‹ Paris et Montpellier, ou, tableau de la médecine dans ces deux écolesChapitre 4 sur 6 · LE PROFESSEUR · texte numérisé non relu

LE PROFESSEUR

Monsieur ^ connaissez vous les usages de la rate ? l’éeéve.

Jusqu’ici les auteurs ne sont point d’accord : plusieurs hypothèses ont été émises sur ce sujet, mais je crois que nous ne savons pas encore quelles fonctions remplit cet organe.

le professeur.

£h bien ! je le sais , moi : mais je me garderai bien de le dire^ parce qu’il y a ici quelqu’un qui s’empresserait de faire une huitième édition de ses Elémens de physiologie, pour y imprimer tout au long ma découverte.

Ce quelqu’un, M. Richerand, puisqu’il feut le nommer, est un peu coutumier du fait dont on l’accuse. Avec les opinions des autres, et ce que

les Français appellent du style , il a composé un ouvrage qui doit avoir beaucoup de vogue, s’il faut en juger par le nombre des éditions qui se sont déjà écoulées. Il paraît que c’est au style surtout que les nouveaux Élémens de Physiologie doivent leur fortune auprès de trois classes de personnes qui négligent le fond pour la forme : les jeunes élèves, les gens du monde, et les dames. Un médecin écrivant un traité sur la science de l’homme aurait peut-être mieux fait d’ambitionner l’approbation des médecins, en se tenant à' la portée des élèves, que de confondre la physiologie avec l’histoire naturelle. Ce n’est pas que M. Richerand n’ait fait quelques incursions dans le domaine de la physiologie explicative, soit qu’il fallût donner une théorie chimique de la contraction musculaire en la comparant à la formation de l’eau par le mélange des deux gaz combinés ensemble à l’aide d’un courant électrique , ou bien expliquer le phénomène des ressemblances, en attribuant à la semence du mâle la propriété de modifier l’embrion gélatineux de la même manière qu’un cachet grave son empreinte sur une cire molle. La première de ces théories est empruntée à Girtanner; la seconde appartient toute entière à M. Richerand. Je ne sais s’il n’est pas aussi ridicule de composer une théorie puérile, que d’en renouveler une absurde ; mais les Français sont bien malheureux s’il est vrai , comme ils s’en plaignent , qu’ils n’aient, pour commencer l’élude de la science de

t^kornmé , aücün livre classique , etôepté les nbü^ veaux Élémens de Physiblogie ( i ).

£)ans le dix-huîtième siècle, üa professeur de l’école de Monlpelller, Bordeu^ traosporla dans la capitale les prriî^lers élémens du solidisme. Cette colonie > comme les Etais^Ünis d’Amérique, est devenue métropole à son tour, et, comme le Brésil , a rendu tributaire la métropole à qui • elle devait sa créalioiii La secte des solidistes s’augmenta des disciples de Haller, et des débris de la secte des mécaniciens^ mais sa domination exclusive date du moment où parut cet homme capable de coordonner les doctrines éparses dans tous les livi es , et de les renforcer par les décou*

. - (i) Ésî-il besoin 4 p6ûi* répfîrel- ririévérenèe aVéÊ ié^tielle iW- ♦eur a traité M. Ricberand , de rappeler tjiie les taléns de ce pro* fesseur , et surtout la haute l éputatioti tjü’il Vient d^aCq'tiérh?' par tfne opération sublime , Tniiffait éoilipfenâre ‘datls lô dernière promotion des ' chevaliers 'de f ordre de Saittt-fcîVlicbel en outr , décoré de .plusieurs autres titreSi Sdns douté 'qjue M. Ricberand aurait été fait baron , officier de la Légion d’Hbnneur, et peut-être même fconseiller-d’état, s’il eût pbssédé, ebinme Quelques autrfes safvÉfns ûusSi titrés qtfc lui-rriêine , cétte faeflité d’élocution et ce talent de triRutie qtti lés rendent propres à chanter des palinodies» et à traiter quelques institutions chères aux Français , à-peü-^près comme il a traité les eûtes et le poumon de son malade , et comme il propose de traiter le cœur de quelques autres. .

Vertes que l’on venait de faire dans les* sciences naturelles.

En parlant de l’anaiomie, nous avons déjà vu quelle impulsion Bichat avait donnée à celte partie de ia médecine : la physiologie ne lui fut pas moins redevable. Dans son Anatomie générale et dans ses Recherches sur la vie et la rfiort, il rassembla les matériaux et le plan d’un grand ouvrage qu’il n’eut pas 'Je temps d’exécuter. Sans révoquer eh doute le mérite des œuvres de Bichat, ne doit-on pas s’étonner qu’au] ourd’hui les physiologistes de la capitale n’osent rien entreprendre sans avoir , pour texte de leurs recherches, quelques passages de ses livres, quelques vues qu^ n’a pu qu’indiquer I? Ses" ouvrages sont devenus une espèce d’écriture sainte dont on ne pourrait s’écarter sans sacrilège. Bichat était un homme d’un ^and génie; il est mort jeune, mais ses livres contiennent le germe de toutes les découvertes auiiait pu faire un jour. Il £iut donc étudier ses ^opinions, féconder ses aperçus': tel est le lande ses partisans.

Legout de Bichat pour les expériences a produit la manie des vivisections, et une confiance sans Borne dans celte manière d’étudier la physlo'logie. Les expérimentateurs deviennent chaque jour plus nombreux. Après avoir répété de mille manières les expériences les plus ingénieuses de Bichat, on en a fak de nouvelles; mais cette fois on a

chois? des animaux fort éloignes de l’homme. Les résultats en rapport avec leur organisation ont paru singuliers et féconds en applications neuves. Cette fureur d’ouvrir des animaux vivans fait négliger là véritable source des connaissances physiologiques, l’étude de l’homme malade. C’est en vain que Barthez a rappelé l’attention des physiologistes vers ce moyen d’investigation : les médecins de Paris repoussent le dogme fondamental de la doctrine comme toutes les applications qu’il en fait. Le prétexte de cette défiance , c’est que le dogme fondamental consacre une erreur. Barthez , disent-ils, a personnifié une abstraction. Ce reproche empêche encore le vitalisme de pénétrer dans l’école de Paris. Mais voilà qu’un élève de cette école , un homme nourri du plus pur solidisme, tourne contre ses confrères de secte le reproche qu’ils adressaient à Barthez. Cette fois le solidisme est conséquent: il veut mettre en fait que , s’il n’y a point d’unité physiologique, il ne peut y avoir dans les symptômes des maladies l’harmonie que les nosographes avaient cru y reconnaître. Le reproche de M. Broussais est aussi peu fondé que celui des solidistes , et celte dissidence dans les opinions d’une même secte ne prouve autre chose , sinon que les physiologistes de Paris aiment beaucoup les observations isolées, mais ont une aversion prononcée pour toute formule capable d’exprimer les faits généraux. Du reste on a tant de haine pour les abstractions ,

que depuis que ^ Cabanis a prouvé V immortalilê de la matière et le mécanisme de la pensée , personne n’a élevé la voix pour combattre ses opinions.

Dans le chapitre précédent j’ai déjà eu occasion dé prouver que le zèle et le travail soutenu des Anglais avaient porté l’anatomie à un plus haut degré de perfection qu’en France, quoiqu’ils eussent bien moins de facilité pour son étude. Les Français sont d’autant plus blâmables de négliger cette belle partie de la médecine, qu’ils ont prouvé pour une autre science que leur zèle et leur habileté savaient triompher de tous les obstacles. Certainement aucune nation ne peut avoir autant de facilité que l’Angleterre pour l’étude de l’anatomie comparée. Selon toutes les apparences,, la Grande-Bretagne devrait en être la terre classique : ses possessions dans les deux hémisphères, l’activité de son commerce maritime, l’instruction et le zèle de ses nombreux voyageurs , combien de circonstances favorables pour se procurer les animaux de tous les pays ! Néanmoins l’anatomie comparée est en Angleterre bien loin de la perfection qu’elle vient d’acquérir en France, par les travaux des successeurs de Buffon. Quand on a lu les ouvrages de M. Lacepède, quand on a entendu les leçons de M. Cuvier , on est bien excusable de regretter que ces deux sa vans se soient toujours plu à mener de front deux choses qui devraient être incompatibles, alors même qu’on porterait dans les fonctions politiques la supériorité de

talent qu’ils ont développée dans le professoral. Malgré les progrès de cette science , ses applications à la physiologie ne sont pas encore très multipliées. La faculté de médecine ne possède point de chaire d’anatomie comparée; il est vrai qu’à Paris les élèves ont pour y suppléer les cours et les collections du muséum. Si dans, ce magnifique établissement j’ai du blâmer la mesquinerie des préparations conservées dans l’espritde-vin, Je ne puis m’empêcher de faire l’éloge de toutes les autres espèces de collections. Grâces aux soins de M. Cuvier, les galeries d’anatomie et celles d’histoire naturelle peuvent rivaliser^ avec celles de Russel- Street» Tous nos physiologistes sont persuadés des avantages que la science de -l’homme peut retirer de l’anatomie comparée. Telles fonctions sont très obscures chez l’homme et très prononcées dans quelques animaux i tel organe peu prononcé chez lui a chez d’autres un développenaecil qui permet d’étudier ses usages et sa composition. Malgré les services qu’elle a déjà rendus, l’anatonade coniiparée n’est guère plus aimée par les médecins de Paris que par ceux de Montpellier; il n’y en a qu’un petit nombre qui la cpltivent ppur la physiologie, La plupart soutiennent qu’elle ne mérite pas encore le nom dé scicutce; quand Içs faits dont elle se compose seront réunis qn corps de doctrine, alors, disent-^ils^ nous examifieroDs la qi^estion de plus prèsj mais jusque-là nous devons refuser ses services.

V%\V%i\VW\VV\WVV\\‘Ww\\^'^V'VV\W \\'VWV\%'W»i(Vk%%VWl'V\WVVItVW* kVVk«1>v\l«V>VW\«Na‘WV«W

La Pathologie.

La nature de mon ouvrage ne comporte point les détails; en rendant compte de la médecine française, je ne dois pas grossir mon livré de citations et de lieiix communs. Le lecteur ne peut s’attendre à y trouver qu’un énoncé rapide des circonstances principales' dans lesquelles l’enseignement médical diffère en' France de celui des autres pays. Mon but est de signaler partout les avantages et les défauts des institu-^ lions que j’observe, afin d’engager toutes les écoles à ‘ profiter des uns en sachant se garantir des autres. Un long séjour en France est le seul avantage que je puis avoir surun médecin qui, sans y avoir séjourné comme moi, voudrait rendre complète la tâche que j’ai entreprise. En fréquentant les hôpitaux, en suivant les cours , en conversant avec les élèves , les docteurs et les professeurs. J’ai pu me former des opinions sur tous les objets que j’avais à traiter. Parmi les jugemens que j’ai portés, plusieurs sont conformes à l’opinion générale ; mais plus souvent je me suis pet*mis d’émettre la mienne , parce que je ne partageais point celle des autres. Quelques détails sur les personnes (i), des

(i) Eu donnant dç9 détails $ur les personnes qui jouissent d'iwe

( ôo )

vues sur les doctrines accréditées, les circonstances locales et les documens authentiques, capables de répandre sur elles de la lumière et de l’intérêt : voilà les matériaux que ma plume a dû mettre en œuvre. Pour tout le reste, je dois renvoyer à la lecture des livres.

Cependant, comme la pathologie est pour ainsi dire toute la médecine j comme cette branche de l’art vient de subir en France une révolution complète, l’article que je dois lui consacrer ne peut être en harmonie avec les principes développés dans mon préambule. Les changemens amenés par M. Broussais dans la doctrine pathologique ne sont encore connus en Angleterre que d’un petit nombre de médecins. Ce n’est que depuis deux mois seulement qu’un ouvrage périodique a entrepris d’en rendre compte.Pour cela le journal de MM. Hutchinson et Fotherghill s’est borné à traduire l’exposition publiée par un anonyme dans le Journal complémentaire du Dictionnaire des Sciences médicales. L’auteur de cette exposition est trop familiarisé avec les idées de M. Broussais, pour que j’aie la prétention de les analyser mieux que luij

grande réputation , j’ai sacrifié à une curiosité que j’excuse volontiers dans les autres , car je m’en avoue coupable tout le prepiier : j’aime tant de connaître de vue les personnes dont je lis les ouvrages , que je me suis souvent surpris , après une lecture , occupé de me faire un portrait idéal de l’auteur. J’ai appris par expérience qu’il faudrait tout le talent d’un Lavater pour ne point commettre d’erreur dans une synthèse aussi singulière.

( Note de V auteur.

aussi , quoiqu’une longue assiduité aux cours et à lavU site du professeur duVal-de-Gràce me donne, pour analyser son système, une facilité que ne pouvaient avoir MM. Hutchinson et Follierghill , puisqu’ils ont dû se borner à la lecture des livres , j’imiterai leur modestie, et je me bornerai presque toujours à transcrire l’article du Journal complémentaire, sur le mérite duquel je pense comme les journalistes de Londres (i). Seu* lement, je mettrai en note quelques réflexions cri^ tiques.

Toutefois, avant d’en venir là, je crois qu’il est nécessaire de considérer un instant l’état dans lequel M. Broussais trouva la pathologie quand il publia ses nouvelles doctrines.

Trois sectes principales s’étaient élevées sur les débris de toutes les autres : les mécaniciens, les empiriques et les galénistes , occupaient exclusivement le domaine de la médecine. C’est à notre Brown qu’appartient la gloire de les avoir toutes anéanties. A peine ses ouvrages eurent-ils paru, que l’Europe entière s’empressa d’adopter ses idées. En Espagne et en Italie , en Alle- ' magne et en Angleterre , le brownisme guide encore

(i) Memoir executed with so much conciseness , précision

and judgment that we could not hesitate to adopt the reflections therein adduced.... Aud in a manner that we should despair îo he able to excell , were we to proceed further in our own labours. London , médical an physioal journal ^ bj Hutchinson and Fo~ therghill , february y iSig,

laprftticjiæ de tous les médecins. Au milieu de l’invasion générale, la France protesta contre la doctrine du novateur écossais. Ses efforts furent inutiles : et celte fois l’Europe coalisée subjugua la France avec la polémique et l’exemple, comme elle la vainquit dans la suite avec des armes d’une autre espèce.

11 faut pourtant l’avouer : le brownisme ne put jouir paisiblement de sa nouvelle conquête; quelques partisans des anciennes idées formèrent une opposition active; leur parti se grossit de méconlens, et la victoire fut complète au moment ou M. Pinel arbora l’étendard de la révolte.

La vogue dont a joui la Nosographie philoso^^ phique prouve qu’à 1 epoque de sa publication les vues de son auteur étaient les plus sages qu’on pût émettre. Enfant de l’empirisme ralionel et de J’analyse baconienne, la classification de M, Pinel langeait les maladies comme les objets d’histoire naiurelle, c’està-dire d’après leurs caractères extérieurs. Elle fut Iong*lemps regardée en France comme l’ouvrage le plus parfait qui eût encore paru sur la pathologie. Dans les pays étrangers on admira le style de ce livre, malgré des répétitions nombreuses , la manie qu’a l’auteur de parler toujours de lui , ses éternelles plains tes sur les savantes divagations et les prolixes com^ mentaires, ses remontrances sur la nécessité d’appliquer l’analyse à la médecine, et enfin l’abus avec lequel il prodigue à chaque page le mot philosophique ; PP loua les intentions de M. Pinel: mais la manière

dont on accueillit son ouvrage prouve qu’on ^avait senti les vices que l’école de M. Broussais lui reproche aujourd’hui.

(i) L’auteur de VExamen a pour objet d’appliquer la physiologie à la pathologie, et de rapporter à la lésion des organes ou des appareils organiques , toutes les maladies qui peuvent résulter du dérangement des fonctions. Les traits caractéristiques des maladies doivent être, dit-il, puisés dans la physiologie. Formez un tableau aussi vrai qu’animé du malheu- -reux livré aux, angoisses de la douleur; débrouillez par une savante analyse les cris souvent confus des organes souffrans; faites connaître leur influence réciproque; dirigez habilement mon attention vers le douloureux mobile du désordre qui frappe mes sens, afin que j’aille porter avec sécurité le baume consolateur qui doit terminer cette scène déchirante.

M.Bi 'oussais bannit de la théorie médicale toutes les idées d’affections générales, c’est-à-dire ayant leur siège dans toutes les parties de l’organisme. Suivant lui , il n’est aucun agent qui puisse déterminer directement une maladie dans tous les systèmes à Ja foisj

(i) Comme l’auteur anglais a analysé Texposition, il ne s’est pas toujours borné à traduire. Nous avons scrupuleusement rétabli le texte de l’ouvrage français partout où la chose a été possible. Dans tous les autres endroits , nous en avons toujours consulté l’esprit , afin de ne pas altérer les idées de M. Broussais.

( IS'ole du traducteur, )

Paris.

et les symptômes plus ou moins généraux que l’on a pris pour les caractères de ces affections morbides , ne sont autre chose que les effets sympathiques d’une lésion primitivement locale. En continuant l’exposition de ses idées, nous mettrons sous les yeux du lecteur les preuves à l’appui de cette proposition. Il nous suffit de faire observer en ce moment que toutes les parties du corps jouissant à des degrés divers de la sensibilité et de la contractilité , et se trouvant spécialement en rapport avec un certain nombre de corps extérieurs , il est impossible que tous nos organes soient influencés à la fois par aucun d^eux.

Mais il ne suffit pas de connaître la manière d’agir de toutes les parties de l’organisme dans l’é.tat de santé ; d’apprécier avec justesse les influences sympathiques qu’elles exercent les unes sur les autres, et de parvenir enfin à découvrir l’organe malade; il faut encore, dit M. Broussais, déterminer pourquoi il l’est, comment il l’est, et de quelle manière il est possible de faire qu’il ne le soit plus; car c’est en cela que consiste la connaissance de ce qu’on doit entendre par la nature d’une maladie.

Le corps humain n’est pas une masse homogène ; il est composé d’organes nombreux, unis les uns aux autres par trois systèmes organiques qui entrent dans leur composition, et qui établissent entre eux des rapports plus ou moins intimes. Ces systèmes sont le sanguin, le lymphatique et le nerveux. Le premier est remarquable en ce que ses extrémités les plus dé-

liées, c’esl-à-dire les vaisseaux capillaires, ne donnent pas tous passage à la partie rouge du sang : une grande partie de ces capillaires n’admet que des fluides blancs qui servent à composer de nouveaux produits. Les phénomènes morbides présentent de très grandes différences, selon les capillaires qui en sont le siège. M. Broussais désigne l’ensemble des vaisseaux du corps sous le nom de système vasculaire, et les distingue en vaisseaux rouges et vaisseaux blancs : ceux-ci comprennent les radicules lymphatiques, les vaisseaux secréteurs , excréteurs et autres, qui ne sont jamais parcourus par le sang.

Les dernières divisions vasculaires et nerveuses se confondent et s’entrelacent en se perdant dans le tissu de nos organes , et les proportions diverses dans lesquelles elles y existent donnent à ceux-ci des propriétés spéciales. Les parties dans lesquelles les vaisseaux rouges et les nerfs prédominent sont prédis-* posés aux inflammations et aux névroses. Les causes morbides étendent leur action des uns aux autres à cause de leur entrelacement; et quel que soit des deux systèmes celui qui a l’initiative dans les maladies, il associe-bientôt l’autre à son état. Exemple : dans l’hypocondrie le mal commence par les nerfs; mais il s’étend bientôt aux vaisseaux, d’où phlegmasie. Souvent meme l’irritation vasculaire entretient l’irritation nerveuse : et c’est pour guérir celle-ci qu’il faut combattre celle-là.

Puiscjue l’enlrelacemerit des vaisseaux et des nerfs établit dans les divers organes des communications qui constituent les sympathies , il est naturel que M. Broussais en regarde les nerfs comme les agens exclusifs ; mais pour que la sympathie s’exerce entre deux organes , il est^ nécessaire de l’intermédiaire du cerveau, c’est-à-dire que l’ébranlement remonte d’abord le long des nerfs de l’organe primitivement affecté, d’où il est réfléchi dans toute l’étendue de l’arbre sensitif.

Les effets qui résultent de celte communication rapide des impressions varient' suivant les prédispositions individuelles: toujours s’il existe un organe enflammé , il en ressentira particulièrement l’influence; dans les autres cas, les parties le^ plus sensibles seront spécialement affectées. Ainsi chez l’un l’estomac, chez l’autre le poumon, chez un troisième la plèvre , seront le lieu principal des accidens sympathiques que déterminent les irritations. Cependant il pourrait bien ne pas en être de même dans les consensus ^ dont le grand sympathique est le conducteur.

Ici toute la machine serait ébranlée à la fois et directement, et non après le centre cérébral (l).

Après avoir jeté un coup d’œil rapide sur l’ensemble de l’économie vivante, et considéré d’une

(i) Cette théorie explique l’instabilité des relations sympatiques; mais elle renverse toute la séméiotique.

( Noie de V auteur, )

manière générale les rapports qui existent entre scs differentes parties , portons , avec M. Broussais, nos regards sur la manière d’agir des causes morbides.

Notre corps se maintient, dit-il, en s’appropriant ^es substances qu’il peut s^assimiler , et en rejetant celles qui lui sont nuisibles , celles qui ne lui sont que superflues, et celles qui ont déjà été employées. Pour exécuter tous ces actes, il est doué d’une sensibilité^ en vertu de laquelle tout ce qui est mis en contact avec lui détermine des mouvemens dans son organisme ; il a donc besoin d’étre excité ; s’il cesse de l’étre , il languit, s’épuise et périt. Or les agens de cette excitation sont les corps exléiieurs, les fluides renfermés dans les vaisseaux, et l’action meme des organes qui exercent les uns sur les autres une influence réciproque. Ces agens divers, fait observer M. Broussais , peuvent être distingués en ceux qui contiennent des matériaux nutritifs ^ et en ceux qui excitent nos parties sans leur présenter rien qui soit capable d’augmenter la somme de leurs matériaux.

Dans félat de santé , chaque organe jouit de la somme de forces qui est nécessaire à son action^ et recevant des modificateurs de l’économie ( M. Broussais comprend sous cette dénomination l’ensemble des agens excitans ou débiîitans) une stimulation qui n’est ni trop considérable ni trop faible , il influence à son tour le reste dè l’organisme avec une énergie qui est en rapport avec ses besoins. Mais cet équilibre de toutes les forces partielles peut être

rompu 5 et cela parce que les actions exercées sur l’une des parties du corps l’excitent trop ou ne l’excitent pas assez : ce qui constitue l’état morbide (i).

(i) Voilà le dogme fondamental de la pathologie de M. Broussais. Il présente une ressemblance frappante avec celui qui sert de base à la doctrine de Brown, ou, pour mieux , ce n’est autre chose que celui de Brown traduit dans le langage des solidistes. Cependant M. Broussais n’a rien loué dans les ouvrages de notre compatriote , pas même les principes qu’il lui emprunte , et auxquels il doit tout le mérite de sa réforme. Cette conduite est d’autant plus surprenante, que M. Broussais ne s’est pas cru dispensé de s’appuyer de l’autorité des hommes célèbres : ne répètet-il pas chaque jour qne ses découvertes sont dues à la méditation des livres de Bichat? Il y a autre chose que de la modestie dans cette protestation solennelle. Il est bien vrai que Bichat avait recommandé la recherche de l’organe malade j mais nulle part il n’a donné à entendre que les inflammations forment la presque totalité des maladies. Cette vérité nouvelle appartient toute entière à M. Broussais. Cela posé , je reviens au but principal de ma note. Je veux prouver que la nouvelle doctrine découle immédiatement de celle de Brown ; j’observe d’abord une conformité absolue dans les principes pathologiques. Le corps est trop excité ou il ne l’est pas assez , d’où irritation et faiblesse. Brown avait cru que les maladies asthéniques étaient plus fréquentes que les maladies ^sthéniques ; l’observation a conduit M. Broussais à soutenir le contraire. C’est un perfectionnement , mais non pas une différence dans l’application des principes. Quant aux médications locales, qu’on me permette de raisonner un instant la thérapeutique de M. Broussais comme si j’étais brownien perfectionné : les forces sont en plus dans le lieu affecté , donc elles doivent être en moins dans le reste du corps; affaiblissons l’organe malade^ et l’équilibre sera rétabli. Voici comme Brown aurait

Il est évident que jamais l’excitation ne bornera ses effets à la partie qui l’a reçue, à moins qu’elle ne soit

raisonné s’il eût rencontré des irritations locales avec faiblessè générale : les forces sont en plus dans l’organe malade, en moins dans le reste du corps; élevons les forces du corps à l’aide des excitans , au niveau de celles de l’organe malade, et l’équilibre sera rétabli. M. Broussais, qui a découvert la possibilité de l’existence de la faiblesse générale avec une irritation locale, a cherché à rétablir l’équilibre en affaiblissant le lieu affecté , parce que l’expérience prouve que l’affaiblissement local ne diminue pas la masse des forces autant que l’excitation générale augmente l’irritation locale. Le rétablissement de l’équilibre auquel les deux réformateurs attachent tant d’importance prouve donc qu’ils puisent leurs indications à la même source, je veux dire dans l’observation de la masse des forces. Pour Brown, cela est bien évident ; mais au premier aspect ce l’est moins pourM. Broussais; car il emploie les affaiblissemens pour combattre uûe faiblesse générale. Mais prenons-y garde ; cette faiblesse n’est qu'apparente; M. Broussais l’appelerait volontiers oppression des forces. L’action des remèdes tend toujours à se généraliser , et certes l’on a égard à la masse des forces lorsqu’on se dit: faut-il affaiblir ou exciter ? Effectivement c’est-là la question que M. Broussais doit se faire toujours auprès d’un malade; car, à l’exemple de Brown, il ne reconnaît que deux classes de remèdes, les excitans et les affaiblissans. Il rattache à l’un et à l’autre tous les médicamens mentionnés par les autres médecins, comme ayant des propriétés différentes ou intermédiaires. Ceci me paraît démontrer jusqu’à l’évidence la fraternité des systèmes; et si les partisans de M. Broussais voulaient inscrire au bas de sa statue une légende qui caractérisât sa doctrine, ils devraient parodier le fameux opium meherclè non sedat , que l’école d'Edimbourg avait gravé au-dessous du buste de Brown.

( Note de Vau leur. )

très faible; mais ces divers degrés peuvent faire varier les résultats des ti^insmissionsdu reste du corps. La stiniulaiionen est*elie faible et long-tempscontinnéedans un organe important? alors celui-ci , agissant avec un surcroît d’énergie, influence îes autres avec plus de force et en détermine l’action plus vigoureuse : c’est ce que l’on observe dans les premiers temps de l’irritatiou pulmonaire, chez les sujets disposés à la phthisie, chez ceux qui commencent à exercer trop fréquemment leurs organes génitaux, lors de certaines irritations peu considérables de l’estomac, etc. Dans tous ces cas on remarque une activité extraordinaire de toutes les fonctions, un excès de santé qui n’est pour le médecin attentif que le prélude de maladies plus graves; mais lorsque l’excitation est plus consldérable, et surtout qu’elle a son siège dans un organe parenchymateux ou sur une membrane muqueuse, ^ partie abondamment pourvue de vaisseaux sanguins, elle détermine l’exaltation de l’action des autres, parties de l’organisme, et il en résulte ce que l’on nomme Jlèvre inflammatoire. V oici la théorie que M. Broussais donne de cette fièvre: lorsque le froid détermine un refoulement à l’intérieur, des forces vitales et du sang, lequel exalte faciion organique de tous les viscères, et surtout dans l’immense étendue des niem-^ branes muqueuses des voies gastriques et respiratoires, ce refoulement est suivi de fièvre, dont la durée est de douze heures, de vingt-quatre heures, ou de sept à neuf jours, selon le degré d’irritation que la concem

tralîon plus on moins rapide a laissé dans les trois pnri« cipaux viscères. D’après cette théorie on doit s’étonner que M. Broussais appelle cette fièvre simple : car l’excitation sanguine qui la caractérise est alors, comme dans toutes les autres fièvres, le résultat sympathique d’une irritation locale.

La fièvre inflammatoire peut être produite, par l’excitation légère de toute l’étendue des membranes muqueuses; 2° parla présence dans les vaisseaux d’un sang trop stimulant (i) qui en irrite les tuniques internes, et même seulement par l’irritation plus ou moins vive d’organes étrangers au système digestif. L’irritation des membranes muqueuses intestinales est tou-

(i) Nous verrons plus loin que M. Broussais rejette les prétendues altérations des humeurs connues sous le nom de viceé. Cependant il semble partager ici l’opinion générale relativement à l’altération du sang dans la fièvre inflammatoire. Pourquoi n’at-il pas déterminé les qualités chimiques de ce stimulus capable d’irriter les tuniques des vaisseaux sanguins? Pourquoi n’a-l-il pas donné ses idées sur la couenne inflammatoire ? S’il est toujours nécessaire d’un stimulus pour déterminer une irritation , voici un fait qui paraît prouver que M. Broussais a raison de croire à l'altération du sang. Franck a trouvé la tunique interne des artères enflammée et remplie d’ulcérations chez les personnes qui, pendant leur maladie , avaient présenté la ehâleur âcre et mordis cante. Il est vrai que cette chaleur s’observe dans ce que l’on appelait fièvres ataxiques et adynamiques ^ et M. Broussais admet l’irritation de la tunique interne des artères dans la fièvre injlain^ muîoire y où la chaleur est toujours douce et halitueuse.

( Noie de V auteur)^

jours necessaire pour qu’il y ait véritablement fièvre. Cette irritation précède ordinairement, mais non pas toujours , l’établissement de l’irritation dans les systèmes sanguin et cérébral.

Lorsque l’irritation est très violente ,.alor&il se manifeste d’autres phénomènes dans l’économie; la partie malade semble attirer à elle toutes les forces vitales, et laisser les autres organes dans un étal de faiblesse et de langueur que l’on a distingué sous le nom d’adynamie. La facilité avec laquelle ces concentrations peuvent être produites dépend et des parties affectées et de l’organisation des sujets. Ainsi les viscères contenus dans les cavités splaWhniques , et surtout l’estomac et les intestins, y donnent lieu avec une bien plus grande facilité que toutes les autres parties. De même il est certains sujets que des affections jettent dans la prostration la plus profonde, tandis que d’autres offrent, avec des irritations plus considérables, les phénomènes d’une vive réaction.

M. Broussais établit que toutes les fièvres dites es^ sentielles ne sont autre chose que des inflammations gastro-intestinales; que la différence dans l’intensité des symptômes est la cause de toutes les divisions qu’on a faites. Ainsi , au degré le plus léger , l’irritation de la muqueuse gastro-intestinale constitue V embarras gastrique^ tandis que les symptômes les plus alarmans qui ont servi à caractériser la fièvre adynamique, la fièvre ataxique, la fièvre jaune, le typhus, la peste, ne sont rien autre chose que des résultats sympa-

ihiques de l’inflammalion très intense du canal digestif.

L’étiologie de ces fièvres fonde leur traitement sur les deux indications suivantes: i®. diminuer l’irritation des viscères qui en sont le siège; 2^^ rétablir, au moyen des révulsifs, l’équilibre dérangé des mouvemens vitaux. Il satisfait à la première par la diète, les boissons délayantes et acidulées; la saignée générale, si le sujet est très fori; et dan^ les autres cas, par des sangsues appliquées, soit a l’abdomen, soit a l’anus. Ces moyens doivent être continués avec persévérance; et constamment lorsque l’affection est attaquée à son début, et que ' le sujet n’a .pas été soumis à Faction des causes qui aient long-temps surexisté ses organes digestifs, ils suffisent pour vaincre la maladie en peu de jours, et pour décider la convalescence. M. Broussais n’a occasion de remplir la seconde que lorsqu’il a affaire à des sujets déjà très faibles, ou dont la mobilité nerveuse est favorable au déplacement de l’irritation ; ou bien quand les progrès de la phlegmasie ont déterminé des irritations sympathiques dans des organes imporlans. Ainsi, par exemple, si le cerveau paraît violemment irrité, il fait plonger les membres inférieurs dans un demi bain chaud (pendant qu’on applique de la glace sur la tète). A part la révulsion et la dérivation, il y a une troisième méthode de combattre l’irritation : elle consiste a appliquer certains irrilans sur la partie malade. M. Broussais lui accorde très peu de confiance; c’est à elle qu’il rapporte l’emploi des émétiques dans le dé-

but des fièvres. Ce n’est pas, dit-il, quô ce rhoyen ne téussisse quelquefois. Ainsi les vésicatoires, appliqués sur un érysipèle phlegmoneut,en ont souvent arrêté la marche^ les collyres astringens opèrent fréquemment ,Ia guérison des ophtalmies; certainesirrilations de Test omac sont dissipées par l’émétique pa r le vin, etc.; mais toutes les fois que ces moyens ne guérissent pas le mal, ils l’exaspèrent : et les employer de cetle manière, c’est jouer à quitte ou double. »

La médecine de M. Broussais est toujours active cl jamais expectante^ parce qu’il n’attend jamais les prétendus efforts conservateurs de la nature^ et ceux auxquels les médecins donnent le nom de crises. Suivant lui on doit considérer les crises comme le résultat de la cessation de l’irritation des viscères, qui permet le retour de l’action à la périphérie : c’est, ditil, le même phénomène que le réchauffement de la sui^ face du corps dans l’état physiologique, à la suite d’un froid violent, d’une passion vive , ou d’un repos qui a produit un léger frisson : seulement ce mouvement est devenu pathologique par son exaspération. Ce perl’ec* tionnement de la pratique de M. Broussais est une conséquence naturelle de sa découverte des organes affectés dans les fièvres dites essentielles; car aujourd’hui c’étaient les seules maladies dans lesquelles les médecins attendissent Qnc.ove,\Q%Æovls conservateurs* Puisque l’irritation abdominale est la cause des fièvres, pourquoi ne combattrait-on pas directement cette irritation, puisqu’on fait la médecine active toutes les

fois qu’on a à traiter des irritations fixées sur d’autre» organes ? ^

M. Broussais regarde les fièvres rémittentes, intermittentes, larvées, pernicieuses, comme dues à des irritations périodiques des viscères. Voici comme il les traite: Lorsque l’irritation est assez intensepour entretenir la fièvre à un haut degré, mais pas assez pour empêcher le retour des frissons, c’ek-à-dire lorsque la fièvre est rémittente, le premier soin doit être de calmer l’irritation des voies gastriques parla méthode antiphlogistique. Si la périodicité fébrile persiste en laissant des apyrexies, ces cas rentrent dans le suivant. Dans celui-ci l’inter mission complète de l’irritation générale témoigne que celle des viscères éprouve une pareille interruption. La pâleur de lalangue qui représente l’état de la muqueuse gastrique, la décoloration de la peau qui correspond également à celle de cette membrane, nous avertissent que l’irritation qu’elle avait éprouvée dans l’accès s’est changée en un état de langueur et d’asthénie : c’est alors que les siimulans,en y provoquant une excitation artificielle qui se répété à la périphérie (i), préviennent le retour du raouve-

(r) Si les relations sympathiques ne sont pas constantes, qui me répond que la stimulation des viscères provoquera l’excitatiou de la périphérie ? Si elles sont constantes, Texcitation de la périphérie ne provoquera-t-elle pas celle des viscères? Dans Tun et dans l’autre cas les stimulans peuvent déterminer le mouvement centripète des forces vitales au lieu de le prévenir.

( Note ds V auteur )

ment centripète des forces vitales , qui aurait produit un nouvel accès. C’est donc ici le cas d’administrer les stimulans qui; deviennent de vérilables toniques; on doit les donner depuis la cessation complète de l’accès, jusqu’à l’époque probable de son retour. Ces préceptes n’ont besoin que de peu de modification pour les appliquer au traitement des fièvres larvées et des pernicieuses.

Lorsqu’une irritation a existé pendant long-temps dans un organe, les tissus analogues à celui qui souffre sont peu à peu disposés à contracter les mêmes affections. C’èst cette disposition à la répétition des irritations qui constitue pour M. Broussais les dia.thèses qu’on appelle inflammatoires, rhumatismales, cancéreuses, scrofuleuses, etc. Il rejette comme erronée l’admission des altérations humorales, connues sous le nom de 'vices ^ et regardées si long-temps par les pathologistes comme les causes matérielles de ces affectio ns.

La division des hémorragies en actives et passives est inadmissible. La débilité locale ne peut jamais provoquer de congestion partielle, pas plus que la faiblesse ne peut provoquer de mouvement fébrile général. Une irritation doit toujours exister dans le lieu par ou le sang s’écoule. Cette irritation ne diffère de celle qui, produit la phlegmasie, que par rapporta une disposition particulière que les vaisseaux exhalans ont

alors à s’ouvrir (i). Les principes du traitement des irritations s’appliquent aux hémorragies.

Nous avons déjà vu que les irritations étalent la cause de toutes les maladies dans lesquelles on observe l’action exaltée de l’organisme. M. Broussais a démontré que l’on devait attribuer à la même cause le plus gpnd nombre de celles où l’on observe son affaiblissement : en conséquence çe médecin ne balance pas à dire que les affections morbides, dépendantes de l’irritation des organes, sont plus nombreuses et plus fréquentes que celles dont la faiblesse est la cause première. Les maladies directement produites par la débilité doivent être traitées d’après les causes de la diminution des forces vitales. Cette partie de la doctrine de M. Broussais est celle qui ^ est la moins développée dans ses ouvrages.

Si, aux deux grandes classes de maladies dont nous venons d’esquisser l’histoire générale, on ajoute un ordre particulier de lésions que M. Broussais appelle obstacles à la circw/a/io/z , l’altération des humeurs et surtout du sang, qui est la cause du scorbut , et les diverses lésions organiques congénitales que le foetus peut apporter en naissant, on aura l’idée complète de l’ordre que M. Broussais se propose de suivre dans l’étude des affections morbides. ‘

(i) Çecl doaaer£^it à penser que IVI. Broussais admet le spasme dilatatoire de Barthez.

( Note de V auteur.)

Quel quesoitle nombre des maladies décrites par les auteurs, elles doivent toutes se rattacher à ces quatre chefs principaux. En effet les modifications locales ou générales de l’irrritation , par exemple, ne peuvent pas servir à démontrer que les affections qui en dépendent puissent être de nature opposée chez les différons individus. Les variétés d’organisation expliquent l’étonnante diversité de combinaison et de violence que l’on observe dans les symptômes précurseurs ou ca* ractérisiiques des maladies. Elle démontre, de la manière la plus évidente , combien sont arbitraires les coupes que l’on a faites pour séparer les unes des autres les nombreuses espèces d’affections pathologiques. Tous les médecins observateurs ont signalé avec le plus grand soin, dans les histoires qu’ils nous ont transmises, l’âge, le tempérament, les habitudes, etc., des sujets soumis à leur étude. Mais il n’en est aucun, même parmi les plus exacts, qui ait déduit de celte considération les corollaires nombreux et importans qu’elle présentait, pour ainsi dire, à découvert. On s’est borné à quelques considérations générales sur les maladies propres aux âges, aux sexes, etc.; et l’on a ensuite multiplié sans raison les êtres pathologiques ,, alors qu’il ne fallait que distinguer les circonstances variées de l’organisation des malades (i).

(i) Ce n’est pas M. Broussais qui parle ; mais ou peut raisonna-TT blement croire que ceci est écrit sous sa dictée. En reprochant aux médecins d’avoir personnifié des makdies et d’avoir multiplié sans

Voilà (loue la doctrine qui fait tant de bruit depuis la publication de \ Examen ! Avant que ce livre eût paru , Thlstoire des pblegmasies chroniques, les cours de palhogie que faisait M. Broussais, sa pratique au Val-de-Grâce, avaient déjà répandu la plupart de ses idées.

Toutes les fois qu’une révolution s’opère dans les sciences, les personnes dont elle attaque les principes coniinencent par crier à l’erreur , avant d’avoir exa-

raison les êtres pathologiques, il croit avoir simplihé beaucoup l’étude de la médecine et surtout la pratique de cet art. Il ne faut distinguer que les cir constances variées de V organisation du malade. El ce n’est donc rien que cela! Nous avions cru jusqu’ici que c’était la principale difficùlléqui pouvait embarrasser le pratricien. Postérieurement à ses découvertes, n’est-ce pas dans une longue expérience et dans une étude approfondie que M. Broussais a puisé le discernement et la sagacité avec laquelle il apprécie les circonstances dans sa pratique ( Notes de l’auteur, )

Malgré la candeur avec laquelle M. Cross a émis quelques unes de ses opinions , je me défie un peu de son enthousiasme, et je le soupçonne même d’y avoir été amené par un calcul d’amour-propre et d’esprit anti-français. S’il n’en était pas ainsi, comment n’aurait-il pas été frappé d’une contradiction que' je trouve dans son livre ? il a analysé avec la même complaisance , et presque avec les mêmes éloges , et la doctrine de Barthez et le système de M. Broussais- Mais en lisant attentivement ces deux chapitres , on trouvera l’explication d’une pareille conduite. Les Anglais croient avoir compris Barthez bien mieux que nous; ils peuvent nous accuser d’injustice et d’ignorance en vantant un de nos compatriotes. Ils disent que les idées de M. Broussais ne sont qu’une suite de celles de Brown î il est naturel qu’ils les aiment en faveur de leur origine.

( Note du traducteur,^)

Paris.

tinné les motifs à l’appui de rinnovalion. Si les motifs se trouvent fondés, on conteste le mérite de la découverte j on cherche dans les ouvrages déjà connus quelques passages obscurs, quelques inductions équivoques auxquelles on puisse en faire honneur. C’est ce qui arriva lorsque Harvey eut découvert la circulation. Le sort de M. Broussais a été Je meme. Il faut convenir que son système est séduisant, même après un examen approfondi j mais combien n’a-t il pas dû trouver de prosélytes parmi les élèves ? La pratique de M. Broussais prouve qu’il n’est point exclusif, comme des amis imprudens voudraient nous le faire croire. Par malheur, il se confie trop dans le zèle de ses partisans; il leur laisse trop souvent le soin d’interpréter ou de commenter ses opinions. C’est pour le coup que je pourrais dire de son système ce que l’on a tant répété de celui de Brown : il est si commode de devenir médecin en quelques jours ; on est si heureux de pouvoir s’affranchir de l’autorité des grands maîtres de l’art, que si un homme recommandable s’avance et dit : Les médecins qui m’ont précédé étaient tous dans l’erreur ; il n’existe qu’une maladie : voici son remède*... , cet homme ne peut éviter de faire de nombreux prosélytes. Je voudrais que M. Broussais recherchât moins les suffrages des jeunes gens. Peutêtre sont -ils plus persuadés par le style impétueux de ses écrits, le ton fougueux et déclamatoire de ses leçons publiques , que par la solidité de ses raisonne*mens. Si quelque chose devait flatter le réformateur;

si quelque Gircoûstance devait prouver le mérite d© ses doctrines, ce serait la conduite de tous les hom-î" mes à qui le droit de juger est garanti par l’âge et par le talent. Parmi les praticiens de la capitale, parmi tous les professeurs de l’école, «fucun n’a pris la plume pour réfuter les idées de M. Broussais. Ap rèsla vogue qu’elles ont depuis quelques années , ce silence ne peut être du mépris. Certain de la capacité de ses juges; pénétré de l’importance du procès, il a eu raison de dire comme le sauveurde la république: tacent^

clamant \ cùm patiuntur, decernunt.

En al tendant que paraisse un jugement olBciel et définitif, plusieurs professeurs rendent un hommage secret aux idées fondamentales de la nouvelle doctrine. L’un nie les crises et les métastases; l’autre reconnaît les irritations abdominables pour la cause des Jièvres, Quoique cela soit dit dans le courant d’une leçon, l’auditoire n’a pas le temps de signaler le tribut qu’on paie à la réforme, parce que le> nom de M. Broussais n’est jamais prononcé, et qu’avant de glisser l’insinuation , on commence par protester de son attachement à la médecine hippocratique.

Les élèves n’imitent pas leurs professeurs dans l’observation des bienséances: ils sont franchement broussistes, et ne perdent jamais l’occasion de le prouver. Je me souviens qu’à l’ouverture des cours de cette année, le professeur qui prononçait le discours d’usage dit quelques mots contre les prétentions des novateurs modernes. Comme ii désignait asse?: claire-

ment la doctrine de M. Broussais, il s’éleva dans Taniphilhéâtre des irépignemens et des murmures d’improbation qui couvrirent la voix de l’orateur, et l’obligèrent de s’interrompre. I was présent.

Pour faire connaître autant que possible la médecine de Paris, je ne pouvais mieux faire que de consacrer un article particulier aux principaux établissemens ou on la pratique. En parcourant les hôpitaux , ma tâche s’est bornée presque toujours à examiner ce que les médecins pensaient de la nouvéllè doctrine pathologique. Celte considération prouvera à mon lecteur que, dans l’article que je viens de terminer, j’ai réellement donné des généralités, lorsque je semblais m’occuper de détails.

VV\ VVl (VW»' VVVIA VV\WtW\ WIMVWW\VW\V\ WW W^VWWK

L’Hôtel-Dieu.

Si je voulais prouver ici la supériorité de notre chirurgie sur celle des Français , je serais très embarrassé d’après l’idée que je me forme de la véritable chirurgie; car ce ne serait qu’entre les chirurgiens anglais et français du second ordre que je' voudrais établir un parallèle. Quant aux grands opérateurs, ils semblent croire que celui-là seul mérite la palme qui est le plus tétnéraire ; aussi .c^que jour lès journaux nous annoncent-ils un

nouveau tour de force en chirurgie plus fameux que tous ceux qu’on vantait la veille.

M. Park était tout fier d’avoir imaginé qu’il pourrait réunir les deux os^ de la jambe au seul os delà cuisse , et hiire marcher un homme après lui avoir enlevé l’articulation du genou et une moitié du fémur. Voilà M. Astley-Cooper qui lie l’aorte sur un chien, et n’hésite pas à répéter cette opération atroc» sur un homme. L’année dernière, M. Richerand, assisté deM. Dupuytren, pratique la resection des côtes et de la plèvre , et fait prôner pendant vingt-quatre jours son habileté merveilleuse. Le vingt- cinquième, le malade meurt. On se garde bien d’ajouter à l’histoire de l’opération cette particularité , qui est cependant assez importante.

Je suis donc bien loin de croire qu’un bon chirurgien et un grand opérateur soiént des expressions synonymes.

Une autre remarque que je ne puis m’empêcher de consigner ici, c’est que ce sont les chirurgiens qui font à Londres la réputation d’un hôpital , tandis qu’à Paris c’est rhôpilal qui fait la réputation de son chirurgien. Une sorte d’émulation, et de rivalil'é , qui existe entre nos 'maisons de bienfaisance , fait que les administrateurs se piquent d’y attacher les hommes les plus habiles. C’est la place qui chez nous va chercher le talent,* à Paris, c’est le talent qui est obligé ordinairement de courir après la place.

îSi donc les grands hôpita'nx de Pans peuvent tiotlS offrir à leur tête des médecins du premier me* ritéj les hôpitaux de seconde classe risqüeut d’être abandonnés à des hommes médiocres; et ceux-ci, arrivés* là, sont au née plus uUrà de leur réputâtioné Car ils auraièUt beau faire * il est convenu que le chitürgi'en de l’Hôtel-Dieu est inconiéstablement le pretnier homme de sa profession* Il est vrai, que exerçant sur un plus grând théâtre , entouré d’uU grand nombre d’élèves dont quelques Uns lui forment tme véritable clienlelle, il a plus d’occasions de faire briller sa dextérité, et les bouôhés de la rertémniée sont toujours prêtes à proclamer ses succès* Mais aussi, plus exposé à être jugé de près quand il aspire à la première place , il doit être bien sûr d’une su* périorilé réelle* Je n*ai donc point été surpris d’en* tendre nommer M. Düpü)?tren , sUccesseurde M* Pelletan à l’Hotel- Dieu , coUîme le plus grand opé* rateur de la France* Tout en rendant justice à ses rares talens, j’avouerai que j’ai été par fois tenté de croire que MMi Boyer, Dubois, Richerand, Rôüx, etc., sont peut-être ses égaiii* M» Dupuyii’en lui* thème mè paraît être de Cet avis sans qu’il s’en doute* Si sa supériorité était bien établie, serait-^il aussi jaloux qu’on le dît de la gloire de ses collègues? ne les citerait-il pas volontiers ûn peu plus souvent? ne seràil-il pas le premier à accréditer loyalement ce que leurs méthodes d’opérations ont de louable? Pencherait- il, par exemple , si évidemment à préférer

Jans la lithotomie la méthode par Te haut appareiî, plutôt que de convenir avec franchise qu’on ne peut agir plus sûrement que le professeur Boyer, dans sa manière de procéder par l’appareil latéral ?

Comme profésseur, M. Dupuylren peut prétendre à juste titre à la prééminerice. J’ai admiré sa facilité à s’exprimer dans ses conférencès cFiniques; mais n’est-il pas souvent un peu verbeux î O ne manque jamais de rendre un compte exact des malades dignes de fixer ratténtion des Jeunes gens ; et quand la mort survient , il complète l’histoire de la maladie par l’autopsie cadavérique. Cependant j’ai entendu murmurer plus d’une fois que les rapports qui en étaient écrits et rédigés par son ordre savaient taire au besoin ce qui pourrait donner un [démenti * au pronostic du professeur. Je puis être sans m’eri douter, dans le coure de cet ouvrage, l’écho des riva- Ktés particulières; chaque professeur de Paris a ses prôneurs et ses détracteurs, et la discorde règne habituellement dans la grave assemblée des ebefs de la faculté. C’est avec un Juste orgueil national que Je citerai aux médecins français la confraternité de nos maîtres de Londres', qui savent se rendre Justice mutuellement , et , faisant abnégation de tout amour-propre jaloux , ne se disputent jamais la part de gloire (i) qui revient de droit à chacun.

(i) Bien que noire projet ne soit pas de réfuter en notes les diverses imputations injurieuses de notre auteur, ce que chaque

^ Si un vaste hôpital peuplé de malades est la ^ meilleure école de chirurgie, il faut avouer que nous n’avons point en Angleterre d’établissement à com- : parer à rHôtel-Dieu, pour le nombre des salles et des lits. Notre hôpital de Saint-Thomas ne contient que quatre cent soixante lits , et c’est celui qui en contienne le plus. Avant la révolution , rHôiel‘-Dieu ^pouvait recevoir jusqu’à cinq mille malades. On a sagement réduit ce nombre à deux mille à peu près.

lecteur pourra faire selon ses propres sentimens, nous ne pouvons nous empêcher de déclarer ici que nous ne croyons pas aisément que les professeurs de Londres soient meilleurs amis entre eux que les professeurs français , quoique M. Roux , dans son voyage chirurgical en Angleterre, veuille aussi nous l’assurer. Abonnés aux journaux de médecine ^anglais , nous nous apercevons qu’ils sont souvent J comme les nôtres, des champs de bataille pour ceux dont les opinions ne concordent pas. Mais nous ne voyons pas dans les nôtres qu’un chirurgien, s’y soit jamais plaint qu’un de ses confrères ait eu l’impudence de le troubler dans une opération importante par ses croassemens ,* l’expression est littérale , côinnie on en va juger par notre citation de Charles Bell , qui parle en ces termes de la manière indécente dont M* Latta assista à une de ses opérations.

« The first time I operated , there was a gentleman Behind me , M. Latia, the same who published a system of surgery. His voîce was like the croah of a Raven , and could not be lowered to; a whisper, etc. etc. »

Nos professeurs se querellent plus poliment ou se battent â l’épée on au pistolet , les médecins anglais croassent et s« boxent x chaque peuple a «es usages.

( Note du traducteur. )

Je n’examinerai point si les hôpitaux de inédiocr'e étendue, comme les nôtres, ne sont pas préférables sous tous les rapports. Nous aurions pour nous l’opinion d’un médecin philantrope, Cabanis j mais ce qui est bien ridicule en Angleterre, ce sont les préjugés qui nous empêchent d’adopter le classement des malades dans les salles, d’après la méthode française. Jusques à quand persisterons-nous à ne pas assigner, pour les maladies internes ou externes, des salles séparées? Nous qui distinguons encore le chirurgien du médecin , pouvons-nous . ne pas reconnaître l’utilité de cette classification - naturelle des malades dans les hôpitaux ?

A peine le médecin a-t-il fini sa visite, que le chirurgien vient faire la sienne ; les malades sont tourmentés par la foule des élèves, et les salles ne désemplissent pas.

Nous prétendons aussi en Angleterre que l’heure la plus propice pour la visite est l’heure de midi. Selon nous, le matin étant le moment ou les malades, fatigués souvent d’une mauvaise nuit, goûtent un peu de repos, il serait cruel de le troubler. Les médecins français objecteront sans doute que les exacerbations des paroxysmes dans presque toutes les affections pathologiques ayant lieu en effet pendant la nuit, c’est justement le matin qu’il faut arriver au lit du malade pour mieux juger de son état* Il est bien diffiçile de rien établir de positif

§ur une pareille question. Telle maladie exige d’étre observée le matin, telle autre a midi; et il en est qu’il serait pins convenable et plus médical d’étudier le soir. Je crois que le médecin qui voit le plus souvent ses nisalades esf celui qui suit la meilleure méthode. Je nliésite donc pas à me déclarer pour les médecins français. Les nôtres ne se piquent pas de la même exactitude dans les hôpitaux; à peine s’ils viennent régulièrement trois fois la semaine dans leurs salles , comme l’exige l’administralion. Les seconds d’un médecin ou d’un chirurgien en chef de Londres suppléent un peu trop souvent ceux qui retirent les émoluraetis de la première placer

j’entends par ëmoluTÛôns'iéi rétributions que paient à nos médecii:>s les élèves qui désirent suivre leur clinique : car nos hôpitaux ne leur donnent pas comme en France des appoiniemens fixes.

On ne peut nier qu’en général les hôpitaux de Paris né soient bien administrés; quand on compare surtout rHôtel-Dieu d’avant la révolution à l’Hôlel- Dieu d’aujourd’hui , on apprécie tous les ava^ages d’une bienfaisance éclairée. On comptait jadis jusqu’à huit malades dans un même lit, et souvent deux ou trois de CCS malheureux avaient déjà cessé de vivre, Vérir table réceptacle de toutes les douleurs, aucun hôpitîd pe réalisait mieux la peinture énergique que trace à l’ange Adam Michel , d’ur» de ces rendez-vous des niisères humaines, pour lui représenter les différentes

formes sons lesquelles la mort viendra s’offrir à sa triste postérité (i)*

(i). . . Iminediattely a place Beforeliis eyes appeared, sad, noisom^ dark^

A lazar^house it seem*d ; wherein were laid '

Numbers of ail diseases maladies ^ î ,.r'

Of gastly spasm > or rackiiig torture , qualras Ofheart sick agouy , ail feverous kiuds ,

Convulsions J epilepsies, fierce catarrhs, * '

Intestin stone , and ulcerj cholic-pàngs, - ^ ^ ^

Dœmoniac phrenzy, moping melancboly ; , . .

And moon^struck raadness , pining atrophy ,

Marasinus and wide-wasting pestilence ,

Dropsies, and , astbmas and joint-racking rheums<

Dire was the tossing j deep the groaiis ; despair

Tended the sick büsiest from oouch to coücli t . .

And oyer them triomphant death bis dart

Shook , but delay’d to strike ^ thougb oft invok’d

With vovrs , as their chief good and final hopes.

Sight so deform what heart of rock could long Dry-eyed behold ? Adam could not and wept ,

Thougb not of woman born , compassion quelfd His best of inan ) and gave him up to tears A space^ till Armer thougbts restrain’d excess >

And searce recoveriiig words bis plaint rcnev^’d.

( Farad, lost^ èook. ) \

Aussitôt les yeux d^Adam découvrent un vaste édifice aax talles obscures et infectes , comme celles qui servaient d’asyle «ux lépreuxi Des malheureux atteints de toutes les maladies y iont entassés ; on y voit les spasmes convulsifs , et les douloureuse» défaillances de Tagonie ; les fièvres brûlantes, Tépilepsie aux yeux hagards, la toux pénible, des catbarres, la pierre cruelle, les ttkères livides , les colique» déchirantes, la frénésie furieuse , la

Aujourd'hui le nombre des lits est réduit pour chaque salle de l’Hôlel-Dieu d’après les dimensions combinées de sa largeur et de sa longueur; une active surveillance entretient l’ordre et la discipline , et ne laisse rien à désirer pour la propreté et la salubrité générale.

Avant de parler de la visite des médecins, je dois dire quelques mots des élèves qui font le service de l’hôpital.

Les élèves externes sont choisis annuellement par les médecins et chirurgiens, après avoir subi des examens, et répondu par écrit à certaines questions qui leur sont proposées. Le droit de faire des pansemens ne se paie pas comme à Londres; le nombre des externes n’est pas limité. Lorsque je fus a l’Hôtel-Dieu pour la première fois, ils étaient plus de cent. Ils ont donc si peu

mélancolie au front rêveur , la folie aux yeux égarés , l’atrophie insensible et mourante , le marasme , l’hydropisie , l’asthme suffocant, le rhumatisme et ses nodosités, et la peste enfin étendant en tous lieux ses ravages. Partout retentissent de cruels géraissemens , partout la douleur porte ses coups. Le désespoir erre de lit en lit , et la mort triomphante plane sur tous ces infortunés en agitant son glaive homicide; elle tarde encore à frapper, sourde aux cris de ceux qui l’invoquent eomme leur unique bien , leur dernière espérance. '

A cette scène d’horreur quel cœur de rocher eût pu retenir ses larmes ? Adam laissa échapper les siennes. Quoiqu’il n’eût pas été conçu dans le sein d’une femme; la pitié Pempbrta sur la dignité de l’homme ; il pleura jusqu’à ce que , reprenant de .plus fortes pensées, il recouvra avec peine la parole.

de chose à faire , que ces places ne sont guère impor- I tantes ni avantageuses, si ce n’est qu’elles obligent ceux qui les occupent à l’assiduité auprès du professeur, et ! leur donnent le droit d’aspirer un jour à des emplois plus élevés dans les hospices.

I Les élèves internes peuvent être comparés à nos house- surgeons^ Ils sont élus parmi ceux des externes qui ont donné pendant deux ans des preuves de zèle 1 et de capacité.

^ Les élèves internes sont destinés au service de tous I les hôpitaux inditféremment. Leur nombre est borné; il

I y en a vingt à-peu-près pour l’Hôtel-Dieu : ils y ont “ leurs chambres, y sont nourris, et reçoivent en outre un salaire d’environ vingt guinées chacun. On trouve J toujours un de ces messieurs dans la salle de garde pour ♦ être présent à la réception des malades a rrivans, et por- |j ter secours au besoin , s’il survient quelque accident.

\ Il n’y a que les élèves internes et externes dont l’éducation médicale soit surveillée, et qui puissent prendre une part active dans la pratique des hôpitaux; tous les autres étudians ne sont que simples spectateurs:

; mais tous, sans aucune rétribution, sans carte d’entrée, sans cérémonie préalable, peuvent s’introduire à I toute heure du jour dans les salles pour suivre les vi- I sites, assister aux opérations, et examiner par euxi mêmes l’état de tous les malades, j II ne m’est guère possible de décrire la discipline "! des hôpitaux français - sans dire en même temps quelque chose de ceux de Londres. A Paris , aucune des

places (lu service des malades ne s’achète ; elles sont toutes données à ceux qui'prouvent leurs progrès dans l’étude. Les élèves externes, qui lïe font qu’appliquer les plus simples pansemens, ne sont admis qu’après un examen qui atteste qu’ils ont profité de l’entrée gratuite des salles de clinique; et ce n’est qu’après une espèce de noviciat comme externes, qu’ils peuvent as^ pirer aux grades d’élèves internes.

D’après le mode d’administration de nos hôpitaux en Angleterre, un système semblable ne serait guère propre à être adopté sans modification. Mais ne pourrions-nous pas du moins introduire certaines améliorations? Pourquoi un jeune homme qui veut acheter le di oit de faire des pansemens l’obticndrail^il sans passer par des épreuves nécessaires? J’ai connu un de nos internes qui, arrivant de son village , ne savait de la médecine que ce que peut en apprendre dans quinze jours la manipulation du pilon et du mortier. Il ne laissa pas d’être admis pour son argent dans un des premiers hôpitaux de Londres, où le sort lui adressa, pour son début, une plaie à la tête, l’appareil d’une fracture, et l’examen d’une hernie étranglée.

Quelque maladie qui lui fût confiée lorsqu’il était de service , il la suivait lui seul sans scrupule; et je l’ai vu répéter journellement l’introduction d’une bougie dans un canal de l’urètre , affecté de rétrécissement et d’inflammation. Ne rougissons pas de convenir, avec les médecins français, que l’office d’interne dans un h(>pilal n’esl pas sans importance, et qu’on ne

devrait le conférer qu’à ceux qui oui au moins suivi un cours d’anatomie, et assisté quelque temps aux visites d’un praticien.

C’est le malin à six heures, meme dans le plus fort de riiiver, que M. Dupu}U:ren commence sa visite. Il la fait toujours sans précipitalion, écoutant attentivement les plaintes des malades et les rapports des infirmiers, et ne la termine guère qu*à neuf heures, pour se rendre dans l’amphithéâtre des leçons cliniques.

Les leçons cliniques des hôpitaux de Paris les rendent bien supérieurs à ceux de Londres, pour l’enseignement. Les professeurs français dirigent l’attention des étudians sur les cas imporlans et individuels; ils expliquent toujours le motif qui leur a fait adopter tel traitement plutôt que tel autre, et, en un mol, ne laissent rien échapper de ce qui peut être utile dans la pratique.

M. Dupuylren, digne successeur de tous les grands chirurgiens qui l’ont précédé à l’Hôtel -Dieu, est le professeur le plus suivi de Paris. Rien ne peut lasser soa zèle et son exactitude ; les élèves internes et externes, rangés autour de lui, lui rendent compte des malades dont ils sont chargés, et l’assistent dans les opérations et lesautopsies. L’entrée libre de l’Hôiel^Dieu accordée à tous les étudians , la .réputation méritée du professeur, la préférence qu’obtient généralement aujourd’hui la chirurgie sur la pratique médicale, tout contribue à attirer dans les salles une foule de jeunes gens dont la plupart, par, malheur , voulant tout voir à

la fois pour ne profiler de rien, troublent ceux qui désireraient s’instruire avec ordre et méthode (i). Les opérations se font souvent sans trop de cérémonie , et même sans transporter le malade dans l’amphithéâtre. Mais toutes les fois que M. Dupuytren peut concilier le bien-être du malade avec l’instruction des élèves, il a soin de prévenir la veille, et d’exposer à tous les regards son adresse à opérer; des applaudis-*semens unanimes lui témoignent souvent l’admiration qu’excitent presque tous ses habiles procédés (2) .

(1) Pour remédier à cet inconvénient. Ton a, depuis quelque* mois, fait distribuer des cartes qu’il est nécessaire de représenter chaque jour au concierge de l’Hotel-Dieu pour y être admis. Cette mesure est insignifiante si la distribution des cartes s’est faite sans distinction ; elle serait arbitraire si des privilégiés avaient seuls pu en avoir. Que dire d’une autre mesure que l’on a regardée comme le complément de la première? Il est défendu à tout clinicien d’interroger ou d’observer un malade, tant que le professeur n’est pas arrivé à son lit ; ce n’est qu’à ce seul moment qu’on a le droit de s’en approcher-^' Le plus souvent le corps du professeur cache plus qu’à moitié son malade ; et sur une centaine d’élèves qui forment un groupe compact autour de lui, si quelques uns peuvent profiter de ses observations, ce ne sera sans doute que ceux qui , plus familiers avec les exercices du gymnase qu’avec les études de la faculté, sauront gagner les premières places à la course ou grimper lestement sur les épaules de leurs voisins.

( lYote du traducteur. )

(2) M. Dupuytren est sans doute l’un des professeurs dont le/ètshionable rykispering^ le plus choqué l’auteur. C’était probablement à lui, qu’il pensait , lorsqu’au chapitre UI il se promettait de

On ne peut qu’approuver les excelleris principes des chirurgiens français sur la hernie étranglée. Ils ne s’a-

Llanier quelques orateurs qui ménagent leurs poumons au point de ne pas être entendus par le quart de leur auditoire. Néanmoins M. Cross a oublié sa promesse ; et puisque j’ai du réparer ses oublis , je demande la permission de dire quelques mots sur certaines habitudes du chirurgien en chef de l’Hoiel-Dieu. M. Dupuytren a en médecine quelques idées assez singulières ; mais celles qu’il a en politesse ou en étiquette sont beaucoup plus singulières encore. Dans les leçons qu’il fait à l’Ecole de Médecine comme dans ses conférences de i’Hotel-Dieu , pendant qu’il débite à voix basse et avec une incroyable volubilité des paroles que l’on a beaucoup de peine à entendre, il est toujours assis sur sa chaise à la manière de madame de Staël , c’est-à-dire qu’il tourne le dos aux personnes qui l’écoutent. Jaloux de ses prérogatives de maître, il avait long-temps tenu rigueur contre l’insubordination des élèves : l’hiver dernier , pendant que le thermomètre était à i6 au-dessous de zéro , M. Dupuytrea s’éloignant du lit d’ua malade s’aperçut que, parmi les cniiiciens qui l’entouraient, l’un d’eux avait son chapeau sur la tête : il s’arrête devant lui en le regardant fixement, etd’uncoup demain il iuienvoie son chapeau à dix pas. L’inconnu, sans être étourdi par une telle vivacité , considère phlegmatiquement le professeur, qui était couvert , et lui fait subir la loi du talion. Toute U scène se passa en pantomime; la surprise ou la satisfaction avait rendu muets les deux champions; tous deux se hâtèrent d’aller ramasser leurs coiffures , et ils se saluèrent poliment avant de se séparer. L’on dit pourtant que le prolesseur en garda rancune , et qu’il chercha à connaître l’audacieux pour le punir par une queue. Par malheur il n’était plus sujet à la terrible épreuve ; il était docteur d’une autre facùlté. Depuis cette époque M.Dupuytren aeula précaution de ne jamais garder son chapeau. Il a pensé sagement que , pour avoir le droit d’enseigner la politesse aux autres^il fallait commencer par prêcher d’exemple,

( Note du Ira lucteur, )

Paris.

Tnnsent pas à droguer les malades et à relarder l’operation jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de chances de succès en la pratiquant. La hernie étranglée peut être divisée en chronique et en aiguë, comme toutes les maladies dans lesquelles le danger et la difficulté du traitement sont estimés suivant les progrès lents ou rapides de l’inflammation locale; mais, bien qu’il soitiici préférable d’agir plus tôt que plus lard, le chirurgien trop pressé d’opérer se prépare des regrets. Les hommes de notre art sont en général trop exclusifs et trop amis des extrêmes. C^est à leurs yeux une méthode trop simple que le taxis pour réduire une hernie étranglée.

Il n’y a pas long-temps qu’après l’opération delà hernie, les chirurgiens de France ne cherchaient que bien rarement à réunir les lèvres de la plaie première intention. Les communications entre les deux nations avaient été si difficiles pendant vingt ans d’une guerre continuelle, que de grands obstacles s’étaient opposés à l’importation des choses utiles d’un royaume à l’autre.

Les chirurgiens de Paris, qui sont venus à Londres dans ces derniers temps, n’ont rapporté chez eux qu’une bien faible partie de ce qu’il y a de meilleur dans la chirurgie anglaise : le traitement des malades avant et après les opérations , la cure des affections locales par des moyens constitutionnels , l’art d’apaiser l’inflammation en diminuant la chaleur de l’organe, et l’usage de l’emplâtre agglutinalif pour les ulcères, les plaies récentes et les plaies à bourgeons charnus.

Les chirurgiens d’hôpital sont particulièrement in-

térjessés à procurer l’immédiate réunion après une opération, puisque c’est un moyen de diminuer les chances de la gangrène hôpital. Aussi a-t-on vu cette maladie se déclarer à l’Hotel- Dieu lorsque, par les suites Ae l’invasion de l’Europe en France, le nombre des malad es y fut porté au double.

Les chirurgiens français comptent peu sur les moyens internes pour arrêter les progrès de la gangrène. Ils prétendent qu’ils sont pour le moins insuffisans, si toutefois ils sont efficaces. Je rendais raison à M. Dupuytren de la pratique et des opinions de nos chirurgiens à ce sujet ; il me répéta pour toute réponse que, quant à lui, il n’espérait rien ou bien peu de chose des remèdes internes, et ne croyait qu’à la vertu des applications locales.

La même assertion se trouve dans l’ouvrage de M. Delpech, qui admet pourtant que la gangrène d’hôpital est une maladie constitutionnelle et contagieuse: ce qui me semble contradictoire (i). L’expérience cependant mérite d’être écoutée; et les Français Ont eu de fréquentes occasions d’observer cette maladie, tant dans leurs hôpitaux civils que dans leurs hôpitaux militaires.

Les acides végétaux et minéraux délayés sont les

(i) Mémoire sur la complication des plaies et ulcères, connue sous le nom de pourriture d’hôpital j par Joseph Delpech, professeur de la faculté de Montpellier. Paris, i8i5.

applications locales eiDployées dans les cas peu intenses. J’ai vu aussi M. Pellelan à Paris et M. Fages a Montpellier arrêter les progrès du mal par la poudre de charbon ; mais le cautère actuel est le seul moyen qui ait été d’une efficacité reconnue dans la pourriture d’iiôpilal bien caractérisée. Le fer est appliqué tout rouge 5 de manièi e à produire une escarre sur tous les points ulcérés de la plaie.

Le cautère actuel cause des douleurs insupportables ; et il y a quelque chose de si barbare dans son usage, qii’il est à présumer qu’un chirurgien ne se décidera à y avoir recours que pour sauver la vie ou pour améliorer évidemment l’étal d’un malade. Ce n’est pourtant pas dans la seule pourriuire d’hôpital que les Français s’arment de ce terrible remède.

L’art d’appliquer le feu méthodiquement a paru digne, à un professeur de Paris, d’être l’objet d’une doctrine et d’une règle fixe. M. Percy est celui à qui la chirurgie doit la pyrotechnie ou l’art d’appliquer le feu , etc. Le succès de cet ouvrage était garanti par le nom de son auteur, qui réunit les trésors de Pérudition la plus vaste à une expérience consommée, acquise au milieu des camps et des champs de bataille.

Nous avons déjà vu que la visite et les leçons de M. Dupuytren attirent plus d’élèves qne les salles de médecine et les conférences des médecins de l’Hôtel- Dieu. Je crois que j e pourrai trou ver les véritables motifs de cette préférence. L’on sait avec quelle sagacité les assemblées nombreuses jugent toujours les personnes

et les choses. Cette observation est d’une vérité éternelle, mais elle souffre quelques modifications quanti on l’applique a l’auditoire des cours académiques. En effet, dans un théâtre, autour d’une tribune, la poésie ou l’éloquence parle à tous les spectateurs^ parce qu’elle s’adresse aux senlimens^ I.e langage des sciences ne peut être compris que par les adeptes, et dans leur enseignement il s’agit moins de peisuader que de convaincre. Obligé de s’interdire l’action , la chaleur et les mouvemens oratoii es, que resterait-il au professeur pour agir sur la multitude? H y a donc quelques connaissances préliminaires qui sont indispensables à tous les auditeurs d’un cours acadéaiivque : à cela près ils jugent d’instinct tout comme les assemblées populaires. Questionnez plusieurs élèves: demandez-Ieur pourquoi les cours d’un tel professeur sont suivis avec tant de zèle, au lieu que la salle est toujours déserte quand tel autre fait les leçons? Quelques uns répondront qu’ils s’instruisent mieux en écoutant celui qu’ils préfèrent; mais la plupart vous diront que ce professeur leur plaît mieux que l’autre. Pour moi , }’ai une telle confiance dans ces sortes de jugC7 mens, que si l’on pouvait dresser des tables journalières constatant le nombre des élèves qui assistent à chaque cours, au bout de quekjiies années l’on trouverait exprimé par des chiffres le rang que chaque maître devrait occuper dans un tableau où on les rangerait tons d’après leur talent comme professeurs. Toutefois ce calcul serait entravé par la difficulté d’ap-

précier exactement tontes les circonstances capables de faire varier le nombre des auditeurs. A fHôtel- Dieu les circonstances sont sensiblement égales pour les leçons cliniques de médecine et de chirurgie: elles se font aux mêmes heures et dans le même lieu; les causes de la préférence doivent donc être toutes cherchées dans le mérite rrspectif des professeurs. 11 faut en convenir: l’Hôtel -Dieu ne possède aucun médecin qui ait dans sa partie la supériorité qu’a M.Diipuytren dans la sienne. Cette vérité est parle fait démontrée depuis long-temps; et, si j’ose l’exprimer aujourd’hui, !a théorie que je viens de développer me garantit du soupçon de légèreté. Qu’on ne vienne pas me dire que l’assiduité des élèves aux leçons et à la visite de M. Dnpuytren est une conséquence de la prédilection qu’on a dans la capitale pour la chirurgie à l’exclusion de la médecine ; j^ajouterais a mes preuves en citant l’exemple de la Charité j où l’on observe une préférence conU'aire.

Parmi les neuf docteurs qui portent le titre de médecins de l’Hôtel-Dieu , quatre seulement font leurs visites dans les salles de la clinique interne. Le temps de leur ser vice revient une fois par an et dure trois mois pour chacun. Désireux de connaître tous les hôpitaux de Paris, je n’ai pu fréquenter l’Hôtel-Dieu assez long temps pour voir se succéder tous les professeurs de clinique. Cependant, si je dois en croire l’opinion générale^ j’ai peu à regretter de ne pas avoir suivi celle de M. Asselin. On m’a dit que ce professeur

ne faisait jamais de leçon, et meme que sa visite était peu profitable pour les élèves , parce qu'^il ne s’arrêtait pas un seul instant pour leur dire quelques mots de la maladie, ou leur expliquer les motifs du traitement qu’il ordonnait. Pour les trois autres professeurs, je ne serai point Técho delà renommée; je raconterai ce que j’ai vu ; et si je me trompe comme elle, je serai du moins excusable, puisque je ne joindrai pas la malice à l’erreur. ,

M. Récamier me semble avoir trop d’imagination pour un médecin, L’extrême vivacité de son esprit se montre dans toutes ses actions. En faisant sa visite, je l’ai vu quelquefois interrompre l’examen d’un ma* lade, revenir à un autre auprès duquel il ne s’était d’abord arrêté qu’un instant; entamer une dissertation à propos de quelque particularité qu’il avait négligée d’observer; élever graduellement la voix en discutant quel(|ues points de doctrine; enfin , par la fougue et la chaleur de son débit, convertir en arène polémique le séjour du silence et de la douleur.

Le dernier ouvrage de M. Broussais était à peine publié, que M. Récamier devint le plus zélé de ses partisans. Dans l’enthousiasme de son admiration , rien ne pouvait exprimer, selon lui, la reconnaissance que la médecine devait au réformateur. Après l’avoir prôné hautement, le meilleur tribut qu’il pouvait lui payer était d’appliquer ses préceptes dans l’exercice de son art. Certes si M. Récamier n’eût imité de M. Broussais que la sagacité avec Ia(îuelleilfaitl’appli*

cation de sa doctrine au lit du malade, il se serait épargné d’apprendre par expérience que dans toutes les révolutions la raison abandonne le drapeau des partis , quoiqu’elle en eût d’abord dicté la devise. En adoptant d’une manière exclusive un traitement débilitant, M. Récarnier ne considéra pas assez combien les malades de l’Hoiel-Dieu diffèrent de ceux du Val-de-Grâce. Dans riiôpilal militaire il n’y a que des adultes endurcis par le métier des armes; dans J’hôpital civil ce sont des femmes, des vieillards, ou des hommes affaiblis par la misère. et le séjour d’une ville immense. Traiter tous ces malades par des émissions sanguines et des boissons mucilagineuses, c’était se préparer des regrets; et maintenant il y a de l’injustice à accuser la nouvelle doctrine des inconvéniens qu’elle n’a jamais causés quand elle a été bien comprise.

Outre la percussion d’après la méthode d’Avrenbriiggeiq M. Piécamier se sert, pou r explorer la poitrine, d’un instrument que les Français appellent le cornet acoustique de Laennec. Tout le monde connaît cet instrument en Angleterre, et nous savons bien que s’il fallait le désigner par le nom de son inventeur, il ne porterait pas celui d’un médecin français.

M. Récamier parle avec facilité; son inslruciion médicale est profonde, mais ses leçons manquent d’ordre et de méthode. La matière en est trop variée , parce que les idées se succèdent dans sa tête avec une rapidité étonnante. Son esprit ardent l’entraîne dans des divagations et jlans des discussions oiseuses.

I.a nature aime les contrastes : le hasard a bien imité la nature en réunissant deux hommes de caracr 1ère si opposé. Autant M. Récamler est vif et fougueux , autant M. Husson est froid et méthodique. A la place du ton tranchant du premier, nous trouvons une hésitation perpétuelle. Ce n’est pas la sage neutralité, l’attente observatrice du doute philosophique, c’est l’indécision de la timidité. Avec ce caractère on voit déjà que M. Husson n’élevera jamais la voix. S’il fait observer quelque chose au lit du malade, il ne le donnera que sous forme d’insinuation. Le traitement qu’il prescrit annonce dans ses idées pathologiques une fluctuation et un vague bien manifeste. D’un lit à l’autre, et même dans l’espace de temps nécessaire pour formuler une prescription, il s’est opéré quelque changement dans ses opinions sur la maladie qu’il observe. Il vient de prescrire des antiphlogistiques à ce malade; celui d’après sera traité par les excitans: un peu plus loin il combinera les deux méthodes. En suivant sa pratique je louai d’abord celte sagesse apparente, et je me félicitais de trouver un médecin qui ne fût pas exclusif; mais les conférences deM. Husson, et une observation attentive des malades que je lui voyais soigner, me firent bientôt changer d’opinion sur son compte. Nous avons déjà vu combien la doctrine de M. Broussais était généralement répandue; ce géant est partout : et si chaque écrivain , chaque professeur ne s’humilie pas devant lui, il se croit du moins obligé de rompre quelques lances contre son armure. En

écoulant M. Husson, on peut se convaincre qu’il a toujours le géant devant les yeux: il le craint, mais il n’ose le combaitre ni lui faire hommage.

M. Petit fait jamais de leçons dans la salle destinée aux conférences. En revanche il met un zèle et une complaisance extrême à faire remarquer aux élèves tout ce que les malades peuvent présenter d’intéressant. Il écoule leurs idées sur la maladie, et leur communique les vsiennes. La doctrine de M. Broussais est l’objet éiernel de ses conversations; presque tonies celles que j’ai enlendues pouvaient se réduire a ceci : Est- elle ou n’est-ellc pas applicable dans le cas qui nous occupe ? Ce respect pour les opinions nouvelles est une grande preuve de bonne foi. On le croira sans peine quand on saura que M. Petit est l’auteur d’un ouvrage intitulé : Essai sur la fièvre entéro-niésentérique. M. Broussais a tourné au profit de sa doctrine les observations faites par M. Petit; et dans son Examen il a établi que les irritations abdominales étaient la cause de ce que celui-ci appelait une fièvre nouvelle. Excepté la désignation du siège du mal, il a tout critiqué dans l’ouvrage qu’il analvsait : la théorie et le traitement. M. Petit a su se garantir des conseils de l’amourpropre offensé. Malgré tout le mal que M. Broussais a dit de son livre, il ne s’est pas obstiné à fermer les veux sur les découvertes de l’auteur des phlegmasies chroniques. ÎNéanmoins sa conversion aux idées nouvelles est bien loin d’être complète. Quoiqu’il fasse un usage fréquent du julep béchique; quoiqu’il mette

quelquefois en usage les émissions sanguines, la diète et les adoucissans, il n’a pas cessé d’explorer l’abdomen des malades pour y chercher des fièvres entéro-mésenlériques: on sait quel remède il leur oppose. D’ail* leurs je ne lui ai jamais vu employer un traitement antiphlogistique pur ; il était toujours mêlé de quelque médication excitante. Les demi-mesures , la combinaison des moyens contraires, sont peu favorables au salut des malades, et doivent perpétuer les incertitudes sur la nature des maladies.

La Charité.

C’est dans cet hôpital consacré au cours de clinique interne, que de nombreux élèves se sont formés jadis sous le professeur Corvisart : ses leçons sur les maladies organiques du cœur et des gros vaisseaux , aussi bien que ses ouvrages riches d’une collection curieuse de faits, ont éclairé ce point de la science encore obscur jusqu’à lui. C’est à M. Corvisart qu’est due la traduction du traité d’Avenbr ugger sur la percussion de la poitrine, méthode dont le traducteur a tiré les plus heureux résultats pour perfectionner le diagnostic des affections de la cavité thorachique. Aussi la percussion de la poitrine n’est-elîe jamais oubliée depuis lui dans la pratique des hôpitaux français. M. Corvisart, grand partisan de la médecine d’observa-

tion, conseillait aussi de ne regardercomme la véritable physiologie que la physiologie pathologique, toujours en garde contre les trop faciles inductions par analogie , et non cette physiologie systématique qui suppose souvent et qui explique toujours.

Dne salle de la Charité était spécialement destinée à réunir jusqu’à cinquante malades choisis dans tous les hôpitaux de Paris, pour présenter aux élèves des cas dignes de leur allenlion, et au professeur des sujets de leçons toujours intéressans. M. Corvisart a disparu , et la bonne clinique médicale avec lui. M. Leroux aurait besoin d’un talent plus brillant pour occuper dignement laplacede l’archiatrede Napoléon.

Deux médecins non attachés à l’école font conjointement le service de l’hôpital de la Charité; M. Lerrainier , assez volontiers polypharmaque, a beau compliquer ses formules de toutes les façons : il ne persuadera pas qu’il suffise de bien connaître sa matière médicale, pour être un grand médecin. Il se contente, du reste, de faire sa vLdle sans trop s’occuper de ceux qui la suivent, et laisse à M. Fouquier le soin de faire tous les malins une petite leçon clinique dans une espèce de grenier arrangé en amphithéâtre. C’est là que les élèves internes lui rendent compte de l’état des malades nouveaux venus , et que M. Fouquier, récapitulant tous les principaux symptômes, explique les motifs dir traitement qu’il a jugé à propos d’employer. L’élocution de M. Fouquier n’a rien de séduisant : cependant il se fait écouter; il n’a pas besoin de

descendre de bien liaul pour se mett re à la portée des jeunes gens. Sa médecine est sage, mais un peu timide; ses tâlonnemens annoncent du moins de la modestie. Je regarde M. Fouquier comme un bon médecin ; mais je doute qu’il soit jamais un grand professeur, quoiqu’il s’exerce à faire un cours de pathologie théorique , indépendamment de ses conférences de tous les malins.

La chirurgie de la Charité mérite bien une mention particulière , quand c’est un opérateur comme M. Boyer qui en est le chef. J’ai déjà cité son Traité d’anatomie ; son 'Traité des maladies chirurgicales doit être considéré comme le plus complet des ouvrages français écrits sur ce sujet. L’histoire de chaque affection y est exposée avec une exactitude et une fidélité qui nuit un peu à la précision , ce cachet du génie. Malheureusement M. Boyer a besoin d’interprète pour exprimer ses idées, car il n’écrit pas mieux qu’il ne parle; ce qui donne à M. Roux, son suppléant, l’avantage d’être mieux goûté que lui , lorsqu’il s’agit de l’enseignement clinique. M. Boyer se repose le plus souvent sur M. Roux du soin de sa pratique à l’hôpital , et celui-ci se montre digne de cette confiance, sinon par son éloquence, du moins par son assiduité , son zèle pour l’instruction des élèves , et son adresse dans les opérations. Malheureusement M. Dupuytren , disposant en despote des malades qui se présentent au bureau central d’admission , se garde bien d’envoyer à la Charité aucun des cas rares

qu’il réserve pour l’Hoiel-Dieu. Si la pratique de M. Roux n’est pas aussi brillante que celle de M. Dupuylren , ses leçons cliniques n’en sont pas moins très profitables à ceux qui les suivent, parce qu’il se pique d’être toujours très élémentaire, comme doit l’être tout professeur qui s’adresse à un grand nombre d’étudians. J’exposerai librement mes remarques sur la Charité comme sur l’HôleRDieu.

La première fois que j’allai à la Charité, sur cinquante-trois malades que je vis dans la salle des hommes atteints de maladies chirurgicales, il y avait cinq cas de rétrécissement de l’urètre, et trois ou quatre lésions des testicules. Or, dans le traitement delà première espèce de ces deux affections , la bougie caustique est proscrite généralement en France. C’est une méthode barbare et dangereuse, s’écrient tous les chirurgiens! L’ont-ils jamais essayée? Ils répondent franchement que non. Un M. Petit a bien osé enfin adopter la bougie caustique, et l’Institut a donné des éloges à l’ouvrage où il la préconise, mais où il a bien soin d’ajouter qu’il a perfectionné ce moyen de guérison emprunté à l’Angleterre. Cette épithète de perfectionnée est très commode pour les Français, quand ils n’osent pas s’approprier tout-à-fait nos découvertes : nous verrons si le perfectionnement de M. Petit propagera l’usage de la bougie anglaise.

En attendant, la méthode française pour traiter la plupart des cas de rétrécissement ne me paraît guère

plus douce que la nôtrCj el je u’ai pas toujours vu l ëussir la sonde conique,

La guérison est plus prompte : voilà legrand argu- ^ ment des chirurgiens de Paris ; et M. Roux ma assuré qu’il n’avait jamais resté long-iemps à apaiser et à détruire entièrement toute inflammation ou irritation urétrale. Je lui ai entendu citer toutefois deux cas assez funestes, dans une de ses leçons cliniques. Dans l’un c’était vainement qu’un chirurgien avait voulu, au bout de trois jours, remplacer la sonde eonique d’argent par la sonde de gomme élastique - et il s’aperçut, au milieu de ses tentatives, qu’un second passage paraissait avoir été ouvert. Bientôt survint l’infiltralioa de l’urine, l’inflammation, la gangrène des parties, et la mort. Le second cas ressemblait assez au premier: Tinflammation du péritoine fut la cause immédiate de la mort, et il fut constaté que l’instrument avait passé entre le pubis et la partie antérieure de la vessie.

Je serais avec raison taxé de présomption si je contredisais sans ménagement les opinions et la pratique d’un grand nombre d’hommes expérimentés dans leur état; et je suis loin do prétendre qu’il n’y ait point de cas où la sonde conique puisse être utile; mais je crois pouvoir assurer que les chirurgiens français l’emploient avec trop peu de discernement, et que dans leur pratique ils Sicmblent confondre toutesles espèces d’obstacles' qui s’opposent à l’écoulement libre de l’urine, le spasme, l’irritation, l’inflammation du canal^ raffection de la glande prostate et les rétrécissemens

cartilagineux de longue date. Si la sonde conique est jamais un bon moyen, c’est dans la dernière de ces circonstances, quand elle est surtout accompagnée de fistules au périnée. C’est ici que tous les chirurgiens qui sont familiarisés avec le traitement des maladies de l’urètre savent fort bien agir à-peu-près comme les F rançais. Il est des cas ou John Hunter faisait force avec la sonde d’argent, et détruisait l’obstacle. Dans un exemple de rétrécissement ancien compliqué de fistule au périnée, j’ai vu M. Pearson (qui ordinairement est aussi prudent qu’heureux) prendre une sonde d’acier, et l’introduire petit à petit et forcément dans la vessie , en ayant bien soin d’en suivre en quelque sorte le trajet avec l’aide de son doigt placé dans le rectum.

M. Astley Cooper, qui connaît depuis long-temps la sonde conique de Boyer, me citait dernièrement un cas dans lequel il jugea convenable de s’en servir. II s’agissait d’une fistule au périnée et d’un rétrécissement très ancien; le malade souffrait beaucoup , mais la rétention d’urine n’était pas compète : il était impossible d’introduire un instrument dans le canal avec les ménagemens ordinaires. Aussitôt que M. Cooper fut parvenu à la vessie avec la sonde conique, il la retira et put introduire une sonde commune, qu’il laissa dans le passage.il faut toute l’expérience et l’habileté d’un grand chirurgien pour excuser ces modes de traitement, et nos professeurs se gardent bien d’armer leurs jeunes élèves d’un instrument aussi redoutable

et avec lequel ils feraient pins de mal en peu de temps qu’ils ne pourraient faire de bien dans toute leur vie.

Introduire une sonde de gomme élaslique dans l’urètre, voilà le but auquel tendent les Fiançais dans tous les cas de rétrécissement ; et c’est en laissant cette sonde dans le passage qu’ils obtiennent la guérison. J’ai été surpris du peu de gène qu’éprouve le malade de la présence de cet instrument dans le canal. On en introrluit un autre tous les quatre ou cinq jours pour aller toujours d’une plus mince à une plus grosse. Sans ce motif on pourrait laisser en place le premier pendant quinze jours et trois semaines, la seule chose à craindre élant l’incrustation qui' se forme, tantôt plus vite , tantôt plus lentement, autour de son extrémité. On juge de ses progrès par la liberté pins ou moins grande de l’écoulement de l’urine j aussi M. Roux observe-l-il que la meme sonde de gomme élastique peut être maintenue tant que les jets de l’urine se succèdent sans interruption.

Ces sondes se fabriquent à Paris dans toutes les dimensions, depuis celle marquée n® 12 jusqu’aux et 2, qui sont les plus petites que nous puissions nous procurer en Angleterre ; ces dernières sont si minces, que j’avais toujours cru au danger de les voir se briser , jusqu’à ce que J’aie vu la manière dont 011 les fabrique. M. Féburier, rue du Bac, n° 5l, est celui chez qui on trouve les meilleures. Je ne puis m’empêcher de dire ici que nos manufacturiers de Paris. - ^ ' 7

Londres n’en font pas de moins bonnes. Pourquoi donc les importons-nous de lu France? C’est la cherté des nôtres et le bon marché de celles du continent qui doivent nous l’expliquer, puisque, malgré le droit d’entrée de soixante pour cent, les secondes viennent encore à meilleur compte que les premières.

Le prix de ces instrumens, chez nous, est aussi une raison du rare usage que nous en faisons dans nos hôpitaux. Mais , j’en demande pardon aux chirurgiens français, il faut ajouter que ce moyen de guérison ne mérite pas toujours les éloges qu’ils lui donnent.

Les chirurgiens français ne peuvent faire sur les rétrécissemens de l’urètre la même remarque qu’ils font sur les anévrismes , dont ils prétendent que l’Angleterre fournit plus d’exemples que la France. Cette observation, si elle est vraie, sera une excuse favorable, si je leur déclare que leurs opérations sur les artères ne sont pas la partie brillante de leur pratique chirurgicale. Le mode d’opérer l’anévrisme de l’artère poplitée proposé par Hunier a été essayé par plusieurs d’entre eux comme une expérience, mais est bien loin d’être généralement ad opté. M. Boyer, dans toutes ses opérations de cet anévrisme, découvre la tumeur et saisit le vaisseau dans le jarret.

Le livre du docteur Jones n’est pas compris, ou du moins n’est pas apprécié par les chirurgiens de Paris , qui hésitent encore de se laisser guider par ces principes, dont les expériences de l’auteur et l’approbation

( io5 )

raisonnée des meilleurs chirurgiens anglais garantissent l’excellence. Ils ne dissèquent jamais une artère en la séparant habilement de sa gaine et des parties environnantes, pour la comprimer fermement avec une simple ligature.

Deux malades, chez lesquels M. Roux pratiqua la castration, lui fournirent l’occasion de comparer la méthode anglaise^ de réunir les plaies par première intention, et celle de les charger de charpie. Les deux malades avaient été opérés à deux ou trois jours de distance l’un de l’autre. La plaie du premier fut laissée ouverte et pansée avec la charpie. Des bandes et l’emplâtre agglutinatif furent employés pour la plaie du second, mais la réunion par première intention ne fut pas effectuée. Je suivis avec intérêt cette double expérience. Dans le second cas où les sutures avaient été faites, il restait sept semaines après l’opération une plaie aussi large qu’un écu de 5 fr., et elle n’était pas en-^ core tout-à-fah cicatrisée au bout de deux mois, époque à laquelle l’autre plaie était entièrement guérie.

Cette épreuve semble, au premier aspect, décisive : l’opération ayant été pratiquée en même ^ temps et dans des circonstances très semblables. Mais n’est-ce pas comparer un exemple heureux d’une méthode avec un exemple malheureux de l’autre? Dans les hôpitaux de Londres, l’union complète par première intention n’est jamais, ou rarement, achevée; mais toutes les fols qu’on la tente, la plaie diminue très sensiblement de profondeur, et la guérison ne

( io4 )

tarde guère plus de deux ou trois semaines à arriver , tandis qu’il en faut six ou sept pour l’entière cicatrisation d’une plaie pansée avec la charpie.

VV\iVVV^^^VVMV%t.WVV%>V\VVVlVMiVV««\'VVVV\VV\V%^(VVl W>/W\fVV\«VVtV««iVV%iV%M/«i^lVM(VVW%«

L’Hôpital de Perfectionnement. ‘ i

Peut-il exister un hôpital de perfectionnement dans la véritable acception qu’on a voulu donner dans le temps à ce titre, c’est-à-dire un hôpital destiné à des expériences cliniques et à l’essai de nouveaux remèdes ? Quel sera l’homme malade qui n’ira pas d’abord heurter à la porte de tous les autres hospices avant de venir exposer son anîmam vilem à la pratique meurtrière qu’aura proposée un charlatan ou un médecin préoccupé par de folles théories? Voilà ce que je me demandais en entrant dans Mhôpitaî de V école r/e Justement M. Dubois, expliquant

ce jour - là la ridicule destination de cet établissement, déclara que son hôpital n’était plus qu’un hôpital comme un autre ; et je me suis aperçu, en suivant ce professeur, qu’il était bien loin , quant à lui , de sacrifier à des expériences le malade le plus désespéré. Au lieu d’adopter légèrement aucune de ces méthodes que le fanatisme des novateurs prône toujours comme des panacées, M. Dubois, armé d’un scepticisme sévère , élague de la thérapeutique quantité de

remèdes que les siècles semblaient avoir consacrés* Quelle leçon de prudence pour un jeune praticien que d’entendre ce professeur respectable proclamer si souvent l’insufiGsance de la médecine et la toute-puissance de la nalure? Croirons-nou^ après cela à la jactance de cesEscuIapesà peine échappés des bancs de l’école, pour qui aucun des secrets du temple d’Epidaure n’est inconnu? Qu’ils viennent donc remplacer dans sa chaire ce médecin en cheveux blancs qui s’estime heureux de garantir l’efficacité de quelques formules !

Peut-être pourrait-on reprocher à M. Dubois d’être trop avare d’un moyen souvent heureux , l’art d’inspirer l’espérance à la douleur. Ne dit-il pas trop cruement, à ceux qui viennent implorer ses lumières, qu’il n’entend rien à leur maladie? J’ai plaint maintefois un pauvre diable qui, après ce cruel aveu , se retirait la tête basse, comme un coupable qui vient d’entendre son arrêt. Ce n’est pas, je le répète, qu’un savant rempli de bonhomie , la tête couverte de son bonnet de soie, et affublé de sa robe-de-chambre, écoutant et répondant avec bonne foi et simplicité dans son modeste fauteuil, ne me semble préférable à tel beau diseur qui ne cite que ses prétendus prodiges , fût-il assis sur un trône académique, et pompeusement paré de la toque cramoisie et de l’hermine. Mais l’homme souffrant veut qu’on le flatte, et la confiance dans le médecin peut encore guérir alors que la médecine est impuissante.

M. Dubois ne donne pas de leçons de clinique pro-

(' io6 )

prement dite. II se contente de faire quelques remarques pendant sa visite sur les cas qui en valent la peine; mais les observations qu’inspirent a M. Dubois les malades qui viennent le consulter sont une compensation du cours qu’il devrait faire.

Les consultations gratuites sont des institutions de bienfaisance dont le but est bien louable, si les résultats en ont été critiqués.ia faculté de Paris a cherché à les utiliser en les faisant entrer dans l’enseignement clinique. Ce nombre varié de malades que les élèves voient passer en revue exerce leur tact en les accoutumant à juger promptement de la nature des maladies. Ce ne sont pas les livres qui font éprouver ces ' inspirations Instinctives qui font le génie médical. Ce n’est pas que la plupart des malades, ne se présentant qu’à une époque déjà avancée de leurmaladie, etgénéraleraent ne revenant plus, on ne peut guère juger sainement de ce qu’on n’a fait qu’entrevoir; il reste un grand vide dans l’esprit pour peu que le diagnostic soit obscur et l’indication thérapeutique douteuse.

Les consultations de l’hospice de perfectionnement attirent beaucoup de malades et beaucoup d’étudians qui apprennent, comme je l’ai déjà dit, à faire peu de cas de ces formules compliquées ou brille le luxe de la pharmacie plutôt que le discernement de l’homme de l’art, et à apprécier à leur juste valeur ces coups hardis, ces prouesses chirurgicales si fort à la mode. ic Allez, dit souvent M. Dubois à ces malheureux qui n’espèrent plus rien que de la témérité d’un opérateur,

allez, mes amis, à ce vaste hôpital situé près de Notre- Dame : ce n’est que là que la chirurgie fait des miracles. »

Les autopsies cadavériques sont faîtes publiquement dans la salle des opérations, après la visite du matin. La manière dont on y procède mérite d’étre imitée partout. Une femme mourut après avoir souffert l’opération d’un exomphale étranglé. L’histoire bien rédigée de tout ce qui avait précédé l’entrée de la malade à l’hôpital , des progrès de la hernie et du traitement, fut lue aux élèves par M. Palrix, aide du professeur. Une portion considérable du pancréas fut trouvée dans le sac avec adhésion ; il avait été impossible de la réduire hors de l’opération , quoique le sac eût été ouvert.

Si la conservation des pièces pathologiques est un peu négligée en France, l’anatomie pathologique y est cultivée avec zèle. On n’oublie rien pour en faire sentir l’utilité aux élèves. Dans une autre occasion, j’entendis l’exposé curieux de la mort d’un homme qui périt avec un abcès du psoas, et je vis faire l’ouverture du cadavre. L’abcès s’étendait sous le ligament de poupart en se continuant le long du muscle psoas, et sa connexion avec l’altération morbide des vertèbres fut démontrée à plus de cent étudians qui étalent présens. Rien de plus ntile que ces histoires et ces commentaires de faits aidés de la démonstration des organes alfectés.

La pâte arsenicale est une application favorite de

( io8 )

M. 'Dubois, qui l’enjploie très souvent pour les cancers ciii péiiîseï pour Ions lesulcèresinvélérésjil en fait même nsa^n cuiilre ceux du nez, des lèvres el de la langue, en ayant bien soin, comme on le pense, de ne point laisser avaler ce remède au malade. Dlx-hnit ans de son expérience lui ont prouvé, assure-l-il , que Sabatier n’avait pas tort de vanter son efficacité. Ce n’est pas Dubois seul qui est de cet avis: les autres chirurgiens de Paris suivent volontiers son exemple.

La douleur et l’inflammation qui résultent de l’application de ce caustique sont l»ien pins cruelles que l’opération la plus terrible faite avec l’instrument tranchant. Un auteur ingénieux explique comment il arrive que la consiltnîion n’en est pasaflTectee par la voie de i’ahsor[)tion. M. [ioux préiend <jne les vaisseaux lymphatiques éprouvent un état d’éréthisme qui neutralise leurs (acuités absorhanles. Il ne laisse pas, dans son ouvrage, de nous ciier un cas danslequel il croit l)ien, que la mort fut occasionée par l’absorption du poison. Ce fut un jour, après l’application de la pâte arséiiicale , que le malade se plaignit de coliques et eût des vomissemeus affi eux; il péiit au bout dé quarante-huit heures, au milieu des convulsions et des plus vives angoisses. Le corps tomba en putréfaction ; la Uinic|iie interne de l’estomac et une grande étendue du tube intesîinai étaient enüammées et parsemées de taches noirâtres.

Quelque temps'^près mon retour de Paris, j’ai dis-

( log )

sëquë à Londres une femme qui mourut à peu près dans les mêmes circonsiances, et sur le cadavre de laquelle je rencontrai les mêmes indices pathologiques.

Dans la période commençante d’un cancer des mammelles, elle s’ëlait fiée à un charlatan qui, ayant développé l’ulcération complète des organes, y appliqua une poudre rouge qui produisit une horrible suppuration. Cette femtne avait toujours eu de l’embonpoint et une santé assez bonne d’ailleurs ; mais le second jour de l’application de cette drogue, elle périt victime de sa confiance pour un empirique ignorant.

Les chirurgiens prétendent employer beaucoup la pâte arsénicale sans voir survenir des accidens fâcheux. Devons-nous les croire sur parole, et adopter comme eux cette pratique meurtrière? Ecoutons plutôt ici nos préventions nationales contre les .innovations importées du continent.

Timeo Danaos et dona ferentes.

L’Hôpital des Enfans malades.

Le comte Almaviva dit plaisamnient, au docteur Bartholo, que la différence qui existe entre le médecin et le vétérinaire. C’est que le premier parle beaucoup â ses malades sans les guérir, tandis f|ue l’autre guérit ordinairement les siens sans leur parler.

Un médecin chargé d’un hôpital destiné exclusive-

meut à recevoir des enfans , dont la plupart dans un âge trop tendre pour s’exprimer autrement que par les cris et les larmes, ne peuvent donner aucun de ces signes appelés anamnestiques, si nécessaires pour l’établissement du diagnostic et du traitement ; M. Jadelot, dis-je, ayant affaire à des malades qu’il est obligé de deviner, s’est étudié a déterminer du premier coup - d’oeil, et par les seuls signes extérieurs ^ l’espèce d’afiPection dont sont atteints les jeunes enfans apportés dans son hospice. Se fiant un peu trop à son habitude de lire d’abord sur les physionomies, il se trompe quelquefois sans s’en douter ; mais il n’en est pas moins grand partisan de Lavater, et n’est pas loin de prétendre qu’il pourrait aisément se passer d’interroger, quelque malade qu’il eût a traiter.

Le nombre des enfans malades de l’hôpital deM. Jadelot monte quelquefois jusqu’à sept ou huit cents. Ils sont classés suivant leur sexe et leur maladie; une salle est destinée à ceux qui réclament les secours de la chirurgie, une autre à ceux qui sont atteints de maladies aiguës. La petite vérole, les scrophules, la teigne, la gale, sont rangées dans des salles spécialement consacrées à chacune de ces affections , et partout règne le bon ordre et la propreté.

Les salles des enfans scrophuleux me semblent les moins utiles ; ce n’est guère un excellent moyen de hâter la guérison des écrouelles , que d’enfermer ceux qui en offrent des symptômes dans une atmosphère impure, et de les priver de l’exercice salutaire. A part

ces précautions hygiéniques à tort négligées, le traitement interne des scrophuleux est des plus parfaits. Toniques, nourriture saineet boissons généreuses, rien n’est oublié.

Je remarquai un enfant rachitique qui avait à peine trois ans, chez lequel on entretenait des cautèrès sur chaque côté de l’épine dorsale, pour cause de déviation vertébrale.

Rencontre- 1- on souvent la carie de la colonne épinière à un âge si tendre? Les chirurgiens anglais distinguent l’affection rachitique et la carie. Cette distinction est admise par quelques auteurs français ; mais d’autres confondent l’une et l’autre sous le titre de gibbosité, et sont conduits par cette erreur à une pratique dangereuse. Si le signe tiré de la courbure latérale ou en avant peut être de quelque utilité pour indiquer que la difformité provient du rachitisme ou de la carie, ce signe éclairera le traitement* car quoique les remèdes internes et le régime doivent toujours être les mêmes dans les deux cas, dans l’un vous vous abstiendrez des caustiques, et prescrirez l’air pur et l’exercice modéré ; dans l’autre vous recommanderez le repos, une position inclinée, et des cautères.

\ Je remarquai avec plaisir la preuve de la confiance qu’accorde en France, à la vaccine, la basse classe du peuple; les salles de l’hôpital des enfans contiennent très peu de petites véroles, quoique tous les enfans des pauvres puissent être admis dans l’hospice dès qu’ils en sont atteints.

En récompense, les salles de teigneux sont presque toujours remplies. M. Jadelot, après avoir enlevé les croûtes de la teigne par des applications émollientes, et en rasant la tête, applique ordinairement un onguent d’hydrosul pliure de potasse.

J’ai vu employer un traitement différent par un autre médecin, qui appliquait après le cataplasme un onguent composé de potasse caustique et de lard ou d’huile, lequel au bout de quelques jours faisait tomber les cheveux, ou du moins permettait de les enlever sans efforts et sans douleur.

J’ai pu comparer les deux manières. Lorsque c’était le caustique qui avait dépouillé la tète des cheveux, ils commençaient, aussitôt après la cure, à repousser abondamment; le caustique n’enlevait les cheveux que par touffes détachées des parties prises de la teigne : et dans les cas où le péricrâne n’était que partiellement affecté, M. Jadelot ne croyait pas nécessaire de raser toute la tête avant d’appliquer l’onguent d’hydrosulphure.

Les médecins qui dirigent cette maison ont une grande expérience dans le traitement de la teigne. Ils ne prétendent cependant pas la guérir promptement; et quoique presque toujours sûrs de réussir, ils ne cachent pas qu’il est des cas rebelles qui exigent six mois et plus de traitement.

Les salles des enfans galeux m’ont paru bien malpropres, et l’odorat y est cruellement offensé parie sulphure de potasse que M. Jadelot emploie couti-

( ii5 )

nuellemént contre toutes les espèces de gale, soit par la voie des bains, soit par diverses applications. Le sul-' pliure de potasse, pour un bain ordinaire, est donné dans la proportion de cinq onces, dissoutes dans quatre-vingts litres d’eau, à 97® du iberm. de Faren^ heit. Une semaine suffit pour la cure complète; et si on prend deux bains par vingt-quatre heures; elle peut s’effectuer dans quatre du cinq jours. > <

Si l’usage des bains snlphureux a éprouvé moins de critique que celui de l’onguent de soufre j c’est que les bains ne sont pas aussi généralement préconisés pour le traitement des maladies psoriques; mais ils ont, autant que tout autre remède, le désagrément de^ la plus mauvaise odeur, offrent plus d’inconvéniens et un succès beaucoup moins prompt.

Le Uniment savoneux hydrosulphuré serait préférable, comme moins féiide, à l’onguent de soufre, s’il était également efficace. Eu en faisant usage deux fois . par jour, il n’exige que huit jours au plus de traite-^ ment. Cependant M. Jadelot emploie presque exclusivement, à l’hôpital des enfans malades, les bains préparés comme je l’ai dit plus haut. .

J’ai peu de chose à dire des leçons cliniques qui ont lieu en été dans cet hôpital. Elles sont peu suivies, / soit que l’éloignement contribue au peu d’empressement des élèves, soit que, les billets d’entrée ne se dis- ’tribuant que moyennant une rétribution, les éiudians français fassent peu de cas d’un cours qui n’est pas gratuit. ' .

( ri4)

V»WVWWWWMAWV(W«vV\lVV\WVW\MfW%VMrvvWVWM/\M/V>«%Vi\A«M«iW wvkiW

L’Hôpital St.-Louis.

Nous n’avons rien a comparer, à Londres, à Tho-’ pkal donv jevais parler. C’est-Ià que les élèves peuvent observer d’une manière complète une classe de maladies, que la situation des parties qu’elles affectent, leur multiplicité et les difficultés du traitement, rendent si importantes. C’est avec M. Alibert qu’on peut étudier toutes les maladies delà peau sous leurs points de vue différens, et acquérir une telle habitude de la contemplation des objets hideux qu’offrent ceux qui en sont attaqués, qu’il devient possible de signaler, comme ce grand maître , telle ou telle espèce d’éruption , alors même qu’il en reste à peine la plus légère trace sur les tégumens. M. Alibert s’est appliqué non seulement à discerner les formes innombrables des différentes espèces de dartres, mais il a étudié jusqu’aux nuances infinies que présente leur couleur, La pathologie cutanée, négligée par les gens de l’art, lui doit une multitude de faits entièrement nouveaux pour la science ; ;

il a même, au péril de sa santé, voulu découvrir si j le virus herpétique était, comme le vulgaire le pense, ; transmissible par la voie de la contagion. Dans son } ouvrage sur les maladies de la peau , il a appelé l’art . du peintre au secours de la description médicale |

tîe chaque afFeclîon , pour retracer fidèlement toutes les nuances des exanthèmes.

Encouragé par les éloges que toute l’Europe a accordés à ce riche travail, M. i^libert a cru pouvoir mettre toute la médecine en peinture. Je possède le premier volume de sa nosologie naturelle, car j’aime beaucoup les images* et j’avoue que, pour me distraire de l’étude pénible des nouveaux mots adoptés dans cet ouvrage, j’aurais désiré quelques gravures de plus, quoique je me doutasse bien d’avance qu’il était impossible à l’art du dessinateur et du peintre d’exprimer un grand nombre de maladies. La nouvelle langue que veut créer en pathologie l’auteur de la nosologie forcerait les vieux praticiens à consulter les racines grecques; ils aimeront mieux parler comme leurs prédécesseurs, tout en reconnaissant que les mots de trophopathies, d’hétérorexie, de gastrobrosie, d’hépalhirrée , d’hépatophraxie , d’adénoses, d’ellimoplécoses, etc., peuvent être du grec fort élégant. Au milieu des révolutions dont le broussaitisme menace les doctrines médicales, ilest bien temps de pensera faire des mots et des gravures î Ce luxe de typographie et de planches coloriées n’en impose pas aux novateurs. Du haut de sa chaire , M. Broussais condamne également au feu les bouquins parcheminés des anciens et les magnifiques éditions des livres modernes.

Avouons cependant que celui des maladies de la peau mérite d’obtenir grâce, quoique cet ouvrage ne dispense pas de suivre l’hôpital St.-Louis.

( iiG )

J’aîme h y voir M. Alil^eri se complaire dans l’observalioij d’une de ces maladies, qui, s’oirraul à sa vue pour !a piemière fols, sont j)rovisoirement appelées uniques jusqu’à ce qu’elles soient classées dans quelque famille décorée d’un nom des plus ^recs.

J’ai VU , quelques pouces au-dessus delà chexille, une espèce de zone faisant le tour de la jambe ; elle était formée par un épaiî^sissement contre nature de la peau, et dépassait d’un quart de pouce le niveau de la surface du membre. La couleur en était un peu plus foncée que celle des parties saines, et les pores très développés. Du reste, elle n’éiait [)oint douloureuse au toucher, et ne causait jamais de souffrance. La largeur de chacune de ces zones était , dans quel* ques endroits, de trois pouces,' et dans d’autres de douze lignes seulement^ leurs bords élevés se terminaient bi usqneméni et d’une manière in égnlière. La surface ressemblait tellement à la peau nal ruelle vue à travers le microscope, que j’étais tenté de cr oire que c’était seulement le tissu de la peau augmentée trois ou quatre fois dans son volume ordinaire. Le malade jouissaifd’ailleur s d’une borme santé, et ne' souffrait aucune incommodité dans les jambes. Je m’imaginais que le siège' de cette maladie, l’alisence de toute douleur au loucher , et l’inflammation nulle, indiqiiaient la compr ession par les bandages comme le mode le plus rationel de traitement. Un cataplasme fut tout ce qu’on appliqua ; mais je be cite ce cas que parce qu’aucun auteur, je pense, nen fait mention.

M. Alibert n’est pas toujours heureux dans ses essais de traitement. Je remarquai enlr’aulres une femme qui vint à L’hôpital Saint-Louis avec une éruption qui Lui couvrait la face, les bras et les mains: c’était une dartre iphlycténoïde , comme l’a nommée M. Alibert.

Dans quelques parties on voyait de simples vésicules; dans d’autres de larges croûtes irrégulières, autour desquelles la peau était ‘d’un rouge obscur ; la malade y éprouvait une sensation brûlante et douloureuse. Je revins dix jours après l’entrée de cette femme, et trouvai qu’on avait appliqué runguentumhydrargyri à une main, funguentum^-sulphuris aux bras, et que la liqueur de Van-Swleten avait été administrée à l’intérieur ; ce qui, joint à l’absorption de l’onguent mercuriel par la peau^ avait oecasioné toutà-coup le ptyalisme , et rendu nécessaire la prompte suspension de tout remède mercuriel.

M. Alibert a eu la bonté de me faire observer luimême des exemples choisis des maladies qu’il a classées et décrites avec tant de détails^ II me fit remarquer plusieurs affections dartreuses cédant à son remède favori , le soufre, qu’il emploie surtout en fumigation ; mais il refusa de me faire voir la machine qm lui sert pour cet usage.

Il me montra aussi une fille traitée de la iknea faposa par l’application d’une pommadeépilatoirè. Je crois que c’est la même qu’emploient en Angleterre certains charlatans qui en ont retiré des effets mer- Paris. 8

veilleux. Voici ce qu’en dit M. Alibert dans son Précis théorique et pratique sur les maladies de la peau :

(c Lorsque la teigne est invétérée, et qu’il importe <c de changer le mode des propriétés vitales du cuir <c chevelu, nous mettons en usage une pommade épice latoire qui a pour base la potasse du commerce et c( la chaux carbonalée. Au bout de quelques jours de cc pansement , les cheveux qui recouvrent l’exanthème c( tombent, le cuir chevelu blanchit, les démangeaicc sons diminuent, et le malade parvient à une guécc rison radicale, quand on a fait concourir avec ce cc topique les moyens internes, tels que les préparacc lions sulphureuses, etc., etc. »

C’est à-peu-près le même moyen de traitement que j’ai dit être employé à l’hôpital des enfans malades.

Pendant Pété, M. Alibert donne des leçons cliniques sur les maladies de la peau. Ingénieux à trouver des rapprochemens inattendus, voici la description un peu romantique que le professeur fait lui-même de sa manière d’initier les élèves dans les sciences médicales : « La nosologie naturelle n’est que l’extrait des leçons que je fais à mes élèves au retour de chaque printemps, Platon pratiquait jadis son enseignementdans un jardin d’un faubourg d’Athènes. C’était sous des arbres chargés de fleurs et de fruits qu’il convoquait ses disciples chéris et électrisait leurs Jeunes âmes ; il les haranguait tantôt dans une vaste plaine , tantôt sur le penchant d’une colline : il semblait qu’il voulût se rapprocher davantage de la nature pour mieux deviner ses mer-

veilles. Je n’ai ni la riche imagination ni rëloqnence j entraînante du philosophe delà Grèce; mais je suis tout plein du zèle qui l’animait. Dans l’enceinte des I cours spacieuses dont se compose l’hôpital Saint-Louis, I près d’un pavillon solitaire , est une charmille ou il ! semble qu’on respire un air plus salubre que dans les autres parties de ce vaste édifice; c’est sous les tilleuls dont îa verdure est destinée a adoucir la tristesse d’un lieu consacré a l’infortune, que se rendent les malades préalablement choisis dans les salles, et qui font l’objet de l’entretien du jour. Ces malheureux , en proie pour la plupart à cette multitude d’infirmités chroniques qui sèment tant d’amertume sur la vie, se trouvent déjà rassurés en songeant qu’on va disserter sur leurs maux et sur les remèdes appropriés à leurs longues douleurs* Ils s’avancent vers nous avec espérance , guidés par la main secourable de ces religieuses hospitalières sagei ment instituées pour adoucir les peines de l’existence.

solante et dont les soins sont si généreux : ils ne craignent pas d’exhaler leurs plaintes et de raconter l’histolre de leurs souffrances. Cette méthode de repré* sentation est sans contredit la plus instructive. Elle a déjà été fort utile à une foule de médecins qui habitent les provinces , et qui tous les ans viennent s’initier dans les secrets d’une clinique rare et merveilleuse qu’on chercherait vainement ailleurs. Puissent les faits nombreux qu’ils ont observés, puissent les paroles qu’ils ont entendues de moi fructifier dans leur souvenir.

pour ma satisfaction particulière et pour la conser— talion de leurs semblables! »

Séduit par ce tableau des communications franches d’un professeur avec ses élèves, j’ai regretté que M. Alibert n’eût pas en effet dans ses leçons cette fleur d’éloquence qui distinguait le disciple et l’ami de Socrate. C’est sous le beau ciel de Montpellier, plus semblable aussi à celui de la Grèce, qu’un professeur de physiologie, parant des grâces de son élocution claire et élégante les doctrines de Barthez, m’a donné une idée de Platon transmettant à ses jeunes amis les préceptes immortels de son maître.

L’Hospice de la Maternité.

L’ancien hôpital des enfans trouvés a été long-temps cité pour le grand nombre d’enfans qui y étaient reçus et qui y périssaient presque tous. Franklin nous apprend qu’en 1786 plus d’un tiers des enfans nés à Paris y furent admis, et qu’il y en eut a peine un dixième qui vécut au-delà des premières années.

L’hospice de la maternité a été fondé depuis la révolution sur les ruines de l’ancien hôpital des enfans trouvés, et il est à la fois destiné à recevoir les femmes enceintes et les enfans abandonnés.

Il y a pour cette double destination deux corps de logis séparés, l’un appelé section d’allaitement, et l’autre

seciion d’accouchement ; mais la même administration régit l’un et l’autre, et les frais sont à la charge du gouvernement.

Le département des femmes enceintes est institué en école pour l’éducation des sages-femmes; aussi je ne fus pas surpris, à ma première entrée dans l’établissement , de trouver des salles remplies d’éludians en j upons. A cette école d’accouchement fondée depuis douze ans se rendent de jeunes femmes de toutes les parties de la France pour y. étudier leur état, les unes à leurs frais, mais la plupart choisies par les préfets dans les provinces, ou par les administrateurs d’hôpitaux , qui se chargent de toutes les dépenses. Pour six cents francs ces femmes sont logées, nourries, et instruites pendant un an; elles résident dans l’bd pilai, et ne peuvent en sortir sans permission. Après une année d’études, qui se termine par un examen , elles reçoivent de l’école de médecine le diplôme qui leur donne le droit d’exercer comme sages-femmes. Outre la pratique journalière des accouchemens qui ont lieu dans l’hopilal, elles reçoivent par semaine deux leçons du professeur chargé spécialement de ce cours^ et chaque jour des instructions de la sage-femme en chef de l’hôpital. Il y a encore un cours, fait exprès pour elles par un professeur de la faculté de Paris. Elles suivent la visite quotidienne du médecin et du chirurgien , et chaque élève fait par écrit un rapport clinique sur les malades confiées à ses soins;rexacliLude et la rédaction de quelques uns de ces rapports présentés à

M. Chaussîer, médecin en chef, n’auraient pas été, selon n)oi, indij^nesdu meilleur praticien. Ils constataient l’élat de la malade, observé à trois périodes dlfiërentes depuis la visite de la veille ; les affections de Famé , les diverses sensations éprouvées par celle qui faisait le sujet de Fol>servalion ; son pouls, sa transpiration cutanée, l’état du ventre, les remèdes administrés et leurs effets, tout était scrupuleusement mentionné.

M Cha lissier ne reçoit pas ces rapports seulement pour la forme; il fait attention à la manière dont ils sont rédigés, signale les svmpiômes qui lui paraissent avoir été oubliés ou mal décrits d’après la théorie et la pratique des accouchemens. L’anatomie et la circulation du fœtus sont aussi démontrées aux élèves; elles assisietnl à la dissection des femmes enceintes ou accouchées qui meurent dans l’hôpital , et appran-

neiii la phlébotomie et la vaccination.

Pendant les cinq premières années de la fondation de cette école, près de cinq cents femmes bien instruites eu sortirent pour aller pratiquer les accoucheniens dans les différentes provinces de la France, et maintenant , chacjue année , cent cinquante à-peuprès y subissent leurs examens et obtiennent leurs diplômes; des piix annuels sont distribués à celles qui se sont distinguées par leur intelligence , par les meilleurs rapports ou les réponses les plus justes aux questions proposées. Celles qui étudient à leurs frais peuvent prolonger leur séjour à Fhôpilal, et sont alors chargées d’aider à l’instruction des nouvelles

( ia3 )

venues, divisées en trois classes. M. Baudelocque a été jusqu’à sa mort un zélé professeur de l’école de la maternité : un exemplaire de son cathéchisme sur les accouchemens est mis entre les mains de chaque élève , à son admission.

Voilà une institution dont la nouveauté et l’excellent plan , le mode d’administration et les bienfaits qu’en retire la société, font honneur à la nation qui l’a fondée et l’entretient. Il importe peu, à mon avis, que la pratique des accouchemens soit enfin confiée à un sexe plutôt qu’à l’autre, pourvu que ceux qui l’exercent aient les connaissances indispensables. C’est une garantie que donne une école comme celle que je vante ; car on ne peut douter que les sages-femmes qui en sortent n’aient eu tous les moyens possibles de compléter, les études qu’exige l’état qu’elles embrassent ; il répugnera même long-temps à mes idées de voir armer du scalpel anatomique la main timide d’une femme.

En Angleterre, l’état d’accoucbeuse est si peu considéré, qu’aucun réglement dans l’intérêt des femmes qui l’exercent n’a été proposé par celles de nos corporations savantes qui sont chargées de surveiller les études médicales; il est donc à craindre de voir longtemps encore chez nous la pratique des accouchemens exercée par des hommes d’une éducation négligée , ou par de vieilles femmes qui n’en ont reçu aucune.

La partie de l’hospice de la maternité , destinée aux femmes enceintes , contient à-peu-près i4o lits; toutes

les femmes qui ont passe le huitième mois de leur grossesse, ou qui sont menacées d’avorlement, y. sont admises, et divisées.enr trois classes : les pauvres femmes mariées, les jeunes filles abusées dont le nom est caché, et les filles publiques. Ces dernières- sont toujours la classe la' moins nombreuse. Chaque accouchemeiU est fait par les élèves sages-femmes, sous la direction de l’a sage-femme emchef ; M. Dubois-, Ife chirurgiervaccoucheur,, n’est appelé que pour les cas exlraor* dinaires.>

Aucun étudiant de l’autre sexe n’ëst reçu dans la maison.

Il V a une infirmerie pour les femmes à qui quelque accident survient pendant ou après l’accouchement; et quant à celles qui n’éprouvent aucum symptôme fâcheux après celte opération pénible, mais naturelle, elles sortent ordinairement de l’nôpital au bout de douze jours.

Le nombre des femmes accouchées à l’hospice de la maternité se monte annuellement à: dix-huit cents ou deux- mille ; mais les auteurs français avancent une erreur en prétendant qu’aucun hôpital ne peut en offrir lé meme nombre. Il va m’être facile de les réfuter en leur révélant l’existence d’un établissement qui , je dois l’avouer, est bien peu connu,, même dans le royaume qui devrait en être glorieux.

L’hôpital des femmes enceintes à Dublin ne le cède à aucune des iustiluiions que j’ai vues, tant par la beauté de son architecture, que par la propreté des

salles, et' par son adminlstPcHion intérieure. Voici un extrait du registre de cet hôpital^ (]ui prouvera qu’aucune maison semblable en Europe ne peut rivaliser avec lui , pour Je nombre annuel des naissances.

N'ombre des femmes

accouche'ei.

Eufans

aés.

Oarçons.

Filles.

Femme» accovt-

he'es de jumeaux. 1

Enfans

moi'ls.

Enfans morts , !nes.

til

En

io6r

dont une

i8ia

dont une

25iS

1 Total

Depuis 1767 qu’a été fondé cet hôpital, plus de qualre-viugt dix -mille femmes y ont été accouchées, et voici le calcul proportionnel des naissances et des morts depuis soixante ans.

La proportion des enfans mâles à ceux de l’autre sexe a été de dix sur neuf;, la proportion des enfans morts après la naissance , d’un sur seize ;

Des enfans niorls-nés , d’un sur dix-huit ;

Des femmes qui sont accouchées de deux ou trois jumeaux , d’une sur cinquante-sept ;

Des femmes mortes en mal d’enfant , d’une sur quatre-vingt-treize. Vingt- deux femmes ont eu trois jumeaux, une seule en a eu quatre.

Cet hôpital est entretenu en partie par des contributions volontaires, et en partie par le gouvernement. Le médecin-accoucheur en chef y réside, et est remplacé tous les sept ans; ses deux aides n’ont, comme lui, leur place que pour un temps. Les accouchemens naturels sont faits par de jeunes étudians , dont plusieurs sont logés dans l’hôpital, et les autres élèves externes pendant trois mois, six mois, un an. La rétribution qu’ils donnent pour avoir le droit de suivre la pratique du médecin-accoucheur, voilà les seuls appointemens que reçoit celui-ci pendant les sept ans qu’il reste en place. Aucune femme n’est admise que lorsqu’elle ressent les douleurs de l’enfantement , et la ^ voiture qui sert à la transporter devient parfois . la chambre de travaiL Aussi, quoique le nombre des femmes enceintes qui viennent annuellement à l’hôpital de Dublin dépasse d’un quart le nombre de celles de la maternité de Paris, il y a plus de lits dans ce dernier établissement que dans le premier. Je n’ai pu m’empêcher de citer ici l’école d’accoucbemens, la plus considérable qu’on trouve dans les trois royaumes.. Cet hôpital de Dublin est presque aussi grand que les quatre hôpitaux de femmes enceintes de Londres..

Je reviens à l’hospice de la maternité. En traversant les salles de la section d’accouchement, je fus surpris de voir que les femmes récemment délivrées n’avaient pas leurs enfans auprès d’elles; bien peu de ces femmes se chargent de les nourrir. On les fait passer à la section d’allaitement , où quelques autres mères demandent aussi à être reçues comme nourrices sédentaires , et donnent le sein à un nourrisson qui le plus souvent n’est pas celui qu’elles ont mis au monde.

La section d’allaitement est un véritable hôpital d’enfans trouvés , puisque, outre ceux que les mères y lais* sent après être rétablies de leurs couches, on y peut porter du dehors tous les enfans nu-dessous de deux ans dont les parens veulent se débarrasser. Une portière les reçoit à toute heure du jour et de la nuit, sans qu’on soit forcé de consigner par écrit des renseignemens sur le petit malheureux qu’on adresse ainsi à la charité publique. Quand ces enfans sont d’une faible constitution, on en donne jusqu’à deux à une nourrice sédentaire. Les plus robustes sont confiés à des nourrices de la campagne, qu’on voit arriver tous les jours par douzaines, pour vendre leur lait à l’hôpital. Je laisse à penser l’iniérét que peuvent inspirer à ces femmes mercenaires des nourrissons inconnus.

En comptant les élèves sages-femmes , douze mille personnes, en fans ou adultes, sont reçues annuellement à l’hospice de la maternité; et sur ce nombre

on pcnl dire qu’il y a plus de quatre mille enfans abandonnés par des parens malheureux ou débauchés.

Des maladies épidémiques régnent souvent dans les vastes hôpitaux. La fièvre puerpérale fait parfois de grands ravages à l’hospice de la maternité , coram^ à celui des femmes enceintes de Dublin.

Mais une maladie, qui ne se déclare guère que dans les hôpitaux d’enfans, a enlevé un grand nombre de ceux de la maternité; je veux parler du squirro-sarque ou endurcissemeut du tissu cellulaire. Elle attaque le plus souvent les extrémités, fréquemment le cou, la face et l’abdomen; les parties affectées deviennent enflées^ dures, froides au toucher, d’une teinte rouge sale ou livide, et ne cèdent pas à l’impt-éssion des doigts. Lorsque les extrémités inférieures éri sont atteintes, la plante des pieds devient convexe. La dissectioii montre les glandes mésentériques et généralement toutes les glandes lymphatiques très développées; le tissu cellulaire distendu par une sérosité jaunâtre coagulable à l’eau bouillante. Celte maladie, lorsque les joues en sentie siège, a plusieurs symptômes analogues â ceûx du trismus; mais il m’est impossible de dire, avec le docteur Joseph Frank, qu’elle a la plus grande ressemblance avec le tétanos :

« Mir scheintdass dieses vebel, von dem ich fünfzehn Bespielë in diesem findelhâuse sahe, ungernein vieles mit dem slarrkrampfe gemein habe. » Reize nach Paris, p. q'i.

L’aspect , l’attitude du corps , et les sensations qu’y

excite le toucher , sont bien diflerens dans les deux afFeclions. La dissection prouve encore leur nature sui generisy car dans le tétanos on trouve bien rarement quelque phénomène contre nature lorsqu’on fait Fautopsie cadavérique.

Le trismus nascentium attaque un grand nombre d’enfans nouveau -nés dans Fhôpital de Dublin; et quelques fréquentes qu’aient été les ouvertures du corps de ceux qui en étalent victimes, je n’ai jamais rencontré la moindre altération morbide à la gorge, au cerveau, au thorax, à Fabdomen,ou dans aucune autre partie du corps.

. La Salpêtrière.

Quoique je ne me sols pas imposé la tâche de faire un chapitre particulier pour toutes les institutions de Paris qui ont rapport à la médecine, je ne puis m’empêcher de m’occuper ici de la Salpêtrière, véritable petite ville, puisque cet établissement renferme quatre à cinq mille individus dans son enceinte.

Malgré le grand succès de la nosographie de M. Pinel en France, cet ouvrage est peu connu dans nos écoles d’Angleterre, oit nous n’avons guère suivi depuis longtemps que la nosologie de GuIIen. Nous aurons sans doute peu perdu de ne pas partager l’enthousiasme

qu’a excité, pendant les vingt ans que nous venons de passer, la classification du professeur de Paris ; puisque nous serons tôt ou tard de l’avis de M. Broussais, qui annonce depuis quelques années que la nosographie philosophique a plutôt retardé que halé les progrès de la médecine. Mais comme auteur du Traité de l’aliénation mentale, comme bienfaiteur de cette classe malheureuse de malades, victimes, jusqu’à lui, d’un traitement barbare, M. Pinel a été cité souvent avec éloge en Angleterre comme dans tout le reste de l’Europe. '

Aucun ouvrage n’a eu une plus heureuse influence sur le sort de ceux pour qui il fut écrit. L’administration des maisons de Charenlon, de Bicéire et d® la Salpêtrière, fut organisée conformément à SQS principes vraiment philantropiques. Ces trois établissemens se sont depuis accrus successivement, et à un tel point qu’ils contiennent aujourd’hui environ deux mille aliénés des deux sexes. Plus de huit cents soumis à un traitement y reçoivent les soins éclairés de la médecine, devenue moins cruelle à la voix de M. Pinel ; ilinesont plus sacrifiés au funeste préjugé qui les faisait passer pour des êtres dangereux , malfaisans , et surtout incurables. M. Pinel a brisé les fers qui flétrissaient, mutilaient et exaspéraient ces malheureux; leurs gardiens ne sont plus armés du bâton. Je dois l’avouer ; les Français nous ont fait beaucoup trop d’honneur en vantant, comme ils y ont pris plaisir, notre hospice de Bedlam, celui de Saint- Luc, et

il ( i3i )

i même le magnifique édifice de Manchester; ce n’est I qu’après avoir vu les hospices de Paris, que nous avons introduit chez nous des améliorations: depuis jl long-temps elles étaient devenues si nécessaires , qu’un Ü membre de la Chambre des communes fut forcé de déclarer à la nation qu’il n’était point d’établissement I qui eût plus déshonoré notre patrie que ces prisons d’aliénés qu’on osait proposer pour modèle aux autres peuples. Assez de volumes ont été écrits chez nost^Toisins et dans notre île sur la topographie et les régiemens des hospices d’insensés de tous les pays, pour que je puisse me dispenser de consacrer ici d’inutiles pages sur ceux de la France.

Je dirai seulement que la Salpêtrière n’est destinée qu’aux femmes, et qu’on y reçoit les folles, les épii lepliques, les fiévreuses et les vieilles infirmes. M. Es- I quirol soulage M. Pinel dans ses fonctions de médecin en chef des aliénés , et M. Landré-Beauvais est i son digne coadjuteur dans la clinique des infirmeries de la Salpêtrière.

I Les leçons cliniques de M. Pinel ont eu jadis de la réputation; mais sa vieillesse l’avertit de songera la retraite : ses anciens élèves l’abandonnent tous les jours pour aller grossir le nombre des sectaires de M. Broussais ; celui-ci oublie peut-être trop souvent, dans ses déclamations de tribun , ce qu’on doit aux cheveux blancs du respectable auteur du Traité de l’aliénation mentale.

V v^>vwvv% %v\vv\w vwvwvv- VV\W\^(V\*WW^W^^■WWVV^^»%^V*%\^^W\VV\W», Hôpital des Vénériens.

L'LôpiUil des véoérieDs est la seule des institutions que j’aie visitées à Paris qui m’ait paru niai administrée, c’est-à-dire ne répondant point à son premier but.^ celui de guérir les malades, et n’olFrant pas non plus aux élèves les moyens d’y acquérir des connals-c sances pratiques. ^

Cet hôpital contient près de six cents lits. M. Cullerier, cbiruiglcn en chef, et son neveu, y résident', et sont chargés du soin de tous les malades.

Je bravai les froides (matinées du mois de janvier pour arriver au moment des visites, qui se font à six heures et demie précises. Comme celle des hornmes se fait en meme temps que celle des femmes, j’assistai d’abord uniquement à la première; et dans le court espace d’une heure, j’observai que M. Cul lerier examinait deux cent vingt-cinq malades, et leur prescrivait des médicamens. Je rapporterai peu de cas particuliers, et me contenterai de faire quelques remarques générales. Je rencontrai bien rarement des éiudians dans les salles; il n’y avait guère que les élèves internes, qui reçoivent des appoinlemens et habitent dans l’hôpital.

La première salle dans laquelle j’entrai était encombrée de soixante-et-douze malades; les lits, accouplés deux à deux , étaient si près les uns des autres ,

qu’ils laissaient à peine l'espace necessaire pour que le chirurgien pût s’approcher du malade.

La seconde salle, de la même dimension, contenait le même nombre délits,* il y avait aussi quatre petites salles composées de huit à dix lits, pour les malades qui avaient la gale réiinie à la syphilis, et trois salles moindres encore pour ceux dont l’affection vénérienne présentait de graves symptômes.

A l’exception de deux ou trois^ je ne vis aucun malade mis à l’usage des frictions: tous prenaient quelque liqueur , soit celle de t^an Swieien^ soit la liqueur sudorifique , ou bien la liqueur émolliente. Les autres médicamens, le régime, les pansemens à faire, étaient inscrits par Un des élèves à mesure que le chirurgién les ordonnait.

La liqueur émolliente était donnée à ceux pour qui l’usage des deux autres médicamens, contenant du sublimé, était siispetldu pour cause particulière.

J’observai à peine parmi tous les malades six cas d’éruption; je ne trouvai ni mauvaise affection des os de la face, ni pérte du palais; ni pénis rongé par des chancres; mais la plupart étaient atteints d’ufrères à l’anus et au périnée, de bubons ouverts ou commençans ; tous également traités par le sublimé corrosif.

M. Cullerier me fit faire attention à un homme qui avait été complètement guéri, par lesublimé, d’un ulcère à la gorge, et qui prenait encore la liqueur sudo-*rifique.

Un autre cas me fut montré aussi comme extraor-.

Paris, Q

dinalre : c’était un homme attaqué d’une maîadîe que dans tout autre lieu je n’aurais pas hésité à appeler atfection cancéreuse de la langue. Cet organe avait doublé de volume, et la surface supérieure en était ulcérée depuis six mois. C’était depuis peu qu’il avait été reçu à riiôpital, et il prenait du sublimé corrosif, quoique rien d’ailleurs ne pût conduire à croire qu’il eût jamais eu des symptômes primitifs, ou une syphilis constitutionnelle.

On ne pouvait expliquer l’origine du mal, qu’en supposant que le virus vénérien avait été appliqué directement sur la partie.

J’ai reçu de M. Cullerier les mêmes politesses qu’ont bien voulu me faire les autres médecins auxquels j’ai été adressé; mais il avait trop peu de loisir pour être très communicatif. Et il me parut si difficile d’obtenir les informations que je cherchais, que je fus très rarement dans la salle des hommes.

La pratique de tous les grands hôpitaux consacrés à une classe particulière de maladies, est très sujette à de-’ venir une routine ; le chirurgien se lasse de voir tous les jours un grand nombre de cas semblables qui ne l’intéressent point, et il se hâte d’expédier sa visite, parce qu’il la considère comme un travail mécanique qui n’exerce nullement son jugement.

Je retirai plus de profit et de satisfaction de la visite des femmes, que je suivis avec M. Cullerier le neveu. Elle se faisait avec la même rapidité, et trois cent vingt

malades étaient vues dans une heure et demie. Quoique celte précipitation empêche un étranger de s’instruire a fond de tous les cas, elle n’est pas cependant aussi extravagante qu’elle le paraît au premier aspect, quand on considère, outre que la visite a lieu tous les jours, la similitude des symptômes, rnniformité du traitement , la promptitude avec laquelle les aides du chirurgien écrivent et exécutent ses ordonnances, enfin la subordination et le bon ordre qui régnent dans les salles.

Toutes les malades que je vis étalent dans leur lit pendant la visite; aucune d’elles, qu’elles fussent ai^ teintes de chancres, de bubons, d’éruptions bu d’ulcères à la gorge , n’employait les frictions mercurielles; mais excepté celles pour qui l’usage du mercure était suspendu par de bonnes raisons , toutes recevaient leur potion sudorifique ou la solution du sublimé corrosif.

Parmi le grand nombre de malades il n’y avait qu’une faible proportion de cas secondaires, et trois ou quatre cas d’éruptions, dont une couvrait tout le visage de la femme qui en était affectée, ainsi que ses bras et ses mains; sa couleur était celle du cuivre. On reconnaissait déjà les bons effets du sublimé» Deux autres femmes dont l’une avait eu le nez en partie détruit par l’ulcération , et la seconde dont le nez s’était affaissé sur lui-même par la perle des os de la face, n’étaient soumises qu’au seul traitement par le sublimé*

La plupart des malades avaient l’air gai et bien por-

tant ; aucun ne se plaignait de tuméraciion des gencives ni de salivation forcée.

Ceux que la fièvre saisissait ou dont les gencives étaient très élevées et qui se plaignaient de malaise dans la bouche, ne prenaient qu’une demi dose de sublimé^ ou n’en prenaient point du tout.

Je ne vis aucune application de topique sur les chancres, excepté la charpie. Les ulcères qui rongeaient les lèvres d’une femme étaient touchés avec le beurre d’antimoine j c’était par le caustique que presque tous les bubons étaient ouverts. Une jeune fille avait sur une paupière une éruption croûleuse de la largeur de deux écus de 3 fr. ( half-crowns) , et n’offrait d’ailleurs aucun symptôme vénérien. M. Cullerier le neveu m’observa que c’était un cas douteux : il n’avait pas encore osé commencer l’usage du sublimé corrosif.

Les salles , le linge et tout l’hôpital en général est proprement tenu, excepté une salle ou sont réunis ceux qui ont à la fois la gale et la vérole.

Il est bien avantageux, pour les malheureux attaqués de maladie vénérienne, d’être séquestrés dans une maison destinée à les recevoir exclusivement pour leur faire subir un traitement convenable; car en général, dans tous les hôpitaux des provinces de France desservis par des religieuses, ces bonnes sœurs ne se piquent pas de donner les mêmes soins à ceux qui apportent dans ces asyles du malheur le châtiment du libertinage. Rien de négligé, rien de mal propre comme les salles

des vénériens. Ces saintes filles oublient un peu trop que la chasteté est une vertu plus difficile à garder dans le monde que dans un couvent , et que la charité doit ignorer les péchés de ceux qui souffrent.

Une salle de l’hôpital des MM. Cullerier porte le nom ^infirmerie ; on y place ceux dont la maladie est dangereuse , et ceux aussi que la fièvre ou une maladie accidentelle surprennent pendant leur traitement. J’observai que tout le temps que durait leur indisposition, le traitement mercuriel était toujours suspendu.

Il est aussi dans le même hôpital une salle pour-^ les femmes en couches, attaquées du mal vénérien. Deux observations remarquables méritent d’être consignées ici, au sujet de l’hôpital des vénériens : c’est d’abord l’emploi presque exclusif du sublimé corrosif, et ensuite le peu de proportion qui existe entre le petit nombre des cas secondaires et les exemples de syphilis graves. De ces faits, le premier n’est guère connu en Angleterre; peu de gens seront préparés à ajouter foi au second.

Dans une conversation que j’eus avec M. Cullerier. le neveu, après une de ses visites, il médit qu’iPélait des exceptions à l’usage du sublimé corrosif; mais il ne m’en spécifia aucune, et il ajouta que dans sa pratique particulière il employait aussi les frictions,, quoique rarement. Il me fit l’histoire d’une femme, d’un âge moyen, qu’il venait de renvoyer parfaitement

guérie. II y avait trois mois qu’elle était entrée a l’hôpital avec une éruption sur le front (éruption pustuleuse ciiivrée ), un ulcère au gosier, et la carie de la mâchoire supérieure. Elle avait fait usage du mercure sous la forme accoutumée d’une solution de sublimé corrosif, dont elle avait pris de cinquante à soixante grains ; c’est la quantité exigée dans les cas extraordinaires et long- temps rebelles. Dans les cas d’ulcères primitifs, dix-huit grains suffisent pour la cure coin-' plète. On se sert communément de la liqueur de Van- Swieten pour administrer le sublimé , ou bien d’une simple solution dans l’eau, avec un peu d^esprit de-vin. La quantité ordinaire donnée journellement est d’un demi grain en une seule dose, pour que le chirurgien le vole avaler. On commence cependant par ne donner qu’un seizième ou un huitième de grains en solution, en augmentant. Lorsque la constitution du malade ne peut souffrir le sublimé qu’à doses divisées , on le donne soir et matin , et quelquefois en pillules* C’est surtout M. Cullerler qui a si fort étendu l’usage du sublimé corrosif à l’hôpital des vénériens ^ et il est clair que ce n’est pas, comme je l’ai entendu dire, a cause du bas prix et de la facile administration de ce remède, mais parce qu’il est persuadé de son efficacité. La plupart des femmes traitées à l’hospice des vénériens doivent y revenir si elles rechutent ; elles ne sont plus reçues dans les autres hôpitaux, et ne peuvent garder leur maladie dans leur domicile : de sorte que le petit nombre de syphilis secondaires devient en

qiielque sorte une preuve de l’infaillibîlé du traitement adopté.

Les vertus anlisyphilitiques du sublimé corrosif sont reconnues par les autres chirurgiens français aussi bien que par M.CuIlerier. Tous ceux que j’interrogeais à ce sujet nie répondaient que c’était le seul remède a employer dans les cas ordinaires; que s’ils avaient recours aux frictions, c’était dans les maladies des os, dans une syphilis long- temps négligée, ou lorsqu’après avoir fait quelque temps la guerre au vice vénérien par le sublimé, il paraissait ne pas y céder facilement. Je pourrais pourtant citer quelques médecins qui sont moins enthousiastes du sublimé corrosif, et qui même le regardent comme un remède infidèle. Je nommerai parmi ces membres de l’opposition un homme dont Je jugement et l’expérience rendent l’opinion bien respectable, M. Landré-Beauvais, collègue du professeur Pinel a la Salpétrière , et auteur d’un ouvrage utile : la Séméiotique , ou traité des signes des maladies.

Que les chirurgiens français guérissent plusieurs cas secondaires de syphilis par le sublimé corrosif, ce n’est pas ce qui me surprend, parce que c’est une mode parmi eux d’appeler vénériens des cas douteux qui très souvent cèdent aussi bien sans mercure qu’avec son secours; mais lorsque je vois le sublimé administré dans des cas d’ulcères primitifs par des chb rurgiens d’un nom et d’une expérience recommandable, tant parmi ceux des hôpitaux que. parmi les

praticiens de la ville, qui ne pourraient manquer de vérifier souvent son insuffisance pour une guérison confirmée, je commence à penser que les vertus de ce remède sont trop dépréciées en Angleterre. Il est pos- sible cependant que tel traitement anti-vénérien, reconnu sûr en France , soit sans effet dans notre île. Ce n’est pas à l’influence du climat seul qu’il faut l’attribuer. En France, les personnes infectées n’hésitent pas à aller de suite déclarer leur maladie , et l’emploi du remède la suit de près. Les filles publiques sont patentées et enregistrées; la police paie des hommes de l’art pour les examiner et faire un rapport sur leur santé ^ et quoique ce réglement soit plutôt dans l’intérêt de la santé générale que des mœurs, s’il est bien observé il doit contribuer grandement à prévenir les njaladies graves et négligées , et à diminuer la contagion vénérienne. Mais qu’on en donne la raison qu’on voudra, il est de fait que les syphilis de nature grave ne sont pas plus abondantes en France qu’en - Angleterre, et a mon retour à Londres j’ai trouvé autant d’exemples d’éruptions vénériennes dans le Lock-hospital, où il n’y a que cent malades, que dans rhô pii al des vénériens, qui en contient plus de cinq cent cinquante.

Au reste je déclare que je suis bien loin de faire cas du traitement anti- vénérien employé en France dans les. cas douteux. La syphilomanie est une maladie qui devrait depuis long-temps se trouver dans les classifica,-

lions des nosologistes ; elle a étendu ses ravages sur l’Angleterre, c’est en France qu’elle règne aujourd’hui. Si je n’avais Jugé que de ce que je voyais sans ouvrir les livres français écrits sur cette lïlâ^ière, je me serais imaginé que lors d’une éruption ou d’un ulcère dans quelque partie du corps, précédé ou par une gonorrhée ou par un chancre, et ne cédant point au traitement ordinaire, les chirurgiens français employaient le mercure, dans l’idée où ils étaient que l’affection était vénérienne, et confirmés dans cette opinion par le succès de ce moyen. Ce dernier point semble en effet la grande pierre de touche pour savoir si la maladie est syphilitique ou non. La cachexie syphiloïde, la pseudosyphilis , et l’hydrargyrle des auteurs anglais, n’ont guèi e éveillé jusqu’ici l’attention des Français, et aucun de ces termes, autant que je puis m’en rappeler , ne se trouve dans l’ouvrage de M. Lagneau. Ce livre, estimé des Français, est plein des doctrines de M. Cullerier et de la pratique de l’hôpital des vénériens ; il est recommandé par les professeurs, et on peut le regarder comme l’écho des opinions adoptées en France sur la syphilis.

Si je comparais, relativement au traitement des maladies vénériennes, les chirurgiens français et ceux de l’Angleterre, je dirais des derniers qu’ils rencontrent continuellement des cas qui leur sont à-peu-près inconnus et sur lesquels ils se gardent bien de décider,, jusqu’à ce que l’histoire, les symptômes et les progrès de la maladie les aient convenablement instruits ^

-tandis que les médecins de France sont sûrs de tout à la première vue, et décident sur le moindre motif (comme. sans aucun) que tous les cas qui leur sont présentés. sont vénériens, et réclament le mercure.

Les consultations des professeurs de Paris m’ont fourni l’occasion de prouver ce que j’avance ; et je pourrais citer des exemples de ces décisions à la française, tirés des notes prises a ce sujet dans trois hôpitaux différens, la Charité , l’Hôtel-Dieu , et l’hospice de Perfectionnement.

C’est une opinion répandue parmi les médecins français que la gonorrhée donne fréquemment naissance à la vérole: et la plus légère tendance au bubon; pendant un écoulement, est pour eux le signe certain que le mercure est nécessaire pour prévenir une infection constitutionnelle.

Le premier professeur avec lequel je m’entretins de la maladie vénérienne me dit franchement qu’il pensait que les chirurgiens anglais n’entendaient rien à son traitement, et qu’il avait guéri dernièrement un maladeatteint dechancres, qu’un chirurgien d’Angleterre avait laissé exister pendant long-temps sans avoir recours au mercure, tandis qu’à peine arrivé à Paris, les frictions avaient débarrassé notre compatriote de tout symptôme syphilitique.

Il est vrai de dire que les chirurgiens français qui sont venus à Londres depuis l8i4j et qui ont reçu toutes leurs impressions de la pratique de nos hôpitaux, ont quelque raison de douter delà sagesse de la

méiliode anglaise, par les mêmes préventions qui nous font condamner la leur. Ils croient que le mercure , lorsque nous l’employons, est administré sans ménagement en frictions, et que souvent nous le rejetons comme inutile , dans des cas où le mal ne céderait qu’à lui.

Moi je soutiens que Paris est une mauvaise école pour les étudians qui veulent acquérir de solides connaissances sur le traitement des maladies syphilitiques: D’où vient que pendant l’hiver on trouve à peine un étudiant dans les salles des MM. Cullerier? Je ne compte pas environ quinze élèves internes qui par leur place sont attachés à la maison. Reconnaîtrait-on avec moi a Paris l’insuffisance de l’enseignement sur les maladies vénériennes? Dans l’été, il est vrai, M. Cullerier fait trois fois la semaine des leçons cliniques; mais soit que l’ennui de se procurer des caries d’entrée dégoûte les jeunes médecins , soit tout autre motif, je n’ai jamais vu à ces leçons un' auditoire nombreux.

Des Sciences accessoires à la Médecine.

S’il est nécessaire à la médecine d’emprunter des Iir» mières et des secours à la physique, a la chimie, à lai pharmacie, à la botanique , et en général à toutes les sciences , ce n’est qu’à Paris qu’un élève trouve tous les moyens d’instruction pour devenir universel. Il faudrait un ouvrage spécialement consacré aux diverses facultés de l’académie de Paris; mais pour donner une idée des cours savans que le jeune médecin peut suivre dans la capitale, il suffit de nommer MM. Biot et Gay-Lussac, professeurs de physique; Vauquelinet Tliénard, qui ont porté le flambeau dë l’analyse chimique sur les objets qui sont du ressort de la pathologie et dé la physiologie humaine; Jussieu,. Lamarck, Desfontaines, Mirbel, auxquels la botanique doit tant d’améliorations et de nouvelles richesses; Cuvier et. Lacepède enfin, dignes successeurs de Bufibn dans l-his-^ toire naturelle.

Tous ces cours sont publics, et un nombreux auditoire prouve combien le goût des connaissances solides a fait de progrès depuis la révolution chez ce peuple que toute l’Europe a si long-temps appelé frivole. II a déjà prouvé qu’il n’avait besoin que d’un gouverne-

I! ment libéral comme celui d’Angleterre, pour se mon^

I irer digne d’élre la patrie de Buffon et de Montesquieu.

* Lorsque nos Corines anglaises , telles que lady Morgan , ont été assister aux cours de l’Athénée et des académies , elles y ont trouvé aussi d’estimables Françaises, jalouses comme elles d’étre initiées dans r les secrets des arts et des sciences. Tout annonce en France l’influence d’un siècle de lumières; et la nation I dont on ne vantait jadis que les modes et les colifichets, entendra désormais proclamer son nom dans j l’Europe savante à côté de celui de la Grande- Bre- ' tagne,

j 11 est à regretter que l’université n’ait pas institué 1 une chaire spéciale d’anatomie comparée dans l’école 1: de médecine. L’histoire naturelle devrait faire partie de l’enseignement médical , et il serait utile d’en inspirer le goût aux élèves, dans l’intérêt de la physiologie. Ce n’est pas que je sois grand partisan de ces cani- I cides, comme les appelle M. Chaussier, qui, M. Magendie à leur tête, martyrisent des milliers d’animaux I pour créer de nouvelles explications des phénomènes I physiologiques dans l’homme, et nous faire croire que I l’estomac a pu être remplacé dans ses fonctions par une vessie.

L’expérience, s’écrient-ils, n’est que dans nos expériences; l’observation n’est que dans nos observations. Grâces aux fravaux des anatomistes et des chimistes modernes, la médecine légale, qui prête sa lumière à la justice pour guider sa marche souvent incertaine ,

est parvenue en France à une perfection qui lui permet de prononcer sur les cas les plus épineux, tels que rinfanticide , le suicide , et les autres attentats contre le corps sociaK

Les noms de Mahon , Fodéré , Belloc , Marc , Chaussier, Prunelle, sont dignes de figurera côté de ceux des Allemands, auxquels nous devons les meilleurs ouvrages sur la jurisprudence médicale.

Nous sommes fort arriérés en Angleterre pour la médecine légale ; ce n’est que depuis peu que le docteur Harrison a entrepris de faire sur celte science le premier cours qui ait jamais été annoncé à Londres. C’est ce qui expliquera aux lecteurs français pourquoi j’ai placé la jurisprudence médicale au rang des sciences accessoires à la médecine.

La pharmacie en France a été organisée en école comme la médecine. Les apothicaires n’y sont plus d’ignorans droguistes. On exige d’eux des connaissances , en üinmie et en botanique : aux MM. Fleurent , du temps de Molière, ont succédé des savans respectables, qui seront comptés au rang des meilleurs chimistes du siècle.

J’ai vu à l’école de Montpellier une salle décorée des portraits de tous les professeurs depuis les temps les plus reculés; mais ceux qui vivent encore n’ont pas le droit d’y introduire leurs images. Les apothicaires-professeurs de Paris , jaloux d’avoir un ameublement semblable dans leur écoles , se sont empressés

d’y suspendre déjà les tableaux qui iransmettroni leurs traits à la postérité.

Il est bien étonnant que la mode des classifications et des nomenclatures ait régné si long- temps en France, et qu’on ait tant tardé à les introduire dans la pharmacie. Aucun livre rédigé par le corps enseignant n’avait encore eu pour but de simplifier l’art de formuler, et de le faire concorder avec les dernières découvertes de la chimie et de la botanique. Enfin la pharmacie française annoncée depuis long-temps, fruit des travaux d’une commission nommée par la faculté, vient de paraître, et remplacera ces traités particuliers, compilations informes qui ont été jusqu’ici les seuls codes des apothicaires français.

Malgré tout le soin qu’on a eu d’élaguer quantité de formules consacrées dans les manuels particuliers, on est effrayé du nombre des remèdes parasites qui remplissent encore les fioles et les tiroirs des pharmacies. Espérons que la médecine, qui se simplifie tous les jours, forcera les polypharmaques à réduire leurs catalogues, et complétera la réforme de la ma*^ tière médicale.

fVV>«VVVVV\V||WVV\<VV«<VV\VVVVVV^IVV\VVVVV«VVV WVVV«/VV\iVV«

Du DicLionnaire des Sciences médicales , et des Journaux dé Médecine.

Il était digne de la nation à qui l’Eilrope doit V Encyclopédie ^ de créer un bon dieilonnaire de mé- ^ decine , où fussent réunies toutes les parties de la science, soit dans ses détails, soit dans son ensemble. Les lalens des hommes distingués, qu’on nous annonça comme les collaborateurs de cette utile entreprise, lui promettaient un succès général ; mais bientôt l’édileur , sûr de ses souscriptions, s’aperçut qu’il ferait plutôt fortune en accumulant sans discernement volumes sur volumes, qu’en n’insérant dans son dictionnaire que des articles rédigés par ceux qui étaient seuls en état d’en fournir de bien faits.

Les grands noms qui se trouvent à la tête de cettei encyclopédie médicale ne sont plus un garant; et s’il faut expliquer Comment tel volume n’est d’un ^ bout à l’autre qu’une compilation informe, j’apprendrai aux souscripteurs qu’un honteux trafic livre à des écoliers la plupart des articles. C’est à raison de ' soixante francs la feuille qu’ils sont payés à l’auteur prétendu ; mais celui-ci tient à ses gages quelques jeunes étudians de la rue St. -Jacques, dont la plume féconde estJa seule ressource, et qui barbouillent le

papier à tout prix. Il y a à Paris, pour la médecine comme pour la liltérature, le tarif de tous les styles. On a du style à trente francs, et du style à quinze fi'îines la feuille; c’est ce dernier qu’on revend avec un profit tout clair à M. Panckouke qui le trouve excellent, puisfju’il fait sa fortune. Un lib?aire tel que lui est une providence pour la genl écrivassière.

Il est cependant tel auteur qui travaille lui-même en conscience ses articles, et qui est d’ailleurs trop fier de son nom pour le faire servir de passe- port aux productions des myrmidons en médecine, comme il les appelerait lui-même. Heureux M, Panckouke, d’avoir encore, pour soutenir la gloire de son dictionnaire, un savant tel que M. Virey, qui nous cite tour- à -tour ’ les auteurs sacrés et profanes, sérieux et badins, poêles et prosateurs: soit que, parlant en style d’enthousiaste, il nous vante les merveilles de la nature, et montre le doigt de Dieu imprimé sur tous ses ouvrages; soit que, descendant au ton badin, il attaque avec l’arme du ridicule les dogmes les plus saims, O monsieur Panckouke! soyez fier de M. Virey : vous avez en lui toiu à-Ia-fois Jean^ Jacques et Voltaire; mais engagez -le, s’il veut conlinuer'à nous parler,» dans tous ses articles, des Omaguas, des Joloffs, des Anzicots , des Houzouânas , des Jaggas, des Oitomaques, des Afghans, des Tchutcbis, des Jakutes, des Jukakres’, et de'tou« ces peuples de Myrmidons polaires'^ engagez-le charitablement à ne pas en estropier les noms, car plus d’un sous» Paris, 10

crîpteur impallenlé murmuretout bas qu’il désirèraül du moins que M. Virey connût l’orlhographe.

M. Panckouke fait marcher a côté de son dictionnaire un nouveau Journal de médecine, qui, comme toutes les feuilles périodiques, contient un article fort ennuyeux à côté d’un article piquant. J’aime assez les journaux de médecine française. On excelle en France dans l’esprit de critique , qui doit être surtout l’esprit d’un journal. Ce sont en général de jeunes docteurs qui fournissent les matériaux, et je les crois plus propres que les vieux auteurs à nous exposer sans préjugé les doctrines nouvelles, à analyser les systèmes, et à faire justice de ces théories qui prouvent le vide d’un cerveau malade. Quand la rage d’écrire s’est emparée de tous les médecins, on est heureux qu’un journaliste nous indique les productions qui méritent de figurer dans nos bibliothèques , et nous préserve du danger d’être surpris par le litre curieux d’un livre qui est comme l’étiquette trompeuse qu’un charlatan applique sur une drogue insignifiante (i).

(r) Si l’auteur , voulant remplir la seconde moitié' du litre de ce chapitre , eût passé eu revue tous les journaux de médecine qui paraissaient au moment où il était en France, je crois qu’il n’aurait pas eu adonner à chacun en particulier les éloges qu’il leur adresse à tous en général. La plupart de ces journaux étaient alors bien médiocres, et ils ont encore dégénéré depuis. MM. les directeurs s’imagiijaicnt sans doute que rien ne pourrait leur faire perdre les abonnés qui recevaient leur recueil, faute d’un meilleur. Aujourd’hui il faudra bien qu’ils »e ravisent ; car le nouveau Journal de Méde» cine , dont il a déjà paru quatre numéros sous le titre de Revue médicale , s’est montré capable de les leur ravir. Tous les autres journaux portent sur leurs couvertures les noms de plusieurs médecins distingués qui n’y insèrent jamais un article. Le frontispice de la Revue offre aussi des noms à tous égards recommandables , et ces noms figurent au bas de plusieurs de’ ses articles; ou, ce qui est mieux encore, ses articles sont dignes de ces noms. Les docteurs qui sont à la tête de cette utile entreprise se recommandent par toutes les qualités ne'cessaires au critique ; l’esprit , îù aèle , une instruction raélhodique et solide. ( Noie du traducteur. )

Page 1