DIGNE RESPONDE
d'après la statue que le duc de Bourgogne lui avait fait ériger dans la Sainte • Chapelle de Dijon.
Fac-similé héïiographiqus d'un dessin ms. da la Bibliothèque de l'Arsenal (H. P. 252).
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mous les recevons, eux et leur postérité, née et à naître en légitime mariage, au nombre «de nos bourgeois de Paris, citoyens de notre royaume et habitants de notre ville de Paris, -ainsi que de tout notredit royaume. A eux donc, ainsi qu'à tous leurs enfants nés et à «naître, nous accordons gracieusement la permission de choisir et faire leur demeure parts tout où ils le jugeront à propos, étant regardés d'ores et déjà et à toujours comme nos " bourgeois de Paris et citoyens de notredit royaume. Donné à Paris le cinquième jour -du mois de janvier, l'an du seigneur m. ccc. lxxxiii r>
Devenus bourgeois de Paris et citoyens français, les frères Responde donnèrent un plus grand essor à leur commerce, et leur aîné, sur lequel tous les honneurs paraissent avoir été concentrés, suivit tantôt la cour de France, tantôt celle de Bourgogne. En i38q, il accompagna Charles VI, en qualité de marchand attaché à la cour, durant le voyage que ce monarque fit dans le midi de la France. Arrivé à Avignon, le Roi sentit les premières atteintes de la terrible maladie qui affligea le reste de son existence; Digne Responde fit alors exécuter, par son ordre, une statue de cire qui représentait le Roi, de grandeur naturelle, et la plaça, en manière à'ex-voto, sur la tombe du bienheureux Pierre de Luxembourg, pour obtenir la guérison de l'auguste malade. Il lui fut compté pour ce travail cent soixante francs d'or.
De nombreux articles de dépense figurent, au nom de Raponde, tant dans les comptes de la maison de Bourgogne que dans ceux de l'argenterie, de l'hôtel du Roi et de la Reine t2'. Tantôt c'est «un dyamant» que Jean sans Peur «a fait prendre et achapter, et
(1) Voici le texte latin :
«Salvagardia, cum quibusdam privîlegiis, pro « domino Responde et aliis fra tribus ejus. — Karo- «lus, etc.. Notum facimus universis presentibus et «futuris quod Nos, regnum nostrum bonis et flde- «libus burgensibus et habitatoribus qui in illo re- "sidere, mercari et negociari legaliter valeant. «ampliare et populari affectantes, audito laudabili -testimonio dilectorum nostrorum Dyni, Jacobi et « Andrée Baponde fratrum, filiorum quondam Gui- '•donis Raponde de Luca, et Johannis Raponde, «nepotis ipsorum Dyni, Jacobi et Andrée, filii «quondam Guillelmi Haponde, eciam de Luca; atrr tenta insuper affeclione quam ad idem regnum ff nostrum, et commorandi in eo cum aliis nostris Tegnicolis, multo experimento , prefatos Dynum, -Jacobum et Andrearn fratres, Johannenique, ip- "sorum nepotem predictum. habere comproba- «vimus, decens et condignum reputamus ut una «cum eisdem regnicolis, condignis favoribus, prirvilegiis ac libertatibus poliantur. Igitur, ad inrrstantem supplicationem ipsorum Dyni, Jacobi et r Andrée fratrum , et Jobannis eorum nepolis, «eisdem volenles gTaliam facere specialem, ipsos «et quemlibet ipsorum, cum posteritate sua et «cujuslibet eorumdem nata et in futurum ab eis
UIST. I.
-légitime procreanda, in nostros burgenses Parier sius et socios regni nostri, tanquam nostros regni- «colas, cives et mansionarios civitatis Parisiensis et «tocius regni nostri, autoritate nostra regia, ex «certa scientia ac speciali gratia supradicta, reci- •rpimus, etc. et eisdem et cuilibet ipsorum ac pre- " dicte sue posteritati, et cujuslibet eorumdem nate «et imposterum nasciture, graciosius concedentes «ut ipsi et quilibet ipsorum. infra predictum reg- «num nostrum, ubicunque et quandocunque vo- «luerint sive voluerit, suam possint seu possit eli- «gere et facere mansionem, et quod ex nunc sinl «et censeantur in perpeluum burgenses nostri Pa- «risienses et regni nostri predicti, etc. — Aclum «et datum Parisius v" die mensis januarii, anno «Dominiia°ccc0 octogesimo tercio.» (Arcb. de lEmpire, JJ. 1 <îh , n° 32.)
(2) Les Comptes de l'argenterie, pour l'année i38y, contiennent la pièce suivante :
«Deniers paiez, en acquit du Roy, a Digne Rap- « ponde, marchand demourant a Paris, pour derniers a lui paiez, qui deubz lui estoient pour «toutes les parties de draps dor et de soie cen- «daulx et autres choses de mercerie, par lui bailliez «et délivrez pour le Roy nostre sire et pour mon- « seigneur le duc de Thouraine, depuis le premier
« ycellui donner a Anthoine Forestz, grenetier de Paris, pour ses estraines du jour de lan(1); » lantôt c'est « ung baldaquin vermeil , brocliié dor de Lucques , que mondit seigneur a donné "•a leglise de Saint Pierre de Gand, pour sa joyeuse entrée en icelle église (2);» tantôt enfin ce sont de simples fournitures de toilette et de ménage, telles que «ung chappel de « plumes, de rouge cler et dazur; ung volet a la meisme façon; une paire de templeltes; ~ trois aulnes de cuvrechiefz; une chainture sur un tyssu vert, garni de boucles morjant «et clouz dargent dorez esmaillez; un esluy et toille cyrée, pour le mieux porter, etc.(3). » Dans cette énumération figurent généralement les damas, satins, « veloux, velueaux, » draps d'or, d'argent et de soie «brochiés a grant chine et grant feulles dor,» tissus merveilleux que Tours et Lyon apprirent plus tard à fabriquer; ce qui, au témoignage de Boileau, frustra nos voisins
de ces tributs serviles
Que payoit à leur art le luxe de nos villes (4).
Mais voici venir le moment des grandes réciprocités : si les ducs de Bourgogne avaient aidé à la prospérité de Digne Responde, celui-ci, à son tour, leur rendit les services les plus signalés. A la suite de la funeste bataille de Nicopolis, plusieurs princes français étaient restés prisonniers des Turcs, et parmi eux se trouvait le comte de Nevers. Le duc Philippe, pour délivrer son fils, invoqua, dit encore M. Vallet de Viriville, l'aide du puissant armateur, dont les navires étaient en communication constante avec les ports du Levant. Grâce aux comptoirs des Lombards établis dans les échelles, grâce aux correspondants génois de Digne Responde, à l'or et aux promesses prodigués en son nom, le futur Jean sans Peur fut rendu à la liberté.
Le marchand lucquois ne se montra pas moins magnifique dans l'ordonnance des funérailles du duc Philippe le Hardi, mort, l'an ikoh, à Notre-Dame de Halle en Brabant. Responde, qui présidait à cette pompe, fit donner une pièce de drap d'or ou de soie à chaque ville où séjournait le corps du duc, dans le long trajet qu'il fallut faire pour arriver à la Chartreuse de Dijon.
On éprouve quelque répugnance à croire qu'un serviteur si fidèle soit descendu, tout italien qu'il était, au rôle de bravo, même par procuration; néanmoins le fait semble établi. Du moins M. Vallet de Viriville n'hésite pas à l'affirmer : « Deux acteurs du drame de «la Vieille-Rue-du-Teniple ont laissé, dit-il, quelques traces de leur rôle. L'un, qui exécuta «l'acte, Raoul d'Octonville, est connu pour un gentilhomme normand... l'autre, moins céslèbre, se nommait Dino ou Iodino Rapondi; les chroniqueurs français le nomment Digne •• Responde. C'était un marchand de Lucques, fournisseur de la cour. Probablement il avait ■ été dans ses intérêts commerciaux la victime du noble et insolvable débiteur. Italien et
■ jour do juillet m ccc nu" et v, jusques au derrain -jour de décembre après ensuivant, cxvm liv. xn s. -parisis. Il estoit mis en debte par le xiiii" compte rdu dit argentier, f'eny au derrenier jour de dercembre dessusdit, pour ce, par lettre de recon- •gnoissance du dit Digne donnée le vinc jour de rr janvier, lan mil ccc mi" et vi, la somme de
frcxvni liv. vu s. parisis. i (Archives de l'Empire, KK. 18 fol. 86 v°.)
(1) Les ducs de Bourgogne, par M. le marquis de Laborde, Preuves, t. I, p. /17.
« Id.t. I, p. 180.
J) ld. ibid. p. 101.
l) Epitre au Roi.
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«marchand, il voulut sans doute être payé par les héritiers du prince ou se venger(1). » M. Vallef de Virivillc est plus explicite encore dans l'article qu'il a donné à la Nouvelle biographie générale. «En 1/107, <lit— il , lorsque le meurtre de Louis, duc d'Orléans, fut résolu, Jean, «auteur de cette machination, osa s'en ouvrir au vieux confident italien de sa famille. Ra- «pondi prêta son concours à cet odieux coup de main avec un dévouement bien rare chez «un marchand, car ce coup devait le ruiner. Pendant que l'assassinat s'exécutait à Paris, «Dino avait été dépêché à Bruges. 11 y recruta une troupe de Flamands, destinée à prêter « main-forte au duc pour retourner sain et sauf dans ses Etats de Bourgogne. Dino Rapondi «et les siens étaient fournisseurs de Louis d'Orléans, l'un des princes les plus riches et « surtout les plus dépensiers de son siècle. L'annaliste du petit Etat de Lucques atteste que «ia perte de Louis causa un dommage mortel au commerce de cette ville'2'.»
11 ne paraît point que la participation de Digne Responde à cet acte odieux ait eu pour lui les mêmes conséquences; et, à supposer même que ses intérêts eussent été compromis à Paris, ses deux maisons de Montpellier et de Bruges auraient suffi largement à maintenir sa position financière. C'est dans cette dernière ville qu'il termina ses jours, en 1 h 1 k ou 1 U 1 5. Il fut inhumé à Saint-Donat, où sa famille avait une chapelle et où l'on a vu sonépitaphe pendant plusieurs siècles. Dans la Sainte-Chapelle de Dijon , dit Dom Plancher, on remarquait encore, vers tya5, la figure en pierre d'un homme à genoux, vêtu d'une longue robe et ceint d'une ceinture à laquelle pendait sa grande bourse carrée. Cette statue, adossée à gauche, en entrant, contre un pilier, représentait Digne Responde. Un dessin du xvme siècle, qui subsiste aujourd'hui, retrace l'effigie de ce personnage : on le trouve dans les Mémoires pour servir à l'histoire des ducs de Bourgogne, par J. du Tilliot, parmi les manuscrits de la bibliothèque de l'Arsenal (Hist. n° 2Ô2, p. 23). La reproduction que nous en donnons est de la plus parfaite exactitude.
Ses frères Jacques et Philippe lui survécurent, et la faveur des cours de France et de Rourgogne paraît leur avoir été conservée. On en juge du moins par les lettres qui leur furent accordées en mai 1/121, pendant la domination anglaise' et peu de temps avant la mort de Charles VI. Ces lettres, écrites sans doute sous l'inspiration du jeune duc Philippe le Ron, contiennent un vidimus d'une ordonnance du Roi, de l'an 1/107, rendue en faveur de Digne Responde , et placent ses frères sous la protection royale , dont il avait été couvert lui-même'3'.
(I) Isabeau de Bavière, élude historique, par M.ValletdeViriville. Paris, 1 85g, in-8°, p. 17 et 18.
1\ omette biographie générale, publiée par MM. Firniin Didot frères, t. XLI, col. 657.
(,) Voici le texte de ce document :
'Charles, par la grâce de Dieu, Roy de France. « savoir faisons a tous presens et a venir Nous avoir -receii lumble supplicacion de Jaques et Pltelippe - Hapondc frères , héritiers de feu Dyne llaponde , «en son vivant conseiller et maistre dostel de feu ^nostre très chier et très amé cousin le duc de Bour- «gongne, consors en ceste partie, contenant que «comme feu maistre Giles Goulon, pliisicien, de-
« mourant a Paris, eust ja pieca ordonné ycellui feu «Dyne, exécuteur de son testament ou ordonnance «de derraine voulenté avecques autres, depuis la «quelle ordonnance le dit feu maistre Giles est alé « de vie a trespassement ; et pour ce que , du fait de «la dite exécution, le dit feu Dyne, tant pour le «grant aage et la foiblesse de sa personne, comme «pour la grant et continuele ocupacion quil avoit de «nostre dit cousin, comme autrement , empêtra cer- «taines nos autres lettres adrecant a nostre Prévost «de Paris, qui lors estoit, pour estre deschargié «du fait de la dite exécution, sans ce que ce lui «tournast ou temps a venir a aucun préjudice; le
Nous n'avons pu recueillir que peu de documents graphiques relatifs à Digne Responde. On conserve à la Bibliothèque impériale (Cabinet des titres) quelques quittances signées de lui; nous en reproduisons une à laquelle est appendu un sceau formant écusson.