CHAMPS-ELYSÉES
Je propose d^abord la suppression des fossés ou jardins potagers qui déparent et rétrécissent la place Louis XYI. De belles fontaines, sans absorber autant de terrain , produiront un bien meilleur effet.
Le jardin des Tuileries, n'étant défendu que {)ar une terrasse le long du quai, et du côté de larue de Bivoli que par une grille, les fossés, qui ne protègent que la terrasse donnant sur la place Louis XYJ, sont d'une inutilité complète.
Cette terrasse devra être ornée de statues et de vases de fleurs , et subir quelques changemens qui rendront la clôture des jardins de ce côté aussi parfaite qu'elle l'est du côté du qqai, de manière à encadrer la plaçç
liOuis XVI mieux qu'elle ne Test actuellement. Abstraction faite des espaces et trottoirs réservés aux personnes à pied ^ la place sera pavée d'une manière nouvelle ; la surface extérieure des pierres composant le pavé sera plane (actuellement ces pierres présentent la surface d'un sphéroïde raboteux , humide et glissant), les côtés de ces pierres seront taillés de manière à s'unir étroitement au moyen d'un ciment indestructible , qui ne permettra ' pas à la glaise de ^'infiltrer et de salir le pavé. Grâce à cette précaution Von ne sera in-' commode ni par la boue, ni par la poussière.
Un service spécial de propreté s'étendra de la barrière de l'Étoile à la terrasse des Tuileries. ^ ' ^
Se borner à enfermer les Champs-Elysées dans une grille, comme semble l'annoncer le.projet du conseil municipal , serait une conception inutile et mesquine. Le^ malfaiteurs qu'on éloignerait des Champs- Elysées , se porteraient dans un autre quartier de Paris., où ils ne seraient pas moins à craindre. Il serait ,. égalenient absurde de laisser subsister cette promenade dans Vétat de nudité oit elle est^ car on n'y trouve pas iqéme MH banc pour se reposer , ni rien qvjji
( i54 ) puisse justifier le tàtre de Champs - Élyséès.
Mon projet paraîtra peut-être trop vaste ; mais son exécution contribuerait à la gloire de la France et offrirait des avantages matériels immédiats.
On a calculé que, dans le quartier de la cité, sur dix en fans qui naissent à pei|ie un seul atteint rage de virilité. Presque toute la partie centrale de Paris est aussi très - insalubre , et hs.géiiératiqns sont décimées par la longue et coupable incurie du gouvernement et du 4:onseil qiunicipal. En attendant la reconstruction successive de tout le vieux Paris , rhumanité et Tintérét véritable du gouver^ nement commandent d'attirer hors de ces repaires infects W plus grande partie possible de la popuUtion , qui peut-^tre ne connait pas rinfluence morbifique de l'atmosphère pestilentielle où elle languit et meurt prématurément.
Mon intention serait donc , non point de changer en une ville nouvelle les Champs* Élysées ; maià, en continuant de les consacrer à la promenade ^ aux jeux et aux fêtes publiques, d'y élever , à des distances prédéterminées , une série de maisons de plaisance de Tarchiteclure la plus variée et la plus pittoresque.
Une double colonnade , partant de Tentrëe des Champs-Elysées et aboutissant à la barrière de rÉtoile, aprèsavoir dessinëdes circuSy ou places circulaires , garantirait les (>ro-* meneurs et les gens de la campagne de Tar^ deur du soleil , d(t la pluie et des intempéries des saisons.
La partie supérieure de la galerie servirait également à la promenade ; dans les jours de fête on y placerait des gradins, qui /chargés de jolies femmes , offriraient un brillant coupd'œii:
Les maisons de plaisance dont je parle, d^architecture gothique , égyptienne , indooe , birmane, turque, chinoise et de fantaisie, seraient autant que possible supportées par des colonnes ou pilastres , afin de ne pas gêner la circulation de la ifoule : d'ailleurs elles seraient assez éloignées les unes des autres pour que les Champs-Elysées fussent toujours une
promenade.
On pourrait , non loin de la Seine ,
élever une montagne artificielle surmontée
d'un belvédère , embellie par une cascade^
des grottes , un chalet suisse , etc. , etc. ;
on y placerait un observatoire public ,
moyennant une rétribution, et auquel se-
raient attachés des professeurs d^^astronomie^
Les maisons de plaisance seraient , autant que le genre' d'architecture le permettrait, surmo];itées de terrasses ornées de vases de fleurs, de statues, de rotondes et de behédères ; elle seraient entourées de jardins an-^ glais , de fontaines , etc.
Des candélabres , en partie dorés et rapprochés les uns des autres , éclaireraient , par le gaz , la place de Louis XYI et toute rayeaue des Champs-Elysées.
Je voudrais qu'on élevât à l'entrée des Champs-Elysées deux édifices faisant face aux Tuileries et bordant la place Louis XYl^ qui actuellement est mal encadrée (26). Il faudrait qu'ils lussent en harmonie avec le Garde-Meuble , mais d'une arcUtecture plus légère. On pourrait, si l'on adoptait mes frises, y placer des tableaux monumentaux de &^ à 3o pieds de haut sur 60 à 80 de long, soit en pierre de lave peinte , soit en métal peint, soit en relief.
Dans les constructions des Champs-Elysées, des emplacemens seraient préservés pour les cafés , les restaurans et le commerce de dé-* tail , sans lequel un quartier n'est jamais vivant.
Je crois que tout ce que j'ai prôj[>osé jus-^ qu'ici ne paraîtrait pas inadmissible; mais Voici une partie de mon plan qui rencontré* rait une forte opposition.
Les deux superbes édifices que je viens dé mentionner seraient le casino de Paris, et ses salles devraient pouvoir contenir cinq à six mille personnes. II y aurait salle de concert , salle de bal , salle de banquet , salle de comëdie , salons pour la lecture et la conversation, c'est un établissement qui manque tout à fait à Paris , tandis que de petites villes de ritalie, de TAUemagne et de la Suisse réunissent assez d'abonnés pout soutenir de pa^^ reils établissemens.
Sans entrer ici dans le détail de tous les embellissemens que la place I^ouis XYI serait susceptible de recevoir , je pense qu'on pour->rait y ajouter deux colonnes monumetitales ^ égalant ou surpassant en hauteur celle de la colonne de la place Vendôme; mais d'une forme plus gracieuse , et dont l'une supporterait la statue de la Religion et l'autre celle dé la Clémence. Deux colonnes torses, en partie dorées , feraient un superbe effet.
Je voudrais établir dans le voisinage de la grande porte des Tuileries , et de préférence
dans le jardin , deux vastes rotondes vitrées , Fime contenant un double et magnifique escalier monumental , et Tautre une espèce de montagne russe, afin de descendre dans une superbe galerie souterraine qui auraient quelque ressemblance avec les temples que les Indous creusent dans les montagnes. Cette galerie aurait 60 pieds de large, la partie centrale en aurait 28 , et serait soutenue par une double rangée de colonnes massives telles qu'on en voit chez les Indous.
Cette galerie souterraine traverserait la place Louis XYI comme celle de M. Brunel traverse la Tamise, mais elle serait d'un style bien plus noble , ornée de bas-reliefs , revêtue de pierre de lave peinte ou de métaux peints; elle conduirait aussi au casino, dont les salles seraient assez vastes pour servir à Vexposition des produits de t industrie (27).
Il y a long-temps que j'ai formé le projet d'un édifice d'un genre neuf, mais très-simple, etdestiné aux concerts. Il s'agirait d'une Sphère de 80 à 100 pieds de diamètre , dont une moitié serait enfoncée dans la terre et l'autre s' enlèverait au-dessus du sol, sans parler des parties accessoires qui conduiraient dans ce vaste globe , pourvu de loges et de gradins. L'or-^
( i59 ) chestre serait placé dans la partie centrale la plus basse.
Je crois que ce globe, tout resplendissant de réclat des lumières et réunissant une brillante société, offrirait un ^ctacle uni-» que et que la musique devrait y faire le plus bel effet.
II est certain que le conseil municipal re* fuserait d^avancer 80 à loo millions pour des constructions dans les Champs-Elysées; mais si la ville accordait de grands avantages et une certaine somme pour couvrir les dépenses de pur embellissement à une société de capitalistes , ce projet serait peut-être réalisable.
Il faudrait que cette société obtint la con-^ cession à perpétuité des terrains où s'élève^ raient les constructions, Texemption des contributions pendant un siècle , des licences pour Feutrée des fers étrangers destinés à ces édifices incopibustibles et Texemption pendant un nombre d'années des 'droits d'octroi. La gloire d'une nation, et quelquefois sa conservation , dépendent en partie de la grandeur de sa capitale , et le gouvernement ne doit rien négliger pour étendre les limites et la population de Paris ; or, il vaut infini-
( îGd )
Ifnent mieux y procéder en faisant construire un quartier magnifique et digne du voisinage du séjour de nos rois que de laisser Paris s^étendre de tous côtés d^une manière mes*" quine et irrégulière.
Il résulterait de grands avantages de ces brillantes constructions, qui contribueraient à attire!* les étrangers à Paris. Le nouveau pavé dont je propose la formation ^ Féclairage par le gaz , le service de propreté ^ seraient bientôt généralement adoptés dans ]a capitale du peuple le plus imitateur de la t^rrCè
IriN*