I. Palaia-Boyal, et de là à l'hôtel de ville
St-Germain-l'Auxerroi*. Tour St- Jacques. Place du Chltelet. St-Merri.
La petite place du Palais-Royal (pl.R.20; J7), entre le palais de ce nom au N. et celui du Louvre (p. 76) au S., est à peu près au centre de Paris et le meilleur point de départ pour visiter la ville. Les moyens de communication pour s'y rendre sont des plus nombreux, et les étrangers demeurant dans le quartier de l'Opéra n'ont qu'une agréable promenade à faire pour y arriver, par la. magnifique *avenue de l'Opéra, .qui date ai^rtout de\f378 ut q,u ? on a laissée sans arbres ni kioso.ues *l4au^u«ie s<<ite,<pour ne^pa* manquer la vue de l'Opéra (p. 70).
Le Palais- Royal se composode deux parties biea distinctes, le palais proprement dit , qui -a ra façadé sur! îa place, ot son Vûfdin entouré de galeries, la partit; li plus curieuse, sur le derrière.
Le palai8 sert maintenant au conseil d'Etat et n'est pas public.
Ce palais a été construit par Richelieu, de 1619 à 1638, et appelé d'abord Palais-Cardinal. Richelieu le légua à Louis XIII, et Anne d'Autriche vint
54 Rive dr. I.
PARIS
Palais -Royal.
l'habiter avec ses deux fils mineurs, Louis XIV et Philippe d'Orléans, ce qui lui a valu le nom de Palais-Royal. Louis XIV en fit ensuite don à son frère, le due d'Orléans, et plus tard le fils de ce dernier, Philippe d'Orléans, le Régent (1674-1723) , y fit ses fameuses orgies. Son petit- fils, Philippe -Egalité , y mena à son tour un si grand train de vie qu'il fut obligé de songer à augmenter ses revenus. 11 l'entoura boutiques, où s'établirent bientôt des joueurs et des industriels de tout genre. Les eafés du rez-de-chaussée devinrent le rendez -vous des mécontents, et Camille Desmoulins y appela le peuple aux armes le 12 juillet 1789, deux jours avant de. le conduire au siège de la Bastille (p. 63). Le Palais -Royal fut alors nommé Palais- Egalité , puis palais du Tribunal. Il resta inhabité de 1807 à 1814, revint à la famille d'Orléans sous la Restauration et fut habité par Louis- Philippe jusqu'à la fin de 1830. Le peuple en dévasta les appartements en février 1848. Sous le second empire, il fut habité par le prince Jérôme, ancien roi de Westphalie, et par son fils, le prince Napoléon. Les communards y mirent le feu en 1871, et il fut en grande partie la proie des flammes.
Le Palais- Royal, qui fut longtemps célèbre et le rendez -vous des étrangers, 'est maintenant de plus en plus délaissé, comme la place des Vosges (p. 206) , qui joua jadis le même rôle. Ses entrées dissimulées, accessibles seulement aux piétons, ne sont pas du reste pour y attirer le public. L'emplacement semble indiqué pour une gare centrale, qui manque encore à Paris, avee un chemin de fer métropolitain.
Les galeries et le jardin ont leur principale entrée à g. de la façade, entre le palais et le Théâtre- Français (v. ci -dessous). La première galerie de ce côté est la galerie de Chartres. Dans une cour à dr. , une usine d'électricité. Ensuite, à dr. , la galerie d'Orle'ans, qui ne date que de 1830. Le rez-de-chaussée autour du jardin était auparavant presque uniquement occupé par des magasins d'articles de luxe, surtout de bijouterie, mais les boutiques vides n'y sont plus rares. Restaurants à la carte et à prix fixes, v. p. 11 et 13. — La galerie à TE. ou à dr. du jardin est la galerie deValois; celle de 1*0., la galerie Montyensier, au bout de laquelle est le théâtre du Palais- Royal (p. 30), et celle du N., la galerie Beaujolais.
Le jardin est une promenade avec une quadruple rangée de petits arbres, deux parterres et un bassin circulaire, près duquel il y a musique militaire en été (v. p. 32). Sculptures des parterres, du S. au N. : Eurydice mordue par un serpent, bronze d'après Nanteuil; Mercure, bronze par Cugnot; Charmeur, par Thabard; Enfant luttant avec une chèvre, par Lemoine; Diane de Versailles, d'après l'antique, et Jeune homme au bain, par Esparcieux. — Les chaises se
louent 10 c. ; les bancs sont publics.
Derrière le Palais-Royal est la Bibliothèque Nationale (à g. ; p. 177), que longent à dr. la rue Vivienne (p. 185) et à g. la rue de Richelieu (p. 177).
hà£ètlt\lpia%e TheâtreyErançais, où commence l'avenue de l'Opéra (pî 5S)^*a* dçujt fontaines mêlâmes par Davioud , surmontées d*e nym#hés*en bYenàe par CaVrier-Belleuse et Math. Moreau.
L»ô> TiiiAjiîïi^ ^Fra^als», qui n'a^ien^de monumental, a été recon«%rûif IJfcgt'etkliin'uè'iu 1782, mais jnudiflé plus tard. Dans le vestibule £orft de's«sta4uas &e Talma, le>g v a»îd tragédien (m. 1826), par David d'Angers; de la Tragédie et de la Comédie sous les traits des fameuses actrices Rachel (m. 1858) et Mars (m. 1847), par Duret, et une statue de Rachel par Clésinger. Au foyer du public, la statue
Rue de Rivoli.
PARIS
Rive dr. L 55
de Voltaire (m. 1778), par Houdon; une cheminée monumentale ornée d'un bas-relief, les Acteurs de la Comédie couronnant l'image de Molière, par Lequesne; des bustes des principaux auteurs dramatiques français, en particulier celui de Molière par Houdon; des représentations en camaïeu de scènes de leurs œuvres , un plafond par Dubufe fils , la Vérité éclairant le monde, etc. Dans un couloir, la statue de George Sand (m. 1876), par Cle'singer. Le plafond de la salle, paT Mazerolle, représente la France distribuant des lauriers à ses trois grands poètes dramatiques : Molière, Corneille et Racine. Il y a en outre, dans les parties non publiques , quantité d'œuvres d'art et de curiosités qu'on peut voir en le demandant. Représentations, v. p. 29.
La *rue de Rivoli, l'une des principales rues de Paris après les boulevards, passe entre la place du Palais-Royal et le Louvre. Elle part de la place de la Concorde, s'étend à l'E. à peu près parallèlement à la Seine, sur une longueur de près de 3 kil. , et se prolonge par la rue St-Antoine jusqu'à la place de la Bastille. Cette rue magistrale a été créée de 1802 à 1865 et ainsi nommée en souvenir de la victoire de Bonaparte sur les Autrichiens à Rivoli, en 1797. Toute la partie de la place de la Concorde à la rue du Louvre, mesurant plus de 1400 m., est bordée au N. de maisons à façades semblables et avec galeries à arcades cintrées, la plupart occupées par de riches magasins et des hôtels de premier ordre (p. 4). Nous la suivons à g. en venant du Palais-Royal ou à l'opposé de la place de la Concorde. A dr., le palais du Louvre (p. 76); à g., les magasins du Louvre (p. 41). Ensuite, à g., un peu caché par les dernières arcades, le temple calviniste de l'Oratoire, église construite par les prêtres de l'Oratoire de 1621 à 1630, et le monument de l'amiral Coligny, une des victimes de la St-Barthélemy (v. ci-dessous) , debout entre la Patrie et la Religion, œuvre moderne de Crauk.
A cet endroit, où cessent les arcades, la rue de Rivoli est traversée par la rue du Louvre, prolongée en 1888 jusqu'à l'hôtel des Postes (p. 157). A dr. de cette dernière rue est la façade du Vieux Louvre, la colonnade de Perrault (p. 77). A g., la mairie du I er arrondissement (Louvre), qu'on serait tenté de prendre pour une église, avec sa façade à rose, bâtie ainsi pour rétablir la symétrie vis-à-vis du Louvre. La salle des mariages a des peintures par Besnard.
St-Germain-l'Anxerrois (pl. R. 20 ; 717), un peu plus loin, est une église dont la fondation remonte au temps de Charlemagne, mais aujourd'hui un édifice goth. des xn c -xvi e s. Sa façade du style flamboyant, à deux tourelles, fenêtre à rose et balustrade, est précédée d'un porche à fresques maintenant fort détériorées. Quand la grille est fermée, on entre par le portail latéral de dr. C'est du petit campanile de ce côté que fut donné le signal du massacre de la
St-Barthélemy, le 24 août 1572. .
L'intérieur est à 5 nefs, avec collatéraux très bas. Lté piliers du choeur ont été convertis en colonnes cannelées au xvn«s. Les boiseries du bane-
f)G Uive dr. /.
PARIS. Tour St-Jacquts
(l'œuvre, à g., sont de la même époque. La grande chap. à dr. eii entrant, fermée par une boiserie goth. moderne, possède un arbre de Jessé en pierre, du xiv<* s., un autel goth. d'après VioUet-le- Duc y des peintures et des vitraux d'après Amaury - Duval. Il y a ailleurs d'autres fresques modernes, la plus remarquable une Descente de croix, par Quichard, dans le bras dr. du transept. Là aussi un bénitier de marbre , avec une croix entourée de trois enfants, par Jouffroy. Dans la 4 e chap. à dr. du pourtour, après la sacristie, les monuments du chancelier Etienne d'Allgre (m. 1635) et de son fils (m. 1674). Dans la chap. après l'abside, 2 statues d'un mausolée de la famille Kostalng. Deux chap. plus loin, un monument érigé à St Denis, inhumé à cet endroit après son martyre (p. 195). Dans la chap. à g. de la nef derrière le banc-d'œuvre, un retable en bois du style flamboyant, représentant l'histoire de la Vierge et celle de J.-C.
Entre l'église et la mairie s'élève une tour carrée, construite par Ballu, pour remplir l'espace vide qui restait entre les deux. Il y a dans cette tour un carillon qu'on restaure. — De l'extrémité de la rue du Louvre, on aperçoit le Pont-Neuf, avec la statue de Henri IV (p. 211), et derrière, le dôme du Panthéon (p. 227).
La rue de Rivoli traverse plus loin la rue du Pont -Neuf, qui vient de ce pont (p. 211) et conduit aux Halles Centrales (p. 157). Plus loin, à g., la grande rue des Halles. Ensuite on croise le boulevard de Sébastopol (p. 67), près de la place du Châtelet (v. ci-dessous).
A dr. de la rue s'élève une belle tour goth. de 53 m. de haut, la ♦tour St-Jacques (pl. R. 23 ; ///, / F), de 1508 à 1522. Elle faisait partie d'une église vendue et démolie en 1789. Elle est maintenant isolée au milieu d'un beau tquare, un de ces jardins publics qui comptent parmi les plus beaux ornements et les créations les plus utiles du Paris moderne. Sous la voûte du rez-de-chaussée, la statue de Pascal (1623-1662), qui répéta du haut de cette tour ses expériences sur la pesanteur de Pair; elle est de Cavelier. La vue du sommet est magnifique , car on y est à peu près au centre de Paris, mais on n'y monte plus, en principe, qu'avec une permission qui se délivre gratuitement, les jours ouvrables, à l'hôtel de ville, de 11 h. à 5 h., ou bien en s'adressant à l'un des gardiens du square (pourb.).
Statues du square: la Porteuse de pain, le Ricochet et Cyparisse, bronzes par Coutan, Vital Cornu et H. Plé.
Au S. du square passe V avenue Victoria, aussi de création moderne; elle s'étend jusqu'à la place de PHôtel-de- Ville (p. 61).
La place du Châtelet (pl. R. 20-23; V), où fut jusqu'en 1802 la fameuse prison du Châtelet, est un peu plus bas que la tour, du côté de la Seine. On y a érigé eu 1807 une fontaine de la Victoire, avec la colonne du Palmier, dont le fût est en pierre, avec des cordons de bronze, et sur laquelle sont inscrits les noms de 15 batailles gagnées par Napoléon. Il y a au sommet une Victoire tendant une couronne de chaque main et dans le bas sont les statues de la Fidélité, la Vigilance, la Loi et la Force, parBosio. Des travaux d'alignement en ayant nécessité le déplacement, la colonne a été transportée d'un seul bloc à l'endroit où elle se trouve aujourd'hui, mais augmentée du soubassement à deux vasques , décoré de quatre sphinx. En deçà de la fontaine est l'hôtel de la Chambre des notaires, avec un
Place du Châtelet. PARIS. Rive dr. î. ' 57
plan du Châtelet sur la façade. Ag.de la place, \* théâtre provisoire
de l'Opéra - Comique (p. 29); à dr. , le théâtre du Châtelet (p. 30).
Les égouts de Paris, qui en sont une curiosité, ont sur eette place une de leurs entrées principales, par laquelle descendent ou remontent les visiteurs, l'autre étant à la place de la Madeleine (p. 72). Car il s'y organise des promenades dans la bonne saison, d'ordinaire le 2 e et le 4 e mercr. de chaque mois. Il faut une autorisation, qu'on demande par écrit au préfet de la Seine, sur une feuille de papier timbré de 60c, en mentionnant le nombre de personnes, et avec un timbre pour la réponse. Elle vous indique l'endroit et l'heure où l'on doit se présenter. Il importe d'arriver à temps et d'être suffisamment vêtu. La visite dure env. 1 h . — Le réseau des égouts construits est aujourd'hui d'env. 990 kil. , sans compter les branchements sur les propriétés particulières, et il en reste env. 250 kil. à construire. Il n'existait encore que 67 kil. d'égouts en 1837 et 160 en 1856. Ces travaux gigantesques coûtent en moyenne 100 fr. par m. Le bassin de la ville est divisé en quatre parties par 2 grands égouts perpendiculaires à la Seine, ceux des boulevards de Sébastopol et St- Michel, qui aboutissent dans 8 autres plus ou moins parallèles au fleuve. Les premiers ont pour affluents 12 ou 15 galeries secondaires, recevant elles-mêmes les eaux d'une foule d'autres galeries moins grandes, creusées dans toutes les directions. Les seconds sont les égouts collecteurs. Ceux de la rive dr. amènent leurs eaux à la place de la Concorde, dans \tcollecleur général tVAsnièi-es, qui les conduit en aval de Paris, où elles servent à des irrigations (v. p. 275). 11 débite env. 10000 m. cubes d'eau à l'heure, mais il peut en écouler deux fois autant. Il devient toutefois insuffisant, par suite de la mise en pratique du système du «tout à l'égout», et l'on construit un second collecteur général encore plus considérable, partant aussi de la place de la Concorde, dit collecteur général de Clichy. Ceux de la rive g. et des îles leur sont reliés par des siphons dans la Seine et sous le lit du fleuve. Les plus petits égouts ont 2 m. 15 de haut sur 1 m. 15 de large; les plus grands, 5 m. sur S m. 50 et 6 m. Ils sont construits en pierre meulière et chaux hydraulique, avec enduits intérieurs et extérieurs. Les collecteurs ont une sorte de trottoir ou banquette de chaque côté et une cunette ou canal d'eau entre les deux. Contre la voûte passe au moins une conduite d'eau de fontaine et partout des fils électriques, etc. Le système de curage employé dans ceux qui ont une cunette est fort ingénieux. Il y a des bateaux ou des wagons avec vannes de même dimension que cette cunette et pouvant former écluse. Si l'on baisse la vanne, l'eau, qui vient la presser, la pousse en avant et chasse par làmême les immondices vers l'ouverture de la galerie. Toutes les galeries communiquent avec les rues par de nombreuses échelles de fer, par lesquelles les égoutiers peuvent toujours remonter. Des signes de repère, les noms des rues, etc., y sont partout marqués.
Le pont au Change, qui mène de la place du Châtelet dans la Cité (p. 207), a été reconstruit en 1858-59. Il n'était guère moins célèbre jadis que le Pont- Neuf (p. 211). C'était l'un des plus anciens et des plus animés de Paris , et il était couvert de boutiques
d'orfèvres et de changeurs, de là le nom qu'il a conservé.
On a de ce pont un très beau coup d'œll: en face, la Cité, avec le palais de justice et le tribunal de commerce à l'extrémité du pont ; plus loin en amont, l'Hôtel -Dieu et Notre-Dame (p. 212); à g., l'hôtel de ville (v. p. 58) et la tour de St-Oervaia (p. 61); en aval, le Pont-Neuf, le Louvre, etc.
La rue transversale au delà du square St- Jacques est la rue St-Martin, où se trouve, à peu de distance, à dr.,
St-Merri (pl. R.23; III), jadis St-M/deric, église du meilleur style goth., bien que de 1520-1612. Il y a sur la rue un assez beau portail inachevé, du style flamboyant.
58 Rive dr. 1.
PARIS
Hôtel de rtUe
Lîniérieur, a quatre nefs, a été défiguré au xviifs./ par Boffrand, de qui est aussi la grande chapelle à droite. On remarque^particulièrement les * vitraux anciens du chœur 1 du xvi e s. Au maître autel, un grand crucifix de marbre par Dubois. A l'entrée du chœur, deux bons tableaux de C. Vanloo, surtout celui de g., 8t Charles Borromée. Dans le bras g. du transept, un autre de Belle, la Réparation d'un sacrilège. Il y a encore d'autres tableaux et, dans les chap. du pourtour, des fresques modernes par Cornu, Mpaulle, Chaitériau, Amaury • Durai , Lthmann , Matout, Glaite, Lafon, etc., mais il n'est guère possible de los bien voir.
Revenus à la rue de Rivoli, nous avons à dr. l'hôtel de ville.
L'*hôtel de ville (pl.R.23; V), place de ce nom (v. p. 61), entre la rue de Rivoli et la Seine, est un des plus beaux édifices de Paris, reconstruit dans sa forme primitive, par Ballu et Deperthes, après avoir été incendié par les communards en 1871.
L'ancien édifice avait été commencé en 1533, mais terminé seulement sous le règne de Henri IV, par l'architecte français Pierre Chambiget et non l'italien Boccador de Cortone, puis agrandi plusieurs fois, jusqu'en 1841.
L'hôtel de ville a joué un grand rôle dans les différentes révolutions françaises, étant le point ordinaire de ralliement du parti démocratique, en opposition avec les palais royaux, le Louvre et les Tuileries; c\sl dans son enceinte que se constitua le tiers-état, etc. Le 14 juillet 1789, les vainqueurs de la Pastille furent apportés en triomphe dans sa grande salle. Trois jours après, Louis XVI se décidant à venir de Versailles à Pari» , sous la protection du maire Bailly et de quelques autres députés populaires, fut amené à l'hôtel de ville escorté d'une foule immense, qu il ne câlina qu'en se montrant avec la cocarde tricolore, composée, diton, par Lafayette, des couleurs bleue et rouge de la ville de Paris et de la couleur blanche des Bourbons. C'est Ici que siégeait la Commune, lorsque Barras y pénétra au nom de la Convention, à la tète de cinq bataillons, le 9 thermidor an II (27 juillet 1794 ), et que Robespierre eut la macho ir fracassée d'un coup de pistolet. C'est par l'hôtel de ville que Louis- Philippe passa pour monter surle trône en 1830; c'est Ici que Louise Blanc proclama la république en 1848. Enfin l'hôtel de ville fut le siège du 'gouvernement de la Défense nationale» du 4 sept. 1870 au 28 fév. 1871, et , jusqu'à la fin de mai , du comité de la Commune.
L'édifice étant condamné à la destruction par les chefs des insurgés, des monceaux de combustibles arrosés de pétrole et des barils de poudre y furent placés à différents endroits. Tous les abords avalent de plus été barricadés. Il s'engagea le 14 mai sur la place, à l'arrivée des troupes, un combat terrible, qui dura sans interruption jusqu'au lendemain matin. Obligés enfin de reculer, les Insurgés cherchèrent a assouvir leur rage en mettant le feu à plusieurs maisons voisines, et ils allumèrent les matières inflammables accumulées dans l'hôtel de ville, tandis que 600 des leurs s'y trouvaient encore. Les troupes, alors maîtresses des alentours, dirigèrent un feu incessant contre ces retardataires, dont pas un n'échappa; mais il fut impossible de sauver l'édifice.
L'hôtel de ville est un magnifique édifice du style de la renaissance française, avec ses pavillons à dôme, réminiscences des tours du moyen âge, ses lucarnes et ses hauts tuyaux de cheminée richement sculptés. Il est en majeure partie entouré d'un fossé bordé d une grille, par où s'éclaire son grand sous-sol. Le rez-de-chaussée présente des pilastres et le premier étage des colonnes engagées d'ordre composite. Il y a au-dessus du premier une espèce d'entresol ; les pavillons ont un étage de plus.
La * façade principale se divise en trois parties à peu près égales. Celle du milieu , qui forme avant-corps , est percée de trois
Hôtel de ville.
Rive dr. L 59
portes, dont deux portes cochères cintrées aux pavillons. L'autre porte est précédée de statues en bronze de la Science, par Blanchard, et de l'Art, par Marqueste. Aux principaux étages de l'avant-corps, de même qu'à ceux de tous les pavillons , se trouvent des niches garnies de statues d'hommes célèbres. Il y a de plus sur les entablements des statues représentant des villes de France, des groupes allégoriques, etc. La façade a encore comme ornements, au milieu, une *horloge entourée de sept statues, un ^campanile et dix statues dorées de hérauts d'armes, couronnant la toiture, ces dernières une innovation qu'on a critiquée. Il y a ainsi à l'extérieur, en comptant encore quelques statues dans les cours, env. 200 stat ues ou groupes, la plupart désignés par des inscriptions.
Les autres façades méritent aussi d'être vues. Il y a du côté du quai un petit jardin , avec une statue équestre d'Etienne Marcel (p. xxn) , en bronze , par Idrac et Marqueste. Les entrées sur le derrière sont précédées de lions en bronze, par Caïn et Jacquemart.
On peut traverser l'hôtel et voir ainsi deux de ses belles cours.
L'*iNTBBiEua de l'hôtel comprend: divers bureaux, ouverts à
ceux qu'y appellent leurs affaires; la $alle du conseil municipal,
au milieu du premier étage du côté de la place , où le public est
admis durant les séances, les lundi, mercr. et vendr., à 3 h. (cartes
chez les concierges) ; V appartement du préfet de la Seine et des salles
de réception, qui se visitent les jours non fériés, excepté durant
les préparatifs d'une fête et les jours suivants.
La visite a lieu de 2 à 3 h., avec une carte qui se délivre alors au secrétariat, cour du Nord ou à g. en arrivant par la place, escalier D (à g.), au 1 er étage au-dessus de l'entresol. Cette visite, qui dure V^h., est gratuite. On se présente avec la carte, dans le vestibule du côte de la grande façade, où Ton est reçu par un employé qui vous conduit et vous donne des explications (pourb).
On passe d'abord dans une galerie où sont deux groupes en marbre, les Premières funérailles, de Barrias, et le Paradis perdu, de Qautherin, et on voit de là, dans la cour centrale , à un niveau plus élevé que les deux autres, le «Gloria Victis» de Mercie\ Ensuite on longe celte cour à dr. pour arriver aux escaliers du 1 er étage.
Il y a sur le derrière de l'hôtel, au rez-de-chaussée, une grande galerie destinée à des réunions; on ne la visite pas. Au-dessus sont les salles des Fêtes, où l'on monte par deux grands et magnifiques escaliers en marbre.
Outre de riches décors, les galeries et les salles des Fêtes, au premier étage, ont surtout comme ornements des peintures, plafonds et panneaux, par des artistes contemporains. — En haut des escaliers sont des vestibules d'arrivée et des pourtours décorés de paysages et de vues de Paris et des environs. Les pourtours sont séparés par un salon des Cariatides, où se trouvent des peintures par Carolus- Duran et le vase de l'Empereur de Russie, vase monumental de 3 m. de haut, en jaspe de l'Oural vert et rouge, donné en souvenir de la réception des marins russes à Paris en 1893. — Le $alon
60 Bive dr. L
PARLS
Hôtel de ville.
d'arrivée Nord a un magnifique plafond à caissons , comme les autres, quand ils n'ont pas de peintures. A la suite, le talon d'introduction Nord, et le portique Nord, à plafonds peints par Bouis et F. Barri-as. — Puis vient la ^Grande Salle des Fêtes, une galerie principale de 50 m. de long, 12 m. 50 de large et autant de haut, avec galerie latérale du côté de la place Lobau , cette dernière surmontée d'une tribune qui se continue sur les autres côtés de la salle.
Plafonds de la salle : la Musique à travers les âges, par Oervtx; les Parfums, par O. Ferrier; Paris conviant le monde à ses fêtes, par Benj. Constant; les Fleurs, par O. Ferrier; la Danse à travers les âges, par A. Morot. Aux voussures sont des représentations des anciennes provinces de la France (noms inscrits) par Weerts, F. Humbert, Ehrmann et P. Miiliet. On remarquera aussi les sculptures décoratives, surtout des cariatides et des groupes de figures en haut -relief par divers artistes. Les panneaux de la galerie latérale sont ou seront aussi décorés de peintures, représentant des scènes de l'histoire de Paris, des fêtes, etc., par Clairin, Cazin, Berteaux, Baudouin, Delahaye et Blanchon. Ses petites coupoles ont des fresques par Picard et Risler.
Le portique Sud, à la suite de la galerie, a des peintures par H. Le'vy, les Heures de jour et de nuit, et le salon d'introduction Sud en a par H. Martin, Apollon et les Muses. — La visite se continue par la *salle à manger de réception, qui a 3 beaux plafonds par Georges- Bertrand, l'Agriculture, la Moisson et la Vendange, et 6 statues en marbre : la Chasse, par E. Barrias; le Toast, par Idrac; la Pêche, par Falguière; le Vin, par A. Crauk; la Chanson, par Dalou, et la Moisson, par Chapu. — Dans le * salon Lobau, à l'angle du côté du quai, des peintures par J.-P. Laurens, les 4 premières seulement en place: Répression de la révolte des Maillotins, Louis VI octroie aux Parisiens leur première charte, Etienne Marcel protège le Dauphin, Henri II et Anne Dubourg, Arrestation de Broussel, Pache, maire de Paris en 1793; Turgot, Louis XVI à l'hôtel de ville (v. p. 58), composition dite la «Voûte d'acier».
L'aile S., du côté de la Seine, a trois grands salons, nommés salons des Sciences, des Arts et des Lettres; quatre petites salles dites salons de passage, deux à chaque extrémité, et la galerie de la cour du Sud, qui communique a l'autre bout avec Yescalier d'honneur.
I er salon de PASSAGE, le seul qu'on visite d'ordinaire, Entrée de Louis XI à Paris, par Tattegrain. — *Saloh des Sciences. Peintures: 3
5 la fond s par Besnard, Apothéose des Sciences, Météorologie et Electricité; frises par Lerolle, la Science enseigne, la Science glorifie; 12 éeoinçons par Carrière, les Sciences symbolisées; 2 dessus de portes par Duez % la Physique et la Botanique; 8 panneaux, les Eléments, par Jeanniot, Rixens, Bulana et A. Berton, et des vues de Paris, par P. Vauthier, L. Loir, Lépine et E. Barau. Sculptures, surtout celles de la cheminée, par J.-P. Cavelier. — 'Salon des Arts. Peintures: 3 plafonds par Bounat, Glorification de l'Art, la Vérité et la Poésie; 2 frises par L. Glaire, la Musique et la Danse; 12 éeoinçons par Chariran-, 4 médaillons par Rive y et 8 panneaux, la Peinture, par Dagnan - Bouter et ; la Musique, par Ranvier; la Sculpture, par laynaud; l'Architecture, par T. Robert- Fleur y, en préparation, et des vues de Paris, par Français, Bellel, O. Collin et Lapostolet. — *Salow des Lbttbes. Peintures: plafonds par J. Lefebvre, les Muses parisiennes, la Méditation et l'Inspiration ; 2 frises par Cormon, Histoire de l'Ecriture; 12 éeoinçons par Afaignan, les Grandes œuvres littéraires; 4 médaillons par if lie Forget; 2 dessus de portes par U. Bourgeois, la Philosophie affranchit la Pensée
Hôtel de ville
PARIS. Èivedr.î. 61
et V Histoire recueille les leçons du Passé; 8 panneaux, l'Eloquence, par H. Leroux; la Poésie, par R. Collin; l'Histoire, par B. Thirion; la Philosophie, par Callot, et des vues de Paris ou des environs par Berthelon, Guillemet, H. Saintin et Lansyer. Sculptures, surtout celles de la cheminée, par Q.-J. Thomas. — Galerie de la cour du Sud: les Métiers (inscriptions), 15 petites coupoles peintes par Galland. — Escalier d'honneur, v. ci-dessous.
Le salon d'arrivée Sud, par lequel on gagne ensuite le grand escalier Sud et la sortie , a des peintures par Puvis de Chavannes, l'Eté, l'Hiver, etc.
L'*escalier d'hoxneur n'est pas montré aux visiteurs, mais on le voit naturellement lors des fêtes ou si l'on a affaire au cabinet du préfet, qui est à l'angle de la façade du côté du quai. Sculptures: au rez-de-chaussée, Héraut d'armes à cheval, bronze par Fremiet; monument de l'architecte Ballu, aussi en bronze, par K. Barrxas et Coûta h ; la Justice et la Sécurité, par MercU et Delaplanche; 1er étage, l'Art et le Commerce, par les mêmes; les Lettres et l'Instruction, par Schcenewerk; les Sciences et l'Assistance publique, par M. Mort au, etc. Peintures par Puvis de Chavannes.
Il y a encore au moins à mentionner une œuvre de peinture plus ancienne, par P. Delaroche, les Vainqueurs de la Bastille, avec les Puddleurs de Rixens, dans la salle de la commission du budget, à g. de la salle du conseil municipal (p. 59).
La place de l'Hôtel-de- Ville, autrefois appelée place de Grève, évoque sous ce nom une foule de souvenirs lugubres. Des bûchers y ont dévoré bien des victimes , des flots de sang y ont coulé sur l'échafaud. Catherine de Médicis y fit, par ex., pendre après la St- Bartbélemy (1572) , aux huées de la foule, les chefs huguenots Briquemont et Cavagnes, et y fit supplicier en 1574 le comte de Montgomery, dont la lance avait atteint par hasard, dans un tournoi, l'œil du roi Henri II et occasionné sa mort (v. p. 206). En 1766, c'était le tour du comte de Lally-Tollendal, gouverneur des Indes françaises, injustement condamné, sous prétexte de trahison, et en 1789, Foulon, contrôleur -général des nuances, et Berthier, son gendre, y furent pendus aux lanternes par la populace. Mais 11 y a eu aussi bien des exécutions de criminels trop fameux, tels que: Ravaillac, en 1610; la marquise de Brinvilliers et la Voisin, deux empoisonneuses , en 1676 et 1680; le fameux voleur Cartouche, en 1721 ;
Damiens, qui attenta à la vie de Louis XV, en 1757, etc.
La place de l'Hôtel-de-Ville est reliée par un pont à la Cité, où se voient YHÔteUDieu, Notre-Dame, etc. (p. 212).
Au N., la rue du Temple, vieille rue qui passe au Temple (p. 200) et aboutit à la rue de Turbigo, près de la place de la République (p. 66).