DE MONTPELLIER
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JL OIN de moi la pensée de renou veler ici les reproches que la morale et la politique ont justement adressés à ces gouffres immenses, connus sous le nom de capitales î Je ne dois les considérer que sous le rapport des progrès des arts et des sciences. II semble, au premier aspect, que tous les avantages soient en leur faveur : si l’on fait attention au perfectionnement journalier des branches d’industrie qu’on y exploite, à la marche gigantesque et comme révolutionnaire que les journaux scientifiques signalent chaque jour en parlant de la chimie, de la médecine, etc.
Les grandes capitales. ( et je veux parler surtout de celle de la France ) sont des foyers qui répandent leur lumière sur les provinces. La multitude dès savans qu’elles renferment , l’émulation qu’elles fomentent a l’aide des académies et de toutes les associations de ce genre , tout doit contribuer à la perfection de celte immensité de travaux entrepris avec tant de zèle et terminés avec tant de succès. Voilà les avantages, voici les inconvéniens.
Pour les sciences comme pour le gouvernement, Paris est la seule capitale de France. Les autres villes de ce royaume sont tellement secondaires après Paris , qu’il n’en est aucune dont l’académie mérite d’étre comptée après l’Institut de France, ou les sociétés que lessavans forment à Paris, sous des noms variés. La France est peut-être le seul pays où ce grave inconvénient existe. Car en Angleterre, en Allemagne, les métropoles des sciences ne sont point bornées aux capitales des gouvernemens. Ainsi, par exemple, les universités de Gœllingue, d’Jéna, d’Heidelberg, n’ont ni moins de réputation ni moins d’influence que celles de Berlin et de Vienne. L’on peut reprocher, à cette extrême division des foyers d’instruction transcendante, d’enfanter beaucoup d’ouvrages médiocres, parce que les hommes prennent souvent pour une inspiration du génie le zèle que donne l’émulation. Mais aussi l’on n’a pas à craindre que le véritable génie reste dans un sommeil causé par l’absence ou l’éloignement du foyer qui le réveille et le développe. Tel homme , capable de changer l’état actuel des sciences, vil peut-être dans quelque province, sans se douter de sa brillante destination! Que lui manque^ l-il donc, pour être lui-même ? Le voisinage d’une académie , la société des savans, en nn mot les circonstances qui peuvent lui révéler son aptitude et sa supériorité.
Voilà des l'éflexions que j’ai souvent faites lorsque j’ai comparé les établissemensdes provinces de France avec ceux de la capitale. Autant les moyens d’inslruc-
tîon sont abondamment répandus dans Paris, autant iis sont difficiles et peu nombreux dans les autres villes. Cette partialité, cette prédilection pour une cité à Texclusion de toutes les autres, me semble une injustice d’autant plus grande, qu’on n’a pas excepté de la loi générale la ville que tout l’univers appelle encore le berceau de la médecine.
Pendant mon séjour à Londres, j’avais entendu souvent parler de l’école de Montpellier. .Quelques médecins que j’avais questionnés à cet égard m’en aVaient rendu un compte si défavorable, que je résolus de vérifier par moi-même ce que je regardais comme des assertions fausses et dictées par la jalousie. Hélas ! me disait -on , cette école autrefois si célèbre est aujourd’hui déchue de son antique splendeur. Son nom remplit encore le monde par l’ancienneté de son origine. Mais, au milieu des progrès rapides que les sciences viennent de faire , elle est restée stationnaire ; elle a protesté contre des innovations indispensables, et repoussé le fruit des découvertes modernes. Le galénisme y exerce encore un empire despotique. Les doctrines de Montpellier ont vieilli comme l’architecture des fondateurs de son école... Après unlong séjour dans cette ville , qu’un roi célèbre appelait pépinière d’archiatres , je me suis convaincu que les reproches étaient peu fondés. Il est bien vrai que , depuis la révolution, Montpellier n’a pas conservé la prééminence sur toutes les écoles européennes. Les vieilles doctrines ont encore , parmi ses professeurS|des partisans.
d’autant plus dangereiiic, que leur éloquence et leurs succès militent en leur faveur ; mais il en est des universités comme de notre Chambre des communes. Si les préjugés et les fausses doctrines trouvent des membres disposés à les soutenir, l’opposition a toujours des hommes capables de combattre leurs prétentions par les armes de l’expérience et de la vérité. Et certes l’opposition a une attitude imposante dans l’école de Montpellier, quand elle a pour athlètes un Prunelle, un Delpech, un Decandolle !
Il me semble que l’école de Montpellier est très mal connue ; les médecins de Paris la traitent avec une injustice révoltante, quoique la plupart ne l’aient Jamais visitée (i). A les entendre, on n’y fait point de clinique , on n’y peut effectuer autopsie 5 le$
(i) S’il est des hommes à qui l’ayarice et la jalousie fassent un besoin de diffamer ou de dénigrer, on doit avoir pitié d’eux et les laisser satisfaire leurs goûts t les traits de la calomnie sont émoussés par l’opinion publique avant d’avoir pu faire aucune blessure. Mais comment ne pas être profondément affligé quand on songe que ces mêmes hommes sont assez puissans pour accomplir tous les désirs inspirés par les deux passions qui les subjuguent? Jusqu’ici ce n’avait été qu’en se montrant déplus en plus digne de son ancienne gloire, que l’école de Montpellier avait répondu aux croassenriens de quelques détracteurs qui ne la connaissent pas. Aujourd’hui quelques autres qui doivent la connaître , puisqu’ils l’ont visitée plusieurs fois , semblent avoir pris à tâche cV» la ruiner de fond eu conlble... Encore quelques visites, quelques destitutions et quelques nominations, et la calomnie ne sera plus que de la médisance.
[Le traducteur,)
hôpitaux sont nuis ou dépeuplés de malades j la chirurgie y est méprisée...
Comme j’ai tout vu par moi-même, et que, pour lés détails accessoires, j’ai puisé des renseignemens aux sources les plus pures, je vais entreprendre de ^xer l’opinion publique.
Des Établissemens que TEcole; possède.
L’école de médecine occupait autrefois le local où | se trouve aujourd’hui le collège des pharmaciens. Elle | occupe maintenant l’ancien hôtel des évêques de ^ Montpellier. Cet édifice, dont l’architecture assortit : celle de la cathédrale, n’est remarquable que par les proportions gigantesques de sa corniche gothique. On ; arrive à la porte d’entrée en traversant un pont de pierre. La ville de Montpellier est bâtie sur le sommet et les deux revers d’une colline. La pente nord de | cette colline est très abrupte ; c’est au bas de celle-ci î et â côté de l’église cathédrale que se trouve bâti l’an- | cien évêché. La rue parallèle à sa façade est coupée | en deux par une muraille qui soutient un terrassement élevé au niveau de la porte d’entrée. L’espace com- ? pris entre la muraille et les caves de l’évêché repré- ■ sente un fossé profond; le pont de pierre qui précède i la porte principale semble avoir supporté un pontlevis. Ajoutez a cela les mâchecoulis figurés par la corniche qui couronne l’édifice , et vous croirez sans peine que, du côté de la rue, l’école de médecine ne ressemble pas mal à un château fortifié (i).
(i) Si quelques lecteurs me reprochent d’avoir conservé ici une foule de détails inutiles et qu’ils n’étaient nullement soucieux de •onnaître; je leur répondrai que mon devoir a été de traduire
1 L’a mphilhëâtre, le laboratoire de chimie, lemuseCr anatomique, la salle des actes, celles du secrétariat, la j bibliothèque et plusieurs a ppartemens pour le doyen 1 et le professeur secrétaire, etc. , occupent tout le I local de l’ancien évêché.
f L’amphithéâtre, appelé aussi a/za/omi-
i cum , est un édifice moderne , construit sur le modèle des cirques anciens. La chaire du professeur I est antique et en marbre blanc; elle a été trouvée à Nîmes. On voit, dans les salles du secrétariat, les portraits de tous les professeurs qui ont enseigné là nié^ , decine à Montpellier, et dont plusieurs. remontent i aux premières années du XIII*. siècle ; elles servent au secrétariat et aux délibérations de la faculté. Mais !; au commencement et â la fin de l’année classique, lorsj que le trop .grand nombre de candidats nécessite ^
I la multiplicité des actes aux mêmes heures , les salles .
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j et non d’analyser. Si quelques autres s’impa*ientent en lisant j des choses qu’ils connaissaient mieux que l’auteur j il leur est permis de les passer. J’espère cependant qu’en y réfléch^sant un peu , ces derniers pardonneront à M. Cross son exactitude minutieuse f car elle me semble la preuve irréfragable de la grande réputation dont l’école de Montpellier jouit encore dans les pays étrangers. Le sentiment qui porte les médecins de toutes les j nations à la visiter est le même que celui qui appelle le pèlerin dans la ville sainte, ou l’antiquaire dans Athènes. Cependant je I me trompe: on va voir à Montpellier autre chose que des ruines»
, et la gloire de son école ne consiste pas seulement en des souvenirs.
{ Le traductêur, )
du secrétariat deviennent auxiliaires de la salle des actes. Cependant il est dé rigueur que les thèses soient soutenues dans celte dernière,
La salle des actes est ornée des bustes de Sauvages 3 de Rivière , de Guy de Chauiiac et de Bordeu. On y voit aussi deux têtes antiques représentant Esculape et la déesse Hygie. Au milieu des bancs des professeurs , et au dessus de la chaire du cathédrant , est placé, sur une colonne de marbre, un buste antique de bronze, représentant Hippocrate. Une couronne d’étoiles est suspendue sur la tête du père de la médecine, etj ces mots sont inscrits dans le fronton qui surmonte la niche où la colonne est encastrée: Olim Cous , nunc Monspelliensis Hippocrates.
La salle des actes sert à la réception des docteurs , aux examens qui précèdent là thèse, aux discours d’ouverture , d’apparat ou d’inauguration , à la réception des professeurs , aux débats du concours etc. Néanmoins on y fait aussi quelques-uns des cours non accompagnés de démonstrations , tels que la pathologie interne , la bibliographie etc. L’école de Paris manque d’une salle des actes. Il est vrai qu^elle peut s’en passera la rigueur , puisqu’elle a supprimé de sa coutume toutes les cérémonies auxquelles est spécialement destinée la salle des actes de l’école de Montpellier. Cette différence d’usage est un reproche que j’ai entendu adresser aux médecins de Montpellier par ceux de Paris- Mais, sans examiner jusqu’à quel point la réceplioü
d’nn docteur peut être ridicule à Montpellier , parce que Molière l’a parodiée dans une comédie célèbre , j’oserai demander aux Parisiens si la légèreté de l’esprit français , et surtout des Français de la capitale , n’enlre pas pour beaucoup dans ce j^ersifflage subversif qui traite de burlesque une pompe auguste , et de ridicule un cérémonial imposant ( i ). Sont-ils d’ailleurs à l’abri du reproche qu’ils adressent auX autres ? N’ont-ils pas , comme eux , des robes traînantes de l’hermine et des loques, de chancelier? J’ai lu quelque part que , dans les guerres des Cévenues, un chef de religionnaires disait à l’un de ses
i’ (i) Outre l’accolade, la bague au doigt, et les autres cérémonies de l’émancipation des esclaves , le cathédrant revêt le récipien— I daire de la robe, de la toque et du chaperon des docteurs. Après ; que le néopliite est proclamé , il prononce un serment que mon j lecteur me saura gré d’avoir transcrit : ,
îi Moi... , en présence des professeurs de cette école, de mes chers
Il condisciples , et devant l’effigie d’Hippocrate , je promets, au nom de l’Être suprême , d’être fidèle auv lois de l’honneur et de la j probité dans l’exercice de la médecine. Admis dans rihtérieur des maisons, mes yeux n’y verront point ce qui s’y passe, ma ! langue taira les secrets qui me seront confiés , et mon état ne servira pas à corrompre les mœurs et à favoriser le crime.’, Respectueux et reconnaissant envers mes maîtres, je rendrai à leurs enfans l’instruction que j’ai reçue de leurs pères. Je donnerai mes soins gratuits à l’indigent , et n'exigerai jamais un salaire au* dessus de mon travail. Que les hommes m’accordent leur estime , si je suis fidèle à ma promesse ; que je sois couvert d’opprobre et méprisé de mes confrères, si j’y manque.
( JVlp/tf de V auteur, )
officiers , avant de marcher au combat ; Je ris , mon ami , je ris ; car nous allons nous battre contre la réalité , tandis que nous admettons la Trinité. Qu’ils rient donc ^ j’y consens, puisque les Français veulent rire de tout , mais qu’ils rient comme les augures.
Le musée ou conservatoire se compose d’une nombreuse collection de pièces anatomiques, achetées à Florence avant que MM. Laumonier et Delmas eussent surpassé l’adresse des mouleurs toscans. Ces deux chirurgiens ont poussé jusqu’à une perfection effrayante Part d’imiter avec la cire les préparations que la putréfaction dispute trop vite au scalpel de l’anatomiste. Ils ont déjà ajouté un grand nombre de pièces intéressantes au conservatoire de Montpellier. On y voit aussi une collection bien incomplète de pièces pathologiques, un arsenal renfermant quelques inst rumens anciens, et presque lout-à-falt dépourvu des inslrumens de la chirurgie moderne ; enfin un droguier assez bien fourni d’échantillons de toutes les substances que les trois règnes de la nature fournissent à la médecine. C’est surtout par rapport au droguier que le local occupé par le conservatoire mérite un grand reproche. Il se trouve à un rez-de-chaussée humide, peu aéré, et ne prenant le jour que dans des cours obscures. Je sais bien que la conservation des pièces en cire demande un air frais, et l’absence des rayons solaires; mais les pièces pathologiques, les squelettes, et les autres objets d’anatomie comparée.
les matières végétales desséchées, demandent une exposition toute contraire ; et pour s’en convaincre , on n’aurait pas eu besoin d’attendre que tous les os eussent jauni , que la rouille eût sali plusieurs instrumens d’acier, et que les moisissures couvrissent la plupart des objets de la collection.
Avant la révolution, les livres que possédait le Ludovicée ne méritaient pas le nom de bibliothèque; mais en ï'8o2 M. Prunelle fut chargé d’en former une pour celle école. Ce savant professeur, que la variété de ses connaissances rendait digne de cet important travail, a justifié (i) la confiance du gouvernement par le grand nombre et le choix des livres qu’il a rassemblés. Avant la création de ce précieux établissement, un médecin du siècle dernier, Haguenot, avait légué, à l’administration de l’hôpital St.-Eloi, les livres qui composaient sa bibliothèque. Ils furent transférés de-
(i) S’il arrive jamais ( ce qui n’est pas impossible ) que ce livre tombe entre les mains de quelques unes des personnes qui ont fait destituer M. Prunelle , et que ( ce qui est un peu plus difficile à croire) elles aient été de bonne foi en motivant la destitution, il leur paraîtra sans doute que l’auteur a employé ici une expression bien impropre. Entreprendrai-je de la justiber ? ajouterai-je , aux raisons que pouvait avoir l’auteur pour s’en servir , une multitude d’autres raisons qu’il ignorait probablement? Chercherai-je à démontrer combien il est absurde d’accuser d’avoir dilapidé un établissement public , un homme qui avait fondé cet établissement, un homme qui devait le chérir, puisqu’il avait consacré, à
Ih à rëcole de médecine, et la faculté fit placer^ dans la grande salle de la bibliothèque, le buste en marbre du professeur Haguenot. Mais, postérieurement à cette époque, un homme qui a rempli l’Europe de l’éclat de son nom , Barthez , renouvela par son testament le généreux exemple de zèle et d’amour pour le progrès des sciences que Haguenot avait déjà donné. Le nom de Barthez est inscrit sur tous les livres qui lui ont appartenu. Cet hommage simple suffit pour immortaliser la reconnaissance que l’école lui doit comme bienfaiteur et professeur illustre.
Il serait nécessaire que le Ludovicée fît de nouveaux achats en livres; car depuis quelques années l’on a tant écrit sur la médecine et sur toutes les sciences, que la bibliothèque de Montpellier est dcT venue incomplète. En Angleterre, on se pique d’un soin scrupuleux pour se procurer de suite tous les ouvrages nouveaux, dans quelque langue qu’ils soient écrits. Ce n’est pas le seul rapport sous lequel nos bibliothèques l’emportent sur celles delà France. Elles
l’embellir et k l’augmenter , plusieurs années de soins et plusieurs Sommes tirées de sa propre bourse? Non , non, le public a jugé en connaissance de cause j et lorsque ces personnes auront réfléchi mûrement k la décision qu’elles rendirent avec tant de précipitation , elles devront reconnaître, puisque je les ai supposées de bonne foi , elles devront reconnaître , le remords dans le cœuç
et la rougeur sur le front , qu’elles ont mérité le titre qu’on
leur a donné déjk.
( Le traducteur. )
r^çoîvenl les journaux scientifiques de tous es ptys/ La bibliothèque de Montpellier a d^autant plus besoin d’êire rendue complète, qu’il n’y a dans la ville aucune autre collection de livres où le public soit admis (i).
Mali^ré ce que je dis ici, je suis bien loin de croire que, pour la médecine, la lecture des journaux et des ouvrages nouveaux puisse ajouter beaucoup aux connaissances d’un homme versé dans la lecture des livres anciens. Pour guérir les maladies ou pour soulager les soufiPrances, il y a de certaines données que les hommes ont dû connaître de bonne heure, et autour desquelles leurs descendans ont tourné sans cesse. Pour les sciences naturelles, c’est bien different; mais on a tellement mêlé la médecine avec elles, qu’aujourd’hui l’on est convenu qu’il faut, pour l’une et les autres, se tenir toujours au courant des révolutions.
Parmi les causes qui ont contribué à la célébrité de 1 ecole de Montpellier , je crois qu’on doit compter pour beaucoup la beauté de son climat et sa position
(i) Depuis que l’auteur a quitté Montpellier, on y a établi une antre bibliothèque publique. Elle est placée dans rhôtel-de-ville, et l’on a rendu un hommage éclatant aux vertus et à l’instruction de M. Renaud, en lui en conhapt l’administration. Ce respectable vieillard était trop timide et trop ami de l’obscurité pour solliciter la place de bibliothécaire ; mais en le forçant à l’accepter^ les autorités de Montpellier ont prouvé qu’elles savaient quelquefois rendre justice au mérite modeste.
( Le traducteur. )
'Paris,
géographique., Placée dans le voisinage de plusieurs ports de mer , dans un temps où les communications maritimes étaient très actives dans la partie la plus civilisée de TEurope , les Arabes d’Espagne durent choisir , de préférence , cejtte ville pour y établir une école de médecine. La diététique, à laquelle ils donnaient une importance presque aussi grande qu’à la pharmacie, leur faisait un devoir de choisir un lieu dont l’air fût très pur et le sol très propre à l’étude des simples. Cela nous explique pourquoi, dans les temps les plus reculés de l’existence de son école, Montpellier a toujours attiré tant d’étrangers malades? et fourni tant de botanistes célèbres. Encore aujourd’hui , dans toutes les parties du monde , Montpellier n’est pas moins célèbre pour l’habileté de ses médecins que pour la beauté de son climat.
Ces considérations devaient naturellement précéder ce que j’ai à dire touchant le jardin des plantes. Ce magnifique établissement est une dépendance de l’école de médecine, et a , ppur directeur, le professeur de la faculté , chargé de l’enseignement de la botanique. Cette science était déjà en honneur à Montpellier, long-temps avant que le bon roi eût chargé Richer de Belleval de créer le jardin. Tous les botanistes ont remarqué que la situation de Montpellier était unique au monde pour le grand nombre et la variété des plantes qu’elle fournit. Dans un rayon de vingt-cinq milles, on trouve les plantes alpines, les plantes de la plaine, les plantes maritimes, et celles
de îa mer. Un jardin de botanique n’était donc pa^ d’une grande uiiUté dans un temps ou chaque botaniste ne pouvait guère étudier que les plantes de sa contrée ; mais lorsque la découverte du nouveau monde , quand la géographie perfectionnée par les voyages, lui eurent offert des espèces nouvelles et des genres jusqu^al ors inconnus, il fut indispensable d’avoir des établissemens où l^on pfit élever les plantes sans les laisser souffrir des cbangemens de climat (i) * et alors on construisit des abris , des expositions appropriées , et plus tard des orangeries et des serres chaudes. Le perfectionnement des systèmes de botanique , la réunion des faits en corps de doctrine, et les classifications, firent réunir dans ces mêmes jardin^ les végétaux indigènes et les plantes exotiques , afin que, sans se déplacer, l^élève pût étudier toutes les espèces connues*
Le jardin des plantes pQS§èdg une de§ plu§ belles serres chaudes que j’aie vues en France ; une orangerie dans laquelle pn trouve tous les végétaux exptiques , excepté des orangers, et urj conservatoire où, se trouve f herbier du jardin et celui de Sauvages, plus célèbre par le nom de son auteur que par la richesse des éphan lillons qu’il ppptippt. JLe terraiu destiné aux plantes indigènes, ou pour mieux dire à toutes celles' qui peuvent supporter le court hiver de Montpellier ,
(i) Voyez DecandoUe , Catalog. îiort. Mons^j. præinon.
est généralement sablonneux et peu fertile, Pendant la belle saison les plantes de serre et d’orangerie, toujours dans des vases , viennent prendre leur place dans ce terrain où le règne végétal est rangé par familles naturelles , d’après la méthode de Jussieu.
Anciennement la place de directeur du jardin et de professeur de botanique était dévolue de droit au chancelier de l’université. Il résultait de ce privilège qu’un professeur , qui n’avait jamais fait de la botanique l’objet spécial de ses études , était pourtant obligé de l’enseigner, s’il était promu à la chancellerie. La révolution a réformé tous ces abus ; et maintenant l’on peut enseigner la botanique à Montpellier , parce qu’on est botaniste et professeur de l’école , et non point parce qu’on est doyen ou chancelier. Le professeur de botanique occupe au jardin des plantes une maison agréable et commode (i).
(i) Je dois ajouter décente et digne d’un professeur. Celui qui a succédé à M. Decandolle , loin de conserver cette maison dont il avait droit de jouir, a poussé l’humilité jusqu’à se contenter d’un petit logement autrefois habité par le jardinier. 11 est vrai que M. Romé Delisle n’avait rien à refuser au recteur de l’académie, qui depuis le départ de M. Decandolle couvoitait la maison où il s’est installé. Le jardin des plantes est presque aussi bien entretenu maintenant qu’au temps où il était diygé par le professeur génevois, ou par M. Dunal : avec cette différence pourtant que, dans certains endroits autrefois consacrés à quelques végétaux exotiques, on cultive aujourd’hui des choux, des salades et autres légumes à l’usage de la cuisine de M. le recteur.
/ {le traducteur. )
( xGg )
Cela rend plus facile et plus exacte , en meme temps la surveillance qu’il doit au jardin, en sa qualité de directeur (i).
(i) Nous avons passé ici une note dans laquelle, après avoir raconté fort au long des particularités peu connues de l’enterrement de Narcissa, l’auteur exhalait des doléances amères à propos des profanations auxquelles est journellement exposé le lien qu’il suppose renfermer la dépouille mortelle de la fille d’Young. ,
(Le traducteur, >
L’Anatomie,
En comparant i^écoîe de Montpellier à Celle de Pàris, la première chose cpii me frappe eit la diffé^ rence du iiombré de pt*ofesseiif8. L^écolê de Môhtpellier n^en a que douze; celle de Paris en a au moins le double. Cette différence ne peut être fondée sur la quantité respective des élèves dans les deux facultés. En effet, quoiqu’ils soient plus nombreux dans l’école de Paris, et que l’amphiihéâtre soit trop petit pour les contenir tous, je ne sache point que Ton s’y soit jamais avisé de faire dans le même trimestre deux cours sur la même branche de la science médi-< cale. Ici la matière est plus divisée, et peut en consé« quence être traitée plus à fond par chacun des médecins qui l’enseignent. Dans le Ludovicée, au contraire , presque tous les professeurs sont titulaires de plusieurs chaires, et ne peuvent jamais en remplir qu’une par an. H n’y a point surabondance à Paris, mais il y a défaut à Montpellier ; et cependant si la balance avait du pencher d’un côté dans la répartition des avantages , c’était sûrement vers une. ville où la faculté de médecine est le seul foyer d’instruction , plutôt que vers une capitale, où mille établissemens peuvent devenir les succursales de l’école de méde-
cîne , parce qu’on y fait des cours publics sur la plupart des branches de l’art de guërir.
C’est surtout par rapport à la partie fondamentale que pèche l’école de Montpellier. L’anatomie lî’y est point cultivée. La démonstration de cette science est confiée au chef des travaux anatomiques et au prosecteur; et comme le climat du Languedoc abrège beaucoup la saison pendant laquelle les exercices de l’anatomie sont praticables , il en résulte que l’anatomie descriptive est la seule qu’on puisse démontrer. Ainsi cette autre moitié de la science , à laquelle Bichat a donné tant de soins, est à-peu-prés complètement négligée. La nécessité des descriptions anatomiques pour les nouveaux élèves rend impossible , pour l’analoraie, ce que l’on a fait pour plusieurs branches de la médecine , la division du cours en deux ans de durée.
Tous ces inconvéniens cesseraient si la faculté possédait un professeur chargé de l’enseignement spécial de l’anatomie. Il aurait un bel exemple à suivre dans cet homme ingénieux qui donna tant d’éclat et de charmes à la démonstration de cette science , avant que l’honorable épreuve du concours Peut fait asseoir dans la chaire des professeurs. Aujourd’hui l’enseignement de la physiologie occupe tous les momens de M. Lordat; et certes il remplit ses obligations avec tant de zèle et de sollicitude, qu’il lui est impossible de doubler sa tâche en professant l’anatomie générale. Il sent le vice de l’organisation de
l’école ; et pour y remédier de son mieux , il fait tout ce que l’on peut dans sa position : prêcher d’exemple et activer le zèle de ses subordonnés pour l’instruction des élèves.
Dans tous les lieux où il y a une académie rassemblant un grand nombre d’élèves , il en existe réellement deux J quoiqu’une seule soit titulaire de ce nom. Cette seconde académie, dont les membres ne sont ni réunis en corps ni distingués par un uniforme, se compose de ce qu’on appelle les professeurs particuliers. Ces hommes utiles qui , sans y être appelés par le gouvernement^ se consacrent à l’instruction des élèves , trouvent la récompense de leurs travaux dans le salaire qu’ils reçoivent et dans le rapide accroissement de leurs propres lumières (î); car pour enseigner il faut savoir, et pour savoir il faut étudier* La nécessité des recherches et des discussions critiques fortifie le jugement. D’ailleurs l’habitude de parler en public donne déjà une supériorité quand un concours appelle les candidats à rendre le public juge de leurs talens. Aussi la plupart des concurrens sont des professeurs particuliers. A Montpellier comme à Paris > à Londres comme à Edimbourg , chaque professeur d’université a son émule parmi les professeurs particuliers. Quelquefois même il arrive que , par leur
(i) Barthez disait ; Voulez-vous vous instruire? faites des cours. — £t sur quoi ? — Sur ce que vous ne savez pas.
( Le traducteur, )
empressemeni à suivre ses leçons, les élèves rendent au talent de l’humble répétiteur un hommage qui pourrait faire rougir la pourpre et le trône académique, si des revenus certains ne rendaient pas indifiérent à l’opinion du public (i).
Les cours particuliers d’anatomie sont assez nombreux à Montpellier , et suppléent , autant que possible , au défaut de ceux de l’école. Le plus achalandé de tous les professeurs 5 celui qui , par son adresse et son habileté dans les dissections , mérite la préférence que les élèves lui' accordent , est le chef des travaux anatomiques. En le désignant par son titre, j^ai presque fait à M. Delmas le reproche de soigner son cours particulier , bien plus que les démonstrations d’anatomie que sa place l’oblige de faire à l’école. En serait -il des élèves comme du parterre d’un
(1) Parmi les professeurs particuliers, autres que ceux d’anatomie, il en est un qui mérite une mention toute particulière; c’est M. Frédéric Bérard. Ce jeune savant a montré dans ses cours de pathologie des connaissances si profondes et un esprit si méthodique, que les élèves, après l’avoir suivi pendant plusieurs années avec beaucoup d’empressement , l’ont prié de faire aussi un cours de thérapeutique et de matière médicale. Le programme de ce cours était déjà publié, lorsque des persécutions, dont M. Bérard était l’objet depuis quelque temps, ont éclaté tout-^àcoup, et Tout obligé de renoncer à des fonctions qu’il avait déjà exercées d’une manière si distinguée. Voyez la Lettre de M. Frédéric Bérard aux élèves de la faculté de Montpellier; 12 avril 1820. ( Le traducteur, )
théâtre de France ? Mais les comédiens ne se croient pas dispensés d’y mériter les applaudissemens un jour dé spectacle gratis.
Après l’absence d’un professeur d’anatomie, la première cause qui fait languir cette science à Montpellier est la difficulté de s’y procurer des cadavres^ Les cours particuliers et même ceux de l’école sont quelquefois interrompus, parce qu’on manque de sujets.
C^est ici, surtout, que la comparaison des écoles est toute entière en faveur de celle de Paris. Montpellier manqué de la plupart des ressources que Paris offre pour l’étude de l’anatomie ; mais celte circonstance rend les ariàtomistes du Ludovicée excusables d’avoir mérité le reproche que j’adressais à ceux de la capitale. Je n’ai donc pas été surpris de ne jamais voir démontrer à Montpellier que la grosse anatomie. Dans l’amphithéâtre de l’école et dans celui des professeurs particuliers, je n’ai jamais, rencontré de ces préparations délicates qui exercent tant la patience des savans d’Angleterre. Pour leâ injections fines et pour les dissections minutieuses , les élèves sont toujours obligés de s’en tenir à des préparations en cire, à des descriptions écrites, et aux iconographies qui les accompagnent. Comme la bibliothèque et le musée sont assez bien fournis des pièces en cire et de planches d’anatomie , elles suppléent jusqu’à un certain point au défaut des cadavres. Mais la connaissance positive
et l’invariable fixation des idées ne peuvent s’acquérir ^’ue lorsqu’on a exécuté sol-mêine les préparations.
L’anatomie comparée fournit de grands secours à l’étude de l’anatomie humaine ; néanmoins on n’en connaît à Montpellier que le nom. J’en parlerai dans le chapitré où je traiterai des sciences’ acces^Oiré& â la
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Physiologie.
Pourquoi faut-il que les hommes de génie ne puissent jamais s’occuper des détails? S’ils faisaient euxmêmes l’application des grandes vues auxquelles ils se sont élevés, leurs ouvrages seraient parfaits, et leurs contemporains recueilleraient le fruit de leurs découvertes. Mais , hélas ! on serait tenté de déplorer les avantages dont la nature doua quelques esprits, lorsqu’on pense à combien de hasards ils sont exposés avant d’être profitables au genre humain. Leurs sentences ne sont point comprises, leurs pensées sont dénaturées par la malveillance d’un rival ou par le zèle mal entendu d’un commentateur inhabile... Honneur à la modestie et au talent des hommes qui consacrent leurs veilles à rendre publiques des découvertes qu’ils étaient capables de faire ! Nous devons Boerhaave à Van Swieien; Barthez a trouvé un digne interprète dans le professeur Lordat.
Au moment ou Barthez entra dans l’école de Montpellier, les professeurs étaient partagés entre le solidisme de Bordeu et les doctrines galéniques. Les circonstances étaient à-peu-près semblables lors- - que M. Lordat fut nommé à la chaire de physiologie. Seulement le galénisme avait été modifié par la chimie, et les solidistes avaient étudié à l’école de Bichat.
j L’inimitië qui régnait entre Barthez et Dumas , une I nuance bien prononcée dans les opinions physiologiques de ce dernier, s’opposèrent long-temps aux progrès du I vitalisme. Ce n’est donc que depuis quelques années, i et par les soins de M. Lordat, que la doctrine barthésienne a de nouveau fixé l’altention des médecins français. Jusque là tous les adversaires de Barthez s’étaient retranchés dans ce seul argument : II a personnifié une abstraction ; si sa doctrine était fondée, quel motif aurait-il eu pour l’exposer d’une manière inintelligible? Ces reproches lui furent adressés aussitôt après la publication des nouveaux Elémens de la j science de Vhomme* Depuis, on ne Ut plus son livre, maison redit toujours les mêmes objections. Aujourd’hui l’on ne pourra plus en agir ainsi; les leçons de M. Lordat expliquent tout ce que la doctrine barlhésienne présentait d’obscur ; les Conseils seront bientôt ^ . suivis d’ouvrages plus considérables^ destinés à la mettre j dans tout son jour (1). Quand ces livres auront paru, I la dispute ne pourra plus avoir le caractère qu’elle a conservé jusqu’ici. Eii innovant, Barthez ne donna point à ses ouvrages la forme polémique; il se contenta d’exposer ce qu’il croyait vrai, sans combattre les
(i) Son attente n’a pas été trompée ; M. Lordat y a parfaitement répondu dans le dernier ouvrage qu’ü a publié sous le titre de Doctrine de Barthez , et Mémoires sur la vie de ce médecin . Il était impossible qu’un livre écrit sur une pareilL- mat.ere et par tt4 tel auteur ne fut pas critiqué. Mais , quoi qu*oa ait pu en dire,
opinions de ses adversaires. Ceux-ci prirent Getle.conduitç pour du mépris, et voulurent se venger avec le dédain. Mai3 si son cominenlaleur cesse de garder la défensive; s’il s’avance même pour les âUaquer de front; ils seront obligés d’employer d’autres arme# que leurs argnmens accoutumés.
L’école de Montpellier peut s’en glorifier à juste litre; Barthez est Je premier Français qui ait écrit le mot ^’ansilyse dans un ouvrage de médecine ; c’est lui qui le premier appliqua cetinstrqmenià 1 etude de la pathologie. Nul homme n’élait enelfet plus capa^» ble que Barthez d’approprier à la science qu’il cullH vait les préceptes développés par notre illustre Bacon., puisque la physiologie doit servir de fondement à la pathologie, on peut croire que l’analyse lui fut appliquée avec le même fruit. Les ouvrages de Barthez sont peui^tre mieux connus en Angleterre qu’en France, Ce médecin y a joui d’une ai grande répii^ talion; que pendant sa vie plusieurs Anglais lui envoyaient des mémoires a consulter avec celte adresse ; A M» Barthez en Earope,
Les nouveaux Elémcns jie Ja science de l’homme ÿont.le plus beau titre de sa gloire; et comme les due»>
il est certain que jamais auteur n’a 'mieux rempli ses ohh§3îi9P^? et que jamais livre n’a mieux justifié son titre. Pour la fn.érfiQjtje^ celui-ci ç’est pas au-dessous du Traité des hémorr(igiç§ , le style il est toujours digne de l’éloquence et ^ Eesjprjl du-
protésseur de physiologie. .
. i. ‘ { Note du traducteur. )
Irines conteoues dans ce livre doivent être sufBsam^ ment connues aux lecteurs pour qui j’écris , il serait inutile, et trop long pour la nature de mon ouvrage, d’en faire ici une exposition complète. Néanmoins^ comme le vitalisme n’a pas encore été considéré dans ses rapports avec les autres systèmes de physiologie , je vais en essayer une analyse rapide, sous ce nouveau point de vue. Je me suis borné presque toujours à transcrire des notes prises aux leçons de M. Lordat, ou quelques passages de ses Conseils,
(i) Tous les physiologistes conviennent aujourd’hui qu’il se passe dans le corps vivant des phénomènes qu’il est impossible d’attribuer aux lois qui régissent les matières inorganiques. Les solidistes attribuent ces phénomènes à l’organisation , c*est-à-^ dire à l’arrangement des molécules. Une semblable hypothèse répugne a notre sens intime j et pour le moment, il faut au moins rester dans le doute touchant la cause des actes vitaux. Heureusement on le peut, et l’admission d’une force est une abstraction qui ne préjuge rien sur sa nature ni son origine. Ce qui nous intéresse, ce sont les effets. Or la certitude de ces effets et des conséquences qu’on en tirera dépend
(i) Autant que possible nousgivons rétabli le texte d? l’oiiyrage français comme nous l’avons déjà fait pour l’exposition de la doctrine de M. Broussais. Ici l’auteur a analysé avec tant de rapidité, que nous devons renvoyer le lecteur aux ouvrages de Barthez, et surtout aux CftnsçU^ de M. Lordat.
( Ab/f di4 tmductiiur. )
de la manière dont on constatera les uns et dont on déduira les autres, et non de l’opinion qu’on peut avoir sur la source des principes d’action. Les anciens avaient trop multiplié ces principes; mais les modernes tombent dans l’excès opposé. Les propriétés admises par Bicbaune suffisent point à l’explication de tous les phénomènes physiologiques. A quoi se rapporterait l’incorruptibilité du corps vivant au milieu des agens destructeurs qui l’environnent, la formation du fœtus, l’élaboration des matières contagieuses , etc.? 11 faut donc en admettre un plus grand nombre, si l’on veut classer tous les actes vitaux. En étudiant ceux* ci dans chaque organe, il faut les considérer sous trois points de vue principaux : i° en tant qu’ils constituent la manière de vivre particulière , et indépendamment de toute relation avec le tout : c’est là ce que Galien appelle fonctions privées de cet organe, et que Bordeu a rendu célèbre sous le nom de vie propre d’une partie ; 2® en tant qu’ils se rapportent au service du système entier, et qu’ils sont comme le tribut d’utilité payé par chaque partie au corps dont elle est membre : c’est ce que Galien nomme les fonctions publiques; 5® en tant qu’ils découvrent entre des organes distincts un lieu secret ( inexplicable par les rapports physiques) qui les unit et établit entre eux une communauté ou une alternative d’affections, lien qui est connu sous le nom de sympathie.
Les solidisles veulent que, pour connaître les propriétés vitales d’un organe, on le décompose en ses
tissus simples, parce que chacun de ces tissus réunissant à des degrés différens plus ou moins des quatre propriétés qu’ils reconnaissent , la somme des tissus et de leurs propriétés respectives fournira les données nécessaires. La doctrine de Barthez renverse ces prétentions, et établit que, pour connaître les pliénomènes vitaux d’un organe , il ne suffit pas d’en pouvoir rapporter les élémens aux diverses classes de parties similaires; que cette méthode de composition ne fournit que des notions peu sûres et incomplètes , et que rien ne peut dispenser d’une étude directe de l’organe pris dans sa totalité, et toujours considéré comme partie d’un système vivant qui exerce une influence perpétuelle sur les pièces qui le composent.
Parmi les moyens d’investigation, Haller donnait la préférence à trois : ce sont l’anatomie pathologique, l’anatomie comparée, les expériences sur les animaux ^ yivans. Les solidistes d’aujourd’hui pensent à-peu-près comme Haller; tous ont négligé la pathologie. Dans la doctrine de Barthez , voici l’ordre dans lequel tous les moyens d’investigation méritent la confiance des physiologistes :
L’observation de l’homme malade;
L’anatomie pathologique ;
Les vivisections f
L’anatomie comparée.
La préférence que M. Barthez donne à l’étude de l’homme malade sur tous les autres moyens d’investigation, annonce quelle importance il attache à la Paris. lâ
physiologie du système total. En considérant l’homme sous ce point de vue, il parvient à établir que tous les phénomènes sont liés par une cause secrète qui les produit au besoin, qui n’obéit pas nécessairement aux agens extérieurs qui tendent à les faire naître, mais est déterminée par leur impression; qui les dispose dans un tel ordre pour les faire concourir à certaines fins, et qui les maintient au degré convenable à l’opération qu’ils doivent actuellement exécuter.
Parvenu à ce point, Barthez pense qu’il y a de grands avantages à s’élever jusqu’à la cause primitive des actes vitaux. Comme il n’est pas facile de distin^ guer la cause productrice de ces actes d’avec celle qui les met en harmonie , il a tout exprimé par la dé-^ nomination de principe vital. Ce mot ne signifie dans son langage que la cause, quelle qu’elle soit, de tous les phénomènes vitaux, et du rapport mutuel qui les
unit.
Maintenant que j’ai exposé la doctrine , il me reste a parler du professeur qui la développe dans ses leçons.
M. Lordat est un de ces hommes rares qui plaisent et attachent à la première vue, aussi fortement qu’après une longue observation. Dans toutes les écoles de France, personne n’a porté plus loin le talent d’enseigner. Quel que soit le motif pour lequel on assiste à ses leçons, il est impossible de ne pas suivre son cours tout entier, après qu’on l’a entendu parler une fois. Il réunit assez de qualités pour plaire à toutes les classes
d’auditeurs. Le savant applaudit à son érudition choisie^ à la force de sa loglfjue, à l’élévation de ses vues* l’Iiomnie du monde admire une voix pleine, une diction nette, une physionomie spirituelle, des gestes remplis de grâce et de finesse j Pélève le pr éfère à tous les autres professeurs pour l’intérêt qu’il sait répandre sur ses leçons, en usant d’une comparaison ingénieuse qui explique sa pensée, quand les détails techniques seraient obscurs, en récitant à propos une anecdote piquante qui réveille l’attention fatiguée par la didactique. J’ai entendu quelques personnes comparer à M. Lordat un autre professeur de l’école. Mais pourtant quelle" différence ^M. Beaumes a besoin de tout son talent pour faire oublier que son éloquence est déplacée dans une chaire d’académie. Ministre du dieu de là médecine ; ainsi qu’il aime à se nommer quelquefois, ses oracles, débités avec la chaleur et l’exaltation d’un prophète, présentent toutes les disparates possibles entre le simple énoncé d’une vérité commune, et le gigantesque d’une imagination qui secoue le joug de la froide raison. L’éloquence de M. Lordat est toujours égale: ses pensées plaisent à la réflexion, autant que son dé-^ bit charme l’oreille et les yeux. Ces professeurs ont tous deux un talent remarquable; mais s’il m’était perrnis d’user d’une comparaison, je dirais : Lordat est classique comme Pope ; Beaumes nous étonne comme Shakespeare.
- C’est en fréquentant chaque jour l’école de médecine, que j’ai pu recueillir les matériaux d’un ouvrage
OÙ favais ranlde jugemews à porter. J’ai assisté à toutes les séances du cours de VI. Lordat , quoiqu’il soit partagé en deux années. Chaque fois qi)e j’entendais le professeur de physiologie, je trmîvais de nouveaux motifs pour aimer ses leçons. 11 porte siloinla sollicitude pour l’instruction des élèves, qu’elle le guide encore dans les solennités que d’autres consacrent à leur adresser des compümens, ou à s’en faire à euxmêmes. A la fin de la seconde année de son cours, il termina sa dernière leçon par un adieu dans lequel je trouve le secret de sa méthode et de son talent comme professeur. Grâces à la sténographie, je puis mettre mon lecteur dans la confidence. '
« Quel est le but d’un cours oral? Doit-il renfer- « mer tous les principes et tous les faits dont se (C compose la science qui en est l’objet ? jXon ; cet ente semble systématique doit se trouver dans un traité; « mais les obligations du professeur ne sont pas (t celles de l’auteur.
(( Celui-ci ne saurait mieux faire que d’aspirer à <( rendre superflus tous les livres écrits avant lui sur « la même matière; celui-là fait assez s’il incite à les (C lire, et s’il en rend la lecture facile et profitable.
(c L’exactitude et la concision , dont les bons autc leurs se piquent dans l’exposition des principes, « sont inséparables d’une sorte d’abstraction et de a sécheresse qui peuvent rebuter les commençans. <c L’enseignement oral doit gagner les esprits à l’é- » tude de ces dogmes , en répandant sur les plus abs -
fic traits la clarté que produit Ta multiplicité des cc exeruples, un certain attrait qu’engendre l’accent <a logique de l’expression, et je ne sais quel intérêt (c séduisant qui naît du commerce immédiat , du; cc maître avec les disciples*
t< L’auteur se contente d’établir les propositions cc essentielles^ et il omet ce que la réflexion peutsupcc pléer. Le professeur conduit l’élève par la niaiu cc dans toutes les opérations mentales qui doivent « remplir les espaces intermédiaires : il pense à- haute i( voix , comme l’ouvrier qui dresse un apprenti exécc cute ensa présence ce qu’il veut lui enseigner, avant cc de lui confier l’instrument, et de commettre sa cc conduite aux seuls préceptes de l’art.
cc Tous les objets qui entrent dans le domaine cc d’une science, et que l’auteur croit devoir comcc prendre dans son ouvrage, ne sont ni de la même cc difficulté ni de la même importance pour le but cc final qu’on se propose en l’étudiant. C’est au procc fesseur de choisir ceux qui ont plus besoin de ses cc explications , et ceux qu’il sent devoir exercer le « plus d’influence sur les progrès futurs de ses discc ci pies.
cc C’est encore à lui de suppléer des principes utiles « qui ont échappé à l’attention des auteurs, de discu- « ter les opinions du jour que la célébrité d’un écri- (C vain accrédite, de prévenir le dégoût et la lassi- (it lude en changeant de sujet , dès c|iie celui qu’ü traite « commence à fatiguer.
ii Des diverses formes dont une idée peut être re^ cc vêtue, il n’en est aucune qui trouve également accès (( auprès de tous les esprits. Une expression claire et (( précise pour l’un est obscure et ambiguë pour a l’autre : soit que les mots ne présentent pas à tous (C la même acception, soit que de grandes différences <( dans la première culture en aient introduit de pa- (C reilles dans l’entendement.
cc Or dans l’enseignement oral il se tient un véri- « table colloque, où l’auditeur s’exprime automati-* cc quement par les traits de son visage ; où , sans qu’il cc le veuille, sa figure décèle l’immobilité ou l’activité cc de son intelligence. Le professeur attentif entend ce cc langage; il entend jusqu’aux objections qu’on lui cc oppose : et en parcourant des yeux son auditoire, cc il reconnaît la nécessité de reproduire un même « dogme sous diverses expressions, de jeter de nOu- (( velles lumières sur ses différentes faces, jusqu’à ce « qu’un assentiment général lui permette de passer « outre. ))
J'avoue que si la lecture de ce morceau ne m’avait rassuré, j’aurais protesté de mon incompétence, plutôt que de juger un savant avec les sentimens de mon cœur. Ce n’est pas le cas de répéter ici que les hommes qui ont donné les meilleurs préceptes sont ceux qui les ont le plus mal exécutés. Que mon lecteur aille entendre M. Lordat , qu’il écoute la voix de la renommée, et il conviendra que si le professeur de Montpellier eût vécu au commencement du dix-
huitième siècle, Haller n’aurait pas eu raison de dire , en parlant de Boerhaave : Adeo diserte dilucidè , candidèy vir egregius sua prœcepta dabaty ut pares inarte ipsâ habuisse possit, in arte docendi ne-minem.
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Pathologie.
A la fin du dix-liuhlème siècle , quand les travaux des chimistes eurent reconstruit l’édifice entier de leur science et fondé la chimie pneumatique, l’attention de tous les savans dut se tourner vers eux : chacun voulut appliquer à la branche qu’il cultivait des découvertes qui donnaient à la chimie un caractère de certitude dont aucune autre science n’avait encore approché. La médecine suivit la direction générale des espriis. Les mécaniciens et les galénistes, dont les sectes subsistaient encore, purent renouveler leurs prétentions, et secouer un moment le solidisme de Brown et de Haller. La lutte s’était bornée presque toujours à la production dé quelques ouvrages polémiques. Un professeur de Montpellier alla plus loin^ il pensa .que la chimie pneumatique pouvait servir de fondement à une bonne classification des maladies, et il publia un grand ouvrage dans lequel toutes les maladies furent rangées dans un cadre nosologique, eu les rapportant aux quatre divisions suivantes: calorinèses ^ oxi genèses ^ azoténèses , hydrogénèses. Ces quatre classes auraient pu être réduites à deux, en les appelant d’un nom composé, tel que oxicalorinèsesy hydroazoténèses. En effet,
pourquoi séparer des aifecdons dans lesquelles îl y* a la même indication à remplir : dans la première rafraîchir, échauffer dans la seconde? M. Beauraes a dichotomé la sthénie et Faslhénie ; c’est une des mille et une modifications sous lesquelles on a’ reproduit le système de Brown. On sait aujourd’hui ce qu’il faut penser des classifications. Excepté les auteurs qui en ont fait, tout le monde est persuadé que ce sont des moyens artificiels, et par conséquent inexacts, de rapprocher les maladies. Peut-être les nosologies étaient-elles utiles lorsque , à l’exemple de Sauvages, les médecins avalent multiplié a l’infini les espèces, en décrivant, comme des maladies particulières, quelques symptômes isolés. Maintenant l’étude de la pathologie repose sur la recherche de l’organe malade, et l’on ne s’occupe plus de grouper arbitrairement des symptômes pour leur donner le' nom de fièvres.
Je parle en général, parce que je suppose que les idées de la capitale s’acclimateront à Montpellier : il s’en faut pourtant de beaucoup qu’elles y soient ■généralement adoptées. La nosographie de M. Pinel conserve des partisans parmi les élèves. Les professeurs de l’école peuvent se diviser en trois classes, ■par rapport à leurs opinions en médecine : les solîdisies ( j’ai déjà dit qu’ils s’étaient formés a l’école de Bichat), les vitalistes et les galénico-chimistes. Les idées de M. Pinel, sans appartenir exclusivement à l’une de ces trois classes, ont du rapport avec
( igo )
. toutes* Pour îe traitement des maladies^ le Ludovîcee est d’accord avec lui; mais pour les motifs du traitement, pour l’explication de l’action des remèdes, les professeurs de Montpellier ne peuvent point partager les opinions de celui de Paris. Maintenant on peut deviner d’avance comment chacune des trois sectes aura accueilli la réforme que M. Broussais vient d’opérer dans la pathologie.
' S’il est vrai que le germe des idées du novateur fut contenu dans les ouvrages de Bichat , les solidistes 'doivent être conduits naturellement, et presque à leur insu, à adopter une doctrine qui rapporte toutes les maladies a la lésion des organes ou des appareils organiques.
Pour la même raison elle doit répugner beaucoup aux idées des vitalistes. Reconnaissant l’unité physiologique et les déterminations spontanées du principe vital, les disciples de Barthez ne peuvent admettre la nécessité des lésions organiques pour causer toutes les maladies, et la nécessité d’une stimulation venant du dehors pour déterminer toutes les réactions intérieures. Cependant, comme les grands génies pressentent les découvertes les plus importantes, les idées de Barthez, sur l’analyse médicale et sur le traitement des fluxions, ont dû trouver leur application dans la doctrine de M; Broussais. Voilà le point par üii la réforme s’est rapprochée du vitalisme. Citons un exemple. Long- temps avant que M. Broussais
( rgi )
publiât ses ouvrages, M. Berlhe(i), en décrivant la fièvre jaune qui régna en Andalousie pendant les années i8o4-i8o5, dit textuellement qu’il est impossible de méconnaître dans le début de la maladie une irritation portée sur l’estomac. Aussi, au lieu de suivre la méthode banale de faire vomir le malade, il conseille l’en)ploi des adoucissans jusqu’au moment où les progrès de la maladie ont fait naître de nou^- Velles indications. Les idées de M. Broussais sur la fièvre jaune sont conformes à celles des professeurs de Montpellier, et cette fois le vitalisme a eu l’honneur de l’initiative, A Dieu ne plaise cependant que je veuille diminuer le mérite personnel de M. Berthe! il fallait un esprit comme le sien pour que la doctrine barthésienne y produisît de semblables fruits. Chargé de professer la thérapeutique et la matière médicale, il a su donner une marche nouvelle et plus profitable
(i) M. Bertlie a terminé son honorable carrière à la saite d'une maladie longue et douloureuse. Doué d’un esprit éminem-r ment juste et d’une grande fermeté d’ame , il porta toujours dans l’exercice de ses fonctions cette justice indépendante et cette énerglqiie franchise que la fréquence des révolutions de notre siècle ont rendues bien nécessaires à tous les hommes relevant du gouvernement d’une manière plus ou moins immédiate. Par malheur ces qualités sont devenues si rares, que l’on a vu l'esprit de parti pénétrer dans le sanctuaire de la science pour y désigner des victimes ; quelques savans consentir à se faire ses instrumens, et souiller tous leurs titres de gloire par une lâche condescendance, ou par des torts encore plus odieux.
( Le traducteur. )
à ces deux sciences, en réunissant leur enseignement et les éclairant Tune par l’autre. Les leçons de ce praticien Judicieux sont dignes de l’esprit d’analyse et de la méthode avec laquelle il observa les malades de Séville et de Cordoue (1).
L’on s’attend bien que la plus grande opposition aux idées delà réforme se trouvera dans la troisième secte que j’ai déjà appelée galénico-chimiste. M. Beaumes , qui en est le chef, s’est élevé de toutes ses forces contre une doctrine qui nie les crises et les altérations humorales. Le seul point sur lequel il a été d’accord avec M. Broussais, est la manière dont celui-ci a
(1) Je ne sais d’où vient que la plupart des personnes quMisent le livre deM. Berthe tombent dans l’erreur que M. Cross commet ici. L’épidémie avait entièrement cessé quand les médecins de Montpellier arrivèrent en Andalousie , et par conséquent ils ne purent y observer des malades atteints de la fièvre jaune. Ce ne fut pasleur faute s’ils n’arrivèrent pas à temps. A cette époque on ne pouvait voyager en Espagne qu’avec beaucoup de difficulté, et la seule vérification des papiers arrêta les médecins français plusieurs jours dans chacune des villes qu’ils traversèrent. Mais aujourd’hui que la plus parfaite harmonie règne entre les deux gouvernemens, et qu’on peut aller de Paris à Cadix presque sans descendre de sa chaise de poste, comment se fait-il que M. Pariset, qui a renouvelé la tentative déjà faite par. les docteurs de Montpellier , ait encore plus mal réussi qu’eux? Peut-être que le médecin-censeur a trouvé commode de se faire une réputation d’homme courageux etphilantrope, en s’exposant à un danger qu’il était sûr de n’avoir pas à craindre, puisque, au moment où il se décida à partir de Paris, les journaux .avaient annoncé que les progrès de la maladie décroissaient sensiblement, et qu’ensuite il s’arrêta en route assez
jugé la Nosographie philosophique» Le professeur de Montpellier coniinue de suivre, dans ses cours annuels, les principes de la classification d’après lesquels il a écrit ^sa Nosologie. La vieillesse tient à ses opinions autant qu’à ses habitudes : les unes et les autres font son bonheur. Il lui serait pénible d’en changer, parce que, s’attachant aux idées acquises d’autant plus fortement que Je domaine des illusions' diminue autour d’elle, elle craint d’entreprendre un examen qu’elle n’aurait pas le temps de terminer.
Cependant gardons-nous d’attribuer à la routine des vieillards la conduite de M. Beaumes. Ce n’esl ni par obstination ni par paresse qu’il refuse les idées
long -temps pour que les événemeus de l’île de Léon l’empêchassent d’arriver au but de son voyage. Si le public a mal jugé M. Pariset, il avait une belle occasion de lui prouver son erreur. Pourquoi, dès l’instant qu’on a eu des nouvelles certaines qu’une autre fièvre jaune ou peut-être même la peste avait éclaté dans les îles Baléares , ne s’est-il pas hâté de partir pour aller l’observer et tâcher d’en arrêter les ravages? Dans douze jours il pouvait arriver en poste au premier port de la Catalogne; et là, en s’embarquant sur un paquebot, il arrivait à Majorque après un ou deux jours de traversée. Mais il n’a eu garde de saisir cette occasion; il a mieux aimé jouir paisiblement de tous les avantages moraux que sa première expédition lui a déjà procurés. Certes si le Dictionnaire des sciences médicales a une deuxième édition , il faut espérer que l’auteur de l’article Charlatanisme ne manquera pas de signaler ce nouveau moyen de se donner de la vogue et du renom. 11 est bien plus relevé et bien plus profitable que tous ceux qu’on avait employés jusqu’ici.
( traducteur. )
du l'éformateur; sou opposition ëmane d’un esprit supérieur rempli du sentiment de ses forces. Malgré son âge, il ne craint pas de descendre encore dans l’arène polémiqué.: dura viro viridisque senectus. Il ne se dissimule point les forces de ses adversaires; mais il se sent capable de les combattre, parce qu’il a conservé toute la vivacité d’imagination et la force^de' jugement' qu’il avait quand il publia sa Nosologie. Quoique septuagénaire , son éloquence brille encore de tout son éclat ; elle frappe par sa facilité, entraîne* par sa cliaîeur. Je l’entends encore, invoquant du haut de son trône Hippocrate et les dieux de la médecine, réciter les doctrines orthodoxes, ou fuliiiiner des arrêts de réprobation contre les partisans de l’erreur.
Chaires de chirurgie.
Quand une école nous offre un professeur de chirurgie théorique et un professeur de clinique externe teis que ceux qui occupent aujourd’hui les chaires à Montpellier , il faut bien s’en prendre aux localités si la chirurgie n’y brille pas du meme éclat qu’à Paris. Avec des hôpitaux dignes de ses professeurs , l’é- ' cole de Montpellier produirait sans doute des élèves dignes de ceux que forment , dans la capitale, les Boyer, les Dubois et les Dupuylren. Mais il semble que le Ludovicée lui-même dédaigne de rivaliser en ce genre avec Paris ; et tel professeur ose déclamer dans sa chaire contre le vil métier des opérateurs , traitant la chirurgie comme une sœur dégradée de la médecine , et invoquant, contre elle les temps où les barbiers-chirurgiens étaient les très humbles valets des docteurs , fiers de leurs diplômes , comme la caste nobiliaire de ses parchemins. Mais la chirurgie exercée par Dubois , Percy , Boyer , a cessé d’être roturière (1) ; ses chaires se sont élevées à côté de
(i) Etce a’est point parce que ces trois chirurgiens furent baron» de l’empiref
ceîies de l’orgneilleiise pathologie médicale. MM. Delpech et Fages peuvent^ aussi bien que M. Baumes lui-même , des$ervir les autels du dieu d’Epldaure. Celui-là est médecin comme Hippocrate, qui peut également réussir dans les deux branches de l’art.
Je ne balance pas à mettre M. Delpech sur la ligne de M. Dupuylren, persuadé que M. Delpech à rHôlel- Dieu vaudrait bien M. Dupuytren , et qu’à Fliopilal Saint-Eloi celui-ci serait à peine M. Delpech. Ce dernier même a certainement plus d’érudition que son collègue de Paris , parle avec plus de facilité encore , quoiqu’un peu monotone dans son débit , et ne lui cède en rien pour le génie chirurgical , puisqu’on est convenu de .donner ce nom à la hardiesse et à la témérité des opérateurs. Lorsque M. Delpech vint disputer au concours la chaire qu’il occupe , il avait pour rival M. Fages. Les deux concurrens étaient égaux en mérite comme chirurgiens j et ce ne fut qu’à sa Jeunesse et à sa brillante élocution que le premier dut son triomphe.' < - ^ - » . ■ . : j
Aussi, au concours suivant, 'M. Fages avait-il encore peur ' de quelques considérations , quoiqu’il eût affaire à un ahlagonisle qu’il lui fut facile d’écraser de sa supériorité, niais qui était connu par son adresse à se faire ouvrir par la ruse la porte des sociétés savantes.
Il doit m’en coûter de garder ici l’impartialité dont un juge ne doit jamais s’écarter. Je parle d’un
homme pour qui les Anglais sont la bête noire , et qui ne laisse échapper aucune occasion d’attaquer nos médecins, tantôt par une réfutation sérieuse, tantôt avec l’arme plus dangereuse encore du , ridicule.’ Le nom de nos grands hommes ne lui en impose guère. S’il cite par fois quelques unes des améliorations que la science leur doit , il' observe aussitôt qu’il aura rarement à leur payer ce tribut de recon^ naissance que peuvent réclamer dans tous les pays les inventions utiles. Souvent même , après avoir perfidement prodigué des éloges magnifiques à une découverte exportée de notre île , il sait très bien ajouter , avec son sourire malin , qu’il est bien fâché , pour messieurs les Anglais cette découverte soit un vol fait à la France : et il a toujours en réserve quelque vieux auteur gaulois qu’il nous accuse d’avoir pillé. On ne peut pas avoir plus de prévention nationale dans un cours académique. Heureusement l’Europe est là pour proclamer l’Angleterre à la tête des nations savantes 5 et les quolibets du professeur de Montpellier ne font rire que les élèves de son école. Que dirait M. Fages ^ si , lorsqu’il s’égaie si complaisamment à nos dépens , il voyait apparaître dans son amphithéâtre les ombres outragées des Sydenham , des Morton , des Mead , des Poit , des Monro , des Willis, des Hunter, etc. , etc. (i).
(i) Je suis surpris que M. Cross n’ait pas fait un plus fréquent Paris. i5
M. Fages fut le premier professeur que j’allai entendre à mon arrivée à Montpellier. Je venais directement deLoddreSjOÙ mon maître de français ni’avait assuré que j’élàis en état d’entendre facilénient celte langue. Etonné de ne pas comprendre M. Fages, je craignis un nioment d’avoir été dupe d’une mystification pareille à celle de ce gentleman qui , croyant avoir appris la langue française ^ s’aperçut un peu lard qu’il n’avail étudié que le bas-breton ; mais on m’ex^ pliqüa qvte , pour entendre M. Fages, il fallait avoir quelque connaissance du patois ; car ce professeur a tellement l’accent de sa province j et donne si volontiets à ses expressions la tournure de l’idiome languedocien 3 qu’un Parisien peut-être serait aussi embarrassé que je le fus. Une' fois fait à' son langage, J’admirâi de tout mort coeilr sa précision logique, ei la* manière piquante et fine dont if présente ses idées. AuCrtn professeur iie se renferme plus rigoureuse-» ment dans les limites de son sujet j moins jaloux de briller que d’instruire , il est aussi suivi que* Mi Lordai lui-mérne. Aueun cours de chirurgie à Paris ne m’a satisfait autant que le sien; il est bien à regret- ter qu'il ait la réputation (i) de n’être pas heureux
usage de la figure qu’il emploie iei. La prosopopëe doit naturellement plaire beaucoup aux Anglais; c’est la fantasmagorie de la rhétorique,
( Noie du traducteur. )
(i) Cela peut être fâcheux pour sa bourse; mais qu’importe ».
dans ses opérations. Aussi est-il rarement appelé pour en taire , depuis surtout que M. Delpech a envahi touie la pratique chirur^cale de Montpellier e't de la banlieue ; mais il est consulté plus généralement pour les maladies' syphilitiques, et possédé des connaissances rares sur cette partie de la médecine. Peut-être un jour fera-t-il paraître un corps de doctrine sur celte rnatière : ce serait le manuel des élèves de Montpellier.
' Mais M. Fages n’est pas de ces hommes qui tiennent’a grande gloire de se faire imprimer tout vivansi Esl-il, après tout, bien nécessaire qu^un professeur soit auteur ? Un auteur n’est-il pas ordinairement esclave de ses opinions imprimées? Est-il assez Impartial, fait-il assez facilement abnégation d’amour-propre pour indiquer aux élèves les ouvrages qui valent mieux que les siens? Ne consacrera- i-il pas trop volontiers ses leçons à rompre des lances contre tous ceux qui ont écrit dans des principes qui contredisent ceux qu’il a émis lui-même, et à prouver à ses élèves que ses livres sont le seul évangile qu’ils doivent reconnaître? Avec le cours actuel des choses en médecine, il est à présumer que les derniers venus auront seuls raison ; il est toujours temps de se rétracter quand on n’a rien imprimé. Combien de fois (j'^aime à le croire) M. Beaumes
pour son mérite , si , comme quelques autres hommes, il vauj mieux encore que sa réputation ?
( iVo/e c/u traducteur. )
s’estiil avoué à lui-même que sa classificalion chimique était la plus absurde des théories! 11 croit cependant qu’il y irait de son honneur de ne plus parler d’oxigénèses , de calorinèses , etc. , etc. , dans ses éloquentes leçons. Ce n’est pas malheureusement à un homme de son caractère qu’on pourrait citer avec fruit l’exemple deFénélon, qui condamna luimême ses erreurs en théologie dans sa chaire épiscopale.
Les médecins sont un peu trop comme les sectaires de Mahomet : hors de leur alcoran , point de salut.
Clinique.
Si l’élégance des formes était le principal avantage j d’un hôpital, je ne balancerais pas à mettre en prej mière ligne celui qui porte le nom de Saint-Eloi à ! Monipellier. En elFet, si j’en excepte l’hôtel-Dieu de Lyon, je n’ai pas vu en France un établissement de I ce genre qui eût une architecture plus régulière et I une distribution plus commode. Mais ce vaste édifice j est loin de réunir toutes les qualités de salubrité et I d’exposition que l’on recherche tant aujourd’hui, j Placé dans un quartier bas, il n’est séparé des maison»
I qui l’entourent que par des rues étroites et mal aérées, i Tous ses murs de clôture sont fort élevés, et empêj chent l’air de circuler librement dans les cours; sa i position n’est pas moins désavantageuse pour son voi- I sinage que pour lui-même. Les hôpitaux deviennent I des foyers de corruption , lorsque les typhus se développent dans leurs salles encombrées de malades par la guerre ou partout autre fléau. On diminuerait tous ces inconvéniens, si on les plaçait toujours à quelque distance des villes; car enfin, puisque les citoyens s’imposent volontairement des contributions pour entretenir ces asiles où la misère trouve un refuge contre la douleur, il serait juste qu’ils ne
fussent jamais exposés à devenir victimes de leur sollicitude. ' * ^ ^
Quand on le considère comme destiné à l’instruction des élèves de l’école /on trouve que l’hôpital Saint-Eloi n’est digne ni du Ludovicée ni d’une ville de troisième ordre. II ne peutsoubrir la comparaison avec aucun des hôpitaux de Paris^ et même de plusieurs hôpitaux des villes de ptOvînCe. L’ôhservàtion des malades est la hase de la clinique ^ et Wialil^èuréusement l’hôpital n’en est pas toujours bien fommi. îîéanmoïns le zèle des professeurs Iriômphe dë ce grave inconvénient; ils tirent un si grand palni des moyens qu’ils ont à leur disposition, que, malgré la différence des ressources, la clinique se fait aussi bien a Montpellier qu’à Paris.
De même que dans tous les hôpitaux de la capitale, les cas chirurgicaux sont^ sépares déS lUaladieB internes; aux uns et aux autres sont affectées aes salles particulières. Le médecin et le chirurglèri de Saint-Eloi font tous les matins visite et leçon ; ils suivent la même marche pour fenseignement de la médecine et de la chirurgie clinique. Au lit du malade, ils dirigent l’ailenllon des élèves sur les civconslances qui méritent d’être nôléés ï ensuite ils font de ces remarques le sujet de leurs conférences. Ici le professeur ne se tient plus à la distance qu’il gardait dans les cours académiques. L’élève clinicien est-admls dans les îiôpllaux pour commencer à pratiquer la médecine; ses premiéis pas doivent donc être guidés
par son maître; il ne peut se passer de ses secours immëdlals. Aussi le professevir l’interroge^ lui de» mande son opinion sur la maladie, sur le iraiiement qu’il croit convenable d’employer, etc. Tous les élèves cliniciens sont chargés d’observer des malades, et de faire des rapports sur la maladie» Ces rapports sont ensuite lus et discutés en présence du professeur» Fouquet, qui avait créé cette méthode d’enseignemenl, en développa tous les avantage? dans ses leçons. Formés à son école, MMf Broijssouget , Lafabrie et Delpech se sont montrés les dignes suecesscurs du premier professeur de clinique.
Malgré la ressemblance apparente de leurs opinions , MM. Lafabric et Broussonnet différent beaucoup dans leur pratique. L’un a autant de confiance dans les efforts médicateurs de la nalme, qu’il en a peu dans les médicamens. Au contraire, i’aiure est polU pharmaque, et sa médecine est toujours agissante. Celui-ci théorise beaucoup, et abusé peut-êire des explications; celui-là en pousse la haine pisqu’à dés-iapprouver la recherche des traces que la maladie laisse dans le cadavre. Cependant je les ai vus tous deux administrer l’émétique dans le début de quelques pleurésies; traiter Vaiàxie \ adynamie par le quina, le camphre, et tous les excilans les plus énergiques.
Dans le chapitre précédent j’ai déjà parlé de M. Delpech ; mais mon lecteur ne sait pas encore qu’il fut dans Monlpelüer le restaurateur de la chi'
rurj«ie clinique, lui quelques operateurs disr
tin^uës a\ aient occupé sa chaire, mais aucun n’avait fait pour renseignement pratique de la chirurgie ce que les médecins de Saint-Eloi firent pour la clinique interne.
M. Delpech étudiait à Montpellier pendant que Fouquet vivait encore. Il puisa dans ses leçons les préceptes qu’il alla mûrir ensuite dans les% hôpitaux de la capitale. Depuis que ses talens et les circonstances lui ont fourni l’occasion de les appliquer, il a répandu le goût de son art parmi les élèves; et aujourd’hui l’école reçoit chaque année un assez grand nombre de docteurs en chirurgie, au lieu qu’avant l’arrivée de M. Delpech il se présentait à peine un ou deux candidats qui demandassent ce titre.
Je ne sais pour quelle raison les salles de chirurgfe sont toujours plus remplies que celles de médecine. Cette abondance de blesses fait que les élèves peuvent voir pratiquer toutes les opérations chirurgicales, en suivant quelqueterops la visite de M. Delpech. Pour l’instruction des spectateurs et pour la commodité de l’opérateur, ces opérations se pratiquent toujours sur un lit placé au milieu d’un amphithéâtre que M. Delpech fil construire exprès. On appelle ce lieu îa salle du courage. Un stoïcien demanderait peut-être si ce nom se rapporte au malade ou au chirurgien.
Le zèle de M. Delpech pour l’anatomie pathologique est égal a celui des médecins de Paris, a Gardonsnous, disait-il dans un discours d’apparat, gardons-
nous d’un respect mal entendu qui nous ferait négliger le complément de nos études. Forçons la mort à nous I révéler ses secrets : ce pieux sacrilège peut arracher i quelques victimes à sa fureur» Notre siècle ne doit point avoir les préjugés de l’ancienne Egypte, où l’on chassait à coups de pierres les hommes qui avaient j' fait les incisions nécessaires à l’embaumement des i cadavres)). Cette profession de foi déplut aux admij| nistrateurs et aux sœurs de l’hôpital. Ne pouvant heurter de front les volontés du chirurgien en chef, { leur conscience timorée mit en jeu toutes les ruses I capables de les entraver ; mais il sut opposer une ré- I sistance énergique aux empiétemens d’une autorité i subalterne.
i Les infirmeries de la maison centrale de détention et du dépôt de mendicité pourraient devenir d’utiles succursales de la clinique de l’école, si la nature des ! établissemens auxquels elle appartient n’était un obsj tacle à la libre admission des élèves. Cependant les I médecins ont le droit d’en amener toujours un certain nombre avec eux. Je n’ai jamais eu cette faveur;
I mais j’ai entendu dire qu’elle était très recherchée, parce que ces infirmeries contiennent toujours beaui coup de malades , et qu’on y trouve des maladies qu’on a rarement l’occasion d’observer à Saint-Eloi. Quand I même tous ces avantages ne s’y trouveraient pas i réunis, le nom de MM. Prunelle et Lordat expliquerait assez l’empressement des élèves.
Pourquoi l’école n’a- 1- elle pas approprié à la cli-
tîiquc un antre hôpital plus considérai )Ie quë Saintr Eloi? Il est vrai que V hôpital général n’est antre chose qu’un hospice; car on n’y reçoit point de rna^ ladies aigues, et toutes les personnes qui y soial admises peuvent y rester jusqu’à la lin de leurs jonrs^ C’est donc un asile ouvert aux pauvres de tous les âges : il y a des salles de travail pour occuper ceux à qui les infirmités n’interdisent pas ce .moyen de procurer à l’hôpital l’allégement de ses charges, et à eux^mémes quelques légères ressources. Comme cet établissement contient heancoap de monde, ses înfirmenes pourraient devenir des salles de clinique. Un professeur de l’école en est médecin en chef; et depuis le temps qu’il visite des lieux où tout doit respirer encore le souvenir de Sauvages, ne lui est-il jamais venu dans la pensée d’imiter l’exemple de soo illustre prédécesseur? . 1 .v
' Non loin de l’hôpital général , et dans un corps de logis qui en dépendait autrefois, l’on a établi une école d’accoucbemens sur le modèle de la Maternité de Paris. Celte école ne relève point de la faculté de médecine; elle est composée de deux professeurs : Fun fait des coni*s pour des étudia ns et les élèves sages- femme.? , l’autre est chargé de la visite jour^ naîière. et. ide la pratique des accouchemens. Les élèves des deux sexes aadstenl à cette visite,, et sont admis, à tour de rôlé, à faire des accouchemens sons les yeux du professeur ou de la sage-femme de la maison. Cet établissement, qui manquait à l’iristruc-
tion tics élèves, est loin de la perfection de la. Maternité de Vai is^ on du Lying-in-hospital de Dublin* Lesliôpitaux sont une de ces institutions dont les avantages diminuent beaucoup quand on en rapetisse l’éclielle. Du reste, les salles de la Maternité de Montpellier ne sont pas dignes de celles derhôpital-géoéraî, et encore moins de celles de Saint-Eloi. Au lieu de lits de fer et de bons matelas , les femmes enceintes et même lés accouchées n’ont qu’un misérable grabat supporté par des ais vermoulus et grossièrement assemblés.
Le cours d’accouchemens se fait dans un amphithéâtre voisin de la Maternité. A voir la foule qui se précipite pour y assister , on prendrait une haute opinion du mérite du professeur j mais, hélas î quelle triste célébrité ! J’aimerais mieux, comme tel professeur du Ludovicée, débiter mes leçons devant les bancs d’un amphithéâtre, que de les voir couverts d’auditeurs , si , au lieu d’écrire sur leurs tablettes les vérités médicales que j’aurais à leur apprendre, ils devaient s’occuper de recueillir mes coqs-à-l’âne et mes quolibets. ?
Sciences accessoires à la Médecine.
La médecine a tant de rapport avec Phistoire naturelle , la physique et la chimie , que le médecin ne peut se dispenser d’être familiarisé avec leurs élémens. C’est une vérité que l’on a sentie partout ; mais sa mise en pratique est encore imparfaite dans les universités françaises. En effet , la chimie et la botanique sont les seules à l’enseignement desquelles on y ait consacré des chaires. Ce vice d’organisation est compensé par le voisinage de quelques autres institutions dépendantes de l’académie , sans appartenir aux écoles. A Montpellier , les sciences accessoires à la médecine sont principalement enseignées par le collège des pharmaciens et par les professeurs de la faculté des sciences. A l’école de pharmacie l’on démontre avec beaucoup de soin la pharmacie , la chimie et l’histoire naturelle des médicamens. Tous ces cours se font dans le laboratoire de chimie , l’unique salle qu’il possède. Mais ce laboratoire est très vaste , et bien mieux disposé que celui de l’école de médecine.
Le professeur de pharmacie paraît avoir vieilli dans l’enseignement , car il s’acquitte de ses devoirs avec une assurance et une méthode qui ne peuvent venir qu’après un long exercice. Si la précipitation est un défaut , on doit avouer que M. Rey a été bien favo-
i, lise de la nature : on ne saurait réunir à . un plus I haut degré le flegme et l’impassibilité. Qu il faille I développer un précepte ou déplier un paquet , lire |i les notes de son cours ou l’étiquette d’une fiole ,
I il y procédera avec le même calme , avec le même i sang-froid. Les paroles se succéderont dans sà bouche j; avec autant de lenteur que les mouvemens de sa main, i quand elle braque un binocle ou tire des lunettes de
II leur étui de maroquin rouge.
j' Le cours d’histoire naturelle des médicamens se ji compose de la démonstration de toutes les substances
I employées en médecine. Comme le règne^ végétal en i fournit la plus grande partie , il est indispensable 1; que la botanique serve de base à cette démonsira- ' lion. M. Pouzin fait donc marcher ensemble le^
II leçons de botanique et l’histoire naturelle des subij stances médicinales , dans l’amphithéâtre et dans I le jardin du collège de pharmacie. Pendant toute la il durée de son cours , il fait , deux fois par semaine ,
I des herborisations dans les environs de Montpellier, j La justice des élèves est sévère, car, malgré son zèle , |i ils ne pardonnaient point à M. Pouzin de leur faire I apprendre ses phrases par cœur , en relisant tous les
I ans les cahiers de l’année [Précédente. Il paraît que ! ce professeur s’épargne toujours le soin de varier
II ses expressions; car chaque fois qu’il prenait un échan- I tillon pour le présenter aux élèves , on entendait un ! petit rire annonçant qu’on avait deviné d’avance la
I formule dont il allait l’accompagner.
Le cours de chimie se fait dans une saison brûlante'et à i’iieure de la plus grande chaleur ‘ pour-, tant la foule y est toujours si grande , que tes portes sont assiégées long-temps avant qu’eiies s'ouvrent , et que Famphilhéâtre est toujours trop petit pour recevoir tous les auditeurs. Quoique M. Figuier ne parle ni avec élégance ni avec facilité, les élèves aiment ses leçons, parce qo’ii a une instruction solide, parce qu’il se trouve au courant des découvertes journalières de la chimie ; enfin , parce qu’il possède une adresse niervelilèuse pour faire les expériences. Quand on n’a' jamais assisté à des cours de chimie , on s’imagine que, puisque c’est une science de calcul et de fait, la théorie doit prévoir les résultats d’une manière certaine. Cependant ces résultats sont tellement- soumis à des circonstances accessoires, qu’il faut un tact fort exercé pour les obtenir toujours. Voilà quel est le talent de M, Figuier. Ce talent n’esi pas aussi communqn’on pourrait le croire; et combien de fois n’avonsndûs pas vu un professeur de chimie présenter a son auditoire un ven^ dans lequel il venait de mêler plusieurs réactifs , expliquer le changement de couleur et de forme que le spectateur ne voyait point , et sur l’arrivée desquels Je professeur comptait avec tant de confiance , qu’il déposait le verre avant de l’avoir regardé ? ‘
Mon lecteur va penser peut - être quô je fais ici allusion à quelqu’un de nos démonstrateurs de Londres; mais non...,. Celte remarque, je l’ai faite
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en assktanl au cours de cliiiuie de la» faculté des scieijceàde Montpellier. M.Anj^lada est tout Fopposé de M. Figuier. Celui-ci parle difficilement , et expérimicnte avec une rare ' facilité ;• celui-là manque U plupart de ses expériences, mais ses leçons pourraient êtf'e imprimées sans qu’il fût besoin d’y changer un seul mdt/C’esl meme une épreuve qui ne serait pas difficile, car H . parle aVec un ton si solennel et si pompeux*, qu’un isléndgfaphe n’aurait pas de peine à écrire mot à hlot tonte' sa prose poétique. Les- deux professeurs ont cela de commun , qu’ils connaissent à fond la science qu’ils enseignent , et que leurs cours attirent une foule d’élèves hors de proportion avec, la grandeur des amphithéâtres. Quand même l’auditoire serait moins nombreux aux leçons de M. Anglada qu’à celles de M. Figuier , la supériorité du mérite Serait encore au premier , puisque les circonstances qui déterminent le choix des élèves ne sont pas égales pour tons deux. M. Figuier enseigne k chimie dans un laboratoire commode, il a des instrumens en bon état : au contraire , la faculté des sciences, en est presque dépourvue ; et au lieu de laboratoire et d’amphithéâtre on y fait les leçons dans uqe safe ‘si mal appropriée , qu’elle pourrait remplir encore sa destination primitive ( elle servait de chambre à coucher à Louis XIII) {l). . » ^ , ,
(i) M.' Figui'er ïst mbrren emportant Testime et les regrets
Du resté I à l’exception de l’emploi du charbon animal pour décolorer les lirpieurs végétales , je ne crois pas que le souvenir d’aucune découverte imporianie se joigne au nom des chimistes de Montpellier» Je ne prétends pas insinuer qu’ils soient inférieurs en mérite aux chimistes de Paris , quoique je dise qu’ils ont moins de réputation. Je me suis expliqué ailleurs sur le désavantage qu’il y a pour les savans d’habiter les provinces de France ; et cependant , parmi les chimistes de la capitale , il n’en est aucun que les Français osent comparer à notre Davi.
La physique n’est pas enseignée dans l’école de médecine ; elle n’est même enseignée dans aucun des établissemens que l’on trouve à Montpellier ; car je n’ose pas donner le nom de cours à quelques démonstrations faites à la faculté des sciences par un profes-. seur adjoint. Au lieu de faire de la physique l’objet d’un étude approfondie , il semble que les élèves la traitent comme un objet de pure curiosité , puisque le professeur, qui doit se conformer au- goût de son auditoire , remplit sa leçon en faisant vingt expériences pour prouver la même loi , sans jamais écrire sur
de toutes les personnes qui l’avaient connu , , ou qui avaient entendu parler de lui. Le jeune chimiste qui l’a remplaed au college de pharmacie parle beaucoup mieux que son prédécesseur , et expérimente avec autant d’habileté.
( Note du traducteur. )
îa planche noire les signes algébriques qui peuTent en représenter la formule. < ‘ *
I 'Quoique la minéralogie ne soit pas d’une utilité I directe a la médecine , le cours que M. de Serres j fait à la faculté des sciences est assez régulièrement j suivi. Je crois donner une haute idée des connaissant I ces de ce professeur, en disant qu’il a étudié en Allemagne la branche d’histoire naturelle qu’il enseigne. Naturaliste aussi affable que savant , M. de Serres est rempli de zèle pour l’insiruclion des élèves ; il les accueille avec bonté ; et quand ils ont du goût pour la minéralogie , il encourage leurs efforts , dirige leurs études , et met à leur disposition les riches collections qu’il possède. Outre les leçons qu’il fait dans la salle de la faculté , il conduit souvent les élèves dans tous les environs de Montpellier qui méritent d’être observés pour la nature et la disposition du terrain , ou pour le gissement de quelques fossilles. Assis dans I une chaire ou sur les basaltes de Montferrier , qu’il dé- I veloppe les lois de la géologie ou en montre l’appli- I cation , M. de Serres a tellement su se défendre de la j morgue du magistrat (i) et du pédantisme de maître,
I que les élèves l’entourent comme un ami, sans oublier.
I le respect qu’ils doivent au professeur.
I (i) M. de Serres es^^tout à la fois conseiller à la Cour royale \ ds Montpellier , et prôfesseur de la Faculté des sciences. Il remj put ces deux emplois avec autant de distinction que de zèle, j ( Le tradueteur. )
Pari».
L’on se persuadera sans peine que la; zoologie est peu cultivée à Montpellier, quand j^aurai dit que cette ville ïi’a pas de cabinet d’insfolfe naturelle. La faculté des s'cienoes possède quelques oiseaui mal empaillés ,^ et^(^e les vers déponillént chaque jour de leurs plumes. Là Collecliou de'coqnilles n’est pas digne d’un
simple ’aVnàléur. Pour.les quadrupèdes , les reptriesy les poissons, les insectes , etc., je n’en connais pas de* collection publique. -Avec tous ces ineonvéniens, que peut être le cours d’anatomie comparée, fait par^ M. Provençal ? Ce profésseur est obligé 'de se borner* à la démonstration de l’a natonde humaine , et ‘dé sd* servir de quelques dessins'qtiàn'd'il veut ‘ poursuivre^ la comparaison des organes chez les animaux de classes' inférieures. Les élèves désireraient qu’il s’occupât u'ri peu plus des généralités de la zoologie , et qu’il leur apprît en quoi un insecte diffère d’un mollusque, et celui-ci d’un poisson , au lieu de démontrer Ce qu^I^ ont déjà vn au * cours d’anatomie de l’école elî chez le professeur particulier. Cependant , comme M. Provençal pôssèdeune grande adresse pour Ciller les préparations délicates^ sbh cours attire ibiijours un grand nombre dVudîteLirs. V • '
l’ai réservé la botanique pour la fin de ce chapitre y parce que c’est la seule liranche des sciences accessoires à laquelle j'aie à donner des éloges sans resirlClion.,Que Paris ne me vante plus la , multitude de ses professeurs : M. Decandolle les a tous surpassés son
génie a su triompher dé tous les avantages que la capi^ taie, avait sur Montpellier pour l’enseignement de la botanique. Le jardin de Montpellier, quoique nioins vaste que \e jardin des plantes , possède autant d’espèces exotiques ; et pour les plantes indigènes , on sait que la position de Montpellier est «ok|ue au monde 5 car Rondelet , Nissole , Magnol et Sauvages, appelaient Jardin de Dieu le théâtre de leufs herborisations. La botanique embellit toujours l’ëloqucnce des professeurs qui l’enseignent : l’éloquence de M. Decandolle a trouvé le mo3^eo d’embellir encore la botanique. Il fait ses leçons dans l’amphithéâtre de l’école de médecine ou dans l’orangerie du jardin des plantes. Son exactitude â remplir ses devoirs mérite d’élre citée pour exempte. Pendant toute la durée de son cours, il fait des herborisations si multipliées , que, depuis son séjour à Montpellier, il a ajouté à la Flore de cette ville un grand nombre d’espèces nouvelles : et pourtant , depuis plus de cinq siècles , la campagne avait été parcourue par tous les botanistes célèbres que Montpellier avait fournis.
Le nom de M. Decandolle est cité partout où il existe des savans. S’ils connaissent les Français du dixneuvième siècle, ils doivent s’étonner qu’un homme de ce mérite ne soit pas professeur dans Paris; mais ils ne seront pas étonnés d'apprendre que l’on a payé
d’ingratitude (i) des taîens qui méritèrent a M.Decanr dolle des hommages de reconnaissance et d’admiration chez un peuple que la France accuse de juger les Fl ançais avec partialité.
(i) A la suite de dénonciations et de tracasseries de toute espèce, M. Decandolle a quitté l’école de médecine de Montpellier. Il est maintenant professeur de botanique à Genève. Pendant les deux ansqne sa chaire est demeurée vacante, M. Dunal, l’un de ses élèves les plus distingués, s’est montré digne de lui succéder par les soins qu’il a donnés au jardin des plantes , et surtout par la manière dont il a fait les leçons de botanique. Si les motifs qui, dans le mode actuel de remplacement, décident du choix des candidats , étaient les mêmes que ceux d’après lesquels on adjugeait le prix dans les concours publics, M. Dunal aurait certainement été présenté, et nommé professeur de botanique en remplacement de M. Decandolle.
{ Le traducteur. )