‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 134 sur 221 · II1ST · texte numérisé non relu

II1ST

m DOCUMENTS ET ECRITS ORIGINAUX.

couvent, une peinte de vin et une pièce de chair de buef ou du mouton de quatre, ou quartier de mouton, et le buef a la vallùe et du potage bien et souffisament; et au souper pareillement comme au disner. Et aux jours que l'en ne mangera point de chair, nous baillerons a chacune personne trois oefs ou deux harens pour pitance et du potage a disner; et au souper a chacune personne deux oefs ou un harent et un fourmage pour toute la semaine , tels que nous avons. Et aussi serons tenus de leur bailler huches bien et convenablement pour eux chauffer, chandelle pour eux coucher et souper bien et convenablement, quand ils en auront nécessité. Avec ce serons tenus de leur bailler et livrer un bon coffre en lieu seur comme dessus , ou seront mises les parties et ouvrages de ladite châsse bien et seurement. Auquel coffre aura deux clefs . dont lesdits orfèvres en auront l'une, et nous l'autre.

Toutes voies , si ladite châsse n'estoit faite et parfaite dedans ladite fête saint Vincent prochainement venant, nous ne serons tenus de quérir auxdits orfèvres aucuns dépens de là en avant s'il ne nous plaist, si ainsi n'estoit que la faute fust ou soit venue de par nous. Si promettons en bonne foy et sur l'obligation des biens de nous et de nôtredite église avoir agréable et tenir ferme et stable ce présent marchié, convenances, promesses, et tout le contenu en ces lettres, les enterriner et accomplir de point en point selon ce que dessus est dit et non venir contre jamais a nul jour par quelque voye que ce soit. En tesmoin de ce nous avons fait mettre nos sceaux a ces présentes lettres ce dix huitième jour du mois de février l'an mil quatre cens huit.

OBLIGATION DES ORFEVRES.

Je Gaultier du Four et Jean de Clichy et Guillaume Boey, confessons avoir eu et reçu de Monsieur l'abbé de Saint Germain , présent , le quint prieur nommé Pierre Hachette, et Jean de la Crute, chevecier, et Michel Prevot, trésorier, et Messire Regnaut Denis et Messire Bontet de la Budiniere, c'est assçavoir:

1 o 1 saphirs ; item îho esmeraudes entières , et des despessées 35 , qui font en somme cent soixante et quinze pièces; item Ixj garnats entières et quatre pièces, qui font en somme cinquante et un garnats; item

2 5 amalisles; item 3o cassidoines; item 220 perles; item une petite croix d'or où il y a des reliques; item 26 marcs 2 onces 12 estrelins d'or, pareil a une pièce d'or que ledit Monsieur l'abbé a pardevers lui; item d'argent a ouvrer tout net sept marcs cinq onces cinq estrelins11'. Tesmoins nos noms mis en cette cedule le 20. jour d'aoust i4oq. J. de Clichy. Gaultier du Four. G. Boey.

Les trois orfèvres dont on vient de lire l'engagement tinrent parole : ils exécutèrent La merveilleuse châsse qui décorait le maître-autel de l'église abbatiale et dont nous reproduisons l'élégante silhouette. En présence de ce chef-d'œuvre, tout commentaire est superflu, toute biographie est sans intérêt; Jean de Clichy, Gaultier du Four, Guillaume Boey, après avoir accompli leur tâche, sont restés aussi inconnus que les trois personnages dont Guillebert de Metz nous a conservé les noms. Ce que les contemporains ont admiré, c'est l'œuvre; ce qu'ils ont volontairement laissé dans l'oubli, c'est l'ouvrier. Faut-il dès lors percer le mystère qui enveloppe ces existences d'artiste et chercher à savoir ce qu'étaient, par exemple, Andry, Herman et Willelm? Quelques lignes de biographie incomplète et douteuse n'ajouteraient rien à leur gloire.

Andry, Willelm et Herman ne sont que des prénoms : il y aurait donc péril évident à identifier avec tels ou tels orfèvres des xiv° et xv° siècles les personnages dont parle Guillebert de Metz, et qui portaient ces trois noms de baptême. Qui pourra, par exemple, affirmer

01 Cette profusion de matières précieuses qu'on remarque dans toutes les grandes pièces d'orfèvrerie d'église des xiv6 et xve siècles justifie l'assertion de Guillebert de Metz : «Len estimoit lor,

rrlargent et pierreries estans aux reliques et vaisffsellement des églises de Paris, valoir ung granl cr royaume. 1 ( Voir ci-desus, p. 2.3a.)

que l'orfèvre gantois Andries, l'un des fournisseurs des ducs de Bourgogne, en 1 Aoo, soil le même que le bijoutier parisien Andry? Comment reconnaître, dans le prénom allemand Willelm, Guillaume Boey, l'un des constructeurs de la châsse de Saint-Germain, ou tout autre Guillaume appartenant à la corporation de l'orfèvrerie? Enfin osera-t-on dire que Herman, «qui polioit dymans,» est cet orfèvre dont parlent les archives municipales d'Orléans, qui fit «ung collier d'or avecques une touezon pendant au collier de l'ordre du

" duc de Bourgoingne Non, assurément; mieux vaut, pour le dernier personnage surtout, rappeler, avec M. le marquis de Laborde, que, dès le xivc siècle, il existait dans les Flandres et en France un corps de métier pour la taille du diamant; que le luxe parisien avait attiré dans la capitale les plus célèbres ouvriers en ce genre, et que Herman en était un <2>.

Le potier d'étain est plus difficile encore à identifier, puisqu'il n'est désigné par aucun nom ou prénom; Guillebert de Metz l'a cité d'abord pour sa singulière industrie (3), puis pour indiquer en passant l'orfèvrerie bourgeoise dont l'étain était ordinairement la matière. Traitée avec autant d'art et de soin que son orgueilleuse rivale, l'orfèvrerie d'étain, qu'on ne retrouve plus aujourd'hui que dans les collèges et les hôpitaux, s'étalait aux xive et xve siècles sur les dressoirs des plus riches bourgeois. Le Mcsnagier de Paris n'oublie pas d'en prescrire l'achat ou l'emprunt lorsqu'on doit donner banquets et festins : «Et aussi • marchandera t'on, dit-il, de la vaisselle d'eslain : c'est assavoir dix douzaines d'escuelles, 8 six douzaines de petits plats, deux douzaines et demie de grans plas, huit quartes, deux -douzaines de pintes, deux pos a aumosnes (4). » Avec ce modeste service, la bourgeoisie parisienne organisait ses dîners d'épousailles et de cérémonie; et le pot à aumônes, destiné à recevoir la part des pauvres, figurait toujours sur la table ou sur le dressoir. Les potiers d'étain étaient donc les frères cadets des orfèvres : pour les pièces importantes, ils se modelaient sur le travail de leurs aînés, et maniaient souvent aussi bien qu'eux le marteau du repousseur. Dans leur sphère modeste ils ont, eux aussi, bien mérité de l'art, et Guillebert de Metz a fait preuve de bon goût en leur donnant une petite place dans sa description de Paris.

(l) Les Ducs de Bourgogne , Preuves , t. III, /ig>.

2 Voir les Emaux du Louvre (II, Glossaire et répertoire, p. 2^9).

(3) II s'agit des n-rossignolz chantans en yver. » Nous avons hasardé une explication de ce fait dans

la notice qui précède le texte de Guillebert de Metz (voir p. 126).

(4) Le Mcsnagier de Paris . édition publiée par M. le baron Pichon. 18/17, în-8°, t. II, p. 1 1 5 et 123.

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