‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 165 sur 221 · LA GUERRE DE NORMANDIE. — - LA GUERRE D'AQUITAINE · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE NORMANDIE. — - LA GUERRE D'AQUITAINE

Grâce à Dieu, le roi de France, Charles, le plus religieux de tous les rois, a vaincu les Normands dans une seule année, et a retiré des griffes d'un ennemi terrible cette province que jadis les farouches Anglais ont mis, dit-on, quarante ans à conquérir; grâce à Dieu, il a soumis en une campagne les Aquitains, peuples nombreux et fiers, habitués à la guerre, et que les Anglais ont dominés pendant environ trois cents ans(2). Cette guerre ne doit-elle pas être célébrée par autant d'éloges que l'ont été, au temps jadis, les heureuses victoires de Charlemagne, d'Alexandre le Macédonien, ou de Jules César, ou enfin de tout autre héros parmi les anciens rois? Je ne veux point parler ici des rudes combats d'Enée et de Turnus, que Virgile, la fleur des poêles, a chantés dans ses vers divins, ni des rois entraînés à la guerre de Thèbes, que Stace a célébrés dans son beau poème. Puissent les divinités favorables m'accorder quelque jour assez de loisirs, et donner à mon esprit assez de forces, pour écrire en vers héroïques la guerre admirable que nous avons vue conduite à une heureuse fin par Charles, ce roi si digne des chants éternels du poète l3) !

Mais, pour en revenir au sujet de mes vers, je passe sous silence l'aspect du bourg de Saint-Denis, qui, par la méchanceté des ennemis, est bien changé de ce qu'il était autrefois:

richesses que la basilique de Sainl-Denis renfer- léans, qui fut prisonnier en Angleterre pendant

mail encore au commencement du xvu' siècle, mal- vingt-cinq ans, à la suite de la désastreuse bataille

gré les dévastations commises par les Anglais et d'Azincourl; il savait en outre que les Anglais,

les Huguenots. On y admirait notamment la Table alliés aux Bourguignons, avaient tenu, durant le

d'or, dans la construction de laquelle l'abbé Suger même espace de temps, les Armagnacs en échec :

avait employé quarante-deux marcs d'or servant à double motif pour ne les point aimer,

enchâsser une prodigieuse quantité de perles et de !?) Astesan l'ail allusion aux deux grandes expé-

pierres précieuses ; la châsse de saint Denis et de ditions que Dunois venait de terminer heureuse-

ses compagnons, toute couverte de pierreries; le ment: celle de Normandie, couronnée par la vic-

Crueifix d'or pesant quatre-vingts marcs, œuvre toire de Formigny, et celle de Guyenne, qui avait

de rrsepl lorrains orfèvres , si qui y travaillèrent con- préparé la soumission de cette province. Deux ans

linuellemcnt pendant deux ans; une seconde table plus tard, la bataille de Caslillon achevait l'œuvre

d'or donnée par Charles le Chauve; deux chande- de Dunois.

liers de vingt marcs d'or, offerts par Louis le Gros; (3) Ce projet d'épopée n'a pas eu de suite. Il est

plusieurs tables d'autel données par divers souve- remarquable, toutefois, de voir deux poètes presque

verains; la célèbre croix de saint Eloi; le vaisseau contemporains, Christine de l'isan et Astesan, com-

ou cuve de porphyre provenant de l'église Saint- prendre d'instinct qu'il y avait matière à poème

Hilaire de Poitiers; la fameuse chaise de Dago- épique dans la grande lutte à laquelle prirent part

bert, etc. (Le Théâtre des Antiq. de Paris, liv. IV.) Jeanne d'Arc, Dunois, La Hire, Xaintrailles, c'est-

(l) Le poète était secrétaire du duc Charles d'Or- à-dire les derniers des preux.

Sic hic a Gallis burgorum primus haberi.

Nunc autem illius tarn grandis diruta pars est.

Ut grave sit lacrimas homini retinere videnti, 3go Quanquam ob praesentis felicia tempora régis

Incipit ad veterem paulatim accedere formam.

Sed vix longa dies poterit donare quod illi

Abstulit hora brevis : veluti quem torrida febris

Affecit macie vel parvo tempore tantum, 39r> Quamvis a morbo liber sit redditus acri,

Hle tamen solito raptim pinguescere more

Non poterit, sed eum paulatim tempore longo

Vix primo gradui valitudo prospéra reddet.

Sic illi burgo, [templis](,) sic accidit, atque ioo Multis quas dederant villas fera bella ruinœ.

COUCIACDM.

Vidi prœterea, quo nullum fortius usquam, Aurelianensis ducis admirabile castrum Couciaci(2), quod, ne falso me dicere credas, Institui nostro formam tibi scribere versu. /jof> Gouciaci castrum est inter confînia gentis Picardœ positum, super uno monte decenti Fundatum , quinis munitum turribus atque Mœnibus egregiis miro cum robore factis.

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