‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 145 sur 221 · À ILLUSTRE ET CELEBRE PRINCE MONSEIGNEUR JEAN, COMTE D'ANGOULEME · texte numérisé non relu

À ILLUSTRE ET CELEBRE PRINCE MONSEIGNEUR JEAN, COMTE D'ANGOULEME

Comme je sais, très-illustre comte, que vous lisez et relisez volontiers mes vers, j'ai résolu de vous adresser ce poëme , que ma muse vient de chanter dans votre patrie, et dans lequel j'ai décrit un très-grand nombre de choses qui m'ont paru dignes d'être remarquées au pays de France. Je le dédie avec d'autant plus d'empressement à un prince qui connaît si bien toutes choses en France, que, si j'ai commis quelque erreur dans mes vers, il pourra la remarquer et me la signaler, afin que je la corrige, avant que le poëme arrive aux oreilles des savants, et qu'il coure sur les lèvres des hommes.

Faites-le, je vous prie, non-seulement pour l'affection que vous me portez, mais par bonté naturelle; car nul n'est meilleur que vous, nul n'est plus humain, ni plus amoureux de la vertu et de la probité. Qu'il me soit permis de remettre sur l'enclume des vers qui ne seraient pas bien façonnés (2), après les avoir soumis à la critique (3) d'un prince qui ne brille pas seulement par la sagesse, mais qui est aussi un savant et qui cultive sans cesse les doctes sœurs (4). Je ne crains pas que personne puisse trouver à redire à mes vers, s'ils obtiennent le suffrage d'un si grand prince. Si vous exaucez ma prière, comme je l'espère, vous aurez ajouté un grand bienfait à ceux dont vous avez déjà comblé un homme qui est tout à vous, et qui déploie toute son ardeur afin de faire une œuvre qui vous soit agréable. Adieu!

Voir. p. 5 1 8 , quelques détails biographiques

sur ce personnage, dont nous donnons le portrait à

côté de celui de Charles d'Orléans.

' Allusion au vers d'Horace :

Et maie tornatos incudi îeddere versus.

( De art. poet. v. 44 1 . )

Le texte porte limœ; c'est la continuation de la métaphore; on lime les vers après les avoir forges. Horace recommande aux Pisons le travail de

la lime, liinw labor, el les nombreuses ratures. mtiha litura. (De art. poet. v. 291-93.)

(4) Le comte d'Angoulême n'était pas seulement religieux et obligeant ; il aimait et cultivait les lettres. Jean Du Port, son biographe, lui attribue une traduction des distiques moraux composés au moyen âge sous le nom de Caton, et dans l'inventaire de ses livres se trouve l'indication de plusieurs volumes écrits de sa main. ( Voir ci-dessus , p. 5 1 6. )

ANTONII ASTENSIS EPISTOLARUM HEROICARUM LIRER TERCIUS ET ULTIMUS INCIPIT , \D ILLUSTREM PRINCIPEM DOMINUM JOHANNEM, MARCHIONEM MONTISFERRATI.

Nonnullos ad te cupienti scribere versus,

Hlustris princeps, ut me cognoscere posses

Esse tuî memorem, certe mihi carminé dignum

Nil magis occurrit scribendum hoc tempore, quam res

5 Quas vidi egregias Gallorum nuper in oris. Nec tamen hoc omnes illas me scribere iibro Posse putes; siquidem praestantum copia rerum Tanta est, quas vidi Gallorum vectus ad oras, Ut neque Virgilius neque carminé possit Homerus(1)

m Scribere, nec verbis Gicero proferre solutis.

PARISICS.

Namque (ut praeteream memoratu plurima digna), Vidi Parisius, qua, tempestate sub ista, Nulla urbs in toto fertur prœstantior orbe Esse, nec immerito; nam dum sua mente revolvo i5 Ornamenta, meura subit admiratio pectus;

Atque ita regalem me cernere suspicor urbem, Régis ut Epiri Pirrhi (2) legatus ab urbe Romana rediens visam sibi rettulit illam.

PONTES SECANtE.

Miror enim pontes quos Secana sustinet amnis, 20 Qui parte in gemina mediam perlabitur urbem,

Diversa capiens oneratas merce carinas,

IHuc interdum vicino ex aequore vectas;

Pontes tam multis munitos eedibus atque

Artificum manibus, nusquam apparentibus undis 95 Fluminis, ut, si quis pertranseat inscius illos,

Se transire aliquas ignoret fluminis undas;

Quod, ne vera negem, primum michi contigit ipsi.

DOMUS PRINCIPLM.

Miror Francorum praeclara palacia regum, [1) Le texte donne Omerus. — 2) Astesan a recherché l'assonance Epirki Pijn hi.

LIVRE IIIe ET DERNIER DES EPITRES HEROÏQUES D'ANTOINE D'ASTI, À ILLUSTRE PRINCE MONSEIGNEUR JEAN, MARQUIS DE MONTFERRAT

Illustre prince, dans mon désir de vous adresser quelques vers pour vous prouver combien je garde votre souvenir, rien ne m'a paru plus digne de fournir aujourd'hui le sujet d'un poëme que les belles choses que j'ai vues naguère dans le pays de France. Ne croyez pas cependant que je pourrai les renfermer toutes en ce livre; car le nombre des merveilles que j'ai admirées dans mon voyage de France est si grand, que ni Virgile ni Homère ne pourraient les décrire en vers, ni Cicéron lui-même les raconter en prose.

PARIS

En effet, sans parler de tant d'autres lieux mémorables, j'ai vu Paris, cette ville qui est regardée comme la plus belle qu'il y ait, de nos jours, dans l'univers, et ce n'est pas sans raison. Quand je repasse en ma pensée toutes ses beautés, l'admiration s'empare de mon âme; il me semble voir une cité de rois, telle qu'à son retour de Rome l'ambassadeur de Pyrrhus, roi d'Epire, décrivait la ville qu'il venait de visiter (2).

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