LOUIS DUC D ' O RLE AN S
recevant des mains de ( Bristine de Pi s an La dédicace de son Epitre d'L fy/ti:>i à Hector
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des Vertus imité de Sénèque et le Débat du Roman de la Rose entre Christine de Pisan et Gautier Col(l).
Il ne nous reste plus qu'à mentionner le plus beau titre que Christine de Pisan ait à l'estime et à la reconnaissance des Parisiens : nous voulons parler du poëme qu'elle composa à la louange de Jeanne d'Arc, au moment même où l'héroïne versait son sang sous les murs de la capitale. Il y avait onze ans que cette courageuse veuve, fidèle au culte des souvenirs, s'était enfermée au monastère où sa fille avait pris le voile, et qu'elle pleurait sur les malheurs de Paris et de la France, lorsqu'elle apprit que la Pucelle approchait et que le «degeté enfant» de son ancien souverain, dont la fuite l'avait profondément affligée, venait de recevoir l'onction royale à Reims. Alors son enthousiasme éclate : elle se fait l'interprète des «bons Parisiens » et souhaite la bienvenue à Jeanne ainsi qu'au fils de France. Lorsqu'elle composa ce dithyrambe où respire toute la vigueur de la jeunesse, Christine de Pisan avait soixante-sept ans, et il s'en était écoulé soixante-deux depuis qu'elle était naturalisée parisienne. Cette longue existence, passée au milieu d'une ville où elle avait vu se produire tant d'événements indignes de l'histoire, lui donne le droit de parler haut et ferme aux bourgeois qui tenaient encore pour Henri VI :
0 Paris, très mal conseillé!
Folz habitans sans confiance!
Ayme tu mieulx estre essillié Qu'a ton prince faire accordance?
Elle connaît à fond le cœur humain et ses faiblesses: elle n'ignore point que le parti anglais n'est qu'une minorité violente , et elle gourmande les modérés qui sont de tous les temps et qui laissent faire, tout en ayant les meilleures intentions :
Gens a dedans mauvais ; car bons Y a maint, je n'en tais pas doubte : Mais parler n'osent , j'en respons.
Cet intéressant poëme a été découvert en 1 838 , à la bibliothèque de Berne, par M. Achille Jubinal, et publié à la suite d'un rapport adressé au Ministre de l'instruction publique. M. J. Quicherat lui a donné place dans son savant ouvrage sur le procès de la Pucelle. Nous ne le reproduirons point en entier ; mais nous croyons utile d'en détacher les nombreuses strophes dans lesquelles Christine de Pisan, après avoir dépeint l'état de la capitale, adjure les Parisiens d'accueillir Jeanne d'Arc et d'ouvrir les portes à leur souverain légitime.
(1) Gerson prit part à cette discussion; il composa, pour venir en aide à Christine de Pisan, sa t ision contre le roman de Jehan de Mcung. Dans cet opuscule , écrit en français , il fait comparaître les partisans du Roman de la Rose devant cria court ■^saincte de la chriestienlé. » — «Créez moy, dit-il, "non pas moy, mais l'apostre sainct Pol. et Se- •'necpie. et expérience , que mauvaises paroles et es- Tcriptures corrompent bonnes meurs, et font deve-
crnir les pechiés sans honte, et ostent toute bonne trvergoingne qui est en juennes gens la principale «• garde de toutes leurs bonnes conditions contre f tous maulx. Jueime personne sans honte est toute t perdue. »
M. R. Thomassy. qui cite ce passage, montre en outre, par d'ingénieux rapprochements , que Gerson et Christine durent se concerter pour soutenir la cause du bon goût et de la morale.