PHYSIONOMIE
On est ensuite étonné de l'animation extraordinaire qui règne; non seulement dans certaines rues principales, mais à peu près sur tous les points à la fois. C'est ici que l'expression « aller à ses affaires» a été remplacée par faire des courses. Rien d'étonnant, par conséquent, si les rues de Paris sont très-bruyantes. Les voitures qui y circulent sont innombrables, mais il y a aussi une quantité' de petits industriels qui ne peuvent faire de commerce que sur la voie publique, et qui sont obliges d'attirer bruyamment l'attention du public sur eux. De là des cris de toute sorte, quelques uns originaux, la plupart discordants et inintelligibles. Et ce ne sont pas seulement des marchands de denrées alimentaires, mais encore des marchands de vieux habits , des vitriers , des raccommodeurs de faïence, des étameurs, des fontainiers, etc., jusqu'à des tondeurs de chiens , chacun prétendant vivre de son métier et s'ingéniant à y réussir, car la concurrence est grande dans la rue comme ailleurs. A ces bruits s'ajoutent encore ceux des cornets des tramways et des cris imprévus comme ceux des marchands de journaux dans les cas d'événements exceptionnels ou à l'apparition d'une nouvelle feuille.
Selon qu'il viendra de l'Est ou de l'Ouest, du Nord ou du Midi, l'étranger remarquera du reste encore une foule de particularités et d'usages en contradiction avec ceux de son pays. Les excentricités sont cependant rares, car le bon goût des Parisiens les empêche de se produire ou de réussir. Une promenade sur les boulevards , au milieu de la foule affairée ou curieuse qui s'y presse, en dira vite plus que ne sauraient faire de longues phrases.
Le but de cette esquisse étant seulement d'aider l'étranger à se familiariser avec Paris dès son arrivée , il n'y a pas lieu d'entrer dans plus de détails. Des jugements sur les beautés et les curiosités de la ville seraient ici déplacés. Notre rôle consiste du reste plutôt à y conduire, en disant : «voyez et jugez».
Quant à la population parisienne , il serait encore bien plus hors de propos et plus difficile de vouloir la juger ici. Nous avons déjà, dans l'introduction historique , dit un mot de son esprit remuant et indépendant. On l'accuse de légèreté, et elle mérite ce reproche jusqu'à un certain point. Cependant elle est moins légère au fond qu'en apparence. Dans tous les cas, il ne faut pas oublier que Paris est , comme toute capitale , le refuge de bien des gens qui y viennent chercher une vie plus facile que dans leurs provinces ; il ne faut pas oublier que l'élément cosmopolite y est nombreux et influe sur les mœurs.
Du reste, à côté de ceux qui n'y vivent que pour le plaisir ou par le plaisir, la population parisienne comprend une multitude de gens dévoués aux lettres , aux sciences et à l'humanité , et surtout une classe nombreuse de travailleurs très-actifs et des plus habiles, comme le prouvent partout les étalages des magasins. •
La population parisienne mérite en général la confiance des étrangers. Elle est habituée à les voir, elle sait les égards qu'elle