ORLEANS
Que dire, dans ces vers, de la ville d'Orléans? C'est l'empereur Aurélien qui lui a donné ce nom, car les anciens poètes l'appelaient Genabum. Je n'ai vu aucune ville dont la vaste enceinte soit plus remplie de peuple, d'une plus grande multitude d'artisans et d'hommes de toutes conditions"'. Là est une université où l'étude du droit est surtout développée, pour suppléer au défaut de l'Université de Paris (2). Pour dire ici dans mes vers quelques mots des saintes reliques de cette ville, on y voit le couteau avec lequel Jésus découpa l'agneau pascal, et la coupe dans laquelle fut versé à saint Jean, l'innocent apôtre, un terrible poison. Mais la puissance divine le protégea si bien, que ce cruel breuvage ne lui fit pas plus de mal qu'il n'en eût fait au roi Mithridate , exposé à mille périls de mort(3). On sait que ce monarque, éprouvé par la ruse et par le poison, fut sauvé plusieurs fois par des médicaments qu'il savait prendre à propos , ce qui fait que ces antidotes ont gardé son nom. La fortune le conserva, je crois, pour qu'il fût l'ennemi des Romains, qui n'en trouvèrent point de plus acharné, puisque, malgré deux victoires remportées sur lui par les Romains, il se releva cependant chaque fois, plus indomptable dans son hostilité.
Les murs de cette ville, qui jouit en abondance des dons de Bacchus et de Cérès, qui produit des fruits de tout genre, qui est entourée de prés et de bois, et qui, dans l'antiquité, avait un grand renom de fertilité, sont baignés par la Loire, fleuve magnifique, qui coule également à Blois, à Tours, à Beaugency, et baigne beaucoup de villes que je passe sous silence; fleuve aussi beau qu'il est utile à ce territoire, et sur lequel sont jetés de loin en loin des ponts de pierre, remarquables par leur architecture et protégés par de fortes tours : tel est, en particulier, celui d'Orléans, pont superbe, le plus beau qui soit sur tout le fleuve (5); fleuve dont les eaux conduisent à la mer les barques chargées, et ramènent pareillement de l'Océan les marchandises que l'on désire (6). C'est sur les rives de la Loire qu'est fondée Orléans, superbe demeure du duc et digne d'un si grand prince.
(1) L'Université d'Orléans avait rendu celte ville extrêmement prospère; on y comptait, dit M. de Buzonnière (Histoire architecturale de la ville d'Orléans, t. I, p. 76), de quatre à cinq mille étudiants au commencement du xve siècle. Presque tous les jurisconsultes français du moyen âge sont sortis de cette célèbre école.
(S) On n'enseignait à Paris que les Décrétâtes, c'est-à-dire le droit canonique. (Voir à cet égard Jean de Jandun, p. 4o-4i.)
(3) Astesan croit facilement aux légendes que lui racontaient sans doute les gardiens des trésors et des églises qu'il visitait; ici, il saisit avec empressement l'occasion de faire étalage de son savoir : l'histoire de saint Jean amène celle de Mithridate.
(4) Les ponts de la Loire, de même que ceux de Paris, de Charenton, de Saint-Gloud, etc.
étaient défendus par des forteresses ou châtelels.
(5) Le pont d'Orléans remonte à la plus haute antiquité. M. de Buzonnière pense qu'il en existait un dès l'époque gallo-romaine. Détruit par les Normands, ce pont fut rétabli vers 880 par l'évêque Gaultier, et muni , du côté de la ville , d'une forteresse qui servait de palais aux rois, quand ils résidaient à Orléans. Une bastille le barrait aux deux tiers de sa longueur, et un fort, dit des Tourelles. le protégeait vers la campagne. Ruiné en partie par les Anglais, en 1^29, il avait été réparé lorsque Astesan le visita.
(6) Astesan répète ici, à propos du commerce fluvial d'Orléans, ce qu'il a dit de la navigation parisienne. Les bateaux descendaient la Loire jusqu'à son embouchure ou plus probablement jusqu'à Nantes . et en revenaient chargés de marchandises.
In cujus rippa fundata est Aurelianis,
Pulchra ducis domus, et tam magno principe digna.
TURONIS.
Hujus et in rippa fundavit, in urbe Turonis, Majestate sua dignas rex Karolus aedes,
7^5 Quas plerumque habitat postquam migravit ab urbe Parisius, justa forsan perculsus ab ira. Nam pênes has régis fundatum est nobile castrum. Huic urbi Cereris sunt large et dona Lyœi^, Et prata, et reliqua fecundœ munera terrai.
750 Quae propter regem prœsentem redditur ampla Quottidie magis urbs, ac re locupletior omni. Hac jacet urbe sacrum Martini corpus, et ensis Quo fertur chlamydem^ truncasse in pauperis usum. Hanc apud, in templo quo vix formosius ullum
755 Vidi, sancta jacent iilorum corpora septem,
Quos perhibent mire tôt dormivisse per aiinos, Relliquiœque aliae quas longum effarier esset. Si vellem cunctas quas Gallia continet urbes Egregias a me visas atque oppida versu
760 Hoc canere, et dignas iilis ascribere laudes,
Conficerem magnum, princeps excelse, volumen, Atque indigna tuae generarem taedia menti.
NOIOJMUM.
Ergo, ut diversas iterum traducar ad oras, Transeo Noionum, qua sanctus Eligius urbe est,
765 Cujus fabri olim nuper michi visa fuerunt Instrumenta : incus et parvi malleus usus, Nec non ille sacer qui post fuit annulus ejus Praesulis effecti, manuum et chirotheca (3) suarum, Ne tibi nunc alias, quarum est hic copia, dicam
770 Relliquias, magna quœ relligione coluntur.
silvànectum.
Et Silvànectum, quod silva nectitur, urbcm,
(1) Le texte donne Liei. (3) Le texte porte cirotheca.
(î) Texte : clatnidem.