Palais-Boyal, rue de Bivoli, Bastille et Boulevards
1^00 itinéraires sont eombinës pour un séjour de moyenne durée, en supposant qu*on y emploie toute la journée, dans la bonne saison. Quelques-uns sont forcément un peu longs, mais d'autres, comme les derniers de la rive gauche, offriront des compensations. Les personnes pressées se rapi^elleront ce que nous avons dit p. 45 sur les descriptions en petits caractères.
Si Ton a fait la course d'orientation recommandée p. 48, on peut abréger celle-ci eu ne retournant pas à la Bastille, mais en gagnant la place de la République par un cbemin plus direct. On aura du reste occasion de repasser à la Bastille (p. 205). — Déjeuner près de la tour St- Jacques (p. 11), à la Bastille (p. 10 et 11) ou au boulevard St-Hartin (p. 10 et il).
Pour les renvois à nos plans de Paris et pour la manière de s'en servir, voir les remarques en tête de Tappendiee, à la fin du volume.
I. Fklais-BoyEl, et de là à riiAtel de TUle. St-Oermain-rAuxerrois. Tour St*Jaoqnea. Place du Ohitelet. St-Xerri.
La petite place du Palais-Boyal (pl.B.20; //), entre le palais de ce nom au N. et celui du Louvre (p. 75) au S., est à peu près au centre de Paris et le meilleur point de départ pour visiter la ville. Les moyens de communication pour s'y rendre sont du reste des plus nombreux, et les étrangers demeurant dans le quartier de l'Opéra n'ont qu'une agréable promenade à faire pour y arriver, par l'avenue de l'Opéra (p. 66).
Le Palaie-BoTal se compose de deux parties bien distinctes, le palais proprement dit, qui a sa façade sur la place, et son jardin entouré de galeries, la partie la plus curieuse, sur le derrière.
Le PAïAis sert maintenant au conseil d'Etat et n'est pas public.
Ce palais fut construit par Richelieu, de 1619 à 1636, et appelé d*abord Pàlai8'<Mrdinal, Richelieu le légua à Louis Xin, et Anne d^Autriche vint 'habiter avec ses deux fils mineurs, Louis XIV et Philippe d'Orléans,
Bsedeker. Paris. lOe édit. ^
50 Rive dr, 1. PARIS. Palais -Royal.
ce qui lui a valu le nom de PaUUs-Roifàl. Louis XIV en fit ensuite don à son frère, le due d*Orléans, et plus tard le fils de ee dernier, Philippe d'Orléans y le Régent (m. 1723), y fit ses fameuses orgies. Son petit -fils, Philippe -Egalité t v mena à son tour un si grand train de vie, quHl fut obligé de songer a augmenter ses revenus. Dans ee but , il fit entourer tout le jardin des constructions qui existent encore aujourd*hui, pour les louer à des boutiquiers. Bientôt des joueurs et des industriels de tout genre , vinrent s'y établir. Les cafés du rez-de-chaussée devinrent le rendei-vous des mécontents. L'un des républicains les plus ardents, Camille Desmoulins, y appela le peuple aux armes le 12 juillet 1789 et y prit la cocarde verte, pour un temps le signe de ralliement des patriotes, qu*il conduisit le surlendemain au siëge de la Bastille (p. 59). Le Palais- Koyal fut alors nommé Palais- Egalité. Ce fut ensuite le palaU du Tribunat^ de 1801 à 1807. Il resta inhabité de 1807 à 1814, revint à la famille d'Orléans sous la Restauration et fut habité par Louis -Philippe jusqu'à la fin de 1890. Le 24 février 1848, le peuple en dévasta les aj^partements. Sous le second empire, il fut habité d^abord par le prince Jérôme, ancien roi de Westphalie (m. 1800), puis par son fils, le prince Napoléon, cousin de Napoléon III. En 1871, les communards y mirent le feu, comme à bien d'autres édifices, et toute l'aile du S. fut la proie des flammes, ainsi que la plus grande partie des bâtiments de la cour d'honneur.
La principale entrée des *qaJjEbies et du jabdin est à g. de la façade, entre le palais et le Théâtre-Français (v. p. 51). La preinièie galerie à g. est la gcHerie de Ohaittred, où se Toit le magasin de Chevet, un des premiers magasins de primeurs et de comestibles de Paris. Ensuite vient, à dr., la beUe galerie d' Orléans , dont la construction ne date que de 1830. Il y avait là précédemment des galeries en bols, avec des maisons de jeu et d'autres; Masséna y perdit en une nuit 700 000 fr. — Une petite construction dissimulée et en partie souterraine, au milieu de la cour entre le palais proprement dit et cette galerie, renferme les machines destinées à produire l'électricité pour le Théâtre-Français, le palais, les galeries et même la Bibliothèque Nationale.
Le rez-de-chaussée du carré de bâtiments qui entoure le jardin est presque uniquement occupé par des magasins d'articles de luxe, surtout de bijouterie. Au premier étage sont les restaurants mentionnés p. 11. Il y en a aussi quelques-uns , les plus distingués , au rez-de-chaussée (p. 9). — La galerie à l'E. ou à dr. du jardin est la galerie de Valois j celle de l'O. , la galerie Montpensier , au bout de laquelle est le théâtre du Palais-Royal (p. 21), et celle du N., la galerie Beaujolais.
Le JARDIN a 230 m. de long sur 100 m. de large. Il est ombragé par une quadruple rangée d'ormes et de tilleuls. Au S. et au N. sont des parterres entourés de grillages , et le milieu est occupé par un bassin circulaire , près duquel il y a musique militaire en été, les dim., mercr. et vendr. de 4 à 5 h. ou de 5 à 6 (v. p. 24). Il y a des sculptures dans les parterres, savoir, du S. au N. : Eurydice mordue par un serpent, bronze d'aprè» Nanteuil; Mercure , bronze par Cugnot; le Charmeur, ^M'Thahard; un Enfant luttant avec une chèvre, par Lemôine; la Diane de Versailles, d'après l'antique, et un Jeune homme au bain, par Espercieitx. Au S. du premier parterre, derrière l'Eurydice , se trouve le petit canon du Palais-Royal,
Rue de fiivoli. PARIS. Rive dr, I. 51
que le soleil fait partir à midi. , au moyen d'uo verre ardent, lorsqu'il passe au méridien de Paris. Les chaises, sous les arbres, se louent 10 c.
Le Palais-Royal, qui fut longtemps le rendez-vous des étrangers, est maintenant de plus en plus délaissé. Gomme la place des Vosges (p. â04), qui joua jadis le même rôle, il est abandonné pour les quartiers modernes et plus élégants situés à TO. Ses entrées dissimulées et accessibles seulement aux piétons , ne sont pas du reste pour y attirer le publie. Une preuve évidente de sa décadence , c'est que son fameux café de la Rotonde n'a plus trouvé de locataire depuis 1884 et a été démoli.
Derrière le Palais-Royal est la Bibliothèque Nationale (à g. ; p. 176), que longent, à dr. la rue Vivienne (p. 184), à g. la rue de Richelieu (p. 176). Près de là encore, la place des Victoires, la Banque, etc. (v. p. 181-182).
Nous retournons du jardin du côté de la place du Palais-Royal.
A rO. du palais se trouve une autre petite place, la place du Théâtre- Français , où commence l'avenue de l'Opéra (p. 66). Elle est ornée de deux belles fontaines modernes par Davioud, surmontées de nymphes en bronze par Carrier-Belleuse et Moreau.
Le Tbéatbe- Français a été construit en 1782, mais on en a refait de nos jours les façades sur la rue St-Honoré et sur la place. Dans le vestibule sont des statues de Talma, le grand tragédien (m. 1826), par David d'Angers, et de la Tragédie et la Comédie sous les traits des fameuses actrices Rachel (m. 1858) et Mars (m. 1847), par Dur et. Au foyer du public, la statue de Voltaire (m. 1778), par Houdon ; une cheminée monumentale ornée d'un bas-relief^ les Acteurs de la Comédie couronnant l'image de Molière, par Lequesne ; des bustes et des représentations en camaïeu de scènes des principaux auteurs dramatiques français et un plafond par Duhufe fils, la Vérité éclairant le monde. Dans un couloir, la statue de Georges Sand (m. 1876), par Clesinger. Le plafond de la salle représente la France distribuant des lauriers à ses trois grands poètes dramatiques : Molière, Corneille et Racine. Représentations, v. p. 20.
La *rae de Bivoli, l'une des principales rues de Paris après les boulevards, passe entre la place du Palais-Royal et le Louvre. Elle part de la place de la Concorde, s'étend à TE, à peu près parallèlement à la Seine , sur une longueur de près de 3 kil. , et se prolonge par la rue St- Antoine jusqu'à la place de la Bastille. Cette rue splendide a été créée de 1802 à 1860 et ainsi nommée en souvenir de la victoire de Bonaparte sur les Autrichiens à Rivoli, en 1797. Toute la partie de la place de la Concorde à la rue du Louvre , mesurant plus de 1400 m., est bordée au N. de maisons à façades semblables et avec galeries à arcades cintrées, la plupart occupées par de riches magasins et des hôtels de premier ordre (v. p. 3). Nous la suivons à gw en venant du Palais-Royal ou à l'opposé de la place de la Concorde. A dr., le palais du Louvre (p. 75); à g., les magasins du Louvre (p. 30). Ensuite, à g., un peu caché par les dernières arcades , le temple de ï Oratoire (p. 26) , église construite par les prêtres de l'Oratoire de 1621 à 1630. On a érigé derrière en 1889
52 Rive dr. 1. PARIS. St'Qerm.-VAux.
le monument de Vamiral Coligny, une des victimes de la St-Barthélemy (▼. ci-dessous), debout entre U Patrie et la Religion, œuvre de Crauk.
A cet endroit , où cessent les arcades , la rue de Rivoli est traversée par la rue du Louvre, prolongée en 1888 jusqu'à Thôtel des Postes (p. 157). A dr. est la façade du YieuK Louvre, la colonnade de Perrault (p. 76). A g., la mairie du l^ arrondissement (Louvre), qu'on serait tenté de prendre pour une église, avec sa façade à rosace. Dans la salle des mariages sont des peintures par Besnard.
St-Oermain-PAnzerroii (pi. R. 20; III) , un peu plus loin, est une église dont la fondation remonte au temps de Charlemagne, mais qui est dans sa forme actuelle un édifice goth. des zii^-xyi^s. Un porche à 5 arcades, surmonté d'une terrasse avec une balustrade, en précède la façade proprement dite , flanquée de deux tourelles, percée d'une grande fenêtre en ogive à rosace du style flamboyant et terminée, au-dessus d'une seconde balustrade, par un pignon avec un Ange du jugement dernier , de Marocbetti. Ce portail date de la première moitié du xv^s. , mais ses statues sont pour la plupart de date plus récente. L'intérieur du porche est couvert de fresques sur fond d'or, par Mottez, aujourd'hui fort détériorées. Quand la grille est fermée , on entre par le portail latéral de dr.
L'iMTÉsiBUR est divisé en 5 nefs, avee collatéraux très bas. Les piliers du ehœuront été convertis en colonnes cannelëefl au xvii^s. G*est aussi de ce siècle que datent les belles boiseries du banc-d'œuvre. Il y a des fresques modernes, dont la plus remarquable est une Descente de croix par Guiehardt dans le bras dr. du transept. La grande chap. Xotre-Dame, a dr. en entrant, est fermée par une belle boiserie et possède un arbre de Jessé en pierre, du xivCs., un autel goth. d'après VioUet - le - Duc ^ des peintures et des vitraux d'après Amaury - Duval. Du même côté, dans le transept, un bénitier de marbre, avec une croix entourée de trois enfants, par Jot^roy^ d* après un dessin de Mme de Lamartine. La 4^ cbap. du pourtour, après la sacristie, renferme les monuments de marbre du chancelier Etienne d'Âligre (m. 1635) et de son fils (m. 1674). La chap. qui suit celle de Tabside contient 2 statues provenant d'un mausolée de la famille Rostaing. Deux chap. plus loin , un monument érigé à St Denis, inhumé à cet endroit après son martyre (p. 193). Dans la chap. Notre- Dame de la Compaasion, à g. de la nef et près du transept, un retable en bois du style flamboyant, représentant l'histoire de la Vierge et celle de J.-C. — C'est du petit campanile de cette église, à dr. du transept, que fut donné le signal du massacre de la St-Barthélemy, du 34 au 25 août lo72.
Entre l'église et la mairie, qu'on a bâtie pour rétablir la symétrie vis-à-vis du Louvre, s'élève encore une tour carrée, construite par Ballu , pour remplir l'espace vide qui restait. De l'extrémité de la rue du Louvre, on aperçoit le Pont-Neuf, avec la statue de Henri IV (p. 215), et derrière, le dôme du Panthéon (p. 231).
La rue de Rivoli traverse après la rue du Louvre la rue du Pont- Neuf, qui vient de ce pont (p. 214) et conduit aux Halles Centrales (p. 157). Plus loin, à g., la grande rue des Halles, après laquelle on croise le boulevard de Sébastopol (p. 64), percé en 1855 à travers un quartier trop peuplé et malsain et qui aboutit près de là, à dr., à la place du Ghâtelet (p. 53).
Place du Chàtelet PARIS. Rive dr, 1. 53
A di. de la rue s'élève une belle tour gothique haute de 53 di., la nonrSt-Jaoquef (pi. R. 23; III, IV), construite de 1508 à i522. Elle faisait partie d'une église vendue et démolie en 1789. La tour aurait peut-être subi le même sort, mais elle fut rachetée en 1836 par la ville , qui l'a restaurée et isolée au milieu d'un beau square. La statue sous la voûte du rez-de-chaussée est celle de Pascal (m. 1662), qui répéta du haut de cette tour ses expériences sur la pesanteur de l'air; elle est de Cavelier. La vue du sommet est magnifique, ,car on y est à peu près au centre de Paris , mais on n'y monte plus qu'avec une permission qui se délivre gratuitement à l'hôtel de ville, direction des travaux, de 11 h. à 5 h., dimanches et fêtes exceptés.
Les SQUAKB8, comme les promenades de Paris en général, ne comptent • pas seulement au nombre de ses plus beaux ornements, ce sont encore des créations fort utiles, servant à assainir des quartiers populeux et particulièrement favorables à la santé des enfants. C'est que, contrairement aux squares de Londres, qui leur ont servi de modèles, ils ne sont pas des jardins où quelques privilégiés ont seuls droit d^ent^rer, mais des jardins publies, ouverts à tout venant. Dès que le temps le permet, ils sont remplis de jeunes enfants, qui sans cela resteraient pour la plupart renfermés dans des appartements , où ils manqueraient d air et d espace pour leurs ébats et que leurs mères se soucieraient aussi moins de tenir propres. En faisant de nos jours les grands travaux de voirie, on a crée partout des squares de ce genre, dont les principaux sont, outre celui dé la tour St- Jacques, les squares des Arts - et - Métiers (p. 160), du Temple (p. 199), Montbolon (p. 184), de la Trinité (p. 185), des BatignoUes (pi. B. 14).
Statues du square : la Porteuse de pain, le Ricochet et Cyparisse, bronzes par Coutan, Vital Cornu et H. Plé.
Au S. du square passe Vavenue Victoria, aussi de création moderne; elle s'étend jusqu'à la place de l'Hôtel-de- Ville (p. 57).
La place du Chfttelet (pi. R. 20-23; 7}, où fut jusqu'en 1802 la fameuse prison du Chàtelet, est un peu plus bas que la tour, du côté de la Seine. On y a érigé en 1807 une fontaine de la Victoire, avec la colonne du Palmier, dont le fût est en pierre, avec des cordons de bronze, et sur laquelle sont inscrits les noms de 15 batailles gagnées par Napoléon. Une Victoire tendant une couronne de chaque main s'élève au sommet du monument, et dans le bas sont les statues de la Fidélité, la Vigilance, la Loi et la Force. Ces sculptures sont de Bosio. Des travaux d'alignement en ayant nécessité le déplacement , la colonne a été transportée d'un seul bloc à l'endroit où elle se trouve aujourd'hui, mais augmentée du soubassement à deux vasques, décoré de quatre sphinx. En deçà de la fontaine est l'hôtel de la Chambre des notaires, avec un plan du Chàtelet sur la façade. A g. de la place, le théâtre provisoire de V Opéra- Comique p. 21); à dr., le théâtre du Chàtelet (p. 22).
Les égonti de Paris, qui en sont une des curiosités, ont ici une de leurs entrées principales , par laquelle descendent ou remontent les visiteurs, Tautre étant à la place de la Madeleine. Car il s'y organise des promenades dans la bonne saison, ordinairement le 1®' et le 3® mercr. de chaque mois, et tout le monde peut y prendre part, même les dames. Cependant le nombre de personnes admises est restreint. 11 faut une autorisation qu'on demande par écrit au préfet de la Seine, sur une
54 Rivedr.1. PARIS. St-Merri,
feaiile de papier timbré de 60 e. Elle vous indique l'endroit et Theurc où Ton doit se présenter. Il importe d'arriver à temps et d'être suâlsamment vêtu. La visite dure enr. 1 b. — La longueur du réseau des égouts construits était en 1890 d*env.8S0kil. ou 1200 avec les divers branchements sur les propriétés particulières, et 11 en restait encore env. 300 kil. à construire. La canalisation souterraine de Paris est donc dès maintenant plus longue que le chemin de fer de Paris à Berlin (1079 kil.), dont le parcours en train direct est d^env. 24 h. Il n'existait encore que 67 kil. d*égouts en 1837 et 160 en 1856. Ces travaux gigantesques coûtent en moyenne 100 fr. par m. Le bassin de la ville est divisé en Quatre parties par 2 grands égouts perpendiculaires à la Seine, ceux des Doulevards de Sébastopol et St-Mlchel, qui aboutissent dans 8 autres plus ou moins parallèles au fleuve. Les premiers ont pour affluents 12 ou 16 galeries «eeondaires , recevant ellesmêmes les eaux d'une foule d'autres galeries moins grandes, creusées dans toutes les directions. Les seconds sont les égouts eolleeUurs. Ceux de la rive dr. amènent leurs eaux à la place de la Concorde, dans un collecteur général, qui les déverse dans la Seine en aval du pont d'Âsnières (p. 277). La fameuse Cloaque Maxime de Borne, qui n'a pas dû avoir plus de 800 à 900 m., était peu de chose en comparaison de ce seul collecteur, qui a 4600 m. de long. 11 débite environ 10000 m. cubes d*ean à l'heure, mais il peut en écouler deux fois autant. Pour souder les collecteurs de la rive g. au reste du réseau, on a immergé dans la Seine , en amont du pont de TAIma, un siphon composé de deux tuyaux en fer, de 1 m. de diamètre et 166 m. de long, et ces collecteurs se prolongent de l'antre côté, à une grande profondeur (90 m.), pour rejoindre le collecteur général de la rive dr., non loin de son embouchure. Les égouts des îles de la Cité et St-Louis sont aussi reliés aux collecteurs par des siphons. Les plus petits égouts ont 2 m. 15 de haut sur 1 m. 15 de large; le plus grand, Dm. sur 5 m. 60: il est dont facile de les nettoyer tous. Ils sont construits en pierre meulière et chaux hydraulique, avec enduits intérieurs et extérieurs. Les collecteurs ont une sorte de trottoir ou banquette de chaque côté et une cunette ou canal d'eau entre les deux. Contre la voûte passe au moins une conduite d*eau de fontaine de 1 m. ou plus de diamètre. Le curage de ces égouts se fait avec un grand soin et le système employé dans ceux qui Ont une cunette est fort ingénieux. Dans le grand collecteur de la rive dr., il y a des bateaux avec vannes de même dimension que cette cunette et pouvant former écluse. Si l'on baisse la vanne, l'eau, qui vient la presser, la pousse en avant et chasse par là même les immondices vers l'ouverture de la galerie. Dans les autres collecteurs, le bateau est remplacé par un petit wagon que poussent les égoutiers, aidés par l'eau de réservoirs de chasse. Toutes les galeries communiquent avec les rues par de nombreuses échelles de fer, par lesquelles les égoutiers peuvent toi^ours remonter. Des signes de repère, les noms des rues, etc., y sont partout marqués.
Le pont au Change , qui mène de la place du Châtelet dans la Cité (p. 211), a été reconstrait en 1858-59. Il n'était guère moins célèbre jadis que le Pont- Neuf (p. 214). C'était Tun des plus anciens et des plus animés de Paris , et il était couvert de boutiques d'orfèvres et de changeurs , de là le nom qu'il a conservé.
On a de ce pont un très beau coup d'œil: en face, la Cité, avec le palais de justice et le tribunal de commerce à l'extrémité du pont : plus loin en amont, l'Hôtel -Dieu et Ifotre-Dame (p. 218 et 215); à g., rhôtel de ville (p. 55) et la tour de St-Gervais (p. 57) ; en aval , le Pont-Neuf, le Louvre, etc.
La rue transversale au delà du square St- Jacques est la rue St-Martin, dans laquelle se trouve, à peu de distance,
St-Merri (pi. R.23; ///), jadis St-M^deric, église du meilleur style gothique, bien que commencée seulement en 1520 et achevée en 1612. Elle possède un beau portail inachevé du style flambo) ant.
Hôtel de vUle. PARIS. Rive dr. 1, 55
flanque à dr. d'une tour, à plein cintre dans le haut, et à g. d'une légère tourelle. L'intérieur a été défiguré sous Louis XIV, dans le prétendu style classique, par Boffrand, qui a aussi construit la grande chapelle à dr., décorée de statues par J.^B» Dehay. On remarquera encore à l'intérieur: au maître autel, un grand crucifix de marbre par Dubois; dans la 2® chapelle â g., une Pletà de Slodtz ; à l'entrée du chœur, deux bons tableaux de C. VaiUoo, surtout celui de g., St Charles Borromée; dans le bras g. du transept, un autre de Belle, la Réparation d*un sacrilège, etc., et dans les chapelles du pourtour, de belles fresques modernes de Cornu, Lepaulle, Chasseriau, Amaury^ Duval, Lehmann, Matout, Olaize,Lafon, etc. Les vitraux du chœur sont par Cl. Lavergne, — A g. de l'église la rue du Cloître-St-Merri, théâtre d'une longue et terrible lutte pendant l'émeute des 5 et 6 juin 1832.
Revenus à la rue de Rivoli, nous y voyons bientôt à dr.
L'*h5tel de ville (pi. R. 23; V), un des plus beaux édifices de Paris, reconstruit dans sa forme primitive, par Ballu et JOeperthes, après avoir été incendié par les communards en 1871.
L''aneien édifice avait été commencé en 1533, mais terminé seulement sous le règne de Henri IV, par Tarehiteete italien Boceador, dit de Cortone. Le besoin de place pour le logement et les bureaux du premier magistrat de la ville, avant 17^9 le prévôt des Marchandé et maintenant le prifet de la Seine^ avait nécessité de nouvelles constructions, dont les dernières ne furent achevées que sous Louis -Philippe, en 1841, de sorte que l'hôtel de ville était finalement quatre fois plus grand que sous Henri IV. Néanmoins il était devenu encore trop petit, et on avait été obligé d'y ajouter en 1857 deux annexes, vis-à-vis de la façade principale.
L*hdtel de ville a joué un grand rôle dans les différentes révolutions françaises, étant le point ordinaire de ralliement du parti démocratique, en opposition avec les palais royaux, le Louvre et les Tuileries; c^est dans son enceinte que se constitua le tiers-état, etc. Le 14 juillet 1789, les vainqueurs de la Bastille furent apportés en triomphe dans sa grande salle. Trois jours après , Louis XVI se décidant à venir de Versailles à Paris, sous la protection du maire Bailly et de quelques autres députés populaires, fat amené à l'hôtel de ville escorte d'une foule immense, qu il ne calma qu'en se montrant avec la cocarde tricolore, composée par Lafayette de la couleur blanche des Bourbons et des couleurs bleue et rouge de la ville de Paris. C'est ici que siégeait la Commune ^ lorsque Barras y pénétra au nom de la Convention, à la têta de einq bataillons, le 9 thermidor an II (37 juillet 1794), et que Robespierre eut la mâchoire fracassée d'un coup de pistolet. C'est par l'hôtel de ville que Louis- Philippe passa pour monter sur le trône en 1890; c'est ici que Louis Blanc proclama la république le 24 février 1848. Enfin Thôtel de ville fut le siège du «gouvernement de la Défense nationale* du 4 sept. 1870 au 28 fév. 1871, et, jusqu'à la fin de mai, du eomité de la Commune. .
L'édifice étant condamné à la destruction par les chefs des insurgés, des monceaux de combustibles arrosés de pétrole et des barils de poudre y furent placés à différents endroits. Tous les abords avaient de plus été barricadés. Il s^engagea le 14 mai sur la place, à Tarrivée des troupes, un combat terrible, qui dura sans interraption jusqu^au lendemain matin. Obligés enfin de reculer, les insurgés cherchèrent a assouvir leur rage en mettant le feu à plusieurs maisons voisines, et ils allumèrent les matières inflammables accumulées dans l'hôtel de ville, tandis que 000 des leurs s'y trouvaient encore. Les troupes, alors maîtresses des alentours, dirigèrent un feu incessant contre ces retardataires, dont pas un n'échappa. Mais il fut impossible de sauver rédiflce, dont la destruction fut encore plus complète que celle des Tuileries.
56 Rive dr. h PARIS. Hàtd de ville.
Le nouvel hôtel de ville est donc , au moins dans Tensemble, la reproduction de l'ancien , surtout un peu agrandi , plus riche en sculptures et mieux distribué. C'est un magnifique édifice du style de la renaissance française, avec ses pavillons à dôme, réminiscences des tours du moyen âge, ses lucarnes et ses hauts tuyaux de cheminée richement sculptés. Il est isolé et entouré d'un fossé bordé d'une grille, par où s'éclaire son double sous-sol. Le rez-dechaussée présente des pilastres et le premier étage des colonnes engagées d'ordre composite. Il y a au-dessus du premier une espèce d'entresol ; les pavillons ont un étage de plus.
La *rAÇADE PBiNCiPAL£ , qul est naturellement la plus remarquable, se divise en trois parties à peu près égales. Celle du milieu, qui forme aujourd'hui avant-corps, est percée de trois portes, dont deux portes cochères cintrées aux pavillons. L'autre est précédée de statues en bronze de la Science, par Blanchard, et de l'Art, par Marqueste. Aux principaux étages de Tavant-corps, de même qu'à ceux de tous les pavillons, se trouvent des niches garnies de statues d'hommes célèbres. Il y a de plus sur les entablements des statues représentant des villes de France , des groupes allégoriques, etc; La façade a encore comme ornements, au milieu, une magnifique *horloge entourée de sept statues, un joli ^campanile et dix statues dorées de hérauts d'armes, couronnant la toiture, ces dernières une innovation qu'on a critiquée. Il y a ainsi à l'extérieur, en comptant encore quelques statues qui sont dans les cours, env. 200 statues ou groupes, la plupart désignés par des inscriptions. La salle du conseil municipal est au milieu du premier étage du côté de la place; les séances sont publiques.
Les autres façades méritent aussi d'être vues ; elles ne sont pas la reproduction Tune de l'autre. C'est du côté du quai que se trouve V appartement du préfet. Il y a aussi là un petit jardin où l'on a érigée en 1888 la statue équestre d'Etienne Marcel (p. xxii), en bronze, par Idrac et achevée par Marqueste. Au rez-de-chaussée de ce côté, la saUe St-Jean, destinée à de grandes réunions; audessus, la grande salle des fêtes, et à l'étage supérieur, la bibliothèque administrative, qui est publique. Les entrées sur le derrière sont précédées de lions en bronze, par Caïn et Jacquemart.
On peut obtenir de visiter l'intérieur , les jours ouvrables , en s'adressant à la direction des travaux ou au concierge du côté de la rue de Rivoli, de 1 h. à 3 h. Dans tous les cas, on peut traverser rhôtel et voir au moins ses trois cours, également fort riches comme ornementation. Pans la cour centrale est le «Gloria Yictis» de Mercié. Dans le vestibule voisin, du côté de la place, deux groupes en plâtre, les Dernières funérailles, de Barrias, et le Paradia perdu, de Qatitherin (marbre au parc Monceaux). L'intérieur de l'hôtel doit être décoré d'un très grand nombre de peintures qui ne seront achevées que dans quelques années. La salle du conseil et l'apparte-
St'Gervaiê. PARIS. Rive dr, 1, 57
ment du préfet ont de beaux plafonds sculptés ; la salle St-Jean et la salle des fêtes, des voûtes soutenues par des colonnades laissant au milieu un vaste espace libre.
La place de VHÔtel-de -Ville, autrefois appelée place de Grève, évoque sous ce nom une foule de souvenirs lugubres. Des bûchers y ont dévoré bien des victimes , des flots de sang y ont coulé sur l'échafaud. C'est ici , par exemple , que Catherine de Médicis flt pendre aux huées de la foule, après la St- Barthélémy (1572), les chefs huguenots Briquemont et Cavagnes ; ici qu'elle fit supplicier en 1574 le comte de Montgomery , dont la lance avait atteint par hasard, dans un tournoi, l'œil du roi Henri II et occasionné sa mort (p. 204). En 1766, c'était le tour du comte de Lally-Tollendal, gouverneur des Indes françaises , injustement condamné sous prétexte de trahison. Au mois de juillet 1789, le successeur de Necker, Foulon, contrôleur -général des finances, et Berthier, son gendre, y furent pendus aux lanternes par la populace et devinrent ainsi les premières victimes de la Révolution. Mais il y a eu aussi bien des exécutions de criminels trop fameux , tels que : Ravaillac , en 1610; la marquise de Brinvilliers et la Voisin, deux empoisonneuses, en 1676 et 1680; Tillustre voleur Cartouche, en 1721; Damiens, qui attenta à la vie de Louis XV, en 1757, etc.
La place de l'Hôtel-de- Ville est reliée par un pont à la Cité, où se voient l'Hôtel-Dieu, Notre-Dame, etc. (p. 218 et 215).
An N. commence la rue au Temple, vieille pue très commerçante, qui passe an Temple (p. 199) et aboutit à la rue de Tnrbigo, prèfl de la place de la République (p. 63).