DD TRADUCTEUR
Nous sommes inondés de traductions 5 depuis quelque temps les penseurs de la Grande-Bretagne semblent nous disputer le droit de faire gémir les presses de noire capitale. Il existe à Paris une armée d’anglomanes qui lisent le Journal de la librairie anglaise avec plus de zèle et d’exactitude que les auteurs du Morning- Ghronicle ou du Times n’en mettent à parcourir dans nos journaux les anecdotes scandaleuses et les séances de la Chambre des députés. Il n’est de mince brochure ou de volumineux in*octavo qu’on ne se hâte de traduire peu de jours après qu’ils' ont paru à Londres ou a Edimbourg r ouvrages de politique et romans, poèmes et livres de science, touf est bon pour exercer la pluine infatigable de nos traducteurs. Cependant le commerce des livres languit comme toutes les branches de l’industrie française, et les libraires ne sont prodigues de leur argent que lorsqu’ils achètent lès manuscrits d’un auteur dont la haute réputation leur garantit d’avance des bénéfices.
: Voilà des faits certains, et qui pourtant' seîu- Paris» I
vj PRÉFACE
bknt contradictoires. Si , pour Jes expliquer, mon lecteur veut réflécliir un moment aux motifs qui décident les hommes à écrire, il arrivera à celte conclusion : que la jeunesse d’aujourd^hui (les traducteurs sont tous des jeunes gens ) est devenue tout-à-coup, ou bien désintéressée, ovi très passionnée pour Ja gloire..,,. Que nous serions heureux de pouvoir proclamer cette assertion comme une vérité incontestable ! Avec quel plaisir les partisans du perfectionnement illimité de l’esprit humain ropposeraient aux récriminations et aux boutades des lauclatores temporis acti ! Mais, hélas! il est encore parmi nous des hommes qui se laissent guider par d’amour de l’or, et qui, trafiquant de la pensée comme d’une vile matière, imitent l’industrie du marchand qui va chercher sur des rivages lointains une denrée qu’il revendra chèrement dans son pays natal..... Je ne dois pas'lme laisser emporter par mon indignation ; le public ne. me connaît pas encore : il pourrait* m’accuser de crie^* au . voleur pour m’échapper plus sûrement à la. faveur du désordre. Mes déclamations oe. l'amèneront point dans le sentier de rhonneur, çesames dont je déplore l’égarement; d’ailleurs j’ai blâmé le scandale avant de Savoir signalé : poursuivons l’exposé des faits^'et faisons Igrâce des commentaires. .v
Xes libraires sont jleS' premiers coupables: