‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 101 sur 221 · GUILLEMIN SANGUIN · texte numérisé non relu

GUILLEMIN SANGUIN

La famille Sanguin était probablement originaire de Paris, ou bien elle avait dû s'y fixer à une époque assez reculée; le P. Anselme n'indique ni le lieu qu'elle aurait habité primitivement, ni la date de son établissement dans la capitale, ce qui tend à fait croire qu'elle appartenait d'ancienneté à la bourgeoisie parisienne. Le premier membre dont il soit fait mention est Guillaume ou Guillemin Ier, changeur et bourgeois de Paris sous le règne de Charles V; il fut père de Guillaume II, qui exerça la même profession que lui, de Jean Sanguin, seigneur de Brethencourt, et de Jeanne Sanguin, qui épousa Thomas Le Mercier.

Après la mort de son père, Guillemin II devint chef de la famille. Il n'avait point à élever l'édifice de sa fortune, car le métier lucratif de changeur, exercé héréditairement, avait dû la fonder sur des bases solides; mais, comme tous les riches bourgeois d'alors, il songea aux titres, aux honneurs, et obtint du roi Charles VI des lettres d'anoblissement. Le préambule de ces lettres, qui portent la date du 22 décembre 1/100, ne manque pas d'un certain intérêt. «La démence royale, y est-il dit, élève volontiers aux honneurs et

^ quel nostre Prévost, par vertu de nos dites lettres, ffeue considération au contenu diceiles, et que le "dit feu Dyne oneques ne sentremist ne not aucuns bâlias entre mains du fait de la dite exécution, les autres exécuteurs appelles, et les solemmiitez par lui en tel cas acoustumez gardées, des- " chargea et desmist du tout le dit Dyne dicelle frexecucion; ce non obstant, les héritiers ou ayans '-cause du dit feu inaistre Giles, tiennent ou seffortfeent de tenir et mettre en procès le dit suppliant , ffou nom que dessus, par devant la garde de la jusrrtice de Lucques pour le seigneur du dit lieu, rrpour avoir compte et reliqua de ladminislration "et gouvernement de la dite execucion. dont le dit

r-feu Dyne oneques ne sentremist, mais en fut des 'dors deschargié" et desmis comme par les lettres de rr nostre dit Prévost, dont la teneur est telle et peut rr apparoir. — Universis et singulis justiciariis in rrpartibus ultramontanis et Ytalie et alibi ubilibet r constituas , auleorum localenensibus, Guillelmus, "dominus de Tignonvilla, miles, serenissimi princierpis et domini nostri, domini Karoli, Dei gracia, rr Francorum régis illustrissimi , consiliarius et cam- "bellanus, pro ipsoque cuslos prepositure Parir-siensis, salutem et dilectionem. Cum nuper cerftarum virtute litlerarum formam que sequitur •r continenlium , etc. » (Archives de l'Empire, JJ. 171. n° 389.)

LA BOURGEOISIE PARISIENNE AUX XIVe ET XV° SIECLES. 341

« comble de faveurs et de grâces ceux que leurs mœurs, leur vie, les bons étudies services s prodigués à la Majesté Royale rendent dignes de cette distinction. » Le monarque reconnaît ensuite que les Sanguin l'ont fort bien servi en toute occasion (de leur bourse probablement), et il leur confère à eux et à leur postérité tous les privilèges inbérents à la noblesse, notamment celui de porter les armes Quoique «noble homme,» Guillcmin Sanguin n'en continua pas moins son fructueux négoce; mais il usa du privilège militaire que le Roi lui avait accordé, car nous le voyons, dès 1A12, figurer dans la maison des ducs de Bourgogne avec le titre d'écuyer et commander une troupe de soldats. Le compte de Jean de Précy nous apprend qu'il fit partie de l'expédition tentée contre Bourges par Charles VI et Jean sans Peur; qu'il avait «en sa compaingnie dix neuf ecuiers,» et qu'il fut reçu en cette qualité, le 2/1 mai, à Montereau, et, le 28 juin suivant, à Dun-le-Roi, avec sept écuyers et quatre archers ''2^.

Sa maison de commerce ne paraît point avoir souffert de ces chevauchées : en cette même année, il recevait du duc de Bourgogne «111e xxxvn frans x solz pour ung ruby que • mondit seigneur donna au Roy notre sire,» plus «cent escus d'or,» plus «mi" vi frans -xi solz et 111 deniers tournois,» plus «cent xi escus demi» pour divers achats dont l'énumération est des plus curieuses. Nous reproduisons en note les trois pièces de comptabilité relatives à ces fournitures, telles, qu'elles ont été relevées aux Archives de Lille par M. le marquis de Laborde (3).

(l) NobiJitacio pro Guillelmo Sanguini, Johanne Sanguini et Thoma Le Mortier (sic) fratribus. Karolus , etc. Regalis clemencia libenter illos attollit honoribus et favore prosequitur gracioso , quos ad id mores et vita, grata et utilia serenitati régie impensa servicia reddunt dignos , etc. Notum igitur facimus universis presentibus et futuris quod, attentis vila iaudabili, morum honestate et aliis quam pluribus virtutum generibus, que dilectis nostris Guillermo Sanguini , Johanni Sanguini et Thoine le Mortier fratribus, libère condicionis, novimus sufl'ragari, nec non gratis acceptis et utilibus serviciis que ipsi nobis laudabiliterprestiterunt et impenderunt, proquibus non immerito se nobis gratos reddiderunt quam plurimum etacceptos, nos ipsorum personas honorare volentes, sicque sibi ac posteritati et pi-oli eorum perpetuum eedem valeant ad bonorem, eosdem Guiilelmum, Johannem et Thomam ae totam eorum posteritatem et prolein utriusque sexus in legitimo matrimonio proereatam et procreandam, de noslre plenitudine régie potestatis certaque scientia et gratia speciali, nobilitaviinus et nobihtamus nobilesque facimus et habiles reddirnus , per présentes , ad omnia et singula quibus ceteri nobiles regni nostri utuntur et uti possunt et consueverunl. Itaque dicti Guillelmus Jobannes et Thomas, ac tota eorum posteritas masculina

in legitimo matrimonio procreata et procreanda . quantumeumque et a quoeumque milite voluerint . milicie valeant decorari, etc. etc. Dalum Parisius die xxu* decembris, anno Domini millesimo quadringentesimo. (Archives de l'Empire, JJ. 1 56 . n° 175.)

2 Histoire généalogique et chronologique de la maison de France, t. VIII, p. 2 6 h.

(3) n A Guillaume Sanguin , marchant et bourgeois rtde Paris, pour ung ruby que M d S donna le dit "jour au Roy nostre sire . . . us' xxxvn fr. x s. (1 h 1 1 ir 1 9.) — A Guillaume Sanguin , escuier, eschancon de «M. d. S. le Duc, la somme de c escus dor, en quoy "ledits, estoit tenu a lui pour une chayne dargent fquil a fait prendre et acheter dudit Guillaume, rr pesant environ ix"'; et ycelle donnée a nions' le •r conte de Charrolois, son fils, laquelle somme a rreté paie'e par vertu des lettres de mandement de irM. d. S. données le vm* jour de may mccccxu, par r lesquelles il a v oulu et mandé la dicte somme alf louer es comptes du payant par mess" de ses rr comptes quil appertendra sans contredit, en rapportant, avec ses dictes lettres, quittance dudit rr Guillaume tant seulement. Pour ce, par les letlres rrde mandement dessus dictes et quittances dicelrlui Guillaume Sanguin , faicte le darrenier jour de Tjuing lan dessus dit, tout cy rendu ladicte somme

Indépendamment des bénéfices que devait lui procurer un commerce si florissant, si l'on en juge par la seule clientèle du duc, Guillaume Sanguin recevait, comme tous les autres officiers de la maison ducale, les émoluments attachés à son titre d'échanson. Le compte de Jean de Noident, pour 1608, porte que «mondit seigneur le Duc luy donna mil frans, le « t 2e de mars de lan i h 1 2 » Il n'est point étonnant dès lors que sa fortune , déjà considérable, se soit accrue chaque année, et qu'il ait mérité l'honneur d'être placé par Guillebert de Metz au nombre des cinq ou six bourgeois opulents dont la richesse était proverbiale. Le P. Anselme nous a conservé les noms des terres et seigneuries qu'il acquit pendant le cours de ses prospérités : c'étaient les domaines de Maffliers, de Bethemont, de Chauvry, dans la riche vallée de Montmorency, d'Ormesson , près des bords de la Marne, de Beaumonl en Thiérache, de Meudon et de la Malmaison, résidences qui devaient être plus tard si célèbres. Il devint encore propriétaire de la vicomte de Neufchâtel-sur-Aisne, ainsi que des terres de Rademont et Croquetaine, situées dans les environs de Brie-Gomte-Robert. Enfin il possédait de nombreuses rentes sur des maisons de Paris l2), et une grande quantité d'espèces monnayées, puisqu'il prêta, comme Digne Responde, de très-grosses sommes d'argent au duc de Bourgogne.

A cette époque de troubles, son attachement bien connu pour Jean sans Peur devait l'exposer à des réactions violentes. Après la découverte de la conspiration ourdie en 1 k\ 5 contre le parti royal et révélée par Michault Lalier à Bureau de Dampmartin <2), il fut fortement inquiété; on prononça même son bannissement, ce qui donne à penser qu'il était l'un des instigateurs, et probablement l'un des payeurs du complot; Monstrelet, que nous avons déjà cité à cette occasion, le déclare formellement. Toutefois il ne paraît point qu'il ait été compris dans les arrestations faites par le Prévôt de Paris , et «bouté en Ghastellet, » où il eût trouvé, d'ailleurs, bonne et nombreuse compagnie, caries conspirateurs n'étaient pas «gens de petit fait.» Monstrelet, qui en nomme quelques-uns, raconte ainsi la triste issue de cette affaire : «Lors furent moult esbahis lesdiz conspirateurs, et toute leur enten- « cion fut corrompue et frustrée. Toutesfoiz ledit Prévost , garni de grant nombre de gens «darmes, assaillit tantost plusieurs maisons, esquelles il trouva plusieurs hommes darmes, «tous embastonnez et mucez pour acomplir ladicte occision. Entre lesquelz fut prins sire «Amaulry dOrgemont, larchidiacre dAmiens, doien de Tours et chanoine de Paris-, lun « des presidens en la Chambre des comptes et maistre des requestes, Robert de Bellay , « très riche drapier, le sire de lostel de lOurs a la porte Baudet et plusieurs autres notables «hommes. . . Et le samedy, second jour de may, furent amenez des neuves haies les des- «susdiz prisonniers, ou ils eurent les lestes tranchées comme traistres. Mais ledit Amaulry «dOrgemont, comme homme deglise, par lordonnance du grant conseil du Roy, fut «rendu par le Prévost de Paris au doien et chapitre de Notre Dame de Paris, a faire son «procès et sa condempnation. Lesquels prestement firent son dit procès, en condempnanf «icelluy au pain et a leaue en chartre. ... Et le vie jour du mois de may ensuivant, a « Amiens, par la vertu dun mandement royal , furent bannis du royaume de France messire

«de c escus dor. — Suit un autre paiement

■ de 1111" vi fr. xi s. m d. tournois pour une chayne -dargent blanc destinée au Duc pour mettre sur fses plates lorsquil chevauchait en armes. » (Les

ducs de Bourgogne, t. I, p. 29, 54 et 55, part. II.)

(I) Journal d'un Bourgeois de Paris, élit, de 1 729, état de la maison de Bourgogne, p. ikh.

'■a) Voir à l'article Bureau de Dampmartin, p. 329.

LA BOURGEOISIE PARISIENNE AUX XIVe ET XVe SIECLES. 343

-Jeunet de Poix, Jaques de Fosseux, le seigneur de Saint Léger, Binet dAufleu, Hue de -Sailli, messire Phclippe de Morviller, Guillaume Sanguin, et aucuns autres des gens du duc de Bourgongne ; et fut pour le souspecon destre coulpables de la conspiracion faite a - Paris contre les royaulx, dont dessus est faicte mencion »

Ces événements se passaient quelques mois après la funeste bataille d'Azincourl, c'està-dire au moment où le parti royal était aux abois. Nous ne savons si la sentence de bannissement fut exécutée en ce qui concerne Guillaume Sanguin; il semble plus probable que le banni se réfugia soit sur les terres du duc, soit dans l'armée bourguignonne, qui occupait alors les environs de Paris. Peut-être trouva-t-il, sans sortir de Paris, un refuge assuré dans ce redoutable donjon d'où l'on faisait de si terribles sorties contre les •• Arrainaz » Ce qui paraît certain , c'est qu'il dut rentrer à Paris en 1/118, avec les Bon r-

11) La Chronique d'Enguerran de Monstrelet, publiée pour la Société de l'Histoire de France, par M. Douëtd'Arcq, t. III, p. îii etsuiv. — Le* Journal d'un Bourgeois de Paris raconte les faits à peu près comme la chronique de Monstrelet; cependant il ajoute quelques détails et des noms propres qu'il nous a paru bon de reproduire , pour compléter le tableau :

«Item, commençant la sepmaine penneuse ensuivant, qui fut entrant le treisiesme jour davril f 1 h\ 5, entreprindrent aucuns des bourgeois de -Paris de prendre ceulx qui ainsi tenoient Paris en "sugjection, et dévoient ce faire le jour de Pasques - qui furent le dixneuviesme jour dapvril, mais ils (me le firent point par scus, car il fust sceu par •ceulx de la Bande qui les prinrent et les misdrent tt en prison , et le vingtquatriesme jour dudit mois •r dapvril i4i6, fut mené en ung tumberel a rboue le Doïen de Tours, chanoine de Paris, frère -rde levesque de Paris, de devant celluy qui pour fflors estoit maistre Nicolle dOrgemont, filx de feu <t Pierre dOrgemont. En ce point, vestu dung grant r-mantel de viollet et chapperon de mesme, fust "inesné es Haies de Paris, et en une charrette devant estoient deux hommes de honneur sur deuz ~aiz, chacun une croix de bois en sa main, et -avoit lung esté Eschevin de Paris et lautre estoit -homme d'honneur, et estoit en Ars nommé -maistre Begnault, et l'Esehevin Bobert de Belloy, tet a ces deux on couppa les testes, voyant ledit -dOrgemont, lequel navoit quun pie; et après rla justice fut ramené sans oster dudit tumberel "en prison au chastel Saint Anthoine, et environ -quatre jours après fust presché au parvis Nostre "Dame de Paris, condampné en chartre perpétuelle -au pain et a leaue. — Item, le premier sabmedy -de may ensuivant furent décollez pour ce faict -trois moult honnesles hommes, et de moult bonne

« renommée : c'est assavoir le seigneur de Lours de Ha Porte Baudet, ung tainturier nommé Durant "de Vry, ung marchant de laton et espingiier » nommé Jehan Perquin, et estoit le dict tainturier f maistre de la soixantaine des arbalestriers de Paffris. 1 [Journal d'un Bourgeois de Paris, édition de 1729, p. 29 et 3o.)

(2) Le Journal d'un Bourgeois de Paris contient . à cet égard, une page extrêmement curieuse. Les journées de juini&i8 y sont dépeintes sous des couleurs qui rappellent, à s'y méprendre, les massacres de septembre 1792. Le langage allégorique que l'auteur emprunte au Roman de la Rose oll're d'ailleurs la plus grande analogie avec les expressions abstraites et emphatiques qu'on employait à cette dernière époque. Voici cet intéressant passage : — crLors se leva la Déesse de Discorde, qui estoit f en la Tour Mauconseil, et esveilla Ire la forcenée, "et Convoitise, et Enragerie et Vengeance , etprinrrdrenl armes de toutes manières , et boutèrent hors crdavec eulx raison, justice, mémoire de Dieu et ffatrempence moult honteusement. Et quant Ire et "Convoitise virent le commun de leur accort. si "les eschauffa plus et plus, et vindrent au Palais "du Boy. Lors Ire la desvée leur jetta sa semence -tout ardant sur leurs testes; lors furent eschauffez rroultre mesure, et rompirent portes et barres, et "entrèrent es prisons dudit Palays a minuit, heure n moult esbahissant a homme sourprins, et Conr-voitise qui estoit leur cappitaine , et portoit la -Bannière devant qui avec lui mesnoit Trayson et rr Vengeance, qui commencèrent a crier haultemenl . ff tuez , tuez ces chiens Iraistres A rminaz ! Je reni beu . "se ja pie en eschappe en celle nuyt. Lors Force- -nerie la desvée et Martre et Occision abatirent. ■tuèrent, murtrirent tout ce qui trouvèrent es prin- "sons, sans mercy. fust de tort ou de droit, sans

guignons qui y pénétrèrent, comme on le sait, par la porte de Buci, grâce à la trahison de Perrinet Leclerc.

Guillaume Sanguin avait été «au danger; » il était juste qu'il fût «à l'honneur » lorsque viendrait le- triomphe de son maître. La mort de Jean sans Peur ne diminua point son crédit : le jeune duc, le considérant comme un des fidèles serviteurs de son père, lui confia, en 1A20, une véritable mission diplomatique. Le samedi 3 février, «messire Jehan, sei- «gneur de Toulongeon, Guillaume de Champ divers , chevaliers, et Guillaume Sanguin, «vindrent en la Chambre de Parlement présenter les lettres closes du duc de Bourgongne «escriptes a llsle, du xxmc jour de janvier dernier passé, par la teneur desquelles il si- «gnifioit a la cour de céans que, dedans le xn de ce mois de febvrier, il avoit intention «destre a Troyes, par devers le Roy, pour entendre ez besongnes et matières pourparlées «sur le faict de la paix de ce royaume, en priant ladicte cour que voulsist audictlieu, «pour cesle cause, envoyer les ambassadeurs et députez. 11 Le même document nous apprend que «les autres gens du conseil du Roy, lei Prévost des Marchans et Eschevins «de la ville de Paris avoient receu semblables lettres dudict duc de Bourgongne » Il s'agissait, comme on le voit, du traité de Troyes, et Guillaume Sanguin, sans être précisément l'un des négociateurs de cette triste affaire, contribua du moins à en préparer la conclusion. Il devait, quelques années plus tard, recevoir le prix de ce service : les ducs de Bourgogne et de Bedford se souvinrent des tribulations que lui avait values son attachement à leur parti, et, sur leur recommandation, le banni de 1/116 fut élevé, en 1/139, >A ^a dignité de Prévôt des Marchands. «Ceulx de Paris, dit le Bourgeois auteur du •'Journal, changèrent le Prévost des Marchans et les Eschevins, et firent ung nommé Guil- «laume Sanguin Prévost; et les Eschevins furent, cest assavoir Imbert des Champs, mer- «cier et tapicier, Colin de Neufville, poissonnier, Jehan de Dampierre, mercier, et Remon «Marc, drappier ; et furent faicts et instituez la première sepmaine de juillet, et, le dixiesme «jour dudict mois, vint le duc de Bourgongne a Paris a ung jour de dimenche, environ six «heures après disner... et y ot moult grant conseil (2).«

r cause ou a cause, et Convoitise avoit les pans a la (tsaincture avec Rapine sa fille, et son filx Larrecin, «qui, tost après quils estaient mors ou avant, leur rr estaient tout ce quils avoient, et ne voulut pas rr Convoitise quon leur laissast leurs] brayes , pourra tant quils vaulsissent quatre deniers, qui estait rr ung- îles plus grans cruaultés et inhumanités chresrr tiennes a aultre de quoy on peust parler. Quant rcMurtre et Occision avoit fait, ce revenoit tout le «jour Convoitise, Ire, Vengence, qui dedens les « corps humains , qui mors estaient, bouttoient touttes tr manières darmes, et en tous lieux, et tant que rr avant que Prime fut de jour, orent de cops de r- taille et destoc, ou visaige, tant que on ny pouvait homme congnaistre quel quil fust, et ne fut rrle Connestable et le Chancelier qui furent cogneus r-ou lictou tuez estaient. Apres allèrent ce dit peu-

«ple par lenoitement de leurs Déesses qui les mesrr noient, cest assavoir Ire, Convoitise et Vengence, «par toutes les prinsons publiques de Paris ; cest «assavoir a Saint Eloy, au petit Chaslellet, au grant «Chastellet, au Four levesque, a Saint Magloire, a «Saint Martin des Champs, au Temple, et partout «firent, comme devant est dit du Pallays, et nesrr toit homme nul qui , en celle nuy t ou jour, eust osé «parler déraison ou de justice, ne demander ou rrelle esloit enfermée. Car Ire les avoit mises en si «profonde fosse, quon ne les pot oneques trouver «toute celle nuyl, ne la journée en suivant. ^ (Journal d'un Bourgeois de Paris, édit. de 1729, p. &o.)

(1) Félihien , Histoire de la rille de Paris , Preuves . t. IV, p. 58 1 b.

[S) Journal d'un Bourgeois de Paris, édition de 1729, p. 12.3.

LA BOURGEOISIE PARISIENNE AUX XIVe ET XVe SIECLES. 3/i5

Philippe le Bon pouvait compter sur Guillaume Sanguin, dont les conseils ne lui firent sans doute pas plus défaut que la bourse; mais les Armagnacs ne virent pas sans une extrême irritation leur ancien ennemi devenu chef du gouvernement municipal. L'armée royale s'était alors portée sur Paris, à la suite de la levée du siège d'Orléans, et Jeanne d'Arc était dans ses rangs. Guillaume Sanguin fut le premier à recevoir de ses nouvelles. « En icelluy tems, dit le Journal de Paris, les Arminaz firent escripre lettres scellées du scel -du comte dAlençon, et les lettres disoient : A vous Prévost de Paris, et Prévost des Mar- -chans, et Eschevins; et les nommoient par leurs noms, et leur mandoient de salus par bel • langaige largement, pour cuider esmouvoir le peuple lung contre lautre; mais on aperçut '•bien leur malice, et leur fust mandé que plus ne gettassent leur papier pour ce faire, et

- nen tint onques compte'"." Guillaume Sanguin eut donc à soutenir l'assaut de Jeanne d'Arc le 8 septembre 1 A29; et il était encore en charge lorsque Henri VI exigea la prestation de serment de tous les personnages constitués en dignité. Il est désigné nommément dans le procès-verbal de cette séance, avec Hugues Rapioult, maître des requêtes de l'Hôtel, qui devait lui succéder, et il entendit lire la formule suivante : «Vous jurez et -promettez que a nostre souverain seigneur Henri, parla grâce de Dieu, roy de France -et dAngleterre, cy présent, vous obéirez diligemment et loyalement, et serez ses loyaulx -officiers et vrais sugiez, et de ses hoirs perpétuellement, comme vray roy de France, et -que jamais a nul aultre pour roy de France ne obéirez ou favoriserez. Item que enten-

- drez et employerez tous vos pouvoirs a la garde, tuition et deffence de sa bonne ville de -Paris." Et fut, dit le document que nous citons, «le serment faict par les dessusdicts '■ "-' . »

A partir de cette époque, il n'est plus question de Guillaume Sanguin dans la vie publique; mais ses affaires privées ne cessèrent point de prospérer, malgré les malheurs du temps. On le voit acheter les rentes des seigneurs appauvris et vendre de riches joyaux, comme à l'époque des splendeurs racontées par Guillebert de Metz. Les archives de Lille contiennent, à la date de 1 ^ 3 2 et t/i35, deux articles constatant que notre personnage était resté le fournisseur des princes'3'. C'est vers cette époque qu'il maria les deux enfants naturels qu'il avait eus, dit le P. Anselme, de deux mères différentes; ces enfants étaient: i° Jean, bâtard de Sanguin, seigneur de Villeneuve, Maffliers, Bethemont, la Malmaison, Ormesson, etc. né vers i3û2, légitimé en làoi et anobli en 1A16; 20 Perrette Sanguin, légitimée en 1/128 par Henri VI, mariée en i/i3/i à Mathieu de Longueil, puis avec Jean de Thieuville.

Jean Sanguin, frère de Guillaume, n'ayant point eu d'enfants mâles, la famille no se

Journal d'un Bourgeois de Paris, p. 120. 1 Felibien, Hisloircdc la I ille de Paris . Preuves,

l. IV, p. 593 b.

(1) Suit le paiement fait rra Guillaume Sanguin et aultres mai-chants dune somme de sezeeent soixante onze salus dor et vingt deux livres diz sols, du prix de xl groz monnaie de Flandres la livre, » pour, audit Guillaume Sanguin, mm tableau dor très riche, garny de v bons balaiz, vi grans saphirs et de xlii perles pesant ung marc sept onces dor, ^

Page 1