‹ Paris et ses environs; manuel du voyageurChapitre 8 sur 100 · XXV11I · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION

Motion inévitable, signée le 28 du même mois, en même tempp qu'un armistice de trois semaines. Cet armistice est prolongé de huit jours lorsque l'Assemblée Nationale, réunie à Bordeaux, aratiflé* les préliminaires de paix. La prolongation n'a toutefois été accordée qu'à la condition qu'une partie de Paris serait occupée par les Allemands, ce qui a lieu du 1 er au 3 mars. Cela amène un surcroît d'irritation dans la population parisienne, déjà profondément démoralisée par la longueur et les souffrances du siège et travaillée par des dissensions intestines. Les factieux trouvent un nouvel argument pour ameuter la populace dans la conduite du gouvernement, qui s'établit à Versailles, au lieu de rentrer dan& la capitale; ils lui font craindre une nouvelle restauration, et elle se met en révolte le 18 mars , en s'opposant à l'enlèvement des canons de la garde nationale.

Alors s'organise une nouvelle Commune (26 mars) et commence une guerre civile sans exemple, avec un second siège de Paris, plus désastreux que le premier, du 2 avril au 21 mai. A ce siège succède encore une lutte acharnée de huit jours, dans les rues de la ville, se terminant par l'extermination d'une grande partie des insurgés. La rage des vaincus s'assouvit par la destruction plus ou moins complète et volontaire de 238 maisons et édifices publics. Parmi ces derniers, il faut surtout mentionner: les Tuileries, le ministère des finances, le Palais-Royal, la bibliothèque du Louvre, Vhôtel de ville, le palais de la Légion d'honneur, le palais du quai d'Orsay, la préfecture de police, le palais de justice, les théâtres Lyrique, du Châtelet et de la Porte-St- Martin, La colonne Vendôme avait de plus été déjà renversée par les insurgés.

Cependant , sous Thiers (1870-1873) , Paris se remet encore rapidement de ces terribles épreuves, justifiant de nouveau sa vieille devise: «fluctuât nec mergitur». La plupart des édifices incendiés se relèvent de leurs ruines ; mais un régime équivoque est inauguré par le renversement de Thiers , en vue d'empêcher l'établissement définitif de la république. Son projet se réalise néanmoins sous son successeur, le maréchal de Mac-Mahon (1873-1879). Les grands travaux reprennent à l'occasion de Y exposition universelle de 1878, les plus considérables étant l'achèvement de l'Opéra, l'ouverture de V avenue de l'Opéra, la continuation du boulevard St-Germain, la construction du palais du Trocadéro et la reconstruction de Vhôtel de ville. Le retour des chambres dans la capitale, en 1879, est une nouvelle preuve de l'apaisement des esprits, et c'est aussi le retour des beaux jours pour Paris. h y exposition universelle de 1889, la plus brillante qu'il y ait encore eu, en est la preuve éclatante.

La population de Paris était au dernier recensement, en 1896, de 2536834 hab., sur 3340514 pour le département de la Seine, dont 186792 étrangers. C'est la ville du monde qui a la population la plus dense.

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D. Topographie et physionomie de Parie.

Paris est situé sur les deux rives de la Seine, qui le traverse du S.-E. au N.-O., en décrivant une forte courbe vers le N., et sur des hauteurs qui n'atteignent guère plus de 100 m. au-dessus du niveau du fleuve ou 128 m. au-dessus du niveau de la mer.

La Seine a deux îles importantes dans son parcours à l'intérieur de la ville, qui est d'environ 11 kil. : VUe St- Louis et Vile de la Cite, formées jadis de la réunion de plusieurs îlots.

Les principales hauteurs de Paris sont , en commençant à l'E. celles de Charonne, MenUmontant, Belleville (101 m.), la Villette et Montmartre (128 m.), sur la rive droite, et celles de la Maison- Manche, la Butte -aux- Cailles et Ste-Oeneviève (Panthéon; 60 m.), sur la rive gauche.

La ville se divise en deux parties principales : la rive droite et la rive gauche, à laquelle se rattachent la Cité et l'île St- Louis. Les distinctions entre le vieux Paris, les faubourgs et les communes annexées ne sont plus guère sensibles depuis les grandes transformations modernes, qui ont fait disparaître une partie des anciennes rues , prolongé les grandes artères jusqu'aux fortifications et fait élever sur tous les points de grandes et belles constructions : le centre a seulement plus d'édifices et plus d'animation.

Un coup d'œii jeté sur le plan fera reconnaître les limites de 1' ancien Pabis, marquées par sa première ceinture de boulevards, dits les grands boulevards (v. p. 64). Il suffira seulement de noter que, sur la rive gauche , cette limite se reporte au delà du nouveau boulevard St- Germain et passe derrière le jardin du Luxembourg.

Au delà des Grands Boulevards sont les anciens faubourgs, dont les noms se conservent dans ceux des rues principales rayonnant vers l'extérieur, et qui s'étendent jusqu'à la ceinture de boulevards dits encore habituellement boulevards extérieurs (p. 65). Les faubourgs eux-mêmes ont pris pour la plupart les noms des quartiers correspondants de la vieille ville. Les plus importants sur la rive dr. sont, de l'E. à l'O. : les faubourgs St- Antoine, du Temple, St - Martin, St -Denis, Poissonnière , Montmartre et St -Honore'. Ceux de la rive g. sont moins connus , sauf le faubourg St-Oermain, qui fait depuis longtemps partie de la vieille ville. Les faubourgs St-Antoine et du Temple sont particulièrement occupés par des établissements industriels , le premier fabriquant surtout des meubles et tout ce qui a rapport au mobilier, le second, ces milliers d'objets de fantaisie dits «articles de Paris» : orfèvrerie, bijouterie fine ou fausse, nécessaires, brosserie fine, fleurs artificielles, éventails, tabletterie , maroquinerie, bimbeloterie, papeterie de luxe, etc. Les petites industries pouvant s'exercer en chambre pénètrent même de ce côté dans la vieille ville, où sont les magasins, de même qu'il y en a aussi qui s'exercent au delà des faubourgs en question. Les faubourgs St-Martin, St-Penîs et Poissonnière sont plus commerçants

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qu'industriels; ils font le commerce en gros et l'exportation, tandis que les parties voisines du centre ont plutôt pour spécialité le détail et les autres articles de luxe , surtout les Grands Boulevards , avec leurs splendides magasins, et les autres rues principales de ce côté. Le faubourg Montmartre, les quartiers de la Bourse, du Palais-Royal et de TOpéra sont les parties de la ville préférées par les établissements financiers , et ils réunissent en outre à peu près tout ce qui est nécessaire pour recevoir et distraire les étrangers. Le faubourg St-Honoré et le quartier des Champs-Elysées sont occupés par les hôtels de l'aristocratie de l'argent, et le faubourg St- Germain par ceux de l'aristocratie de race, la plupart des ministères et des ambassades. Le quartier latin ou des Ecoles, qui l'a voisine à l'E., est, comme son nom l'indique, le siège de l'université et d'une grande partie des établissements scientifiques de la ville. Là aussi sont plusieurs des principales librairies.

Quant aux communes annexées ou localités comprises dans l'enceinte fortifiée et qui ne font partie de la ville au point de vue administratif que depuis 1860, les principales sont, en suivant le même ordre que ci-dessus : Bercy, qui fait le commerce des vins en gros; Charonnc, MenUmontant, BellevUle, la Villette, la Chapelle, Montmartre, particulièrement habités par la petite bourgeoisie, les petits employés et la classe ouvrière , où sont les grands ateliers, les abattoirs, des entrepôts, etc.; les Batignolles, où il y a beaucoup d'ateliers d'artistes et qui a au N. du parc Monceaux quantité de jolis hôtels particuliers ; Passy et Auteuil, naguère encore spécialement les quartiers des villas, mais que se couvrent de plus en plus de grandes et luxueuses maisons , préférées par les rentiers et les étrangers, a cause du voisinage du bois de Boulogne; Grenelle, qui a encore des usines et des fabriques des produits chimiques; Vauffirard, Mon t rouge, etc., dont la population calme est composée de petits rentiers, de petits industriels et d'ouvriers, et où il reste de grands espaces occupés par des cultures maraîchères.

La ville couvre aujourd'hui 7802 hectares, dont plus de 5000 occupés par des constructions, et l'on y compte environ 3850 rues ou boulevards et une trentaine de ponts sur la Seine. Il y a plus de 83000 maisons, et la valeur des terrains et constructions dépasse 17 milliards. La hauteur des maisons varie avec la largeur des rues : 12, 18 et 20m. au plus, pour des rues de 8, 10 et plus de 10 m. de largeur.

Administrât! vement , Paris est divisé en 20 arrondissements, délimités par de grandes voies de communication : 1 , le Louvre ; 2, la Bourse; 3, le Temple; 4, V Hôtel- de- Ville; 5, le Panthéon ; 6, le Luxembourg; 7, le Palau- Bourbon; S, l'Elysée; 9, l'Opéra; 10, V Enclos-St- Laurent (entre les rues du Faub.-Poissonnière et du Faub.-du-Temple); 11, Popincourt (de la rue du Faub.-du-Temple à celle du Faub.-St- Antoine); 12, Reuilly (de la rue du Faub.- St-Antoine à la Seine); 13, les Gobelins; 14, V Observatoire ; 15,

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Vaugirard ; 16, Passy ; 17, les Batignolles ; 18, Montmartre ; 19, Us Buttes- Chaumont ; 20, Menilmontant.

Une transformation importante va avoir lieu dans Paris par suite de la démolition d'une partie de l'enceinte fortifiée, qui paraît devoir se faire prochainement. Elle comprendra la partie qui s'étend de la Seine, rive droite, jusqu'à la porte de Pantin, au N.-E., soit une longueur de 14 kil. sur 33. La ville englobera évidemment ensuite toute la boucle de la Seine à l'O., jusqu'en face de St-Cloud, Courbevoie et Asnières, et elle finira même par s'étendre au N.

jusqu'à St-Denis.

Les fortifications de Paris ont été construites en vertu d'une loi de 1840, dans l'espace de 3 ans, et elles ont coûté 140 millions de francs. Elles se composent d'abord d'une enceinte continue de 33 kilomètres de développement, renforcée de 94 bastions, de 10m. de hauteur, avec un fossé de 15 m. de largeur et un glacis; puis de 17 forts avancés qui forment autour de la ville une seconde enceinte à différentes distances, atteignant jusqu'à 3 kil., savoir: au N., près de St-Denis, le fort de la Briche, la Double-Couronne du Nord et le fort de l'Est; à l'E., le fort d y Aubervilliers t près du Bourget; les forts de Romainville , Noisy , Ro&ny , Nogent et Vincennes % et les redoutes de la Faisanderie et de Oravelle; sur la rive g. de la Marne , le fort de Charenton ; au S., sur la rive g. de la Seine, les forts «P/pry, Bieêtre > Montrouge, Vanves et Jssy ; enfin à l'O., la forteresse du Mont- Valirien. La plupart de ces forts ont été presque complètement détruits dans les sièges de 1870-71; mais on les a reconstruits depuis. Enfin une troisième enceinte, encore plus éloignée, se compose des 19 nouveaux forts suivants: sur la rive dr., les forts de Cormeilles, Montlignon, Domont % Montmorency* Ecouen, Stains, Vaujours, Chelles, Villiers et Villeneuve- St- Georges ; sur la rive g., les forts de Châtillon, la Butte Chaumont, Palaiseau, Villeras ffant-Buc, 8t-Cyr y Marly, Ste-Jamme et Aigremont.

Au point de vue général , Paris a une physionomie assez uniforme, due à ce que la révolution de la fin du siècle dernier est venue mêler toutes les classes, mais surtout à cause des grands travaux de transformation qui s'y sont faits depuis lors.

Ce qui frappe d'abord l'étranger, c'est le cachet grandiose de l'ensemble, ce sont les voies magistrales parfaitement tenues, qui annoncent la cité universelle, et qui forment tout un réseau parfaitement calculé pour rendre les communications faciles et promptes entre tous les quartiers. Les grandes voies ont été pour la plupart créées au xix e s. et particulièrement à partir de 1852, car Paris étant une vieille ville, jadis resserrée dans une enceinte très étroite, n'avait encore au commencement de ce siècle, à part ses grands boulevards, qu'un réseau enchevêtré de petites rues tortueuses, comme on pourra en voir quelques restes. Il est pour ainsi dire impossible de se faire une idée des frais énormes qu'a entraînés le percement des nouvelles rues , à travers des quartiers entièrement bâtis, surtout au centre de la ville, où la moindre maison à exproprier valait plusieurs centaines de mille francs , et où il a encore fallu indemniser ceux qui s'y trouvaient établis. Et ce qu'on eu voit n'est pas tout, car il y a de plus sous presque toutes les rues un immense réseau d'égouts, construits en même temps à grands frais

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Les rues neuves tirées an cordeau ont ôté", il est vrai, leur aspect pittoresque à bien des quartiers , mais on pourra encore se convaincre qu'elles étaient imposées par les besoins d'une circulation toujours croissante. Les règlements de voirie, heureusement aujourd'hui un peu moins draconiens, y ont bien été pour quelque chose, mais il était aussi à peu près inévitable qu'il y eût de l'uniformité dans un ensemble de constructions élevées en même temps et le plus souvent dans un but de spéculation. Il ne manque pas néanmoins, dans les quartiers excentriques, en particulier aux Batignolles, à Passy et à Auteuil, d'hôtels particuliers et même de maisons ayant un caractère original et du style.

On est ensuite étonné de l'animation extraordinaire qui règne, non seulement dans certaines rues principales, mais à peu près sur tous les points à la fois. C'est ici que l'expression «aller à ses affaires» a été remplacée par faire des courses. Rien d'étonnant, par conséquent, si les rues de Paris sont très bruyantes. Les voitures qui y circulent sont innombrables, mais il y a aussi quantité de petits industriels qui ne peuvent faire de commerce que sur la voie publique, et qui sont obligés d'attirer bruyamment sur eux l'attention. De là des cris de toute sorte , quelques-uns originaux, la plupart discordants et inintelligibles. Et ce ne sont pas seulement des marchands de denrées alimentaires, mais encore des marchands de vieux habits, de chiffons, de tonneaux, de mouron pour les «petits oiseaux», etc.; des vitriers, des raccommodeurs de faïence, de6 étameurs, des fontainiers, des rempailleurs et canneurs de chaises, jusqu'à des tondeurs de chiens, chacun prétendant vivre de son métier et s'ingéniant à y réussir, car la concurrence est grande dans la rue comme ailleurs. A ces bruits s'ajoutent encore ceux des cornets des tramways, ceux des marchands de journaux, surtout dans les cas d'événement exceptionnels, et des cris imprévus.

Selon qu'il viendra de l'Est ou de l'Ouest, du Nord ou du Midi, l'étranger remarquera du reste encore bien des particularités et des usages en contradiction avec ceux de son pays. Les excentricités sont cependant rares, car le bon goût des Parisiens les empêche de se produire ou de réussir. Une promenade sur les boulevards , au milieu de la foule affairée ou curieuse qui s'y presse, en dira vite plus que ne sauraient faire de longues phrases.

Le but de cette esquisse étant seulement d'aider l'étranger à se familiariser avec Paris dès son arrivée, il n'y a pas lieu d'entrer dans plus de détails. Des jugements sur les beautés et les curiosités de la ville seraient ici déplacés. Notre rôle consiste plutôt à y conduire, en disant : «voyez et jugez».

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