‹ Paris et ses environs suivis d'excursions diversesChapitre 56 sur 285 · I. PLACE DE LA BASTILLE. COLONHE DE JUILLET · texte numérisé non relu

I. PLACE DE LA BASTILLE. COLONHE DE JUILLET

La place de la Bastille (pi. R. 25; V), communément appelée la Bastille, était autrefois occupée par la bastille St- Antoine, forteresse construite de 1371 à 1383, sous les rois Charles V et Charles VI, et laissée debout lorsqu'on avait rasé les anciennes fortifications sous Louis XIV (emplacement exact, v. p. 58). Elle se composait de huit grosses tours rondes, d'environ 24m. de hauteur, reliées par des courtines presque aussi hautes et enveloppées dans une seconde enceinte de murailles, que précédaient des fossés de 26 m. de largeur et 8 m. de profondeur. Outre qu'elle commandait le cours de la Seine et tenait en respect le quartier populeux et remuant de St-Antoine, cette forteresse était devenue avec le temps une prison dans laquelle on enfermait les personnes de qualité arrêtées pour raison d'Etat et les grands criminels, mais plus souvent encore les victimes du despotisme, des intrigues de cour, des vengeances personnelles de favoris, qui se faisaient donner par le roi de ces fameuses «lettres de cachet», avec lesquelles on incarcérait sans formes et sans jugement. Cette prison odieuse a acquis enfin une célébrité historique par sa destruction, le 14 juillet 1789, au commencement de la Révolution française , qui date de là ses grandes réformes.

Le bruit s'était répandu que les régiments postés à St-Denis marchaient sur Paris et que les canons de la Bastille étaient braqués sur la rue St-Antoine. Il n'en fallut pas davantage pour pousser enfin le peuple vers la forteresse; la ville retentit du cri: cA la Bastille! à la Bastille ! > et Ton s'y porte en armes de toutes parts. Les ponts étaient levés comme en temps de guerre; le gouverneur, Delaunay, sommé de les baisser, s'y refuse, bien qu'il ne soit pas en état de résister longtemps, la garnison ne se composant que de 138 hommes, dont un tiers d'invalides. Cependant les flots de la foule grossissent et son impatience ne se contient plus ; deux hommes s'élancent hardiment vers le pont-levis et en brisent les chaînes à coups de hache. Les assiégeants se précipitent de là vers le second pont pour l'abattre de même, mais la garnison fait une première décharge. L'ardeur de l'attaque devient alors de l'acharnement et des gardes françaises survenant avec du canon, le combat change de face. Delaunay veut faire sauter la forteresse, la garnison l'en empêche et le presse de se rendre. On parlemente, les plus avancés des assaillants promettent de ne faire aucun mal, le pont se baisse et le peuple est maître de la Bastille. Furieux d'une résistance de plus de quatre heures , les vainqueurs ne veulent plus entendre parler de clémence envers ceux qui ont cfait feu sur leurs concitoyens» ; une partie des invalides et des Suisses sont sauvés à grand'peine par les gardes françaises , les autres périssent massacrés avec le gouverneur.

La Bastille fut ensuite complètement rasée ; de ses pierres , on en fit

Col. de Juillet. 1. LES BOULEVARDS. 57

des modèles qui furent envoyés dans les départements (il y en a un au musée Carnavalet), et le reste servit à achever le pont de la Concorde.

La rue du Faubourg- St- Antoine , qui débouche sur la place à TE., fut de son côté le théâtre d'un des épisodes les plus sanglants de la révolution de 1848. Les insurgés de juin y avaient leur plus forte barricade , qu'on ne put prendre qu'avec de la grosse artillerie. Le troisième jour du combat, le 23 juin 1848, Mgr. Affre, archevêque de Paris, qui voulait exhorter les insurgés à faire la paix, y fut tué d'un coup de fusil.

Enfin, en mai 1871, la place de la Bastille fut une des dernières positions où se retranchèrent les insurgés, qui en avaient fermé tous les abords par des barricades formidables. Les troupes finirent cependant par l'enlever, le 25,. après un combat désespéré.

Dès 1789, il avait été question de décorer cette place à peu près comme nous la voyons aujourd'hui, car le Tiers-Etat avait demandé lui-même, au mois de mai, la destruction de la Bastille et l'érection, sur son emplacement, d'une colonne portant l'inscription : «A Louis XVI, restaurateur de la liberté publique.» Napoléon Ier voulut ensuite y faire élever une fontaine en bronze en forme d'éléphant, de 24 m. de hauteur, mais son plan ne fut pas non plus exécuté, et après la révolution de Juillet, on reprit le premier projet, pour élever une colonne en l'honneur des victimes de la révolution.

La colonne de Juillet fut érigée, de 1831 à 1840, par les architectes Alavoine et Duc. Sa hauteur est de 47 m. ; elle repose sur un soubassement massif en marbre blanc, de forme circulaire, primitivement destiné à servir de base à l'éléphant de Napoléon. Sur ce soubassement est un socle carré dont chaque côté est orné de 6 médaillons de bronze, représentant la Justice, la Constitution, la Force et la Liberté, et qui supporte le piédestal en marbre de la colonne. Le piédestal lui-même est décoré à l'O. d'un lion passant (symbole du mois de juillet), bas-relief en bronze de Barye, audessous duquel se lit l'inscription: «A la gloire des citoyens Français qui s'armèrent et combattirent pour la défense des libertés publiques, dans les mémorables journées des 27 , 28 et 29 juillet 1830. » A TE. sont les armes de la ville et les dates des lois relatives à l'érection de la colonne, au N. et au S. les dates des combats de juillet 1830, et aux quatre coins des coqs gaulois tenant des guirlandes. Le fût de la colonne même, qui est en bronze, mesure 4 m. de diamètre. Il est en partie cannelé et divisé par des anneaux en cinq tambours, sur lesquels sont inscrits les noms des 615 victimes de Juillet. Au-dessus du chapiteau s'élève une sorte de lanterne que couronne un Génie de la Liberté en bronze doré, d'après J. Dumont, debout sur un pied, tenant d'une main le flambeau de la civilisation et de l'autre les chaînes brisées de l'esclavage.

On peut aussi visiter les caveaux sous la colonne (pourb.). Il y en a deux, qui contiennent chacun un sarcophage de 14 m. de long et 2 m. de large, renfermant les restes des victimes de Juillet, auxquels on ajouta en 1848 ceux des victimes de Février. Les caveaux furent rouverts dans le même but en mai 1871, et de plus remplis de poudre et de matières combustibles, ainsi que des bateaux sur le canal, en vue "de faire sauter la colonne et de convertir tout le quartier en un monceau de ruines. On mit le feu aux combustibles, mais la poudre avait été retirée pour servir

58 1. LES BOULEVARDS. B.Beaumarchais.

k la défense de la place, de aorte qu'il n'y eut pas de dommages sérieux. La colonne, que des boulets avaient percée alors en de nombreux endroits, fut restaurée bientôt après.

A Timtékiedr de la colonne, un escalier commode, de 238 marches, conduit au sommet; çà et là se trouvent des têtes de lion, dont les gueules laissent pénétrer la lumière. Très-belle vue du sommet sur Paris, notamment sur le Père-Lachaise (p. 175). On donne quelques sous de pourboire au gardien.

Au N. de la place de la Bastille sont le boulevard Beaumarchais (v. ci-dessous) et le boulevard Richard- Lenoir. Ce dernier, le plus large, est établi sur une voûte couvrant le canal &t- Martin (p. 193), qui communique au S. avec le bassin nommé la gare de V Arsenal, et par là avec la Seine, en face du Jardin des Plantes (p. 260). Des bateaux passent sous cette promenade, et souvent on voit sortir la fumée des remorqueurs par des soupiraux, au milieu des petits jardins qui décorent le boulevard.

Au S.-O., le nouveau boulevard Henri IV, dans Taxe duquel le dôme du Panthéon (p. 232) forme une magnifique perspective. C'est dans l'angle de la place entre ce boulevard et la rue St-Antoine que se trouvait la forteresse de la Bastille , dont l'emplacement a été marqué sur le sol à l'aide de pavés d'une autre couleur, comme celui du château fort de Philippe- Auguste dans la cour du Louvre. Une partie de cet emplacement est occupée par les maisons voisines.

Au S.-E., la gare de Vineennes (p. 25). Cette place est une station importante de tramways et d'omnibus : v. l'appendice et le plan-itinéraire. Restaurant, v. p. 11.

n. DE LA BASTILLE AU BOULEVARD MONTMARTRE. Plaoe de la République. Portes St-Martin et St-Denis. La Bourse.

Le premier des grands boulevards au N. de la Bastille est le boulevard Beaumarchais (pi. R. 26 ; III, V), le plus long, mesurant environ 700 m. Il est ainsi nommé en l'honneur du célèbre écrivain Caron de Beaumarchais (m. 1799), qui avait ici une grande propriété. A g. , n° 23, derrière une grille, le petit hôtel qu'habita Ninon de Lenclos (m. 1706). A côté, n° 25, les Fantaisies-Parisiennes, ancien théâtre Beaumarchais. Ensuite, à g. , la rue des Vosges, qui vient de la place du même nom (p. 205). Puis la rue des Tournelles, ainsi nommée d'après l'ancien palais mentionné aussi

La rue St-Claude, un peu plus loin du même côté, conduit à l'église St-Deniê-du-St- Sacrement , dans la rue de Turenne. Cest un édifice peu remarquable de style néo-grec, construit sous la Restauration, sur remplacement de l'ancien hôtel de Turenne. On y remarque, dans le chœur et dans les chapelles aux deux extrémités, des peintures de Pujol, Court, Picot, Decaisne et Eug. Delacroix, surtout la Pietà de ce dernier, dans la chapelle à dr. de rentrée, malheureusement fort mal éclairée.

Le boulevard des Filles-du-Calvaire (pi. R. 26; III), qui vient ensuite, n'a que 300 m. Il doit son nom à un couvent fondé en 1633, par le Père Joseph, confesseur de Richelieu, et supprimé

PI. de la Républ. 1. LES BOULEVARDS. 59

en 1790. A l'extrémité de ce boulevard , à dr. , se voit le cirque <£ Hiver (p. 35).

A cet endroit commence le boulevard du Temple (pi. R. 27; III), long de 500 m., ainsi nommé parce qu'il est près de l'ancien quartier du Temple (v. ci-dessous). Il s'est appelé* pour un temps boulevard du Crime , à cause des nombreux théâtres mélodramatiques qui s'y trouvaient, et il était alors plus animé* que maintenant; il fut même jadis la promenade à la mode , quand le centre de Paris était moins à l'O. La maison n° 42 , au renfoncement à dr., a é"té" construite sur l'emplacement de celle d'où, le 28 juillet 1835 , Fieschi attenta aux jours de Louis - Philippe avec une machine infernale. Le roi ne fut pas atteint, mais quinze personnes furent frappées à mort dans sa suite et dans la foule, entre autres le maréchal Mortier. Plus loin à g., le théâtre Déjazet (p. 34).

Le boulevard du Temple aboutit à la place de la République (pi. R. 27; IIT)t l'ancienne place du Château-cFEau , qui subit depuis 1880 une transformation complète et doit devenir une des plus belles de Paris. Au milieu va être érigée une statue de la République de 7 m. de haut, en bronze, sur un piédestal très- élevé, entouré des statues assises de la Liberté, l'Egalité et la Fraternité, et dont le socle sera décoré de bas-reliefs en bronze représentant des épisodes de la grande révolution. Ce monument colossal, par les frères Morice, formera perspective à l'extrémité des boulevards et des rues qui aboutissent à la place (v. ci-dessous), et il se verra de fort loin. De chaque côté sont deux allées de beaux platanes, transplantés tels qu'on les voit à la fin de 1880. Il n'y en avait auparavant aucun dans la partie 0. , où se trouvait une grande fontaine. Entre ces arbres doivent être placés des jets d'eau et toute la place sera entourée, comme la place de la Concorde (p. 71), de mâts, de colonnes rostrales et de candélabres. Des deux grands bâtiments à dr. ou au N.-E., le premier, les anciens Magasins- Réunis, est occupé maitenant par diverses industries, un café, etc., le second est la grande caserne du Prince- Eugène, qui peut contenir 3,235 hommes.

De la place de la République rayonnent diverses rues importantes: au S.-E. , le boulevard Voltaire (p. 174.); à l'E. , l'avenue de la République, ancienne av. des Amandiers (p. 174); au N.-E., la rue du Faubourg-du- Temple, qui mène à Belleville (p. 184) ; au N.-O., le boulevard de Magenta, qui passe devant les gares de l'Est et du Nord et s'étend jusqu'à Montmartre; au S.-O., la vieille rue du Temple , qui va jusqu'à l'Hôtel-de- Ville, et un peu plus bas à dr. la grande rue de Turbigo , qui descend tout droit aux Halles Centrales (p. 168).

A 1"0., entre la rue de Bondy et la rue du Château-d'Eau, près des Foliea-Dramatiques (p. 60), le Grand Panorama National, encore inachevé, oli Ton verra la représentation du siège de Belfort, par Castellam.

An 8., à peu de distance dans la rue du Temple, à coté dm» square qui doit être orné d'une statue de Béranger, le maroné du Temple,

60 1. LES BOULEVARDS. Porte St-Martin.

qui a remplacé de nos jours les baraques de bois de l'ancien marché aux hardes, beaucoup plus important et surtout plus original. Celui d'aujourd'hui est une belle halle qui a 14,000 m. carrés de superficie et comprend environ 2,400 boutiques. Là se trouvait jadis le Temple, principale maison des Templiers en France, bâtie en 1212, et dont la grosse tour fut destinée, après la suppression de Tordre, en 1312, à garder le trésor des rois de France. C'est dans cette tour du Temple que la famille royale fut tenue prisonnière en 1792 et 1793: elle a été démolie en 1811.

Le grand et bel édifice moderne derrière le square est la mairie du III* arrondissement (Temple).

En deçà du marché, presque en face, se voit l'église Sie- Elisabeth, du xvii» s., mais agrandie en 1826. Les fonts en marbre blanc, à dr. de l'entrée, sont de 1654. La petite coupole du chœur est décorée d'une Apothéose de Ste Elisabeth par Alaux. Il y a d'autres peintures dans le pourtour du chœur, mais surtout de belles boiseries du xvie s., provenant d'une église d'Arras. Les sujets, tirés de la Bible, sont malheureusement petits et très-mal éclairés.

Au no 15 de la rue Notre-Dame-de-Nazareth , plus près de la place de la République, une synagogue construite en 1862. La façade, des style oriental et byzantin, est en partie masquée par une sorte de vestibule.

Le boulevard St-Martin (pi. R. 27, 24 ; III), qui fait suite à la place de la République, a 650 m. de longueur. Il occupe une éminence qui a été nivelée au milieu en 1845 , pour faciliter la circulation, tandis que les trottoirs sont restés à leur hauteur primitive. A dr., plusieurs théâtres : les Folies- Dramatiques, V Ambigu- Comique, le théâtre de la Porte- St-Martin, incendié par les communards et rebâti en 1873, et le théâtre de la Renaissance (v. p. 33 et 34).

La porte St-Martin, arc de triomphe de 17 m. 50 de haut et de large et 4 m. 50 d'épaisseur , fut érigée en 1674 en l'honneur de Louis XIV, sur les plans de P. BelleU Elle est percée d'une grande arcade et de deux, petites. Les pieds-droits et les archivoltes des portes sont en bossages vermiculés. Inscription au S : «Ludovico Magno, Vesontione Sequanisque bis captis, et fractis Germanorum, Hispanorum, Batavorumque exercitibus » (à Louis le Grand, qui prit deux fois Besançon et la Franche - Comté, et défit les Allemands, les Espagnols et les Hollandais). Les bas-reliefs, par Dujardin et G. Marsy , représentent la prise de Besançon et la triple alliance. Inscription au N. : «Ludovico Magno, quod Limburgo capto, impotentes hostium minas ubique repressit» (à Louis le Grand, qui sut, après la prise de Limbourg, réprimer partout les menaces impuissantes de l'ennemi). Les bas-reliefs, par le Hongre et Legros père , représentent la prise de Limbourg et la défaite des Allemands.

Après le boul. St-Martin, le boulevard St-Denis (pi. R. 24; ///), qui n'a que 250 m. de longueur. Les superbes rues qui débouchent un peu plus loin à g. et à dr. , sont le boulevard de Sébastopol et le boulevard de Strasbourg ; ils forment, avec les boulevards du Palais (p. 211) et St- Michel (p. 221), une des principales artères de Paris, le traversant du N. au S., sur une longueur d'environ 4,500 m. Sur le boul. de Strasbourg, quelques cafés-concerts

Porte 8t-Denis. 1. LES BOULEVARDS. 61

et de petits théâtres (v. p. 34 et 36), et à l'extrémité la gare de l'Est (p. 192). Dans Taxe du boni, de Sé*bastopol, le dôme du tribunal de commerce (p. 214). A environ 200 m., sur la gauche du boulevard, le square des- Art s-et- Métiers, devant le Conservatoire de ce nom (p. 171).

La porte St-Denis fut élevée deux ans avant la porte St-Martin, sut les plans de Franc. Blondel , en l'honneur des triomphes de Louis XIV en Hollande et en Allemagne. Elle a 24 m. 65 de hauteur, sur 25 de largeur et seulement 5 m. d'épaisseur, et elle n'est percée que d'une seule ouverture de 15 m. 35 de haut sur 8 m. de large. Cependant elle est plus remarquable que la porte St-Martin. Les pieds-droits ont sur les deux faces des obélisques engagés, recouverts de trophées militaires. Dans le bas des obélisques de la face principale, à dr., la Hollande vaincue et un lion mort; à g., le dieu du Rhin. Le bas-relief au-dessus de l'arc, du même côté, représente le passage trop vanté du Rhin par Louis XIV, près d'Emmerich, le 12 juin 1672. Le bas-relief de l'autre face représente la prise de Maastricht. Toutes les sculptures ont été exécutées par les frères Anguier, sur les dessins de Girardon.

Comme la porte St-Martin , la porte St-Denis fut témoin de combats sanglants en juillet 1830, en juin 1848 et en mai 1871.

La porte est bâtie entre la rue du Faubourg- St-Denis et la rue St-Denis , une des plus anciennes et naguère encore une des plus importantes artères de Paris. La première rue à dr. de la seconde, la rue dAhoukir, conduit directement à la place des Victoires (p. 168). La foule et le bruit augmentent à mesure qu'on avance; les magasins deviennent plus riches , leurs étalages plus élégants ; les maisons sont couvertes d'une multitude d'enseignes dorées.

Au boulevard St-Denis succède le boulevard Bonne-Nouvelle (pi. R. 24; 17), long de 350m. A dr., n°20, le bazar delà Ménagère (p. 39); la rue d Hauteville, à l'extrémité de laquelle on aperçoit l'église St-Vincent-de-Paul (p. 191); le théâtre du Gymnase (p. 32), nouvellement restauré et embelli, etc.

Vient ensuite le boulevard Poissonnière (pi. R. 24, 21 ; ///), qui a également 350 m. de longueur. Il commence à dr. à la rue du Faubourg - Poissonnière , qui va jusqu'au boulevard de Rochechonart, et à g. à la rue Poissonnière, que prolongent la rue des Petits-Carreaux et la rue Montorgueil, menant aux Halles Centrales (P- 168).

Dans la rue du Faubourg-Poissonnière, n° 15, se trouve le Conservatoire de musique et de déclamation , fondé en 1T84 et destiné à former des sujets pour les théâtres nationaux. Il compte environ 70 professeurs et 600 élèves proprement dits , plus 200 auditeurs. Les élèves n'y sont admis qu'à la suite d'un concours, mais renseignement y est gratuit. Ceux qui en sortent avec le grand prix ont pendant quatre ans une pension de 3,000 fr., avec l'obligation de voyager en Italie et en Allemagne pour se perfectionner dans leur

62 1. LES BOULEVARDS. B. Montmartre.

art. Le Conservatoire possède un musée instrumental très-précieux et une riche bibliothèque spéciale. Pour les coucerts du Conservatoire, v. p. 35.

Le musée instrumental, dans la seconde cour ou la cour du côté de la rue du Conservatoire, d'où Ton peut y entrer, est ouvert gratuitement au public le jeudi de midi à 4 h. et visible encore le lundi aux mêmes heures pour les étrangers. Il existe un catalogue (1 fr. 50), par M. Chouquet, le conservateur du musée, qui donne du reste lui-même toutes sortes de renseignements avec la plus grande complaisance. Il y a là beaucoup d'instruments remarquables par leur ancienneté, par leur rareté, par leur perfection comme œuvres d'art ou au point de vue historique. La collection des luths, de chaque côté de la porte, dans la 2e salle, passe pour une des plus précieuses. Les plus riches instruments sont dans les vitrines du milieu.

Un peu plus loin, au coin de la petite rue Ste-Cécile et de la rue du Conservatoire, l'église St-Eugène, édifice du style goth. élevé en 1864-55, sur le plans de M. Boileau. L'intérieur est original ; les piliers sont remplacés par des colonnes en fonte, et il y a des tribunes de chaque côté. Tout y est couvert de peintures et de dorures dans le style du xme s., et les fenêtres ont de beaux vitraux.

Sur le boulevard, à dr. : n° 14, le Dock du Campement (articles de Voyage, p. 39), dans la maison du Pont-de-Fer, ainsi nommée à cause d'un pont jeté au-dessus de sa cour, plus basse que le boulevard. Un peu plus loin du même côté, la petite rue de Rougemont, au bout de laquelle on reconstruit l'hôtel du Comptoir dïEscompte.

N° 30 , le superbe magasin de bronzes de Barbedienne et Cie (p. 39); n° 32, le restaurant Brébant (p. 11). A g., n° 27, le bazar de V Industrie (p. 39).

Le boulevard Montmartre (pi. R. 21 ; III), long de 250 ni. seulement, commence à g. à la rue Montmartre et à dr. à la rue du Faubourg-Montmartre, l'une et l'autre excessivement animées. En février 1848 et en mai 1871 la rue du Faubourg-Montmartre était barrée à son débouché sur les boulevards par une forte barricade.

A peu de distance, n° 170, les magasins de nouveautés de la Ville de Paris. Un peu plus loin à dr., la rue Notre-Dame des Victoires, qui passe derrière la Bourse (p. 65). Plus bas dans la rue Montmartre, n° 123, les bureaux du journal la France, avec sa salle des Nouvelles, où Ton peut voir imprimer le journal de 4 à 6 h. du soir, sur une presse rotative Marinoni, livrant à l'heure 20,000 exemplaires imprimés, coupés et comptés. — La rue Montmartre aboutit de ce côté aux Halles Centrales (p. 168).

Les cafés (p. 16) et les restaurants (p. 11) deviennent plus nombreux sur le boulevard Montmartre, les magasins plus riches. Du côté gauche , le théâtre des Variétés (p. 32) ; puis le passage des Panoramas, en face duquel est le passage Jouffroy, tous deux occupés par de beaux magasins. Ces galeries regorgent souvent de promeneurs, même lorsqu'il fait beau, particulièrement le soir (restaur., v. p. 13). De chaque côté de l'entrée du passage Jouffroy, des cafés superbes. Plus loin, à g., la rue Vivienne, qui conduit à la Bourse (v. ci-dessous) et au Palais -Royal (p. 77); au n° 19, un des magasins de QoupU et C*« (gravures, p. 40), et enfin \$ rue de Richelieu (p. 184).

La Bourse. 1. LES BOULEVARDS. 63

A quelques minutes , au S. du boulevard Montmartre , sur la place du même nom , s'élève *la Bourse (pi. R. 21 ; //), palais commencé* en 1808 par Brongniart, et achevé* en 1826 par Labarre. C'est un bel édifice de style gréco-romain, la reproduction du temple de Vespasien à Rome, long de 69 m., large de 41 et haut de 30, avec un péristyle composé* de 66 colonnes corinthiennes, de 10 m. de haut sur 1 de diamètre. Il est entouré* d'une grille et on y monte à chaque extrémité" par un perron de 16 marches. Aux angles s'élèvent quatre statues allégoriques assises : devant la façade principale, le Commerce, par J. Dumont , et la Justice consulaire, par Duret ; de l'autre côté, *rindustrie par Pradier, et l'Agriculture, par Beurre.

La grande salle, où se font les opérations, a 32 m. de long sur 18 de large et autant de haut. Elle est entourée de galeries au rezde-chaussée et au premier étage. On n'y remarque, comme ornement, que les grisailles des voussures du plafond, par Abel de Pujol et Meynier, si bien peintes qu'on les prendrait pour des bas-reliefs. Elles représentent l'inauguration de la Bourse par Charles X, la France recevant les tributs des cinq parties du monde, l'union du commerce des sciences et des arts, et les principales villes de France. La Bourse ouvre à midi, les jours non fériés, et l'entrée en est libre. C'est alors que le mouvement commence et que de nombreuses voitures y arrivent de toutes parts. Cependant la salle n'est bien animée qu'à partir de midi et demi , et les opérations ne commencent en réalité qu'à ce moment. L'agitation déjà considérable sous le péristyle , les cris des commis d'agents et des particuliers qui y font des affaires (coulisse des valeurs en banque), ne sont rien en comparaison de ceux qui s'entendent à l'intérieur. Une foule compacte de spéculateurs se presse dans la salle, à l'extrémité de laquelle est le parquet, endroit isolé par une grille et réservé aux agents de change. Au milieu de cette partie de la salle se trouve la corbeille, une grille ronde autour de laquelle se placent les agents, pour s'offrir ou s'acheter les valeurs qu'ils sont chargés de négocier. D'autres groupes, surtout dans le voisinage du parquet, sont occupés à prendre leurs notes, ou à faire également des affaires. Souvent on voit des spéculateurs faisant remettre leurs ordres aux agents. A dr. , en deçà de la corbeille, le marché au comptant, près des employés qui notent les cours, annoncés à haute voix dès qu'il se fait une affaire. A g. , au fond de la galerie, la coulisse de la rente.

C'est du haut de la galerie, où l'on arrive par des escaliers dans le vestibule, qu'on se rend le mieux compte du mouvement de la foule qui encombre toujours la salle. Le vacarme, les vociférations et les gestes passionnés de ce. monde font une impression pénible sur le spectateur désintéressé. On croirait qu'ils vont en venir aux mains ; on ne distingue tout au plus que les cris : «fai ... ; qui est ce qui a . . . ? je vends ... ; je prends ...»

64 1. LES BOULEVARDS. La Bourse.

On comprendra du reste cette animation quand on se sera fait une idée de l'importance des affaires qui se traitent à la Bourse. En principe, les titres devraient s'y négocier seulement au comptant, mais les négociations à terme y sont beaucoup plus considérables. De nombreux spéculateurs y vendent des quantités considérables de titres qu'ils n'ont pas et ne sauraient même souvent se procurer, ou en achètent sans s'obliger à en prendre livraison, ayant uniquement en vue de bénéficier des différences de cours à la liquidation, autrement dit beaucoup jouent à la Bourse, y font de l'agiotage, et c'est là ce qu'il y a d'immoral dans les opérations de Bourse. D'un autre côté, il faut le reconnaître, la Bourse a contribué pour beaucoup aux grands progrès économiques réalisés depuis le commencement de ce siècle. C'est elle en grande partie qui a rendu possibles rémission de fonds d'Etat pour des milliards a la fois, la création des chemins de fer, de vastes entreprises industrielles, de grands établissements de crédit, etc. En 1816, pour ne pas remonter plus haut, les opérations de la Bourse de Paris portaient seulement sur 3 ou 4 milliards ; aujourd'hui que le capital de la dette publique approche à lui seul de 20 milliards, que celui des chemins de fer, des sociétés industrielles, des établissements de crédit, des dettes municipales, etc., n'est sans doute pas inférieur, et qu'il faut encore y ajouter ceux des nombreuses valeurs étrangères émises ou se négociant à Paris, cette Bourse peut facilement spéculer sur 50 milliards d'effets. Sans doute une partie des titres sont classés et ne reparaissent plus que rarement sur le marché, mais beaucoup sont aussi à l'état flottant et donnent lieu annuellement à de nombreuses transactions. l»u reste, comme nous l'avons dit, la quantité de titres disponibles importe peu aux joueurs, qui ne font, pour ainsi dire, que des paris. 50 milliards au moins servent donc de base aux négociations de la Bourse, et comme ce capital doit évoluer plusieurs fois sur lui-même dans le cours d'une année, on en arrive à conclure qu'à certains jours, le chiffre des affaires se traitant ici peut s'élever au moins à une centaine de millions.

A trois heures, un coup de cloche met fin aux opérations sur les fonds ; les agents de change se réunissent et notent les prix des affaires qu'ils ont faites ; c'est le résultat de ces notes qui constitue le cours du jour, immédiatement imprimé* et livré à la publicité. La salle reste encore ouverte jusqu'à cinq heures , et les courtiers de commerce y viennent alors pour la vérification des cote? des marchandises, dont le cours y est aussi fixé officiellement.

A la place de la Bourse , un peu plus bas que le palais, commence la belle rue du 4 Septembre, qui mène directement à la place de l'Opéra (p. 66). La Compagnie de l'éclairage, redoutant la concurrence de la lumière électrique (v. p. 66), y fait depuis ces années dernières des essais d'éclairage perfectionné , avec d'énormes foyers de gaz qu'on remarquera aussi en d'autres endroits. La rue Vivienne, qui vient du boul. Montmartre et passe devant la Bourse, mène plus loin au Palais -Royal (p. 77), en passant derrière la Bibliothèque Nationale (p. 184).

in. DU BOULEVARD MONTMARTRE A LA MADELEINE. L'Opéra.

Le "boulevard des Italiens (pi. R. 21 ; III, 77), qui commence à g. à la rue de Richelieu, où est peint le buste du cardinal, et à dr. à la rue Drouot (p. 189), est le plus distingué et le plus animé de tous les boulevards, en quelque sorte le boulevard par excellence. Sa longueur est de 550 m. ; son nom lui vient de l'ancien théâtre

L'Opéra. 1. LES BOULEVARDS. 65

des Italiens, du temps où il était là où est aujourd'hui TOpéra- Comique (v. ci-dessous). Les cafés et les restaurants les plus brillants, le café Cardinal, n° 1 ; le café Riche, 16; la Maison Dorée, 20; le café Tortoni, 22; le café du Helder , 29, etc., y alternent avec les plus beaux magasins d'objets de premier choix. Les étages supérieurs d'un certain nombre de maisons sont occupés par des clubs ou des .cercles. — A dr. (côté N.), le passage de l'Opéra, ainsi nommé parce qu'il conduisait à l'ancien Opéra, détruit par un incendie au mois d'oct. 1873. Il se compose de deux galeries partant du boulevard, la galerie de V Horloge et la galerie du Baromètre . Plus loin à dr., la rue le Peletier , où eut lieu le 14 janv. 1858 l'attentat d'Orsini , dirigé contre la vie de Napoléon III. Les rues suivantes, les rues Laffitte, Taitbout et de la Chaussée- d'Antin, sont principalement habitées par la haute finance et aussi par des savants et des artistes célèbres. C'est au n« 21 de la rue Laffitte que se trouve la maison de banque des Rothschild. Au bout de cette rue s'élève l'église de Notre - Dame - de - Lorette (p. 190), derrière laquelle on aperçoit un peu les hauteurs de Montmartre (p. 190). Au n° 28 du boulevard, le théâtre des Nouveautés (p. 34).

A la rue Taitbout commence le boulevard Hauamann, ainsi nommé en l'honneur du préfet de la Seine sous lequel se sont faites dans Paris les grandes transformations du second empire. Il n'y en a plus que 300m. environ à percer pour le prolonger jusqu'au boulevard Montmartre et en faire le chemin le plus direct de cet endroit au bois de Boulogne, mais cela doit entraîner une dépense de 25 à 30 millions. Ce boulevard, trèsbien bâti, passe derrière l'Opéra (v. ci-dessous), à la chapelle expiatoire (p. 200) et non loin de St-Augustin (p. 200).

Du côté g. du boulevard, en face du passage de l'Opéra, le passage des Princes, qui tourne à g. et débouche dans la rue de Richelieu. Plus loin, la rue Favart et la rue Marivaux, entre lesquelles se trouve V Opéra- Comique (p. 32), dont la façade est plus bas, sur la place Boïeldieu. Puis la rue de Grammont, le grand immeuble du Crédit Lyonnais, le s,eul sans magasin au rez-de-chaussée, et la rue de Choiseul, par laquelle on va au passage du même nom. A l'extrémité du boulevard, n° 33, le magasin d'alfénide de Christofle, dans le pavillon de Hanovre, construit en 1760 par le maréchal de Richelieu.

A la rue de la Chaussêe-d' Antin (côté dr.), à l'extrémité de laquelle on aperçoit l'église de la Trinité (p. 195), commence le ^boulevard des Capucines (pi. R. 21, 18; //), long de 500 m. A dr., au coin, le théâtre du Vaudeville (p. 32), puis le café Américain, avec l'hôtel du même nom ; n° 8 , les splendides étalages de la Grande Maison de Blanc (p. 40) et le riche magasin de maroquinerie de Klein (p. 41).

Ensuite la *placb db l'Opéra, (pi. R. 18 ; Iî), traversée par le boulevard des Capucines et d'où rayonnent encore cinq larges rues. Du côté S., à dr., la rue de la Paix, avec ses riches magasins et au bout de laquelle on aperçoit la colonne Vendôme (p. 75); au milieu, la magnifique. *avenue de V Opéra, achevée depuis 1878, qui con-

Bjbdkkkr, Paris, 6e édition. '^Ô^^

66 1. LES BOULEVARDS. V Optra.

duit à la place du Théâtre - Français (p. 79) et à l'extrémité* de laquelle on aperçoit le dôme du pavillon de Marsan (Tuileries); à g., la rue du 4 Septembre, qui va jusqu'à la Bourse (p. 63). Du côté" N. , sur les côté*s de l'Opéra, la rue Auber et la rue Éalévy. Cette place superbe et l'avenue sont éclairées le soir à la lumière électrique. Suite du boulevard, p. 69.

L'*Opéra (Académie nationale de Musique) , monument splendide sur les plans de Charles Qarnier, a été commencé en 1861 et achevé seulement à la fln de 1874. C'est le plus vaste théâtre du monde, quoique l'Opéra de Vienne, les théâtres de la Scala, à Milan, et de San-Carlo, à Naples, aient un plus grand nombre de places; il occupe une superficie de 11,237 m. carrés. Il est isolé, et il forme une magnifique perspective a l'extrémité de l'avenue.

L'emplacement seul a coûté 10,500,000 fr. et les frais de construction se sont élevés à 36,500,000 fr. Il y a eu d'abord de grandes difficultés à surmonter, car il a fallu creuser jusqu'à 15 m. au-dessous du niveau des eaux, et Ton a rencontré un véritable courant d'eau, qui a nécessité l'emploi de huit pompes à vapeur, nuit et jour, pendant sept mois. Il est entré excessivement peu de bois dans toute la construction, et il n'est sorte de marbre qui n'y ait été employée : griotte, jaune fleuri, granit des Vosges, brocatelle du Jura, brèche d'Alep, sarrancolin des Pyrénées, onyx d'Algérie, noir de Dinant, granit d'Aberdeen, vert de Jœnkœping (Suède), porphyre rouge de Finlande, marbre de Carrare, jaune de Sienne, brèche de Sicile, vert de Gênes, bleu turquin, etc.

La *façadb pbincipale , à laquelle on a reproché de manquer d'élévation, se compose d'abord d'un soubassement percé de 7 arcades. Contre les pieds -droits se trouvent 4 groupes et 4 statues, savoir, en commençant par la gauche: la Poésie lyrique, par Jouffroy ; la Musique, par Guillaume; l'Idylle, par Aizélin; la Déclamation, par Ckapu; le Chant, par Dubois et Vatrinelle; le Drame, par Falguiere; la *Danse, par Carpeaux, groupe d'une exécution parfaite, mais qui a soulevé une ardente polémique, à cause de son caractère très-sensuel, et le Drame lyrique, par Perraud. On voit au-dessus de ces statues des médaillons de Bach, Pergolèse, Haydn et Cimarosa. Au premier étage règne une loggia avec une colonnade corinthienne, composée de 16 grands fûts monolithes accouplés, en pierre, hauts de plus de 10 m. Dans les intervalles, 14 colonnes du même ordre, plus petites, en marbre jaspé, aussi d'une seule pièce et à chapiteaux en bronze doré , encadrent 7 baies à balcons en marbre vert de Suède. Au-dessus de ce petit ordre sont des cartouches avec des bustes en bronze doré de grands compositeurs. La façade se termine par un attique richement sculpté et bordé de masques de théâtre aussi dorés. Il y a aux deux angles des avant-corps à frontons circulaires , surmontés de groupes dorés de dimensions colossales, par Oumery, la Musique et la Poésie avec les Muses et les Renommées. Au centre de l'édifice s'élève une coupole peu saillante, derrière laquelle est un immense fronton triangulaire, décoré au centre d'un Apollon avec une lyre dorée, par A. MiUet, et sur les côtés de deux Pégases par Lequesne. • — Aux façades latéraxbs

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on remarque surtout des pavillons, celui du côté gauche, le pavillon d'honneur, avec une double rampe pour les équipages, l'autre l'entrée des abonnés. Il faut faire le tour de ce superbe monument pour se rendre compte de ses dimensions colossales.

•♦L'intérieur est encore plus remarquable que l'extérieur. En entrant par la façade, on se trouve dans un immense vestibule orné des statues de Lnlly, Rameau, Gluck et Hasndel. De chaque côté sont les bureaux et en face le grand **€8calier d'honneur , le chefd'œuvre de M. Oarnier. Simple jusqu'au premier palier, où est l'entrée de l'amphithéâtre et de l'orchestre y il se divise ensuite en deux rampes aboutissant au premier étage. Les marches sont en marbre blanc, les balustres en marbre ronge antique et la main courante en onyx d'Algérie. Ce vaste et superbe escalier est luimême en quelque sorte une salle de spectacle , avec ses balcons à chaque étage , d'où l'on peut contempler la foule qui monte ou qui deseend. Les 30 colonnes qui s'élèvent tout autour, du premier étage jusqu'au troisième balcon, sont des monolithes de marbre sarrancolin. Les fresques du plafond, par M. PiU, représentent, en commençant à dr. : les Dieux de l'Olympe , le Triomphe de l'harmonie, l'Edification de l'Opéra et Apollon sur son char. Au premier étage se trouve le foyer du public, dont nous parlerons plus loin.

La *salle même de l'Opéra ne le cède naturellement pas au reste pour la richesse de la décoration , qui est plutôt excessive. Il y a cinq étages, donnant un total de 2,156 places. Les loges sont divisées en sept travées par huit colonnes énormes dorées et sculptées à la base, qui supportent des arcades à la hauteur du quatrième étage. Des cariatides ornent les tympans, au-dessus desquels régnent une frise lumineuse , des ceils-de-bœuf à grilles en forme de lyre, etc. Les avant-scènes, un peu étroites, sont surtout décorées de cariatides en marbre de couleur et en bronze. Le lustre est une œuvre d'art très-remarquable; il compte 840 becs de gaz entremêlés de lyres et présentant dans le haut comme une couronne de perles. Les peintures du plafond, sur plaques de cuivre concaves, par M. Lenepveu, représentent les Heures du jour et de la nuit éclairées par le Soleil, la Lune, l'Aurore et le Crépuscule.

La scène a 60 m. de hauteur sur 55 de largeur et 25 de profondeur. Elle communique avec le foyer de la danse, dont le fond est une glace de Saint-Gobain de 7 m. de large et 10 m. de haut. Ce foyer a été décoré par M. Boulanger de 20 médaillons, portraits des danseuses les plus célèbres , et de quatre compositions médiocres représentant différentes danses : les abonnés ont le droit d'y entrer.

Le * foyer du public est une autre merveille d'art et de décoration. Il est d'abord précédé d'un avant-foyer, dont la voûte est revêtue de mosaïques par Salviati, d'après M. Cur&on> représentant: Diane etEndymion, Orphée et Eurydice, l'Aurore etCéphale,

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Psyché et Mercure. Le foyer même à 54 m. de longueur, sur 18 de hauteur et 13 de largeur. Il est éclairé par 10 lustres dorés et d'énormes candélabres. 20 colonnes supportent des statues symbolisant les qualités nécessaires à l'artiste, et il y a aux extrémités deux grandes cheminées de marbre à cariatides de couleur, par Thomas et Cordier. Mais le principal ornement de cette vaste galerie, ce sont les peintures de Baudry, qui couvrent, dit-on, une surface de 450 m. carrés. Malheureusement elles sont placées trop haut pour être bien vues , et la richesse excessive des décorations, l'éclat des dorures et des lumières nuisent à leur effet. Au-dessus des portes et des glaces se voient des groupes d'enfants portant les instruments de musique caractéristiques de différents peuples : les cymbales pour les Perses, la lyre et la double flûte pour les Grecs, le cor, la conque et la trompette pour les Romains, l'orgue pour les Allemands, les castagnettes et la guitare pour les Espagnols, le tambour et le cornet pour les Français, la harpe pour les Anglais, le tambourin et la mandoline pour les Italiens , le psaltérion , le sistre et la clochette pour les Egyptiens , le triangle et la darabouka pour les sauvages. Au-dessus de l'entablement, dans 10 voussures : la musique pastorale , figurée par Apollon et Marsyas, Orphée et Eurydice, le Jugement de Paris, l'Eglogue ; la musique guerrière, ou Tyrtée excitant les Spartiates au combat ; la musique religieuse, ou Saùl et David, le Songe de Ste Cécile ; la danse féminine , ou Orphée et les Ménades, Salomé et Hérode, et la danse virile , ou Jupiter et les Oorybantes. Aux pendentifs , entre ces groupes, des figures colossales sur fond d'or représentant 8 muses. Deux grandes voussures aux extrémités complètent cet ensemble : dans l'une, le ^Parnasse, avec Apollon, les Muses, les Grâces et les héros de la musique moderne (dans un coin , trois curieux , le peintre Baudr*, son frère , architecte, et Garnier, qui a construit l'Opéra) ; dans l'autre , les *Poètes de l'antiquité, groupés autour d'Homère , ainsi que les peintres et les sculpteurs qu'ils ont inspirés, avec leurs principales œuvres , et les représentants des plus anciens peuples civilisés. Les compositions du *plafond , la partie la plus brillante , sont divisées en trois parties : sur les côtés , la Comédie et la Tragédie ; au centre la Mélodie et l'Harmonie s'élevant ensemble dans le ciel.

A chaque extrémité du foyer est un salon octogone, avec trois grands tympans et un plafond ovale. Les peintures de celui de droite, la Musique et les Dieux de l'Olympe sont de M. Barrias ; celles du salon de gauche, moins bien réussies, de M. Delaunay. Ensuite vient encore, de chaque côté, un salon plus petit, avec des plafonds par Clairin. — Du côté g. se trouve aussi le buffet, décoré par Clairin, Thirion, Escalier et Dues, sur les données de Ch. Garnier, et pour lequel la manufacture des Gobelins a exécuté huit tapisseries : le Vin, les Fruits, la Chasse, la Pêche , la Pâtisserie, les Glaces, le Thé et le Café. — La visite du foyer du public est

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permise dans le jour le dimanche, de 9 h. du matin à 2 h., aux personnes munies d'une autorisation de la direction des Beaux- Arts, rue de Valois, 3, ou de l'administration de l'Opéra.

On ne devra pas oublier non plus de voir, sous le grand escalier, le bassin de la Pythie , avec un jet d'eau et une Pythie en bronze assise sur un trépied, par Marcello, de son vrai nom la duchesse de Colonna di Castiglione.

Sur le reste du boulevard des Capucines au delà de l'Opéra, à dr. le Grand-Hôtel (p. 4), aveo le café de la Paix et le magasin de gravures et photographies de Martinet, puis la rue Scribe, avec l'hôtel du même nom (p. 4). Du côte* g., au coin de la place de l'Opéra, le ba%ar du Voyage ; plus loin, n° 37, les riches étalages de la Compagnie Lyonnaise (soieries), et, n° 43, le magasin de Qiroux fp. 42). Le boulevard des Capucines se termine à g. à la rue des Capucines, où l'on voit à dr. , n<> 17, l'hôtel du Crédit Foncier. Cette rue aboutit près de la place Vendôme (p. 75) et se prolonge, par la rue des Petits-Champs, jusqu'à la place des Victoires (p. 168), en passant au Palais-Royal (p. 77).

Le boulevard de la Madeleine (pi. R. 18; il), qui vient ensuite, n'a que 250m. de long; il va jusqu'à la place de la Madeleine. Le côté' dr. porte le nom de rue Basse-du-Rempart. Les magasins sont beaucoup plus remarquables du côté* g. Vers l'extrémité , la rue Duphot, au bout de laquelle est l'église de l'Assomption (p. 76).

 la place de la Madeleine finissent les Grands boulevards de la rive droite, que termine admirablement l' église du même nom. 11 se tient ici un marché* aux fleurs le mardi et le vendredi.

La "Madeleine (pi. R. 18 ; If), dont la façade est tournée vers la rue Royale et la place de la Concorde (p. 71), ne ressemble guère à une église. La première pierre en fut posée en 1764, par Louis XV. Le premier architecte fut Contant âïlvry, qui s'était proposé pour modèle le Panthéon (p. 232). Son successeur, Couture, modifia les plans et recommença la construction en 1777. La Révolution interrompit les travaux. Napoléon 1er en ordonna l'achèvement et destina l'édifice à servir de temple de la Gloire , avec l'inscription : L'empereur Napoléon aux soldats de la grande armée. L'exécution fut confiée alors à P. Vignon ; mais les événements de 1814 amenèrent une nouvelle interruption. Cependant Louis XVIII ne modifia pas les plans, mais changea seulement la destination de l'édifice ; il voulait le convertir en une grande église expiatoire, avec des monuments à la mémoire de Louis XVI, de Louis XVII, de Marie- Antoinette et de madame Elisabeth (p. 200). Vignon, mort en 1828, fut remplacé par Huvé. La révolution de Juillet interrompit complètement les travaux pour quelque temps ; ils ne furent terminés qu'en 1842. Les frais se sont élevés à 13 millions de francs.

Cet édifice, d'après les plans de Couture, rappelle, à l'extérieur,

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les temples romains. Il mesure 108m. de long sut 43 de large. Il repose sur un soubassement d'environ 7 m. , et il a encore plus de 30 m. de haut à l'intérieur sous les coupoles. Tout autour règne une majestueuse colonnade d'ordre corinthien , deux rangs de 8 colonnes sur la façade principale, une de 8 à la façade opposée et une de 16 de chaque côté ou 18 en comptant celles qui forment l'extrémité des rangées transversales. Il n'est pas entré de bois dans la construction de ce temple , non plus que dans celle de la Bourse (p. 63), qui a de la ressemblance avec lui. Les murs, sous le portique, n'ont pas de fenêtres, mais 34 niches, garnies de statues modernes de saints et de saintes particulièrement honorés en France.

La façade porte l'inscription : D. O. M. sub invoc. 8» M. Magdalenœ (à Dieu très-bon et très-grand, sous l'invocation de Ste Marie- Madeleine). Son fronton, par Lemaire, représente le jugement dernier ; il a 7 m. 15 de haut sur 38 m. 35 de long, et la figure du Sauveur, au milieu , a 5 m. 35. A dr. de cette figure se voient un ange qui vient de sonner de la trompette, et les élus; à g., Ste Madeleine intercédant pour les pécheurs , et les damnés.

La façade est précédée d'un escalier de 28 marches. La *porte principale, en bronze, mesure 10m. 50 de haut sur 5 de large. Elle est ornée de bas-reliefs par TriquetU représentant le déoalogue.

LT'intébieub ne peut être visité qu'à partir de 1 h. de l'après-midi, et lorsque la porte principale est fermée , on entre par les portes latérales, à l'autre extrémité. Il n'y a qu'une seule nef. La voûte, richement peinte et dorée, est divisée en trois coupoles et deux hémicycles, par oh tombe le jour. Les parois et le pavé sont en marbre. Il y a des chapelles mal éclairées de chaque côté de la tribune de l'orgue: à dr. de Ventrée, la chapelle des mariages, décorée d'un groupe de Pradier, le Mariage de la Vierge; à g., la chapelle des fonts, avec un groupe de Rude, le Baptême de J.-C. On remarque aussi les statues des Apôtres dans les pendentifs des voûtes, par les mêmes artistes et par Foyatier.

De chaque côté de la nef sont trois chapelles, décorées de petits ordres ioniques et des statues des saints auxquels elles sont dédiées. Les tympans au-dessus de ces chapelles sont ornés de peintures, représentant des scènes de la vie de Ste Madeleine.

A dr. Ire chap. : Ste Amélie, par Bra ; Conversion de Ste Madeleine, par Schnetz. — A un pilier, une plaque commémorative en l'honneur de l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine , l'un des otages de la Commune en 1871 (p. 175) : on lui a de plus érigé un monument dans la crypte. — 2e chap.: le Sauveur, par Duret; *Ste Madeleine au pied delà croix, par Bouchot. — 3« chap. : Ste Clotilde, par Barye ; Ste Madeleine priant an désert avec les anges, par Abel de Pujol.

A g. Ire chap.: St Vincent de Paul, par Raggi; le Repas chez Simon le Pharisien, et Ste Madeleine lavant les pieds du Sauveur, par Couder. — 2« chap. : la Vierge, par Seurre ; des Anges annonçant à Ste Madeleine la résurrection du Sauveur, par Cogniet. — 3e chap. : St Augustin, par Etex ; la Mort de Ste Madeleine, par Signol.

Le ^maître autel est surmonté d'un beau groupe de marbre par Marochetti , l'Assomption de 8te Madeleine ; il a coûté 150,000 fr. La demicoupole de l'abside est entièrement occupée par une grande fresque de Ziegler, représentant l'histoire du christianisme. Au centre, le Christ et devant lui Ste Madeleine, humble et repentante, mais déjà pardonnée. A dr., les principaux événements relatifs au christianisme en Orient, dans les premiers siècles, au temps des croisades et de nos jours (guerre de la Grèce). On remarque entre autres St Louis, sur le devant du groupe où est Ste Madeleine , puis Godefroy de Bouillon , Richard Cœur-de-lion, le

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