le peuple souverain n^a pas cessé de se traîner docilement dans les boues de Paris. ]^apoléon, quia puissamment contribué à Tembellissement et à Fassainis sèment de cette capitale , a tourné son génie vers des objets étrangers à Tadministration intérieure du pays qu^il était chargé de rendra heureux, et ce n'est guère que depuis le règne de S. M. Charles X que , par l'établissement successif de quelques trottoirs , et surtout de plusieurs beaux passages , les françaiâ ont commencé à prouver qu'ils ont aussi le goût de la propreté , ce qu'en voyant les rues de la capitale , on est encore fort disposé à \^w contester.
Je dois faire observer que. ces nombreux et briUans passages sont le prodiiit de l'industrie particulière , et que Tadministration municipale et le gouvernement sont restés étrangers à cet heureux mouvement. Jamais un député de Paris n^a songé à proposer à la chambre quelques mesures pour l'assainissement de la ville , dont il était obligé de pro-^ téger les intérêts.
On sait que le pavé de Paris , jadis établi , sans doute 9 par l'homme le plus inepte du royaume , est composé de pierres d'environ neuf pouces de côté , et d'une surface convexe, presque toujours couverte de glaise humide. C'est une espèce de supplice que de marcher sur cet amas de cailloux raboteux »
et de glisser continuellement, au risque de tomber et d'être écrasé sous les voitures. Ou l'on doit, comme en Angleterre, adopter l'usage de la mac-adamisation , qui offre cependant quelques inconvéniens , ou Paris doit être pavé de pierres d'une surface plane, unies par un ciment indissoluble.
A Londres, comme dans le petit nombre de ceux qui existent à Paris , les trottoirs n'ont point une largeur suffisante ; une rue centrale, telle que la rue Vivienne, qui réunit la place de
la Bourse auJPalais-Royal , devrait être moins étroite , et la rue de la Bourse , à peine commencëe, n^a également point une largeur proportionnée à Tétendue du monument qui lui fait face. Ici , comme dans mille autres bévues des directeurs de la graiide-voirie , on remarque que les architectes du gouvernement n^entendent rien à fa construction
des villes.
Paris est le purgatoire des gens qui n^ont
pas entièrement perdu Todorat. Les eaux fétidesy échappées de toutes les maisons, croupissent dans les rues déjà infectées par le fumier de cinquante mille chevaux. Dès le matin , de vieilles portières viennent déposer dans la boue du ruisseau leur, tribut de malpropreté ; les murs même de toutes les maisons sont tapissés et corrodés par Turine de toute la population plébéienne. Mais quelle propreté règne à Londres ! avec quelle liberté^ Ton y respire un air pur, sans être obligé , comme à Paris, de détourner les yeux à chaque pas, et de suspendre sa respiration , pour n'être pas incommodé par des miasmes pestilentiels et par la vue d'un vaste cloaque!
Il faudrait que les personnes qui composent la haute administration municipale, que
(9) M. le préfet de police et les agens qui sont chargés sous lui d'entretenir la salubrité dans Paris, allassent étudier et admirer à Londres la propreté de cette immense cité, et qu^Is en ramenassent un certain nombre d'hommes dont les fonctions seraient Rétablir à Paris les mêmes moyens de propreté et de salubrité qu'on emploie à Londres. Ne vaudrait-il pas mieux envoyer aussi des jeunes gens étudier cet art important, que de les entretenir à Rome, dont tous les monumens nous sont parfaitement connus? Au reste, loin de blâmer les études qu'on fait faire à de jeunes artistes à Rome , je voudrais que les architectes, pour être autorisés à exercer leur art à Paris, fussent obligés de prouver qu'ils ont voyagé en Italie et en Angleterre.
Quoique les maisons de Londres soient peu élevées et non moins inégales que celles de Paris , où généralement on n'en trouve pas deux qui paraissent avoir été faites parle même maçon ; les grandes rues de Londres offrent dans la nuit un spectacle magnifique , l'éclairage par des candélabres pla>:ées de chaque côté des trottoirs formant une véritable illumination; aussi jusqu'à deux heures du matin les rues sont-elles pleines de monde ,,
et y jouit-onde la plus parfaite sécurité. Mais à Paris! que je plains les pauvres amateurs, qui sortant dû spectacle après onze heures , lorsque les boutiques sont fermées , veulent rentrer chez eux , en parcourant des rues parfumées par le cl^r triomphal des vidangeurs!
Dans la profonde obscurité qui les environne , les citoyens, provoqués ou insultés par de sales coureuses, sont exposés à se voir voler et assassiner , sans pouvoir, comme à Londres, appeler un vi^atshman , puisque cette institution nous manque totalement.
J^ai contribué à faire adopter à Paris il y a quelques années Fusage du gaz hydrogène.
Au commencement de 1828, je m'adressai aux directeurs de plusieurs compagnies de gaz, en les engagant à se charger de Téclaira ge des rues de la captale. Les lanternes y sont placées à la distance de 80, 100 et même de 120 pas les unes des autres. Leursombre clarté parvient à peine jusqu'au sol et ne peut guère servir qu'à indiquer aux cochers ivres le milieu de la rue, tandis qu'à Londres la lumière que répand le gaz est si grande , qu'on pourrait lire chemin faisant, comme en plein jour. Eh bien! croirait-on que, par l'effet d'une parcimonie, qu'un député nommerait une
économie de bouts de chandelle , lorsqu'il s'agit de la sécurité publique et de Tembellissement d'une capitale séjoui* de noè Rois, l'administration de la police à répondu aux entrepreneurs f <c qu'elle consentirait à laisser » éclairer Paris par le gaz ; mais sans vouloir » faire aucune dépense de plus qu^actudile- )) ment, » malgré les frais considérables de premier établissement de tuyaux et candélabres ; et cependant il s^agit de i^épandre une lumière vingt fois plus intense et plus extense que l'ombre de clarté que jettent nos réverbères (2).
Paris, avec sa malpropreté et son obscurité, est-il bien la capitale du monde civilisé ? Quand on voit l'insolence et la grossièreté des gens du bas peuple, ne serait-on pastentéde le prendre pour la capitale du monde incivilise?
Voici quelques améliorations que je propose à M. le préfet du département et à M. le préfet de police.
i"". L'établissement successif de trottoirs dans toutes les rues de Paris, en accordant une prime aux propriétaires qui contribueraient par là à diminuer la dépense du pavage et à l'assainissement de la capitale.
2''. De remplacer le pave actuel soit par la mac-adamisation , soit encore mieux par un pave uni et bien cimente.
3"". L^ écoulement des eaux ménagères.
4^. La suppression des plombs qui infectent les escaliers de presque toutes les maisons.
5®. Le balayage quotidien de toutes les rues, places, boulevards, trottoirs etc. Il avait été question d^employer à ce travail des mendians et ce projet n^ était pas indigne d^étre pris en considération.
6®. L'éclairage des rues par le gazàHnstar de Londres.
* y"». L'établissement de watshmen et de constables.
S"* Une ordonnance portant obligation de placer des fumivores au-dessus de chaque bec de ga? , tant dans les magasins et autres établissemens particuliers , que dans les théâtres et les passages où la vapeur du gaz répand une odeur désagréable, et doit altérer lasan« té , comme il serait utile de le faire constater par des expériences scientifiques.
9^. De faire établir des ventilateurs dans tous les théâtres, où la santé publique est livrée àTaviditédes spéculateurs, sans qu'on ait jamais songé à faire estimer officiellement quel
est le nombre de spectateurs que chaque salle de spectacle peut contenir sans danger pour leur vie et leur santé.
lo^ La défense de fumer dans les rues, places , "jardins et passages , qui sont infectés par rinsupportablc odeur du tabac de la régie* 1 1^ L^obligation de placer des chenaux à tous les toits qui donnent sur la rue.
12'' La défense de scier du bois dans les rues , pour éviter un encombrement qui n'est pas sans dangers : c'est au chantier que chacun doit faire scier son bois.
Il y aurait encore une foule de réglemens à proposer à l'administration ; mais il serait superflu d'en dresser la liste , tant qu'elle ne s'occupe point de ceux qui sont les plus urgens.
J'ai adressé, il y a nombre d'années , à l'Académie de médecine de Paris , un projet auquel elle a accordé son approbation : c'était la composition du dictionnaire de la santé humaine, comprenant la statistique médicale et l'hygiène privée et publique universelles. Ce vaste plan , qui aurait exigé la coopération des savans et philantropes de tous les pays , et dont un des principaux objets était d'indiquer aux gouvernemens les améliorations
de tout genre , que chaque localité , chaque climat , chaque nation , chaque classe de citoyens peut rëclamer , ce plan n*a point été exécuté. On aurait pu dumoins s'occuper provisoirement de la statistique médicale et de Thygiène privée et publique de Paris. Messieurs les médecins auraientrils eu la délicatesse de ne point vouloir s'approprier mon projet ? Je crois plutôt que la difficulté de vendre les ouvrages les plus utiles s'est opposée à cette entreprise ; d'ailleurs l'hygiène , dont l'objet serait qu'il n'existât aucune maladie , est en opposition directe avec l'intérêt immédiat des médecins et des chirurgiens ; aussi cette partie n'a-t-elle jamais été traitée que d'une ma^ nière très*éloignée de son importance, et de la profondeur de mes vues , qui embrassent l'administration entière de la société humaine , c'est-à-dire , l'homme , depuis le berceau jusqu'au tombeau , considéré sous les rapports de l'âge , du sexe ^ du climat , de la localité y de l'état ou de la profession , de la nourriture , des vétemens , des travaux , des plaisirs, de la religion, de la constitution politique, de l'état de paix ou de guerre, d'innocence ou de culpabilité , de résidence fixe ou de voyage dans telle ou telle contrée,
sur terre ou sur mer, avec Tindication des mesures publiques et particulières à prendre pour prévenir ou combattre les maladies épidémiques ou contagieuses , et enfin les incendies, les crimes, la guei;rQ et to4s les malheurs qui pèsent sur rhumanité , souvent par Teffetde son» injcurie et de son imprévoyance.
Presque toutes les personnes qui habitent rintérieur de Paris , qui y sont nées et qui ne sortent guère de chez elles , ont le teint pâ)e et plombé , ce qui n'est point favorable à la beauté , ni un indice de santé ; mais à Londres , où les enfans peuvent sans danger sorr tir et jouer sur les trottoirs , dans de$ rues très-propres et aérées , on remarque sur tou$ les visages un air de santé et de prospérité qui charme Tétranger.
Les médecins ont besoin de lei^r temp$ pour faire fortune et du moins pour végéter.
On doit peu compter sur leur coopération pour obtenir uœ réforme dans la. construction des rues , des maisons et de tout ce qui peut assainir une ville.^ Il faudrait que le gouvernement entretînt à ses frais un certain nombre d'hommes , qui , pourvus de connaissances médicales, renonçassent à Texercice habituel de leur art , pour Voccuper unique-
ment d'hygiène publique , et qui fussent in-« demnisés des dépenses que leur causeraient leurs voyages, leurs publications et leur correspondance scientifique.
Il est vivement à désirer que Tusage des voitures à vapeur remplace incessamment ce* lui des chevaux dans les grandes villes , où Turine et la fiente de ces animaux répand une odeur désagréable et des^ miasmes insalubres* A Londres , on a soin de placer les écuries dans des endroits écartés; mais à Paris il est peu de maisons d'une certaine importance où Ton n'ait écurie et remise. Dès les trois ou quatre heures du matin , on entend des pale^ freniers et de grossiers valets d'écurie crier, chanter , siffler , agiter brusquement une pompe (3), jeter violemment les sceaux par teïrê, étriller des chevaux et lier avec eux une bruyante conversation , en sorte que le som-* meil de quarante familles est troublé pour procurer à une fille entretenue et souvent à des hmnmes non moins méprisablesle plaisir de dire qu'ils ont voiture ! Dès sept heures du matin viennent ensuite des domestiques battre des habits et persécuter ainsi jour et nuit des gens qui , s'ils voulaient rendre tapage pour tapage , feraient de la capitale une ville inhabitable.
( '7 ) Observons que ces ëlëgans , ces femmes , 1
riches ou cex^ées telles , qui rentrent bruyain-
ment à une heure après minuit du spectacle
ou de quelque soirée , paraissent avoir les
oreilles ^aussi à Fépreuve du vacarme cause
par leurs chevaux et leur valetaille , qu^à celle
du eharivari rossinien, quHl est *de mode
d^endurer sans se plaindre, comme il est beau
che% les sauvages de FAmérique de supporter
les supplices les plus bariiares, sans donner
la moindre marque de douleur.
• On accusait jadis les Français d'avoir les
oreilles doublées de parchemin , aujourd'hui
Ton doit lé^ féliciter de les avoir doublées de tôle- Ce n'est point à Paris , dans la classe des personnes riches ou nobles, qu'on trouve des femmes, je ne dirai pas belles; mais du moins jolies. ]^on ; d'abord elles manquent presque toutes de fraîcheur, par Teffet de la vie inactive qu'elles mènent , et de ce qu'elles croiraient déroger en faisant journellement deux lieues à pied, comme l'exigerail: le soin de leur santé et de leur beauté ; ensuite un certain air prétentieux enlaidit leur pfaysiononomie ; car il ne faut pas se dissimuler que nos séntimens habituels , nos occupations ,
( i6) nos pensëes embellissent ou défigurent tios traits ; le fait suivant ne fait que confirmer ce système. Je me trouvais au concert de mademoiselle ***; il n'était pas encore commencé , lorsque deux jeunes personnes de dix-huit à vingt ans, accompagnées de leur mère, se*placèrent aux premières galeries. Je n'ai jamais vu de figures qui annonçassent mieux la stupidité que celle de ces deux demoiselles , dont les traits empâtés , le visage bouffi et sans expression excitaient un murmure général. £h bien , ces dames apparte^ Baient à la première noblesse de France !
J'appris ensuite qu'elles était d'une ignorance rare , et telle , qu'une de ces demoi*selles, qui depuis nombre d'années étudiait inutilement la musique , ne savait pas même plier et cacheter une lettre !
G^est dans la salle de l'Opéra italien (Kings Théâtre) de Londres qu'on voit une réunion admirable de jolies femmes , telle que Paris n'en a jamais offert. La salle du grand Opéra de Paris , comparée à celle de Londres, est sous ce rapport véritablement hideuse. A Londres on peut compter dans cette brillante réunion 4 ^ ^oo jeunes personnes de i6 à ^5 ans, toutes parées, c'est-à-dire en
( 19 ) cheveux et les ëpaules découvertes. A Paris les femmes s'empaquètent jusque sous le men-
ton, soit par une ridicule affectation de modestie , soit que le grand nombre de femmes qui n^ont ni la peau blanche * ni des formes belles et bien conservées, ait fait adopter cet usage infiniment trop pudique. D^ailleurs, on ne voit que peu de jeunes femmes à l'Opéra de Paris; de vieilles comtesses, de vieilles douairières envahissent les loges et Tamphithéâtre : les troisième.s et quatrièmes sont pleines de gens du bas peuple et de femmes encapuchonnées d'un vilain bonpet , tel que le portent les poissardes, leurs commères, et souvent tout ce beau monde entre avec des billets (fonnés !
Il faut convenir que les Français, ni les Anglais, ni la plupart des peuples de l'Europe n'ont aucun goût pour leur mise ; que le frac, la chemise et la cravate empesées et surtout lechapeaudefeutredelaformela plus bizarre, composent un costume ridicule et avi- Kssant. La statue d'un grand homme , vêtu de cette manière, l'exposerait à la risée delà postérité jusqu'à la dernière génération de l'espèce humaine. Qu'on enjugeparlesstatues de soldats qui sont sur l'arc de triomphe du
Carrousel. Il faut que Napoléon n^ait eu aucun goût en matière de beaux-arts, pour avoir, par ce iQonument, immortalisé un costume ignoble et grotesque , invente par d'inoptes tailleurs AUeniands.
On doit également blâmer les modes que les femmes^ en France, adoptent si facilement pour les abandonner ensuite avec dédain :
elles sont toutes également dépourvue) de noblesse. Dans les siècles passés, les femmes avaient une mise plus favorable àla beauté. La mise des hommes et des femmes est d'ailleurs très éloignée des exigences de Thygiène.
Les Turcs et les peuples de F Orient se coëffent et s'habillent d'une manière plus analogues à la digi^^é humaine, qui en* France est tellement ravalée que souvent un législateur , un prêtre , un savant , sont éclipsés par un garçon perruquier ou par un décrotteur endimanché.
A Londres, les femmes du bas peuple sont encore plus mal mises qu'à Paris : elles ne savent point danser , ce qui peut contribuer à leur donner un air gauche et une étrange tournure.
Les Anglais auraient besoin que nous leur envoyassions annuellement une cargaison de
maîtres de «danse et de musique, de couturières et de modistes, et surtout de matelas- ^ers, car les matelas des Anglais, ainsi que leurs paillasses piquées , sont tellement durs et peu élèves qu^on serait à peu près aussi bien couché par terre : un envoi de cuisiniers, de. pâtissiers et de glaciers ne serait pas moins utile aux habitans d'Allùon. La cuisjine des Anglais est celle d'un peuple encore sauvage, leurs viandes rôties répandent le sang à grands flots; Içurs légumes à moitié cuits dan& Feau et sur lesquels on jette un morceau de beurre,, sont lin mets dont rinvention pourrait être revendiquée par les Cosaques.
Heurejusement il est à Londres quelques restaurateurs Français dont les prix sont moins élevés que ceux de plusieurs de leurs confrères de Paris.
Nos vins sont fort chers à Londres , même ceux que Ton y fabrique. Le pain et la viande y sont d'une qualité, parfaite et approchant au même prix qu'à Paris. On trouve à Londres des établissemens où l'on vend du bœuf, du mouton et du veau rôtis ou bouillis à la livre. Ce serait une innovation à introduire à Paris.
On reproche aux Anglais d'être moins gais que les Français ; cependant j'ai vu rire près-
que tonlinuelliement à la comédie » Londres j cela tient à la liberté accordée aux auteurset à roriginalité singulière de quelques ac-« teurs anglais. Les habitans d'Albion devien* draient plus gais et par conséquent plus heoreux s'ils changeaient leur régime nutritif, si une forte réduction dans les droits d'entrée leur permettait d'avoir des vins à des prix modérés, si un changement notable, à leurs usages et à leur religion , leur laissait la li* berté de se divertir , d'aller au spectacle et de danser le dimanche; si, au lieu de pares, dont la seule vue inspire une sombre mélancolie , ils ^levaient de brillantes salles de danse et de concert , auprès de magnifiques jardins, ornés de statues; mais la modestie anglaise est telle, qu'il n existe à Londres aucunes statues de femmes nues; en sorte que , pour admirer la belle nature , force est de renoncer à des marbres* inanimés, et de choisir entre 5o ou 60 mille beautés qui , à certaines conditions , imposent un silence momentané à leur invariable pudeur natio* nale.
Les bains publics sont en très-petit nombre à Londres , et leur prix ordinaire est de 5 fr. Il me semble qu'il y aurait une bonne et utilq
spéculation à faire , en établissant à Londres des bains à Tinstar de ceux de Paris , où Ton en donne pour 20 et même pour i5 sbus. Les bains portatifs pourraient également trouver bien des amateurs chez les Anglais. On pourrait introduire à Paris Tusage des bains fl*eau de mer qu'oa prend à Londres*
J^ oubliais, en parlant des Phrynés d'Albion, dont les traits et les charmes romantiques feraient aisément oublier la classique et fade Ténus de Médicis , qtie cet article peut intéresser quelques voyageurs français.
J'avais entendu dire, que ces dames n'osaient pas aborder les hommes; c'est une calomnie : elles sont aussi prévenantes que les Françaises, et fourmillent dans les rues, dont, pendan^Ia nuit, elles obstruent les trottoirs. Bon nombre de ces intrépides promeneuses ne se retirent qu'au lever du soleil , d'autant plus que plusieurs spectacles ne finissent qu'après une heure du matin , et qu'alors les rues sont plus brillantes de clarté qu'en plein jour. On ne laisse entrer ces belles d^ns aucune maison honnête. Je suppose même qu'un étranger habite sous le même toit que des femmçs galantes, croirait-on qu'il ne lui est pas permis d'en recevoir du.
dehors chez lui ? La maîtresse de la maison » fût-elle une Laïs , viendrait faire tapage à la porte de son locataire et chasser ignominieusemept sa tremblante compatriote, ou la faire arrêter par le watchman; Tesprit du monopole se glisse partout. A Paris , chacun est libre chez soi , et dans la plupart des maisons garnies , on reçoit dans le jour des feihmes, sans éprouver de difficulté : il est vrai qu^il est peu d'hôtels garnis où Ton puisse passer la nuit avec une jolie femme. Je pense qu^à Paris comme à Londres la jalousie des maîtresses d'hôtels entre pour beaucoup dans les embarras de ce genre , qu'elles suscitent à leurs pacifiques locataires*
Ce qu'on n'a point en France, et qui doit à Londres beaucoup plaire ^aux amateurs étrangers , c'est l'agréable surprise de se voir, aussitôt leur arrivée au spectacle, entourer par une foule de jeunes personnes bien mises, qui viennent lier conversation avec eux dans les loges et aux foyers qui , en Angleterre , sont très- vastes. Le théâtre Englbh opéra House a lui seul trois grands foyers , dans l'un desquels se trouve une espèce de parterre de fleurs (4). Ces femmes, jouissant de la plénitude de leurs droits sur le sol inviolable de
la liberté , ne craignent pas dé se comporter d'une manière soovent indécente dans les corridors, où il n'y a point d'ouvreuses, mais des placeurs trèsrindulgens pour ]e sexe. Par l'effet du même principe de liberté illimitée , on n'a point tracé de lïgne de démarcation enfré les prostituées et les femmes honnêtes; en sorte qu'aucune femme n'est obligée de se présenter au dispensaire, comme les filles le sont à Paris; aussi les maladies syphillitiques ne sont - elles point rares à Londres.
Elles ne le sont pas non plus à Paris , où les prostituées ne sont forcées de se faire visiter qu'une fois par mois , tandis qu'il faudrait qu'elles le fussent tous les jours ou de deux jours l'un. Il est peu de jeunes gens qui, en arrivant à Paris, ne soient victimes de l'incurie de la police à cet égard. Cette cruelle maladie , lorsqu'elle n'entraîne pas au tombeau , après de longues tortures , ceux que la nature et leur inexpérience y expose, altère du moins leur santé et fait peser sur leurs descendans (quand ils peuvent en avoir) le rude châtiment d'un péché imaginaire!
Il serait vivement à désirer , dans l'iptérêt pressant de l'a santé publique et deThumanité,
que des ëtablisseinens rigoureusement sur^ veillés par des employés de la police ^ prëser-* Tassent de ce fléau une partie assez impor-^ tante de la population de la France. .
Du moins à Londres on ne voit^as, comme à Paris, .ces êtres infâmes qui , sous le nom d^amans ou de souteneurs de femmes ( pour ne pas me servir d^un terme plus exact) ^ doublent le scandale de la prostitution publique , en s'associant à toute, la honte , aux
vols , aux insultes et aux attaques nocturnes de viles dévergondées , dont il est impossible d'obteQir justice, puisqu'elles sont, grâce à quelques pour-boire et à leurs faveurs gra<* tuites , sous là {>rotection habituelle des agens de la police ^et des gendarmes. Enfin, sup-posé qu'on parvint à en faire arrêter une, il faudrait avoir avec elle et ses souteneurs un procès dont le scandale, quoique basé peutêtre .sur des mensonges, produirait un effet très-fâcheux pour rhomme insulté ou maltraité ; aussi des prêtres , des hommes mariés viennent -ils journellement se plaindre aux commissaires de police de vols ou d'autrea délits commis par des prostituées, et cela toujours infructueusement. Il est cependant singulier que cette même police , qui* a le pouvoir
( 27 ) de mettre hors de la loi les femmes publiques
et- de les faire incarcérer lorsqu'elles sont atteintes dQ certaines maladies cêx en retard pour la visite du dispensaire , lorsqu'elles ne sont pas rentrées à onze heures du soir, etc.^ prétende n'avoir pas le droit de les faire arrêter et juger admiaistrativement , lorsqu'il s^agit de vol ou d'attaque sur ua honnête homme !
Le privilège qiï'ont de fait ces créatures d'insulter les passans , deiiPande de nouveaux et très-.sévèï:es réglemens du préfet de police , qui , depuis son installation , en a fait et mis en vigueur bien d'autres d'une ea^écution plug^ difficile. l\ est urgent de purger le boulevard de Cobleniz et le Palais7Royal , non-seulement de ces harpies, mais encore de leurs dignes acolytes et de quelques êtres plus infâmes, qui, à ce qu'on m'assure, payaient, du temps de Napoléon , la même rétribution que les femmes publiques, et qui continuent, k ce qu'il paraît , d'exercer leur commerce libre de tout impôt (5).
Si l'amour désordonné des Anglais pour la licence, qu'ils nomment liberté , fa^tqu'oa est fort exposé à Londres à être empoisonné par 4e redoutable virus vénérien, témoin ir-^
( a8) rëcusable de la foi que mérite la pruderie anglaise, et qui est telle, que nombte déjeune» filles de djx % douze ans accostent Les passans en plein jour; l'esprit de liberté se manifeste par Faversion que les habitans de Londres ont pour les militaires, dont on ne voit guère qu'une compagnie pour la garde du roi. Partout ailleurs, l'ordre est maintenupar des officiers civils , et l'on n'y connaît pas les gendarmes. Yollà une innovation qui trouvait à Paris bien des anglomanes.
Je ne sais dans quel livre j'ai vu, il y a quelques années , une plaisanterie sur mon projet de langue universelle et d'union des peuples. L'auteur avançait , qu'en effet , pour se m'ettre d'accord, il fallait qu'ils pussent s entendre. Ce jeu de mots n'est qu'une vérité; presque tous les peuples qui parlent la même langue forment un corps de nation et regardent comme étrangers ceux qui se sefvent d'un autre idiome. En uniformant la langue, la religion, la constitution, les usages, les lois, les mœurs et les délassemens des peuples , on les habituera à se considérer comme membres de la même grande famille humaine et à coopérer tous aux nobles entreprises de la civilisation.
.^jCS prêtres qui, par des vues d^ntérét personkely' s^opposent presque tous à la fusion d'opittîçns religieuses, bien désirable dans Tintërét de- la yérité et de rhumanité, per-* dent chaque jour Tinfluence que la restauration a cru devoirleur rendre temporairement.
Quant aux rois, ^x empereurs et autres potentats, il faudra quaisuccessivement ils fléchissent et obéissent au thp^vement général des peuples vers un état de bien-être universel, et changent; pour ainsi dire, leurs»
titres de maîtres des nations contre celui d^assureurs de la paix et de garans responsables de la vie, du logement, du vêtement, de la nourriture, du chauffage, de Téclairage, d^une liberté raisonnable, et du bonheur de leurs sujets,» qui seront des sociétaires et des assurés. Loin de vouloir nuire au respect que les .peuples doivent aux rois, mon intention, est d^ajouter aux titres que les gouvernans peuvent avoir à la reconnaissance publique.
Dans cet état de choses, que notre siècle prépare, de nombreuses armées, occupées à détruire les hommes ou même à ne rien faire sont [un fléau plus insupportable pour une nation que tous les moines et toutes les congrégations^qu'eUe serait chargée d'entretenir
sans fruit. Il est donc indispensable que les peuples sVntendent pour réduire à très-peu de chose les armées, comme un |pouvpir destructeur de la prospérité publique et oomme un instrument d oppression.
On ne choisit pas pour rois les hommes les plus philosophes. Sous le rapport de la supériorité intellectuelle , les gouvemans sont fréquemment au-dessous des gouvernés; ainsi Ton attendrait vainement la fin de cet usage barbare qu'on nomme conquête^, et qui n'est, en réalilé, qu'un brigandage en gros, dans lejquel le prince le plus puissant cherche à dépouiller son voisin plus faible; d'ailleurs les rois, leurs ministres et leurs fidèles conseillers les diplomates, ont intérêt à faire quelquefois la guerre; c'est un moyen de se donner de l'importance, de la célébrité et de faire parler d'eux )>eaucoup plus qu'on ne pourrait le faire, si l'on était réduit à louer leurs talens, leurs vertus et leur sagesse administrative. La guerre semble faire croire qu'ils sont nécessaires, lorsqu'ils sont les auteurs de ce cruel fléau ; c'est cependant en la rendant impossible que les rois assureraient leur haute situation et obtiendraient une gloire plus réelle.
Un temps viendra où l'armée, qui a presque
te monopole des faveurs royales , sera réduite aux modestes fonctions de conservatrice de l'ordre public, c'est-à-dire de ce que nous appelons actuellement gen*darmes ; c'est la ravaler aussi bas que possible ; mais il ne tiendra qu'à elle de faire oublier ses devant ciers , souvent un peu tares.
En attendant ce bienheureux moment, il me semble qu'on pourrait utiliser les bras oisifs des soldats, en les occupant aux travaux que réclament les routes de France , qui sont dans un état déplorable, et en adoptant le système de la mac-adamisation à l'instar des routes d'Angleterre. L'armée pourrait également être occupée à creuser des canaux , pour augmenter la prospérité de l'État.
Les grandes routes de France , à compter de deux lieues au-delà de Paris , ont un superflu de largeur qu'on pourrait vendre au profit des classes pauvres, en laissant subsister les arbres qui offrent leur ombrage aux paysans et aux voyageurs.
Dans une brochure publiée il y a dix ans, {Tableau dispositif de la session de 1819), j'ai parlé de l'avanjage qu'il y aurait à établir à Paris un port maritime. C'est pour ce superbe projet que le ministère aurait dû réserver
toutes ses ressources. Au lieu d^insistcr sur là nécessité de semblables améliorations matérielles , les feuilles politiques ne mettent à Tordre du jour que les sujets qui peuvent inté-^ resser Fesprit de parti , et les journaux littéraires , qui auraient Ja faculté d^aborder les ipatières politiques , ne profitent pas de cet avantage pour servir Tindustrie et la gloire naticmales. C'est après avoir fait cette remar^ que, que j'ai formé le projet de deux nouveaux journaux politiques, offrant chacun un cadre spécial et très-vaste : je crois pouvoir le présenter ici , laissant à toute personne qui voudrait établir de pareils journaux une entière liberté d'en adopter le titre et les bases, sur lesquelles je donnerais, sans aucun intérêt, lés détails qu'on pourrait désirer.
IiB ' MÉTHODIQUE.
Ce journal paraîtra tous les jours à midi, à- dater d'un mois avant l'ouverture des chambres. Pendant la durée de la session , il sera de huit grandes pages , réduites à quatre depuis la clôture des chambres.
Il est fondé sur ce principe qu^il y a incomparablement plus de lumière^ , de talens» jl de science , de patriotisme hors de la chambre que dans les chambres, quejleque soit leur composition.
Les objets spéciaux de la publication *du Méthodique sont :
i^. D'indiquer, dèsjes premiers numéros , sous le titre de tableau dispositif de la session , les matières dont la nation demande que le gouvernement représentatif s'occupe.
2^. De faire pour ainsi dire comparaître' à sa barre les députés et les ministres , de ju« g€r leurs discours et leurs résolutions ^ et de prononcer même à Tégard de ce qu'ils auraient dû faire ou dire. De J:>lâmer la clôture
ou Tordre du jour, lorsqu'ils sont adoptés trop légèrement.
3°. De condamner parfois Tes décisions de la chambre relatives aux. pétitions , pour lesquelles un registre régulier devrait être tenu, avec obligation de répondi:e A toutes celles qui n'offrent rien d'inconvenant. Les députée, chargés de la tenue de ce registre, le seraient aussi d'obtenir une réponse du ministre au«« quel chaque pétition aurait été renvoyée.
4". Le Méthodique offrira encore des pro-
j^cls de lois et de icglemcns de police , des vues pour rA^sainissement et rembellisscment d& Paris , et soumettra à ses investigations tout le régime administratif de la France.
S"". Â la fm de chaque session , cft journal çjOittiendra. dans une série de numéros , un compte rendu des travaux des chambres, avec un jugement impartial surlcs*hommes et les choses. , •
Apres la fm de Ja session , le journal s^occupera plus particyilièrement de la politique générale, intérieure et extérieure , des lettres, des sciences et des beaux-arts et de tout ce qui intéresse la gloire et la prospérité nationales. Cette feuille, ^rédigée par d'babites publicistes,pourr4iit être d'ane grande utilité»
LE JOiniNAL DES LÉGISLATEimS*
La France a dans la chambre un certain nombre de dignes représcntans; mais a-t-elle des législateurs ? Peu de MM. les députés pourraient aspirer à ce titre ,* que la Charte ne leur accorde point ;* d'ailleurs cette dénomination qu'on ne refuse pas à de grands hommes de l'antiquité , tels que les Solon, les
Lycargue , lesNuraa, les Mbise , les Maho-* met , etc 9 suppose des vues vastes et proibn-» des et Tesprit de novation et de réforme*
Les fonctions des pairs et des députés , même pris en masse , ne s'élèvent pas si haut, et se réduisent presque au vote du budget.
Quant aux ministres , leur amour-propre n^a sans doute jamais été jusqu'à se faire passer pour législateuj:^/ Tout occupés du soin de conserver et d'exercer leur pouvoir, ils n'ont jamais sans doute médité sur les vices fon^ damentaux de nos codes , et sur les lacunes^ mcqnceçabies qulilspràsentent à Tœil du philosophe..
I^a. Charte même réclame de grandes modifications. Un nouveau système de représenta-t tion nationale , basé sur autre chose que siar Faristocratie financière , dont Une longue et cruelle expérience a. prouvé la coup^ible vénalité , doit pouvoir être offerte , non' pas à la France seule , mais à rhumanité entière et perdre par -là tout caractère séditieux ;• c'est ainsi qile j'ai publié , il y a quelques années » une brochure intitulée Trisection de ta Chambre des députes , formant trois pbuiroirs distincts ^ réunis pour Cj^rt^ins objets; et cet écrit, ou je demandais^ la per-
manence des Feprësentans de la nation et des fëgislateùrs I n'a ëté Tobjet d'aacunes poursuites. Il est entendu que cette perma-* •nence ëtait subordonnée à la prérogative dissolvante qui appartient au monarque*
' Les hommes les plus distingues par leurs ' talens^ leur savoir et leur philantrophie , se-* ront appelés à concourir à la rédaction du Joumaldes Législateurs^ qui, pendant la durée de la session; opposera souvent ses décisions à celles des deux chambres. Les procès et débats judiciaires, rapportés dans la Gazette des TribiMaux, fourniront aussi matière à de sages réflexions sur la législation , sur la jurisprudence des cours royales et de cassation / sur Fimperfection du jury, sur la mise au secret , sur les législations étrangères et les jugemens rendus hors de la France, sur la nature et le but de nos lois pénales, sur Tégalité devant la loi , qui raisonnablement doit être une égalité relative!
Pendant le temps qui s^écoule entre chaque session , le journal entreprendra*la révision de nos Godiis et surtout celle du Code pénal , d'une sévérité barbare à quelques égards , entièrement muet dans bien des cas où' U deçràlt pumr^' et point assez rigou-
( 37 ) reux pour le «châtiment de certains crimes.
On trouvera dans cette feuille des articles de législation comparée , où la sagesse des législateurs anciens et modernes de différens peuples sera soumise au jugementdes lecteurs.
Quoiqu'il paraisse difficile d'improviser une législation et des articles profondément pensés sur des matières aussi importantes ; il est à désirer que lé journal, pour devenir ^o/^i/Zairig et réellement utile , paraisse tous les jours.
On a fait Téloge de la décisipn du ministère Martignac, qui exige un énorme cautionnement, même pour un journal qui occupe le public d'objets étrangers à la politique , et soumet les auteurs et les rédacteurs gérans à des peines et à des amendes énormes»
J'avoue que je ne me joindrai point ^aux apologistes , et , par la même raison qu'on devait, à mon avis, accorder une récompense aux auteurs d'inventions utiles , au lieu de leur faire payer un brevet; je voudrais du moins que les journaux rentrassent dans l'ordre commun et ne fussent assujettis à aucun cautionnement. 11 est déjà assez d'autres dif-
ficultës à surmonter, ne fut-ce que celle de trouver dei$ abonnes chez une nation dont la majeure partie ne siût pas même lire , et où le peuple est dans un état d'incurie extrême sur ses intérêts les plus pressans.
Un journal qui éclaire la nation sur l'administration intérieure , qui supplée à l'inertie , à l'esprit de routine des gens en plaée , qui combat avec malice les iSophismes et les exagérations , qui propose tles améliorations pour toutes les parties faibles ou souffrantes du corps social, qui signale les imperfections de nos lois et même de nos institutions ; un tel journal , dis-je , s'il existait , ferait plus de bien à la France que cette tumultueuse chambre des députés , dont les bienfaits ne sont guère qu'en perspective.
Les deux journaux dont je propose la création paraîtraient tous les jours à midi, avant l'heure où les pairs et les députés se rendent aux chambres. Les articles qui demandent des recherches ou de la réflexion , pourraient être ainsi rédigés avec plus d'étendue et beaucoup plus facilement, qu'ils ne le sont dans les feuilles qui paraissent le soir et le matin de bonne heure.
Il a étë' établi par des tableaux statistiques
offici^la qu^e plié du tiers des babitam de Paris expire^en prison oa à rhôpltal, sans parler de cmx qui meurent à Tarmée ou qui sont iÇcra* ses sous les voitures; supplice pins affreux que celui de la roue 4 puisque les souf fraiYces peuvent durer pendant des mois* ^et des an* nées, et même . réduire Thomnie si cruellement mutilé à se voir enfermer pour le reste de ses jours dans mi dépôt de mendicité.
Quoi ! sur six enfans que j'aurais , il y a tout à parier que d^eux d'entre eux finiront d'une manière si affreu'se! Quelle perspective î £st-il chez aucun peuple sauvage ou civilisé un désordre ou une organisation ^ssess vicieuse pour^produire de pareils résultats ?
£n attendant l'époque encore éloignée , où une réorganisation' sociale complète aura lieu , et ou Favenir de l'homme 3era , dans tous les pays, aussi assuré que l'est chez nous celui du soldat y de l'officier, du général en temps de paix; il faudrait que des personnes charitables formassent des sociétés de secours qui pourraient se composer soit de dépôts volontaires portant intérêt, ^soit de retenues obligatoires sur les rentes , traitemcns , gfOgcs etsalaireSf faites dans l'intérêt des personnes assuréeis.
Dans un éctit publié il y a qiielques andéeSi sous le titre d'une Macédoine, en trouve un article intitulé kcture^ interprétation et pré-' dication des lois dans les églises. A une épo*» que où nos lois pénales et autres seront plus en harmonie avec la raison, ce sera un grand bienfait , que de répandre dans le peuple une terreur salutaire de la justice humaine , et de diminuer ainsi le nombre des victimes et celui des criminels. De telles lectures ou conférences, ayant un but manifestement moral, devraient étt^e faites en présence du peuple et de tous les enfans en âge de lesr comprendre. Si les églises ne suffisaient pas pour cet usage , on pourrait élever des monumeos consacrés à cette noble destination , et qui honoreraient Thumanité.
Sbus certains rapports , nos lois sont trop rigoureuses, et la pénalité, loin d^étre une garantie contre d^ nouveaux attentats de la part de Thomme condamné , le met presque dans la nécessité d'y recourir pour soutenir son existence; sous d'autres rapports^ et je parle des attentats* contre lesl personnes, comme assassinats, empoisonne mens , bles^ sures. et injures graves , la pénalité me paraît trop faible. Le brigand qui a assassiné ou
mutilé un homme , doit autant que possible être condamné à des souffrances beaucoup plus longues et plus intenses que celles de Finnocent qu!il a fait périr ou rendu inifirme. La mort du coupable doit être précédée d'an* goisses , de honte , de privations et de douleurs graduées suivant les motifs du crime i le mérite ou la qualité de la personne assassinée et les souffrances de. la victime et de sa famille.
Dans tous les cas d'attentat sur les personnés , le coupable devait être condamné à des dommages*intérêts , même s^ns constitution de partie civile. •
Il faudrait qu'il fut possible de faire peser sur un seul «criminel asàez de.tourmens pour épouvanter les assassins à venir, et faire que leurs attentats fussent presque impossibles et sans exemple. La peine capitale seule n'effraie point assez un scélérat ; il l'affronte comme un soldat brave la mort sur le champ de bataille , tous deux souvent pour un. modique salaire.
L'homme ennuyé de la vie ^ se coupe la gorge, se brûle la cervdle, se jette par la croisée, la veuve du Malabar se précipite
dans Us flammes., et tous ces êtres snkinno
cens ! Il faot donc que l'assassin et 1 ' ekipoisonneur soient menacés de tourni(»is, d'humiliations, de flétrissures plus effroyables que l£s maux qui sont le partage des plus honnêtes gens, ' ' ,
Tout un nouveau système de pénalité est à créer en France. On convient généralement que les forçats et les mauvais sujets qui peuplent les prisons, en sortent. plus corrompus qu'ils ne l'étaient en y entrant. Le corps d'un brigand 9 qui n'a pas respecté celui d'un honnête homme , ne mérite pas de ménagemens.
C'est par de longues peines coiporelles qu'il faut lui faire expier son crime et intimider ses pareils. Un isolement complet , le silence, l'image de la mort, l'obscurité , uâe nourriture repoussante et assez rare pour dompter son audace en affaiblissant son corps,- sont aussi des. moyens d'inspirer un juste effroi aux malfaiteurs , et de combattre leurs crimi-^ nelles passions ; mais pour des peines .graves telles que je le» propose « il faut des crimes réels et non conventionnels. C'est par exemple selon moi une atrocité que de condamner aux travaux forcés pour le prétendu critne de bigamie , surtout. lorsque la loi tolère ouvcirlemfllt les inlidfilités qu'un mati peut
(43) commettre hors de la maison commune.
Le système de .l'égalité devant la loi, qur éprouve de nombreuses modifications lorsqu'il s'agit d'un ministre du culte ou d'un fonctionnaire de FEtat, qui est souvent fort au-dessous d'un homme non salarié , doit nécessairement être rectifié. D'abord , si l'on établit en principe que tous les hommes ont des droits égaux, c'est une kicooséqucnce et une absurdité, que de vouloir qu'ils n'aient! pas tous des possessions , des propriétés , des peines et des jouissances exactement égales.
Pourquoi deux hommes seraient-ils égaux devant la loi, s'ils sont inégaux devant la rat-^ son, devant la société!* Il ne peut y avoii* d'ég^ité raisonnable que celle d'égalité de droits à égalité de titres-réels.
Ce principe fécond en conséquences n'est point nouveau dans la pratique ; sans parler des inégalités de personnes reconnues par nos Godes et de là justice de bien des peuples anciens ou étrangers, notre 'Code pénal militaire consacre l'inégalité que je demandé dans l'ordre civil.
^ Il faut bien se convaincre que toutes les
7rsonnes saJarices par TEtat , les militaires, juges, les'prêlrcs , les niinisftcs, wi sont
que des préposes au biea-étre de la société , qui, si elle^iai]; uniquement composée d'hom* mes comme il faut, c'est-à-dire probes, bien* faisans , justes , désintéressés , pourrait se passer de ces fonctionnaires publics , auxquels cette qualité n^attribue aucune siu>ériorite réelle.
J'approuve en thèse générale des stipula-* tions de la loi en faveur de la classe élevée des agens du gouvernement ; mais si le roi veut qu'on le respecte , tant à cause de ses vertus personnelles que de sa haute situation politique , il faut qu^l stipule dans la loi, en faveur de ce qui possède , une respectabilité effective et qui jouît dans la société d une suprématie avouée par la raison. ^
Il en est des hommes comme des vases qui ont ^fférens prix , lors même qu^ils seraient faits de la même matière : le travail auquel ils ont éfé soumis établit entjre eux une différence de valeur qui peut varier indéfiniment. L'éducation, les travaux ^ les qualités innées ou acquises, le talent et les actions méritoires , donnent k un homme une valeur inestimable qui Télève.fort au-dessus des êtres vulgaires qui n'ont que, le mérite d'ap-* partenir à rtspècç humaine. Comme la perte^
d^un grand général serait plus fatale à la pa-trie que celle d'un régiment entier, Tetistence d'un homme qui n'occupe aucune place rétribuée , mais dont les travau:t^ sont ëminen)ment ù61es à l'humanité ou l'honorent , mérite que la loi ne prétende pas élever à son niveau le premier goujat qui viendra l'insulter on attenter sur ses jours.
Il est juste et dans l'intérêt de la civilisation que la législation réprime ,* par des lois sévères , tout« e^ce de manque de respect des^enè du ba£f peuple envers leurs supérieurs réels. £n France, apparemment, "^depuis la révolution , c'est toujours la canaflle qui in« suite les honnêtes gens. Kon-seulement les poissardes , mais encore tous les marchands qui fréquentent la Halle , les filles*publiques , qui devraient à peine oser se montter,et tous les individus de cette classe, soM d*une audace et d'une insolence insupportaibleâ. Il n^en est heureusement pas de même à Londres, ou l'homme comme il faut(the gentleman) jouit d'une certaine considération.
Je convieils que les lois françaises, laissant aux juges une excessive latitude à l'égard de la durée de la peiile à infliger , leur jurisprudence pourrait suppléer a« silence de la loi
en faveur des perspnnes notables; mais cela n'a point lieu , et le faux principe de ï égalité r4^liUU>nnaire^ n'étant point authentiquement abrogé ^ et suppléé par une législation superor^ dinatii^e; \oxAt personne qui parcourt à pied les Tues de Paris est sans cesse exposée aux grossièretés d^un peuple qui passe pour le plus poli du monde !
La manière de distribuer à Londres les eaux qui servent au nettoiement de la voie publique , et qui peut être d'une grande utilité en cas dUncendie , me paraît préférable à celle de Paris. Les distributions d'eau dans les rues de la* Chaussée-d'Antin , Saint-Mar* tiif , à b porte Saint-Denis , etc. , remplissent les rues de boue, les encombrent de ton-' neaux et gênent la circulation.
Toutes nos bornies^ fontaines sont hideyses.
On ne remarque pas dans tout Parisoine seule fontai|[ie eon$tj(uite de manière à ce qu'un homme' altéré y puisse* étancher sa soif< Les fontaines situées au milieu des places pu-, bliques sont celles qui feraient le plus bel effet ;.ib^is on n'eti voit gàère de telles.
La vUie de Paris devrait faire des emprunts suCiOessifs de: quelques (ientaintes de > millions et; ftfrntantvuii noaveau plan général po ai:
cette capitale, acheter à la* fais uhe grande partie d'un quartier pour le- rebâtir' d'iu!ie manier^ conforme aux exigence' du goùt^ de'rhygîène c^t de la facilité des communica^tions : il y a. là matière à sp^€uler«
Ici ta loi permet de déposséder uto proprié^ taire malgré lui, pour cause d'utilité publique; en rindemnisant ; mais à Londres, le prin* cipe| d'une liberté absurde a prévalu, et un seul propriétaire entêté peut déranger le plus beau plan , comme cela eitt arrivé lorsqu'on a fo|:mé la rue de Regenstreet.
D'après ce faux principe, je suis étonné que les soldats anglais n'^aient pas la -liberté de tnar(;her hers dés rangs et sanS uniforme»; car la contrainte imposée aux militaire» est bien autrement attentatoire à la liberté ^ que l'espèce de gène: imposée à un propriétaire^ dont robstinatioB gène mi vexe on million de citoyens.
Paris:, iu, d'une certainf distance i à l^air d'un amas, «de ruines , ee qu'il faiit ^attribuer à la eouteur- noirâtre de la pierre de taille quand elle a été long-4:èmp(pîexposée à l'aiv^ etaurtoutà là teinte scjmbre d.es ardoises dont les toits sont cowrentsi. Les entf e^reneurs de bàtimena ont^auasi Khabitnde de peindre* les
volets et ïes jalousies eli gris , au Heu d'em-* ployer la couleur verte , qui est plus agrëable aux-yeux et qui Fomprait la triste monotonie qu^offre Taspect de Paris. L'usage des terrasses, couvertes en partie par un va^tepavUlpn , et ornées d'orangers et de vases de
fleurs, remplacerait les toits avec avantage pour la santë.public(ue , surtoujt dans les quar* tiers ëloignës des promenades et des boulevards^
Il n'est guère dé maisons dans Paris qui soient autre chose que des murs perces de trous pour les portes et fenêtres; à Londres, on trouve un grand nombre d'habitations qui ont quelques ornemens d'architecture, et, malgré le dçsavantage qu'ont les Anglais de ne. pouvoir employer, sans beaucoup de dépense que de la brique^ on a du moins le plaisir de remarquer une certaine variété dans les constructions.
. ' Les architecte% français s'attachent aus^i exclusivement aux ordres grecs-, que s'ils étaient d'inventv3n française, il eix est de cela comme de l^.littér^tute.^Tous les aca<|é*miciens mémoires des jurys de lecture étant des classiques , pendant nombre d'années ils n'ont voulu laisser admettre aucune pièce
(49) romantique, c'est-à-dire où la règle des trois unités ne fût pas observée. D'un autre côté, le public voulait être initié aux beautés du genre romantique. Qu'on juge de Tembarras des auteurs ^lacé» entre deux exigences o*pposées !
Paris remporte de beaucoup par le nombre et la beauté de ses moi^umens sur la capitale de l'Angleterre , où Ton ne trouve rien de comparable au Louvre ^ à la Bourse et à* la place Louis XY, qu'on vient cependant de défigurer , en entassant sur le pont douze sta* tues colossales , sur d'énormes piédestaux informes.
Il est inconcevable que M. le préfet du département de la Seine , ait laissé commettre une aussi étrange bévue , signalée simultanément par tous les journaux. F^iisse cette faute f qui suppose une ignorance complète des règles de la perspective , avertir le gouvernement de l'incapacité de ses architectes , et l'engager à consulter un peu le goût du public , pour ne pas sanctionner les plan^ les plus ridicules.
Celui du théâtre de l'Opéra, dans la rue Lepelletier, est bien de ce nombre , tant à l'égard de l'extérieur que de l'intérieur, ^ù
plus de quatre cents personnes assises sur les second et troisième bancs des loges de côté ne peuvent pas voir la scène! Tous les théâtres qu'on a Construits depuis quelques années ont le^ mêmes défauts.* Le théâtre de rOpéra-comique , rue Ventadour, est sous tous les rapports également au-des^ou£^ de la critique.
M. le comte Chabrol de Volvic est l'inventeur de la peinture sur pierre de lave , et Ton vient de trouver aussi les moyens de peindre sur le fer. Cette double découverte coïncide parfaitement avec mes nouvelles conceptions en matière d'architecture. Dans l'ordre de la gloire , l'ordre des grâces et le polygine (6), mes frises ont 6,8, lo fois la hauteur ordinaire , et l'on peut y placer , soit en relief, ^oit en peinture sur pierre ou sur métal , des tableaux monumentaux d'une grandeur et d'une magnificence dont l'antiqùité ni aucun peuple de l'univers ne nous offre l'exemple. Mais notre siècle verra-t-il adopter ces brillantes innovations ? Le gouveniement, composé de personnes presque toutes étrangères au culte des beaux-arts , donne sa confiance à des maçons enrichis ou à des académiciens routiniers qui, soit
par incapacitë et manque de goût, soit par jalousie et entêtement pour le genre classique , repoussent des conceptions superbes » qui suffiraient pour immortaliser lenom d'une nation.
Mesnouveaux ordres d'architecture ont été goûtés à Londres, particulièrement par deux célèbres architectes, M. Nash et M. Soaho; mais ^comme ces innovations ont plutôt un but d'agrément que d'utilité , il est douteux que les Anglais prennent l'initiative pçur les adopter. C'est à Londres que j'ai proposé , il y a huit ans, l'établissement de quais flQttans sur la Tamise, puisqu'il n'y a point encore de quais dans cette capitaie : les mieiis seraient de vastes bateaux -fixés non loin du rivage, tels à peu pçès que les bains Yigier, mais plus élevés , et offrant une surface plane, en partie couverte , pour la promenade et la facilité des communications (7).
Le courant de la rivière serait un moteur économique ^pour toute espèce de manufactures, moulins, imprimeries, fabriques de couleurs, de chocolat, etc., à l'instar du bateau broytur à Paris. Ces quais flottans , décorés de riches ornemens d'architecture , cmbellis par des vases de fleurs et des statues,
illumines par le gaz , feraient le plus bel effet et donneraient à ujie grande ville un aspect merveilleux.
On sait qu'à Londres les maisons n'ont pas de portes/cochères. Quoique les Anglais aiment passionnément leurs chevaux, cet attachement ne va pas, comme à Paris, jusqu'à vouloir s'infecter soi et deux ou trois cents voisins par l'odeur et les miasmes dangereux qui s'élèvent des écuriies et des fumiers , ni jusqu'à aimer le tapage que font.les chevaux pendant la nuit ; mais , en Angleterre , que dire de cette petite porte 6ù deux personnes ne sauraient passer de front , et sur le pas de laquelle la servante de la maison vous oblige d'attendre jusqu'à ce qu'elle sache si ses maitrès veulent vous recevoir?... cela est pitoyable. '
Les Anglais , qui ont formé taïit destitutions philantropiques , ne sont point philantropes dans leur architecture. Sous ce rapport, leurs maçons doivent être placés encore audessous des nôtres. Un homme pourrait bien faire cent lieiies dans les rues de Londres sans trouver un banc pour se repAser , ni une porte 'pour se mettre à l'abri de la pluie ou de la neige. Cette inhospitalité prouve que,
malgré leurs momeries « les Ànglfiis sont fort égoïstes. Ils deviendront moins sauvages lors-* que, comme à Par^, leurs maisons, seront assez vastes pour contenir trente ou quarante familles. Les ëtabjissemens matériels ont par- . tout une grande influencé sur \es mcpurs et le caractère des peuples.
Les squars de Londres sont des places dans le. milieu desquelles se trpuve un jardin entouré d'une haute grille enfer. Ce jardin, toujours, fermé au pqbUç , est uniquement destiné aux babitans du (^uarticor, qui ont chacun U^e clé. pour jouir de cette promenade;- mais ce prétendu jardin est presque toujours, déseït. Les orangers, les citronniers, les mHAes ^ les grenadiers , qui embelbssent les Tuileries, sont des orn.çmens inçQnnus au peuple 4<^ Londres. A Paris, nous, avons la vue de& orangers des jardins royaux; il est vrai qu'on nous prive de leur parTum et qu'on
a grand i^pin d^ea cueJlUir les .fleurs à mesure
qu'elles s'épanouissept.
Les Anglaifi , che4 le$quels les mœurs sont aussi licencieuses qu'à Paris , sont cependant enivre swimis. à 1^ gothique influence de leurs réformateurs Luther,, Calvin et autres prédicateurs , pliAS ausl;ères que chartes. Les
quakers , mëthodistes , unitaires et toutes les religions qui se sont faufilées en Angleterre sous le titre modeste de réforme y s op^ posent., a ce qu^on voie- dans les places plibli«> ques des statues non drapées 9 quoique la statuaire sans nudités perde tous ses cbarmes.
C'est peut-être aussi par un principe d^au0térite religieuse que les fleurs sont si rares à Londres : on en trouve à Govent^ûarden , qui représe nte notre Halle ; mais il n'y a pas, comme à Paris , des bouquetières établie»
dans toutes les rues et dans tous les théâtres*
On ne trouve à Londres ni décrotteurs, ni commissionnaires au coin des rues, ce qui est quelquefois embarrassant. Bien d'autres commodités manquent aux Anglais : un ^^iger par exemple, doit être sur les épines lorsque chemin faisant « certain devoir preasant l'appelle en certain lieu. » Mais ce qui distingue particulièrement Paris de Londres, c'est le nombre et la magnificence de !nos' cafés , décorés de superbes glaces, et que les femmes du meilleur ton ne se font aucun scrupule de fréquenter.
Le chocolat qu'on fait en Angleterre est mauvais et mal broyé. Si de bons fabricans de chocolat s'établissaient à Londres , ils en
( 55 ) pourraient avec le temps faire succëder Tasage à celai du thë, qui n'est point aussi propice à Tesprit et au corps.
Tandis qu'il y a plusieurs années que Lon« dreSf Saint- Pëtersbourg, Bruxelles^ sont ëdairës par le gaz et pourvus de trottoirs , et que Tadministratiôn municipale de Paris se laisse honteusemeirt devancer p^tr d'autres villes, qui ne prennent pas le titre emphatique dé QrfpitaJe des beaux -arts; S. À. R. Mgr. le duc d'Orléans a fait éclairer par.legazle jardin
du Palais Royal et la cour de ce palais.
Var^chitecte ^ M. le baron Fontaine^ a semblé pressentir une des conditions de ma nouvelle manière de consti^uire les villes et les maisons, qui seront incombustibles par remploi du fer au lieu de bois , ainsi que Font annoncé lès journaux. Il a fait établir, s'il n'a inventé , des escaliers tournans de fonte dont les marches sont unies à un pivot central, dans rintérieur duquel la fumée montera de la cuisine jusqu'au - dessus d,e la galerie , et chauffera les magasins comme pourrait le faire un poêle;
Il est fâcheux que la décoration de cette vaste^ galerie soit de mauvais goût. II me semble aussi que l'architecture du jardin du
Palais -Royal étant composée de pilastres d'ordre corinthien , Tordre dorique , que M. Fontaine a employé tant du côté du jardin, que de celui de la cour, est trop sévère et forme un contraste désagré)able ; enfin l'extérieur du Palatis-^Royal rédame: aussi des embellissemens et des améliorations ,'car les rues qui entourent ce beau monmiient sont sales et infectes.
C'est une chose singulière , que cc^oit précisément chea^ la nation la plus sociable , chea^ les Français , qu'on ne trouve point de casino, tandis qu'il y en a dans presque toutes les villes d'Italie , d'Allemagne et mémç de la Suisse! Si l'on élevait à Paris,. comme on le fera peut-être dans la suite, une vingtaine d'édifi<!es élégans , contenant des salles de concert et de bal . ces lieux de réunion embelliraient extrêmement la capitale, et ce ne serait guère qu'un casino pour*quarante mille ixa^s. Chaque casino aurait ses abonnés d'une coaveïiance mutuelle; il faudrait du moins commencer par en élever un , malgré l'opposition que les directeurs d'e théâtres ne manqueraient pas d'y mettre ^ comme si le plaisir de la conversation , de la lec|ure , de la danse et de la musique ne devait pas
(57 ) avoir aussi bien son temps qQe celui du spectacle. • !
Malgré un jugement rendu en . faveur de r Opéra eonlrç les petits, théâtres, la perception qu^il-s^arroge sur tout obj^t decuriasite , . et méiçe jsw les sipges dançeurs de corde et sur les anjma!lx^pripaUlés.i( mç^parait déshonorante pour un établissement .roy^l ^ et réellement illégale , comme lladé^à prouvé un arrêt du tribunal de Reines, rendu dans la mâme espèce. . > ..#>
Ce droit seigneurial, de FOpéra est de vingt pour cent de la recette bri^te d^un con-« cert y et le droit des pauvres de vingt-cinq pour cent à prendre an$si-$ui^ la recette brute. Quant à la recette nette, après le prélèvement de ccTs droits' et jde tous* les frais, çUe. se monte quelquefois à moins que rien ^ témoin le concert 4^ célèbre violpniste Boucher ^ exposé à voir saisir ses meubles pp^r avoir donné un coçurert à son bénéfice , c'està'-dire à ses dépens.
Qu paie à Londres , pour louer pendant une soirée :
I^ salle de H^nover Square, 5o liv. sterling,
Xol salle d'Argyll Rooms^ 36 id.
La petite salle id. 20 id.
compris les frais d^ëclairage , les banquettes, etc. •
II faut payer en sus une licence, des frais d^impression ; un orchestre, etc. Cette dépense varie stdvant le nombre et' le talent des exëcutans, et se monte ordinairement de 20 à 3o liv. sterling. Si Ton veut avoir de célèbres cants^lrices, telles que mesdames Éasta, Yestris, Sontag, ces dames demandent chacune 20 à 3o liv. sterling y et chantent parfois «j^ même jour dans plusieurs concerts.
A Paris , nous n'avons pour ainsi dire pas de salle de concert; on paie 100 fr. pour celle de la rue de Gléry ; quant aux salles des Mènus-Plaisîrs , qu'on obtient par une faveur sbéciale du directeur des beaux-arts « M. le vicomte de la Rochefoucauld ou de M. de la Fertc, quoique données gratuitement, elles nécessitent des' dépenses multipliées , dont je pourrais offrir ici le détail le plus minutieux.
Pourquoi T Opéra et l'administration des hospices exigent-ils un droit 1)eaucoup plus élevé sur les concerts que sur les représentations théâtrales? le nombre des amateurs n'est déjà que trop circonscrit. En Allemagne , où l'art musical n'éprouve point de telles entraves, tout le monde cultive la musique; il
en Tësulte tine somme de* bonheur rëel pour cette nation , qui est justement fière d'avoir produit les Mozart, les Haydn, ies Beethoven et les Weber, •'
Les.ï'rançais, qui pendant long-temps n'ont point voulu connaître d'autres ouvrages dramatiques que leurs tragédies et comédies classiques , sont ëgalcraent exclusifs en matière de danse. La valse,quis'ëtait presque naturalisée chez eux , est maintenant repoussëe comme immorale , tandis qu'elle est née chez tes Allemands et les Suisses 4 où les mœurs étaient alors très-pures. On ne danseçuère à Paris que la pontredanse , quin'oi^re aâcunstléveloppe* mens à la taille ni aux grâces, ftien n'est plus monotone , tant- sous le rapport de ia danse que sous telui de la musique. La valse , la russe , les* différentes espèces ^'allemandes bernoises , fribourgeoises , les danses an^ glaises , espagnoles et italiennes rendraient , par la variété des airs et des .pas , un bal infiniment plus gai et plus piquant que celui où l'on danse pendant toute une nuit sur la même mesure 2/4 et avec le même mouvement invariable.
Tout le monde sait qu'on ne danse pas aux bals de l'Opéra; on se borne à se promener
dans ]a salle et dans le foyer » ce qui n^est pas fort agrïéable pour les amateurs de la danse. Les femmes -sont en dominos noirs , et masquées; autre désappointement pour les hom* mes. qui désireraient voir de joties figures *et des tailler, bien faites. On prétend que les feiaimes honnêtes n'oseraient pas se montrer sans masques; maisi» depuis nombres d'an* né^ç., i\ n!y a dans ces réunions que des femmes calantes* *
]Ën supposant qu'on ne dût. pas renoncer euftièrement à cet usage biaarre k^t suranné , le itireiGtauf 4e l'Opéra pourrait au moins es^yer de dpnnier quelques bab où tous les hommes i. ainsi que les femmes, seraient déguiaiéa^ et ^t) on point en dominos, et où Ton danserait sans loasques. * Ceci produirait un effet très^briUaiit et ^pittoresque i tandis que 1^ yue d'un bal masquée de. l'Opéra a quelque chose d'e3(1;rémement lugubre (8).
Des masques ai} costume des prétresula transition est brusque ; mais je ne me, pique pas ici d^ écrire nïéthodiquement. Ce costume^ en Angleterre ni en Frattce, n'a rien dç noble ni dMmposant.
Les ornemens dont les prêtres catholiques sont revêtus quajgid ils officient sont du plus
(Gi)
mauvais goût , à commencer par h calotte qui Jes distingue. Un accoutremeut si bizarre n*est point propre àânspirer le respect. Les religieuses, vêtues de noir avec une hé-^ guine de toile blanche empesée, auraientelles choisi cette étrange coiffure pour ne point attirer les regards profanes ? C'est une précaution superflue : je n^en ai jainaîs vu de jolies et dont la physionbmie portât cette
empreinte de douceur et de quiétude céleste qui devraient les caractériser. En Angletièrre les couvens de femnfies , non plus que les congrégations d'hommes , ne sont point autorisés, et ce serait adopter une des innovations les plus utiles de la révolution , que de les prohiber , du moins pour toute femme qui n^aurait pas atteint sa trentième année.
Tous les pays encombrés de couvens sont plongés dans l'abrutissement et ta misère.
Obseryons que les rois, qui sont loin de retirer quelque avantage immédiat et matériel des prêtres et des congréganistes , s'inquiètent fort peu du costume d'un desservant ou d'une nonne ; mais ils savent bien distinguer la classe d'hommes sur laquelle ils font Teposer leur gloire et leur puissance ; je parle des militaires y qu'ils ont soin de revêtir d'une
manière brillante* On empIoieJes couleurs les plus éclatantes, le bleu, le rouge, le blanc ; des casques resplendissans ouides bonnets d^une hauteur ënorme. Tout cet attirail est un véritable charlatanisme, dontrobjét est moins çl^effrayer Tennemi que de séduire les yeux de la jeunesse et de lui faire oublier des dangers qui n'existent que parce qu^il y a des princes ambitieux , injustes et cruels.
lies hommes, jadis sauvages, onjt presque partout su se civiliser, et créer des tribunaux pour punir 'les brigand»^ Les rois entre eux n'ont pas su en faire autant ; faudrait-il en conclure que les rois sont au-dessous des sauvages ? Non ; mais ^a basse adulation des courtisans perpétue Pincivilisation des rois de notre époque > qui seraient moins exposés à se voir détrôner ou dépojailler par des aventuriers ou des ré.publicains , si ces princes formaient entre eux une société des gou-
VERNEMENS LEGITIMES.
Un prince qui voudrait tout voir par ses propres yeux , pourrait préparer le bonheur de ses concitoyens. On doit honorer les bonnes intentions et la généreuse activité de S. M. Charles X, qui, à Page de 70 ans, et malgré des routes détestables y comme le sont
toutes celles de la Erance, et particulière*ment celle de Strasbourg,- n^a pas craint de se rendre dans les dëpartemens du Nord , et d*y encourager l'industrie ; c'est un noble et précieux exeniple offert à ses successeurs! Il paraît que Sa Majesté, satisfaite de Taccueil plein d'amour qu'elle a reçu des populations accourues sur ses traces , se propose ' encore de faire .d'autres voyages de ce genre. Dans mon enfance, je pouvais à peine croire qu'un empereur de la Chine portât lui-même les mains à la charrue; mais c'est un spectacle plus touchant et plus admirable, qu'un roi de France descendant de son trône pour distribuer lui-même des récompenses aux hommes qui se sont le plus distingués dans les arts. Enfin les rois commencent à comprendre quelle est leur auguste mission !
Les. prisons de Paris sont infectes, humides, et l'on y entasse barbarement les prévenus avec les condamnés.
La jurisprudence vraiment répréhensible du tribunal de commerce , pour un très-petit nombre de négocians détenus à Sainte^Pélagie, y renferme, quelques centaines de débiteurs étrangers au commerce , et que la loi civile ne soumet point à la contrainte par
corps Les étrangers, fussent-ils depui$
vingt ans à Paris , sont exposes à être incarcères pour dette, sans aucune ' sommation préalable , et à gémir en prison jus^u'^à la mort !.... Mais je ne m^appesantirai pas sur ce triste tableau , puisqu^l est question de présenter à la chambre des députés un projet de loi qui *offre dçs améliorations capitales sur cette matière (g).
Les hôpitaux n'offrent point assez d'espace à chaque nïalade, et Ton n'a pas eu 'Soin d'y établir une petite chambre pour chacun d'eux, comme cela serait souvent nécessaire. Il faudrait qu'il y eût à leur portée un jardin bien aéré et une galerie couverte , où tous les ma- , lades capables de se lever, iraient se* promener airtant que leurs forces le permettraient. C'est dans les hospices que de jeunes 'étudians en médecine et en chirurgie font leur apprentissage aux dépens de la vie des pauvres malades, qui, cependant, ont eu besoin de tous leurs protecteurs, pour se faire admettre à l'honneur de contribuer comme victimes aux progrès de la science ! '
On conçoit bien que les gens qu'on met à l'hôpital sont de pauvres ouvriers , artisatis , portiers et autres futurs élus, dont toute la
(63) vie Q*a été qu^un long jeûne , et qui dépérissent plutôt par inanition que par toute autre cause ; eh bien ! M. Broussais , qui est un homnie ^^un tenpf)ëranient sanguin, faisant/ ainsi que ses riches cliens, trois bons repas par jour, avec une exactitude rèligteuse , s'est mis , un beau jour , dans la tête que toutes n'QS maladies proviennent d'une surabondance de ;jb^g. Grâce à cette belle découverte et à Tusage des sangsue^ ,, qu'on ne prescrit plus que par douzaines , il est une ' foule de jolies femmes dont le corps ^st défigu té par la piqûre de ces vilains animaux ; mais revenons aux infortunés, malades .des hôpitaux , parmi lesquel^'^e trouvent .nombre de sexagénaires et de septuagénaires, qui n'ont plus que quel-
que gouttes de sang dans les veines %t que le remède à la mode assassine promptemçnt.
Ces pauvres gens , qui auraient besoin d'une nourriture restaurante . d'un bon air et d'un peu d'exercice, restent attachés dans leur lit par l'affaiblissement de leur corps, on les met à un régime si absurdement sévère, que la plupart meurent plutôt par l'effet de leur traitement que de leur maladie.
Heureux ceux qui ont une femnR , des pa-
rens ou aes amis qui leur apportent quelque
nourriture les jours où il est permis d'entrer, car cela n'a lieu que trois fois par semaine, ce qui est un' abus manifeste! ^
Les parens qqi vont visiter un malade à rhospice lui remettent , quand ils \t peuvent , quelque argent, c'est-à-dire quelques sous, pour acheter un peu devin, que les infirmières ont l'indignité de vendre à un prix exorbitant en recommandant bien le secret , qui est celui de la comëdif. Ainsi, dès espèces de reliligieuses , plus coupables que les usuriers, spéculent sûr la misère des mpurans et leur extorquent leurs derniers moyens d'existence : et j'ai lieu de croire qu'un gaspillage abominable enrichit dans les hôpitaux bien d'autres gens ({u^ les sœurs contrebandières. Oh sait qu'en Angleterre ceux qui sont charges dé l'emploi de la taxe des pauvres ïont souvent fortune par des dilapidations toujojars impunies , mais, qui devraient attirer la vengeance divine et humaine.
Les mendians, qui de temps immémorial
encombraient les rues et promenades de Paris, en ont presque tous été retirés par une mesure ^ergique de M. de Belleymé, naguère préfetde police; mais la législation actuelle, dont lùi-méme. sollicite l'abolition,
est SI atroce , que les infortunés qui viennent d'être réduits à la misère , soit par le manque d'ouvrage, soit par un incendie^ ^oit par un accident auquel chacun est exposé dansW rues de Paris; dès Tinstant qu'ils osent demander un léger acte de charité , sont d'abord arrêtés, purs déshonorés par un jugement du tribunal correctionnel , puis remis en prison,, et n'en sortent que pour être envoyés par la gendarmerie* dans un dépôt de menditité, c'est-à-dire dans une autre prison où ils doivent finir leur' vie !
Félicitons le plus* graud des poètes, Homère, de n'être pas né de nos jours, il eût été flétri par un jugement, et son génie ignoré se serait éteint par la honte et la douleur d'une triste Captivité. ' . ^
Sans doute, en accordant aii gouvernement la qualité presque div/hç que je vou-:
drais lui attribuer d'assureur et de garan|; responsable des existences humaines ; il serait dans l'obligation d'offrir des asilis et des.ateliers et moyens de travail à toute personne dans l'infortune; |nais ces établissemens peuvent se concilier avec la liberté individuelle, et la
législation sxiv cette ' matière est si simple qu'on pourrait' Timproviser,
(.68) Lorsqu'il s'agit de la vie des hommes,
chaque médecin; qui veut se fftire uix nom ^st libre d'adopter ou de forger le système le plu^ me;ur trier et le plus désastr^u^; mais quapd il est questioiv de chpses moins 'importantes i^os ^vans sont plii$ tioiic^es.
Je demandai ^ par curiosité «, il y a plusieurs ahnëes, à Tun d'eux à quoi il attribuait l'^t- Iraction; il nie répondit qu'on n'en sauvait rien , et semblait regarder cette que^ion comme tput à fait oiseuse ! Ce n'eçt poi,nt liion opinion , et j'ai fait insérer , il y a long-temps ' dao^ le JQurnal dçs Savant \xr\ article don^ lequel j'avance que l'attraction est l'effet d'un flui<)e ; d'où il résulterait que rattractioj\^n'éT tant point Jnhérçnte à la matière , la terre et les astres pourront, comme un aimant, perdre leur vertu magnétique ou attractive. .
Daixs cette pqj: suasion , j'ai interposé^' entre un aimar\t et un morceau de fer, distaiis dç dPeux pouces l'un c(e l'autre , un morceau de carton d^une ligne d'épaisseur , et aussitôt ce corps étranger a presque entièrement interrompu l 'attraction.
Cette expérience bien simple nl'a confirmé, ce que j^ai toujours regardé comme incontes.table, que la terre (ainsi que -tous les astres])
(«9) eM UB fleb^ imbu d« fluide magnétiqae^ et que si , jaii«^é|souft (ie .run Ae» deux bassins d^iine balanoie ^ portant des poids ^^aux , oïl pcm^ait iôlentbitapre le pàsMige du fluide pda-^ déraot ^ ce baéSiil s'^ieTeniit aussitôt. L'éx*»périeace ne serait pëut-dtre pas très-diflicile â^ laire ; un mouyement très^rapide d^une roue pteibe^ plàcëe bôrisontalenlent soiAi le bassiti d'ilne balance tenue en équilibre» suffirait «ans doute pour diminue^ momentànëment l'action du poid^ dont ilserâit charge (io)i • Je. priai aussi ^ àuneépoqutéa^efféloignëe^ M, dé GandoHe « le naturaliste ^ de me dire s'il croyait que les plantes éprouvassent des sensations : il me répondit qu'il ne les avait jjâknais considérées sous ce rapport. JDepîiis lors je fis une question semblable à M. de Jussieu^ en lui disant que j'étais certain que le moment de la floraison représente dans les plantes celui du coït chez les animaux. M. de Jussieu n'avait hasardé aucun système à cet égard ; cependant il me dit , « qu'en effet les fleurs de ohâtaignet ont l'odeur du humant spermads. n Je n'avais jamais fliit attention -au singulier parfum qu'il attribue à cet arbre.
Il y a beaucoup de végétaux 'Chez lesquels
(70) le froid suspend le sentiment., .comme cela arrive ichez.noml)red^^ifimaax. Pien desplai»-
tes ont sur ceux-ci l'avantage que leur vie est tontinue, c'est-à-dire qu'elle ii^est point interrompue par le sommeil. Quoi ! dira-t^on, celui qui coupe uncho^lefaittsouffrir^omme un homme auquel on couperait la , tête ?
Non, cette doqlebr doit» être très- faible-;
mais *Ia plante qui se fane' sous un soleil trop ardent éprouve une sensation d'accablé* ment et d^iaanition», et si yous la détruisez
sur pied par la flamme , surtout dans son état de floraison ,' vous hii causerez de véritables
souffrances.
Se peut-il , ajoutera-t-on , que les végétaux soient exposes à de telles infortunes , tandis qu'attachés à la terre , immobiles, ils ne peu* vent ni combattre ni fuir leurs ennemis ?
D'abqrd plusieurs espèces sont, ou d'une stature.colossale qui les met à l'abri de la voracité des animaux, ou bien armées de défenses que nous nommons épines. Il en est beaucoup qui, ainsi que les animaux domes<^ tiques, doivent la conservation et la multiplication de leur espèce à l'utilif é qu'en retire l'homme , par l'effet d'une harmonie prééta* blie par le Créateur; mais, du moins, les
( 70 plantes ne vont point, comme Içs poissons , nagjÇK au-devant de Thameçon ou deç filets qui préparent leur mort; Ijes pUntes n'ont ni conscription ni de loi de recr internent qui les^ oblige à se battre lé& unesepntre les.autres; le soldat immobile dans left rangs ne pefçoitil pas \à mort pendant un combat aussi iAfailliblem)ent' que si ses pieds étaient fixés dans la terre ? . . . ,
Le monde est U9e immense manufacture oùJDieu fabrique des êtres sentais et pensans dans, le plus grand nombre possible., pour remplir d'êtres heureux et dignes du bonheur Finfini , en tout sens comme en durée. C'est une opiny)n qQ£ ^'a vais' 'déjà concile ;^vant d'avoir lu là palingénésiè de Bonnet; mais s'il faut au|^ chrétiens une autorité supérieure à celle dç ce philosophe , qu'ils pèsent bien ces paroles de Jésus-Chrilst, lorsqu'il reûommande à ses disciples de ne pas s'inquiéter du lendemain. « Voyez' les ly^s, dit-il , ils ne travaillent ni jie filent, et cepôjndant Salomon, dans toute sa gloire-, n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux! » Jésus-Christ regardait donc la décoration d'une plante comme le vêtement d'un être animé. Il dit encore^ en pai:lant du vin à ses Apôtres : « Jusqu'à ce momefnt où.
je le boirai noweau avçç vous dans le royaume de mon père. » B^où il faut ebnclure ^ue le fruit dé la vigne sera lui-ttiéme' immortalise et converti en tin vin sj^iritùel.
La plante n^a aucun organe .pour nous voir ; elle éprobve des sensations qu^èlle ne peut éviter, et dont elle ignore là cause. Eh bien! nous sommes précisément dan^ le même cas à 1« égard des êtres, je fie dirai pas immatériels , mais ' imperceptibles par nos sens .(it)^ \i dont les hommes seuls (qui sont par m les animaux terrestres ce que les zoophytes sont dans le règne végétal) ont deviné et perçu rexîstence.
Tôilâ , selon moi*, des réalités ^«î ouvrent un vaste thamp à là poésie , et ce sera une occupation bien agréable pour les naturalistes que d^étiidier Vinstinci des pïnntes et la spontanéité de quelques-uns de leurs mouvemens du directions , auxquelles il suffira , à cet effet , d^O[^oser des entraves de tout genre. ^
Les astronomes, appliqués à mesurer le volutne , la distance et la révolution des astres , semblent n^ attacher aucune importance à décider si ce sont des masses *de matière inerte, ou si, comme je le crois, ce sont
( 73 ) dés étreâ àoxtés de quelques facultés aniihafes, et d'organes patticqâiers. •
Il serait, dépendant, fort* curieux de savoir, silorsquenousëprôuvons^ôn trembleinent dé terré , ce n^est point un frisson .qui agite son épidertne,'et si lîéruption^'un vol^ ean n'est pa^ pour elle un ëpanchement d'amour? .
Les espipits consëquens supposeiit par analogie x[ue les planètes sont babit^fes. tJné chose qui prouve que teurs habitans «ont des rapports avec les animaux terrestres, et, par exemple , qu'ils possèdent l'organe de fa vue, c'est que les plàiftètes ëloignëes du soleil , telles que Jupiter- et Saturne , ont un certain nombre de satellite^ , dont la ' destination manifeste est d^ëclairer leurs habitans, tandis que Mercure et Venus, très-rapprochës dn globe sol'airë , peuvent se passef d^asfres rëflecteurs.
C'est ëgâlement pour le bien-être etia conservation des animaux et des vëgëtaux que la Divinitë a donne aux planètes de Mars , Jupiter et Saturne un mouvertièraent très-rapide sur elles-mêmes , afin de rendre les nuits tellement courtes , que leur influence glaciale fût tempërëe par Faction du soleil.
Il e3t vraisemblable que -dans toutes, les planètes ii existe use chaîne graduelle de végétaux et d^animaux ^ qui a quelque analogie avec la chaîne des êtres terrestres^ et que c^est par des souffrances, des besoins et des plaisirs, que les animaux les plus intelligens sont apj^elés à une perfection successive, qui, de Tespèce la plus distinguée, se répand de différeutejs manières dans celles qui le sont moins ; c^est ainsi que noqs avons des chiens savans , et des sipgcs. danseurs de corde.
Dans toutes lespl.anètes on naît , on spuffre et on meurt, comme sur la tetre, ce ,qui serait.une nouvelle preuve de ^Finadmissibilité d'un système, qui suppose que tous les hommes et tQut«s les bêtes ont péché en Adam , et que sans ce péché il n'y auif'ait ni souffrance ni mort sur la terre.
ite soIeU est un centre de vie ,,ou vraisem-
blablement les animaux , senxblables aux éphémères, ont uoe existence qui n'est jamais interrompue par le sommeil. Cet 2(stj:e, étant un million de fois plus grand que la terre , a sur sa surface des animaux d'une grandeur proportionnée, et dont la vie dure« dans quelr ques espèces jusqu'à dix mille ans. Plusieurs de ces espèces doivent avoir une attitude
(75) verticale tejie que celle de riioh^nie, .et^sc tenir peuMtre habituellement à une certaine iélëvation dans Tatmosphèra ; cqnime il n^ .a point là de transition du chaud au froid >, du seç h rhumide , cette teùipérature uniforme doit^ejadre les xn^tladies fort rares. ^ .
Jusqu^.à quel. point . la civilisation , I^: coar naissance de la nature et .dé Dieu , seront^ elles descendues 'des espèces^supérieurcs dpns l^sinféHe.ures? Quels animaux .plus bizarre^ que les.bétes de TApocalypse habitent ces^asr très? Quels monstres naisseùt peut-être de ralliaiice de différentes espèces?. et Thomme n'aura pas même été appelé à le& admirer !
car lorsqu^il ressuscitera , ainsi que le dit saint Jean , il ne restera pas morne la place où -ces mondes existaient; Tespace, lui-mêihe, aura disparu !
/Saint Jean dit encore. en parlant de la Je-rusaleni :cé1e5te: Là, il n'y aura plus de so« leil ; Dieu , lui-même, en sera la lumière , ce qu'il faut prendre, à la lettre. !Notre lumière est : en effet bien imparfaite ',< elle uq nous montre qu'une moitié de l'extérieqr des^obr jets, et ne:nous permet pas de les voir .rorsqu'ils sont extrêmement petits ou éteignes.
Que les poètes vantent les .beautés de la
nature et Tdtlat du firmatnetlt ; toui édà n^é^t que du pforvisoîre , et peut être cotApaté à iin ëct^fauijâge , qui di^aràttra ,dèâ qùé le mo^ nument âel'a achevé. Je s)tiis dié^Jyobë à croisé que dans le doleit et dans- là {îlupaft dés às« tres^ il existe des espèces fa:irori^es â^âilU maux i qui ont une notidii a6sés& distincte de leur vie future et éternelle.
L'étude approfondie et philosophique de la nature* doit nous élever vers la Divinité , en nous montrant partout ufie préorganisation et une action intelligentes. Bernadin de Saint*» Pierre nous a parlé des harmonies de la nature^ dont plusieurs nous réyèlent une -pré»destination temporelle incontestable ; je crois être l'inventeur d'un -Système , dont le but serait ranéantissément de Tathéisnle... Je parle de la contre^harmonie unwerselle. J'entends par là un ordre préétabli par la Srivinité pour la destruction de Tétat actuel de chaque individu pourvu d'organes matériels , en ne laissant à chacun qu'cxafctement le temps et l'espace indispensables pour son dévc*^ loppement et perfectionnement temporels^ et pour celui. des êtres sur lesqtiels il doit exercer quelque influence; ordre d'où résulte la procréation du plus grand nombre pos-
( 77 ) sible d-étrea 9ppel^s à iin bonheur S2ins termes
Qi;^nt ^xijL comètes, qui paraissent impréf gnëes d'un fluide magnétique' différent d4 cçImI des planètes, cette queue lumineu$e, qui se trouve toujours du c^té opposé au so^ leil semble faitç poqr éclairer leurs habitans. A la vérité il y a nombre de comètes sans queue; celles-ci pourraient au moins avoir des végétaux et dcfi animaux doués de la faculté de voir dans Tobscyrité (la)^
En p^rlapt des savaus français disposés à n^embrasser aucun système hypothétique , je trouve qu'ils ont tort de repousser le mesmérisme ; non point comme^ devant être d'un grand secours pour la m'édecine ; mais comme un phénomène opposé au matérialisme.
La prévision de l'avenir, la vision des choses cachées à nos yeux , appartiennent incontestablement à Dieu ; or, nous-mêmes , fwus sommes des dieux, c'c^t-à-dire des êtres d'une nature supérieure ; c'est ce qqe Jésus- Christ affirmait lui-même à ses disciples , en s^appuyant sur l'autorité des saintes Écritures, «dont auci^ie parole , disait-il, ne peut être démentie. »
Conformément à l'opinion des anciens , et comme nombre d'expériences le constatent ,
liotré âme peut avoir dans les songes la provision distincte de choses cachées oud'événemens non encore arrivés.
Les songes sont fréquemment une sensa-
tion réelle, une vision actuelle , ou une image niétapborique de notre situation, ï^es pollutions ilbcturnes et d^autres sensations causées par des besoins ou des douleurs physiques , sont une preuve de cette assertion. Ainsi que je Tai fait observer quelque part, les songes sont un dés moyens dont la Divinité a voulu se servir pour nous montrer combien toutes ces sensations, ces craintes; ces èsp^arices qui agitent notre vreon tpeu de durée et dé réalite.*
Mon intention n'est point de faire ici la critique méthodique et raisonnée de la constitution actuelle de la France, constitution que de nouvelles lois modifient, au reste, chaque année ; ce serait un cadre assez vaste pour exiger un ouvrage spécial', il me suffira de faire quelques remarques sur un petit notnbre d'articles de la Charte,
Je conçois qu'en Anjgleterre, où presque toutes les familles riches passcritla moitié de
(79) Pannëe à ïa campagne , cette aristocratie nobiliaire et pécuniaire , n^ait pas voulu faire le sacrifice de sdn goût pour la chasse , p6ur ses chiens et pour ses chevaux , en faveur d'une représentation nationale non interrompue.
D'ailleurs , le séjour de Londres est dispendieux , et Ton économise à la campagne de quoi avoir loge à l'Opéra^. Eti France rintérêt personnel des députés, qui les rappelle dans leurs departemens , et peut-être la cr:ainte qu*a pu avoir le roi législateur, qu'une représentation permanente , ne pbrtât atteinte aux droits et méihe à l'existence de la royauté ^ ont également limité à six mois environ ht durée de chaîque session. Néanmoins, cette représentation intermittente est excessivement imparfaite , et ne laisse à ses membres que le rôle de correcteurs de quelques lois tracées à la hâte. La politesse française? démanderait du moins qu'en aUribuanC au peuple le droit de voter le budget, on publiât annuellement le détail de l'emploi des fonds
du service précédent avec la cppie'idés pièces ' , •' * «...
justificatives ; puisqu'il est maintenant notoire
que la cour des comptes n'offre qu'une garantie incomplète. /
J'ai publié * il y a quelques années, uhé bro-
cbore intitulée Trisection de la chancre des député^, imprimée chez Moréaii, doDt je n'ai pu retrouver aucùa exemplaire. Elle renfermait un projet de représentation plus régu* lier et plus complet que celui que nous possédons ; 4^ demandais alors que le nombre de* députés fût porté à 5oo, et il Ta été, en effet, depuis lorSi» ♦
Je distinguais d'abord :
x^ Les simples députés» chargés de représenter les intérêts et d'exposer les griefs de leurs départçmens. respectifs , ^sans cependant leur interdira les .motions d'un intérêt général.
C'est après rexerciçe de ces fonctions qu'ils auraient été susceptibles d'être nommés à celles de représfentans de la nation.
a"" Les représentans de la nation en permanence (i3)-, leur^ fonctions seraient de recevoir toute>Ucs pétitions, d'y faire, faire le droit qu'elles, méritent, d'y répondre et de pTocéder à toutes les enquêtes nécessaires à l'intérêt des réclamans. Cette ^ectiof^ de la chambre serait spécialement chargée de la surveillance générale de l'administration du royaume.
3® Le corps législatif, dont oji ne pourrait être membre^qu'^près avoir fait ^ne espèce
d'apprentissage , en résidant pendant up certain nombre d'années dans les deux chambres précédemment désignées. Les législateurs seraient inamovibles et chargés plus spécialement que les autres membres des chambres de recevoir et de discuter les projets de lois, que les ministres ne pourraient leur présenter qu'après les avoir fait mûrement discuter dans le conseil d'état , lorsque lui même ne les aurait pas rédigées. Ce même corps-législatif aurait aussi la mission d'adresser au Roi des projets de loi , plus ou moins développés, sans nuire à l'initiative royale.
Presque toutes nos lois se ressentent de la légèreté avec laquelle le projet en a été rédigé ; on dirait qu'il existe , en fait do législation , des entrepreneurs comme en matière d'architecture , où lé gouvernement sanctionne avec précipitation les projets les plus imparfaits.
Des indemnités annuelles de 4 , 6 et 8 mille francs seraient offertes aux membres des trois sections des chambres que je propose .
sauf à n'en pas donner aux représentans qui n'auraient pas besoin de cette rétribution. ^ Elle n'aurait rien d'oÇfensant , puisque les pairs de France en reçoivent de pa-
reilles , sanî manifester trop de répugnance.
Dans tous les cas , je demanderais qu^une des premières séances des trois chambres réunies fût consacrée à faire connaître , par im tableau dispositif officiel, les principales matières qui seraient traitées pendant la durée de la session ( de près d^une année ) , et que les dernières séances continssent le compte rQn4u des travaux des chambres représentatives.
Je voudrais que certaines conditions nouvelles fussent requises pour représenter la nation , et qu'il y eût des qualités morales sans lesquelles on ne pût être ni conseiller d'état , ni appelé à représenter le peuple.
La crémière serait d'avoir une connaissance générale de la législation des peuples anciens et modernes , et , qu'à l'exemple des grands législateurs de l'antiquité^ un certain nombre d'années passées dans des pays étrangers , et consacrées à l'étude de leurs lois et usages, fussent pour les députés un premier apprentissage préalable. Les observations faites dans l'étranger, et chez tous les peuples, par quelques mille Français instruits, et futurs candidats à la représentation nationale , répandraient de grandes lumières dans l'état ,
appelé à en recueillir le fruit, et dissiperaient cette Hdicule vanité nationale qui s'oppose aux plus beaux perfectionnemens.
Un nombre limité d'étrangers , et de préférence des Anglais, seraient invités à voter dans les conseils dé la nation française, pour donner à notre législation ce caractère d'universalité, qui est celui de la raispn, et qui doit un jour rapprocher toutes les constitutions y avant Tépoque fortunée où il n'y aura plus qu'un seul troupeau et qu'un seul pasteur.
Loin de vouloir que la France ne fût représentée que par des' gens riches qui , ne sortant qu'en voiture , s'inquiètent fort peu si les piétons sont dans la boue ou sous les pieds de leurs chevaux , et dont l'opulence , fondée sur des propriétés territoriales, ap-
plaudit à toutes les mesures qui, élevant le prix des denrées, réduisent le peuple des villes à la misère ■; je désirerais , sauf à leur accorder une indemnité pour l'emploi de leur temps, que des hommes, plus connus par leurs vertus et leurs talens que par les sommes qu'ils sont obligés de payer comme contribuables , fussent appelés à plaider à la tribune la cause des familles pauvres, c'est à ' dire de plusieurs millions de Français. Dans
ce nombre il n*en est que trop qui , dëpouillë» par le brigandage révolutionnaire et par les banqueroutes de la grande nation, ont perdu sans retour leurs richesses, leur honorable patrimoine, leur bonheur, et jusqu'à la faculté d'exercer les droits politiques dont leurs spoliateurs s'enorgueillissent.
D'après les lois actuelles on ne peut poursuivre aucun fonctionnaire public , sans une autorisation du conseil d'état , qui entraîne nulle difficultés et retards : il paraît même que cette catégorie d'agens. inviolables descend jusqu'aux gendarmes ! Ici le gouvernement ne, ressemble pas mal à certains maîtres d'auberge, qui donnent toujours raison à leurs domestiques, contre les étrangers qui font vivre le maître et les domestiques^
Le Code pénal français est à mes yeux un modèle d'imperfection , et cela sous tous les rapports; mais surtout quant à la pénalité, qui n'est point assez grave à certains égards, et qui l'est absurdement trop pour nombre de délits. C'est de toute manière une pièce curieuse , qu'un ouvrage qui devrait inspirer une terreur salutaire , et à la tête duquel on lit . ce Code pénal , édition stéréotype , faite au moyen de matrices mobiles en cuivre ,
diaprés le procédé d^Herban. » Suit un avis d'une page sur la stërëotypie. L'imprimeur, assez impudique pour vouloir nous occuper d'abord des intérêts de son commerce , lorsqu'il s'agît des intérêts les plus graves de l'bumanité , n'est-il pas plus digne de blâme que cette veuve qui, malgré sa prétendue inconsolabilité, avait fait inscrire sur la tombe de son mari le nom de la rue et le numéro de la boutique où elle continuait son commerce ?
Le Code pénal actuel ne demande pas une révision, ni une réformation ^ ni une refonte , tout cela serait trop peu ; il faut qu'il soit anéanti pour faire place à un Gode nouveau, que la nation soit obligée de faire connaître h tout individu habitant la France, dès le moment où l'intelligence de cet itidividu le rend capable de recevoir cette instruction.
La législation criminelle de l'Angleterre aussi est pleine de bizarreries et d'imperfectiens , presque toujours favorables aux coupables ; et ,ce qu'il y a de singulier , c*est que la plupart des Anglais connaissent ces vices de la législation , sans qu'on y remédie.
. Persuadé que l'âme innocente n'est pas indigne de s'unir à la divinité , et que les ;attributionsbien précaires de l'homme sur la terre
sont celles d^un Dieu , je crois qu'un tribunail humain doit être investi du pouvoir de ré« compenser et de punir presque autant que le ferait Dieu lui-même sHl habi^it parmi les hommes, et si ses facultés et son pouvoir étaient aussi bornés que les leurs.
On a mis dernièrement en question le droit de la société d^infliger la peine de mort : au-» tant voudrait mettre en question s'il existe de droit et de fait une société ^ et si cette so-» ciété a le droit d'agir d'une manière quelconque sur un de ses membres; car la seule mise en prévention « le moindre emprisonne-^ ment, même pour dettes, peut être la cause du trépas de la personne incarcérée , comme on en a de nombreux exemples. La société peut-elle se conserver sans désigner un certain nombre d'hommes pour maintenir l'ordre public ? a-t-elle le droit de lever des soldats, dont la vie est éminemment exposée dans tous les cas de guerre étrangère ou civile? Il est incontestable que si elle a le droit d'envoyer au combat , et par conséquent à la mort , une foule d'hommes innocens, d'hommes honorables , à plus forte raison a-t-elle celui d'y condamner les criminels qui ont attenté sur elle, et sur lesquels elle a à peu près les mêmes
(«7 ) droits qu'un père a sur une béte fërocc qui aurait dévoré un de ses enfans.
La société des honnêtes gens a , scion moi, sur chaque individu , des droits plus illimités que ceux que cet individu s'est arrogés sur elle ou sur un de ses membres, et les droits de cette société sont aussi étendus que peut l'exiger l'intérêt de sa conservation et de son bien-être : Saluspopuli suprema J^œ.
Nos prétendus philantropes, improbateurs de la peine de mort, demanderaient-ilà, au nom de la religion chrétienne , la presque impunité des scélérats , déjà trop rarement et trop faiblement atteints par notre législation ? On dirait que ces Messieurs n'ont pas approfondi le caractère redoutable de cette religion et n'en connaissent que des paroles miclleu* ses débitées par les ministres protestans , qui, plus heureux que ce bon M. Touquet , vantent la morale évangélique , sans osQr aborder le chapitre des dogmes.
Rien de plus terrible , en effet , ne pourrait être inventé par l'esprit humain et par la Divinité eUe-*méme, que les tourmens infinis, en intensité comme en durée , qu'elle a préparés pour la presque totalité de l'espèce humaine, déjà si malheureuse sur la terre! La
gourmandise, l'orgueil, la sensualité, Tavarice, que tous les législateurs ont jugées peu dignes de répression, entraîneront des milliards d'hommes dans les flammes éternelles! Est-ce dans cette redoutable légistion qu'on peut chercher un modèle d'indulgence ?
Noire siècle , malgré tout ce qu'il offre d'admirable , contient cependant^ de nombreux éléraens d'anarchie ; on insulte aux immortels fondateurs de notre gloire littéraire, on méprise les cheveux blancs, et l'on veut qu'un fro^^t devenu chauve par l'effet de longs et d'honorables travaux s'incline respectueusement devant uuè foule imberbe, dont la vanité étouffe les talens encore imparfaits. On porte toute sa sensibilité sur le criminel et l'on oublie ses victimes l
La mort, à laquelle heureusement nous avons tous droit , et qui seule nous délivre d'une chétive existence ; la mort atteint ordinairement le criminel avant l'heure que la nature semblait indiquer; quelquefois elle retarde ce moment, par exemple, lorsqu'on arrête un assassin qui allait se détruire ; mais si l'on établissait yne statistique delà manière dont le trépas nous atteint , soit par une des
' ( 89 > trois mille maladies qui déciment Tespèce humaine , soit par le fer des combats , soit par des peines morales et le dësespoir; on verrait avec étonnement que les coupables lÎTrés au glaire de la justice sont précisément les hommes dont la mort entraîne le moins de douleur physique ! Aussi a-t-on'vu des criminels danser et chanter jusque sur Tëchafaud et braver tout l'appareil de la justice humaine actuelle.
Sur peut-être trente ou quarante assassins et empoisonneurs qui chaque année répandent à Paris le deuil et les alarmes « là justice en en découvre et en livre au glaive du bourreau seulement dix et souvent moins. D'un autre côté, Ton compte annuellement à Paris quatre cent et jusqu'à cinq cents personnes qui se suicident , en se donnant volontairement une mort bien plus lente et plus douleureuse que celle qu'on reçoit sous le couteau de la guillotine. Il est donc manifeste que s'il existait un tel instrument au service du public, et auquel ne fût attaché aucun déshonneur ; pour chaque criminel qui reçoit la mort , il y aurait plus de quarante ou cinquante personnes , pour ainsi dire , à la queue et sollicitant la même faveur ! car la difficulté de se donner
( 9^) une mort prompte retient dans les entraves
de la vie des millions d^nfortuniés.
Au lieu de ^apitoyer sur. le châtiment des scëlërats et de chercher jusque dans les bagnes et sur l'échafaud des sectaires et des applaudissemens ;. les vrais philantropes doivent songer aux devoirs du corps social pour sa propre conservation et au sacrifice qu^elle de* mande de ses membres gangrenés. Si parmi les criminels il peut s'en trouver de dignes de pitië ^ quelle foule d'êtres innocens , d'hommes dignes d estime et non moin»
malheureux que les criminels, doit appeler un intérêt plus moral et plus pressant 1
Je suis loin de vouloir chicaner sur les mots ; mais il me semble que le nom de prison pénitentiaire est inadmissible , car il n'existe aucune pénitence à l'égard des hommes, et personne n'a le droit de nous en prescrire à Tégard de Dieu , surtout dans les pays protestans , d'où nous vient ce mot. Sans doute le système pénitentiaire peut offrir désavantages à l'égard de quelques catégories de délits sans importance ; mais^il serait absurde de considérer le travail imposé aux prisonniers pour des délits ou crimes plus graves^ comme une peine suffisante , sans quoi le»
(90 bureaux de nos premiers banquiers pourraient aussi porter le nom.de maisons pénitentiaires. La justice humaine doit être souveraine sur la terre comme celle de Dieu Test dans le ciel ; car si elle n^a pas, comme la Divinité, le don de lire distinctement au fond des cœurs , ses moyens de punir sont également très-limités, et elle n^a pas toujours le pouvoir de rendre Tassassin aussi malheureux que ses victimes.
Les châtimens doivent être gradués suivant la perversité du coupable. Il convient que la société témoigne son respect pour Thomme , en établissant une ligne de démarcation très* large entre les peines réservées aux attentats commis sur les biens et ceux^qui ont frappé les personnes. Ainsi l^s assassins , les empoisonneurs , cer(:ains incendiaires , etc. , seraient , selon moi , seuls passibles de la peine de mort; mais, dans tous les cas, où il y aurait eu des actes de barbarie commis sur les victimes, et où plusieurs personnes auraient été blessées par un brigand , il subirait, pendant un nombre de jours proportionné à ses crimes, différentes exécutions douleureuses , et assez terribles pour, épouvanter et retenir les scélérats à venir. On dira que, par l'effet d'une erreur des juges, un
(90 innocent pourrait être exposé à subir ces affreux supplices ; la per£ection de la législation doit rendre cet accident impossible , et d^ailleurs songeons combien de millions d'hommes innocens la guerre , les maladies et les
bévues des médecins et des chirurgiens entraînent chaque année dans la tombe , sans qu^on ait trouvé moyen d'éviter les combats, de n^étre jamais malade et de se passer de de médecins et de chirurgiens.
Je serais fâché que les personnes qui ne connaissent pas mon caractère , me regardassent comme un homme avide de sang , et de supplices : je n'ai jamais vu et ne verrai jamais exécuter \in criminel ; j'ai également toujours évité d'assister*à des opérations chirurgicales , et je me passerais toute ma vie de gibier plutôt que de tuer le moindre petit oiseau ; mais l'inviolabilité de l'homme innocent est à mes yeux le dogme moral et politique le plus* important des états civilisés, et et l'on ne doit pas me blâmer de haïr le crime, tandis que personne n'accuse Dieu d'inhumanité , lorsqu'il prépare, pour les méchans, des supplices sans mesure et sans terme.
Il £aut convenir cependant que la partie influente de la société est coupable par inertie
(93) et par apathie, en ce que les gouvernements et les gens riches ne font point les efforts nécessaires pour rinstruction et la civilisation (i4) de toutes les classes du peuple; aussi portent*ils souvent la peine de leur incurie et de leur ëgoYsme.
Comme nombre de crimineb échappent à la vindicte publique , le déficit de vengeance ou de satisfaction qu^ éprouve la société sur la quotité des coupables doit être compensé par la duplication ou multiplication raisonnée des peines. La société des honnêtes gens ne doit pas perdre ; elle serait dupe de le faire. Ainsi, je suppose que chez un peuple Torganisation sociale fût si régulière qu'aucun criminel ne pût se soustraire au supplice , et que la peine que mériterait son crime fût d'une heure de souffrance , au vingt-quatrième degré du doloromètre (instrument qui n'existe pas encore); chez un autre peuple^ où la moitié des criminels seulement serait atteinte par le glaive des lois , un homme coupable du même crime, pour lequel une heure de supplice avait été jugée une répression suffi-^ santé , devrait subir deux heures delà même peine ^ ou bien seulement une heure en doublant l'intensité dé la douleur.
Plus le nombre et la grayitë des crimes aug* mentent dans un pays; plus il est nécessaire d^augmenter la rigueur des peines répressives ; mais cette mesure serait souvent insuffisante /et il deviendrait nécessaire de découvrir la cause de cette funeste augmentation, et de la combattre simultanément par des moyens préventifs.
Le vol ou Tattentat sur la propriété , lorsquMl porte sur des objets d'une valeur minime et n'entraîne aucun désordre fâcheux , est à mes yeux , comme je Tai déjà témoigné , un crime , saris comparaison , moins grave qu'un attentat sur les personnes; cependant, grâce à l'incapacité législative des obscurs auteurs du Code pénal et à l'absurde jurisprudence des juges ; les journaux font foi que le meurtre et les blessures sont souvent ii;npunis ou moins réprimés que des vols sans aucune importance.
On pourrait appliquer aux voleurs le principe de solidarité forcée que je viens d'émettre à l'égard d'autres criminels, en les astreignant à un travail continu , de manière à ce qu'ils ne sortissent de prison qu'après avoir amassé , en mains du directeur des travaux , la somme nécessaire pour le remboursement des personnes chez lesquelles ils
( 95 ) auraient commis des vols, plusune valeur calculée à prorata de cette espèce de dette , afin d'obvier à l'insolvabilité des voleurs qui mourraient sans pouvoir s'acquitter, pour que la société trouvât dans cette institution une garantie et une indemnité.
Ces principes peuvent paraître d'une justice rigoureuse; mais, outre que je propose une atténuation trcs-sensible de peine pour les vols sans conséquence ; il vaut mieux, en adoptant des châtimens redoutables pour les crimes qui ont une gravité réelle , qu'il n'y ait que cent criminels menacés et punis par une peine décuple de celle qui existe ac- ' tuellement , que s'il y avait trois cents criminels ^ui n'auraient pas été intimidés par les peines actuelles. Je m'explique et je suppose que, par des moyens extraordinaires, on parvint à rendre le châtiment qui punit l'assassin dix fois plus effrayant et terrible que la simple perte de la vie par la décapitation ; le nombre des assassins ne serait pas dix fois moindre , mais peut-être serait-il réduit des deux tiers. Mettons que , dans l'état présent des choses , nous eussions trois cents crimiminels à punir pour quatre cent cinquante personnes qui auraient été assassinées , total
sept cent cinquadte personnes snpplitiëes ou mortes d^une manière TÎoIente et cruelle.
Mais si la rigueur des peines , prononcées par une loi nouvelle , réduisait des deux tiers le nombre des coupaUes ; il n^y en aurait que cent et cent cinquante victimes, ensemble deux cent cinquante morts au lieu de sept cent cinquante ; où est la philantropie ? n'estce pas ou le nombre des coupables, et surtout des vietimes; est manifestement le moindre ?
Il faut que le Code pénal parle à Fâme , que partout on y remarque Findignation contre le crime , il faut que Thomme con* damné verse des larmes de repentir et de reconnaissance , en voyant toutes les précautions paternelles que le législateur a Qpses pour établir de5 catégories qui forcent les juges à faire une récapitulation minutieuse des circonstances atténuantes en sa faveur.
La pénalité doit être graduée ou modifiée en raison combinée de la situation sociale de rage, du sexe des coupables et des victimes ; la force de l'intention , l'élévation du préjudice. Enfin les préjugés nationaux ou religieux doivent être pris en considération pour adoucir le châtiment (i5).
Lorsque le crime est contesté, un calcul
de probabilitës établi par le procureur du roi, d^ua côté, et combattu par un calcul justificatif fait pari avocat du prëv^u, devrait exp0i^r d'une manière lucide aux^ yeux df s juges l^s apparences d'innocence et de culpabilité.
Sans doute une grande latitude est laissée ^ux juges pour récompenser ou punir l^ a^técédens honorables ou blâmables d'uQ criminel ; mais, ce qui est un grand défaut, le Code ne dit nulle part : « Vous att^uuere^K J^ peine de Thomme qui avait toujours mené une vie honnête, qui. s'est rendu utile à sa famille , à sa patrie , à l'humanité , et vous ^observerez, pour l'appréciation de son mér rite , telles règles, telles proposions ! »
' Il ne peut y avoir aucun inconvénient à énoncer en toutes lettres que: rhpmme qui 9, pratiqué pendant trente ou quara^ite am. la ^ertu a droit à des ménagemejDts, Personne ne- fait le bien et ne s'abstient du mal pendant une lolAgue vie avec l'intention d'obtenir tui adoucissement sur. la peine ordinaire due âù crime. L'homme âgé de soixante-dbc- ans et qui 'n'a plus que cinq ou six ans à i^ivre , d'après le système des probabilités , ne sérailil pas condamné à. mort par .Un emprisonnement de deux ans ? .
il est injuste de ne pas indemniser Thommé dont rinnocence a été reconnue. Je ne parle pais de celui dont la culpabilité n^est pas assez évidente pour le condamner.
J^ai propose il y a nombre d'années» dans une brochure intitulée une Macédoine , rétablis-- ' sèment duiélëgraphe à Vnsage du commerce,' qui Mettrait en rapport toutes les grandes villes* tl les ports de TEurope. Lé même instrument, comme je le proposais» pourrait servir pour signaler et faii;e arrêter les criminels. Il faudrait qu'une convention universelle et réciproque eût lieu à cet égard entre toutes lés puissances civilisées» qui» ainsi qu'on le voit» ne sont que dans un état de sémi*civilisation. MM.'Faure» Berlier» Giunti et Gorsini, auteurs inconnus du Code pénal » jugent que leur ouvrage estdigne de porter aussi le titre de Code Napoléon. Ils ajoutent » en s'adressant au Corps^législatif :
fc Heureux , messieurs » d'assotier vos trai> taux à ses travaux! heureux d'assister à » cette époque où sa main puissante » sa niain. » créatrice » lance ainsi dans l'espace des sic- » des ses lois immortalisées par son nom!
» Ëpoque miraculeuse ! époque héroïque » où chaque année de son. règne est signalée
(99) i> pàT la conquête d^un empire (autrement » dit par ûh brigandage ) , par une paix tou- » jours glorieuse , toujours gënëreuse , parce » que* toujours la force et la modération Tont » dictëe , etc. »
On voit ici qiie les orateurs de Tempire sont au niveau de, ses po'ëtes.
II est yraisemhlable que ces messieurs v \^in célébraient la gloire du guerrier législateur , n^avaient jamais mis Tépée à la main ;^ aussi ont - ils entièrement oublié dans le Code Tarticle duel, qui sûren\ent ne aérait pas échappé aux législateurs qui. leur ont succédé (iB).
Uabsence du mot duel dans le Code
n^ exempte pas plus les auteur^ du meurtre bu de blessures des poursuites juridiques, que rabsehcè des mots inceste , fratricide , sororicide , et de cent autres crimes, auxquels on pourrait donner dés noms spéciaux ,^ne serait une garantie d^impunité pour les* coupables.
Aussi a-t-6n vu souvent exercer des poursuites contre des gens- qui ne pouvaient pas savoir si le duel était légalement licite ou ,non. La Cour de cassation peut ajotiler à la nomenclature de ses bévues anti-legalçs , d'avoir anéanti Teffet de ces poursuites ; car, aous le
régime actuel , le meurtre et les blessures te* sultant d'un duel n'ont aucune excuse légale.
Observons qu*il est injuste et barbare de stipuler des peines graves contre l'homme qui a voulu défendre ou venger son honneur, lorsque les lois relatives aux injures, aux voies de fait et aux différentes causes qui peuvent occasioner un duel , n'offrent point à l'homme offensé une satisfaction et une garantie suffisantes. I^ia loi laisse tellement prisé à l'arbitraire , et la jurisprudence des tribunaux est ordinairement si vicieuse , qu'une amende de .16 fr. est souvent l'unique peine infligée au coupable d'insultes faîtes à un honiiéte hmnme , qui exposerait sa fortune et ^a vie pour obtenir la réparation qui lui est due \
Le cadre de cette brochure n'est point ecluî d'un ouvrage de législation ; ainsi je me borne à jeter un coup-d'œil sur quelques-unes des innomîjrabtes iinperfectipns du Code pénal français» qui est à mon avis au-dessous de la crilique,
Je lis, art. 334 ^ « Quiconque aura attenté » aux mœurs en excitant , favorisant , ou faci- » litànt habituellement la débauche ou la cor- » tuption de la jeunesse de l'un ou de l'autre >• sexe, au-dessous de vingt-un ans, sera puai
( îoi ) » d'un emprisonnement de six mois à deux » ans, et d'une amende de 5o fr. à 5ôo fr.
» Si la prostUuUon ou le corruption a ctë » excitée , favorisée ou facilitée par leurs » pères, mères, tuteurs o^i autres personnes » chargées de leur surveillance , la peine sera >' de deux ans à cinq ans d'emprisonnement, » et de 3oo fr. à looo fr. d'amende, »
Il faut convenir que nos législateurs Franco-Italiens sont à certains égards d'une clarté admirable. S'ils avaient écrit de 3oo à looofr., on aurait pu chicaner, et dire qu'il s'agit de 3oo sous à looo fr. ; mais, sous d'autres rapports,. ces messieurs sont moins intelligibles. Si jamais on fait une loi contre les législateurs, qu'on n'oublie pas le crime d'ambiguïté dont MM. Giunti et Corsijni ne sont pas irréprochables , et qui a des conséquenees extrêmement fâcheuses.
Il est évident que Part. 334 ne doit coi^ccrner que les entremetteurs, quoique tous les tribunaux français, ou peu s'en faut, l'appliquent abusivement à des gens qu'il ne concerne en aucune manière. .
Si les mots faciliter, exciter, favoriser la corruption, pouvaient exprimer la déf^oraison ou le coït avec une femme âgée de moins de vingt-
un ans , la population de la France serait me-fnacée d^une diminution de quelques cent mille, âmes par onnée; èar ce n'est guère parmi le^ vieilles filles, parmi celles qui idu moins sont majeures , qu'on va chercher sa maîtresse ou sa femme. M, le prëfet de police se trouverait gravement compromis par cette singulière interprétation , lui qui fait donner Tautorisation de prostitution à des milliers de femmes âgëes de moins de vingt-un ans.
Je lis dans le Courrier français du 8 mai 1829, que le curé de la commune de Koain ^ accuse d'attentat à la pudeur sur la personne de Madeleine Blay, âgée de moins de neuf ans, a été acquitté parce qu'il n'y a pas eu violence. Ainsi, pour le même crime, les uns sont acquittés et les autres condamnés aux travaux forcés. Le ministre de la justice est-il excusable de laisser subsister une législation aussi ambiguë ?
Le mot habituellement, qu'un homme qui n'aurait possédé qu'une seule jeune fille âgée de moins de vingt-un ans, pourrait opposer a l'application de' l'article , prouve d'ailleurs , ainsi que celui de corruption de la jeunesse , qu'il ne s'agit ici que de ces êtres infâmes qui font le métier d'entremetteurs.
La seconde partie de Fart. 3^ devrait lever toute espèce. de doute à cet égard,, car ^1 le assimile le pera et la mère aux. tuteurs et aux . domestiques, chargés de la surveillance des . jeunes personnes.
Un père , une mère, qui attenteraient personnellement sur la pudeur de leur fille qu de . leur fils, et commettraient le crime à" inceste, peuvent-ils, sans absurdité, étfe placés 49ns. la même catégorie que l'entremetteur? Ce sont des délits et des crimes qui n^ont aucune analogie et qui exigent des articles spéciaui^.
C'est sans doute par ces considérans que le prêtre alsacien Sief friedest sorti blismc comme neige d'un interrogatoire ^ d'oiji \\ résultait quHl ayait personnellement attenté à la pudeur de ses élèves âgées de dix à douze ans.
Le noi^bre des attentats de cette espèce , dont les prêtres catholiques se sont rendus coupables depuis deux ou trois ans, est alar-mant , surtout si Fon considère que les débatç des tribunaux ne nous révèlent pas laâixièm^ partie des crimes que çes.lpessieurs commentent dans Vombre , et prQtégés par la crainte qu'ils inspirent , par le pot^^o^* dont ils jouissent et même par la pudeur de leurs victimç^^ qui ne pçuvent les dénoncer sans se perdçe
( io4)
d'honneur elles-mêmes. Combien d^af£aîiies de C€ genre , d^abôrd ébruitées par les journaux, ont ensuite été étouffées A. M. D. G. ! Il paraît, si Ton en croit leurs rapports, que les prêtres catholiques commettent seuls autant d^attentats de. cette nature que tout le reste de la population française !
Il y a grande apparence que bon nombre d'hommes quf, sans être prêtres^ commettent de pareils attentats, ont été fanatisés par dçs discours ou des lectures qui , en leur prescrivant un combat continuel contre leurs éem , les ont mis dans la nécessité de succomber à des tentations devenues irrésistibles par des privations contraires à la nature.
" Les ministres protestans ne sont pas des anges ; mais du moins ils n'ont jamais causé en France de pareils scandales. Popr y mettre ordre , il conviendrait réellement de rendt*e licite ou même obligatoire le mariage des prêtres, Jésus-Christ veut que chacun ait sa femme ^ et saint Paul, non moins raisonnable sur ce chapitre , recommande , o, léçêque setilemeni^ de n'avoir qu'une femme.
Voilà un de ces cas où la rigueur des peines est souvent insuffisai^te , et où l'on ne peut guère combattre le crime qu'en le prév^n;ant
( io5)
par une innovation dans Torganisation sociale française telle que le mariage des. prêtres.
L^institution du jury en France est trèsimparfaite. On a des exemples rëcens que les jures ont absous des hommes dont la culpabilité était incontestable et même incontestëe. Comme tous les jurés sont en même-temps électeurs ou éligibles , Tintention de se rendre populaires peut les porter à user d^une in- ' dulgenceblâmable, pour nepas dire criminelle.
On a vu des hommes condamnés à Tunanimité obtenir, par Teffet accidentel d^un vice de forme, un nouveau jugement en vertu duquel ils se sont trouvés absous à l'unanimité.
En admettant quMl ne se présente qu^un exemple pareil dans le cours de diit années , voici cependant les conséquences que j^en tire.
Je suppose que dans le temps donné de dix années dix mille prévenus soient soumis à la juridiction du jury, que dans ce nombre il y ait autant d'innocens que de coupables, et que sur cent pourvois en cassation dix seulement soient admis.
Cinq mille hommes seront absous , et s'y trouvât-il quelques coupables, ils n'auront
( io6 )
garde dç se pourvoir en cassation ; cinq miHe seront< condamnés , et dans ce nombre deuxinille cinq cents recourront eq cassation ; maii^. nous ayons supposé que la Cour suprême n^admet que la dixième partie des pourvois qullui sont adressés, ainsi deux cent cinquante hom-n n>es seulement seront appelés au bénéfice d'être jugés de nouveau, Dans ce nombre ,
1 aura été d'abord condamné à Tunani-^.
mité , et sera absous de même à Puna^.
nimité.
2 condamnés à la majorité de 1 1 voixcon-.' tre une et absous à cette même majorité;
3 ïd. id. de lo contre 2 id. id.
4 là. id. de 9 contre 3 id. id:
6 id. id. de 8 contre 4 ^* ^* 9 id. id. de 7 contre 5 id. id.
Plus on s'éloigne de l'unanimité , plus la culpabilité est indécise et doit donner lieu à de nombreuses oppositions entre les jurés. Je fais ici , pour simplifier le calcul , abstraction des votes, de la Cour royale.
25 hommes sur 2,5oo verront,- dans le cours de dix ans , leurs pourvois admis et seront absous , mais nous avons supposé que la dixième pairtie seulement des jugemens était
( lo? ) entachée de vices de forme. Ainsi , deux mille deux cent cinquante hommes ont tu repousser leurs pourvois , puisque ta procédure en était régulière , seule chose sur laquelle statue la Cour de cassation. Or^ comme ici le fond et la forme n^ont aucun rapport^ si , sur deux cent cinquante pouvois , vingtcinq hommes ont été absous par un nouveau jury y sur deux mille deux cent cinquante ^ deux cent vingt-cinq hommes Fauraient été également , tandis que , frustrés du bénéfice de la révision de leur procès , ils* auront été condamnés injustement !
Avec des documens statistiques officiels, il serait facile de voir avec assez d^exactitude quel est le nombre annuel des erreurs des jurés opposés ( eh supposant que le dernier a toujours raison) , et de préciser le nombre dHnnocens condamnés , parce quMl n*y a pas eu vice de forme dans la procédure.
Tant que le crime et Tinnoceiice pourront
être aussi aisément justifiés ou condamnés à
tort , tant qpe toutes les mesure3 préventives possibles n^auront pas* été prises , il serait peut-être cruel de proposer Taggravation de la pénalité usitée en France , à moins d'établir une distinction pour les crimes patens et
( lO» )
incaotestables , ce qui aurait iHiiconvénient de faire paraître douteux le crime des autres coupables.
Je ferai reinarguer que c^est une inconséquence d'établir deux degrés de juridiction en matière correctionnelle , et de n'en avoir admis qu'un seul pour les matières criminelles bien plus importantes.
La loi française sur le jury est à mes yeux horriblement vicieuse ^ çn ce qu'elle appelle à ces importantes fonctions des gens souvent sans instruction ) sans gravité et sans expé* rience , qui n'ont fait aucune étude des lois^ et commettent journellement de lourdes bévues , constatées par la Gazette et le Courrier des Tribunaux., Souvent ces messieurs n'ont point compris l'objet ni la portée de leurs délibérations, et sont obligés de rêvenir sur leur première décision.
Le serment est à peu près étranger aux devoirs du juré : s'il est honnête homme , il ne trahira pas sa conscience , lors même qu'il n'aura pas prêté de serment. S'il n'est pas honnête homme , il ne se fera pas scrupule de le trahir.
Plusieurs parties de nos Codes , ainsi que nombre^ de compositions de nos auteurs ro-
( log )
inantiques , auraient besoin d^étre traduites en français. On demande à un juré « un tel est-il coupable d'avoir assassiné ? » Uambiguïté de cette question est telle, que souvent le jury absout un homme qui avoine son crime, parce que les jurés s-'imaginent- qu'on leur demande si l'accusé est coupable pour avoir commis tel crime et non pas s'il l'a commis!
On devrait simplement demander au jury:
Un tel a-t il commis tel assassinat ou tel vôl ; si alors malgré le$ aveux du criminel et les déclarations des témoins , un ou plusieurs jurés osaient trahir leur serment , ils me sembleraient au moiiis aussi coupables euxrmémes qu^ des faux témoins , et des. suborneurs de témoins , que l'on punit si rigoureusement , lors même qu'il- n'a été question de témoigner que sur des choses de peu d'importance.
D'un autre côté , pour ne pomt gêner la conscience d'un juré^ la Cour devrait être obligée de stipuler toutes les questions accessoires et ayant pour objet ou d'iiinocenter l'accusé, ou d'atténuer sa culpabilité: nonseulement le jury , mais encore chaque juré devrait être autorisé à se poser lés questions auxquelles la tçaifquillité de sa conscience h intérêt de répondre.
( iio)
l'ouïe notre institution du jury est selon moi a refondre. Actuellement elle n^estqu^un jeude probabilités mal conçu , quant à ses élëmens et à ses résultats réels.
Sur douze jurés, chacun représente une probabilité^ et leur unanimité représente la certitude absolue. A mon avis , il est absurde
que la majorité éteigne la minorité où peu-
Vent se trouver les meilleures têtes. Mais , en adoptant provisoirement Tégalité d'intelligence et de judiciaire chez tous les membres d'un jury , on n'a , ce me semble « aucun droit d'opprimer et d'anéantir la minorité. Tant q[ue sur douze personnes, j'en aurai convaincu' do moins z/ne démon innocence, je trouverai que j'^i quelque droit à ne pas être considéré absolument comme coupable.
D'après ce principe, si un homme doit être condamné à douze ans de prison, et que deux jures seulement sur douze l'aient absous, sa peine serait réduite à dix ans. Si neuf jurés sur douze le jugeaient coupable, sa peine serait de neuf aiis. Si un seul juré avait opiné contre lui, il subirait une année de prison, c'est-à-dire, que l'Influence quelconque de 'chaque juré serait d'un douzième de, la peine , et que unanimité seule de l'opinion favorable du
jury équivaudrait à Tabsoluliôn dé 1 accuse.
Mais sHl s^agit de la peine capitale, comment la partager ? On peut révaluer dans la lôiv et stipuler, par exemple, que pour uii toupable de quarante ans Téquivalent de cette peine , lorsqu^il faudra la transformer en années de prison pour la réduire, sera.de quarante-huit années. Alqrs chaque boule noire représentera quatre années de prison.
Si Taccusé a huit jurés contre lui, au lieu de subir la peine capitale ^ il sera condamné à Irénte-deux ans de prison.
Cette nouvelle manière de considérer l'importance de chaque voix de juré, sans égardi à celle de ses co-jurés , aurait l'avantage de laisser subsister pour les grands crimes , 1'^pouvantail de la peine de mort ; mais Tappli-* cation n'en aurait lieu que rarement et par l'effet d'une condamnation unanime. Elle aurait aussi un autre avantage non moins grand, qui serait de ne pas laisser une impunité absolue à d'habiles assassins ou empoisonneurs , que souvent la majorité actuelle du jury n'ose pas condamner, et qui , par l'effet des votes de la minorité , subiraient quelques années de prison. On ne verrait guère alors de CCS scandaleux acquittemens, trop fréquens
aujourd'hui ,et menaçâutla sécurité publique.
Je ne 4onne au reste point ce projet comme le seul admissible. On pourrait , pour ne pas isoler entièrement Fopinion de chaque juré , combiner avec la progression arithmétique résultant de leur nombre , une pTrogression qui fortifierait Topinion de la majorité du jury , soit qu'elle inclinât pour la peine entière, ou pour Tacquittement.
Par exemple , en supposant un cas où la peine du condamné dût être de quarante-huit ans de prison, soit de quatre ans à raison de chaque boule noire, on aurait cette progression.
ce qui réduirait la « peine à
I jnré . 4 ans, ."' •;°:,i^i1lîf^if«î?"" 5/6 * ans 8 m.
'316 io
cr
subsiste tel quel 3^4
* ce qatp«rtci'ait l A
t , ' * * , ,» ' peino à
; 8.jùrés32ans;'''Xtnfi'c?i'u'r"i/6 SàânsSm, 9 36 2/637: 4
lo 40 3/6 ^n- »