AMIENS
J'omets aussi de décrire la ville qui a tiré son nom illustre de ce qu'elle est entourée par un fleuve (7), et dans laquelle je n'ai rien vu de plus beau, quoiqu'il y eût d'ailleurs beaucoup de choses à raconter et à célébrer, que l'église cathédrale de cette ville. C'est là
(1) Le mot latin de Compiègne, Compendium, signifie abrégé, et par extension route ou chemin de traverse, qui abrégé.
(2) Ces reliques étaient conservées au célèbre monastère de Saint-Corneille.
(3) Le coteau planté de vignes dont parle le poëte porte encore aujourd'hui le nom de Cuve Saint-Vincent.
(4) La cathédrale de Laon , construite à la fin du xne siècle et au commencement du xnf, se rapproche beaucoup, dit M. Viollet-le-Duc, du style de Notre-Dame de Paris; un architecte distingué.
M. Boeswilwald, a été chargé de la restaurer. Consulter, pour la description détaillée de l'édifice, l'ouvrage intitulé Les églises de Laon, par M. Melleville, Paris, i846, in-8°.
(5) L'église de Notre-Dame-de-Liesse, à i5 kilomètres de Laon , renferme une statue miraculeuse de la Vierge, qui était, à l'époque où Astesan la visita , l'objet d'un pèlerinage très-suivi.
(6) Astesan fait dériver sans doute Suessio de suavis situs.
(7) Le nom latin d'Amiens, Ambianum, rappelle en effet le verbe ambire, entourer.
In quo Baptistse faciès est sacra Johannis,
8o5 Aut pars illius, ne te mea carmina fallant,
Cum caput in multas septum sit nobile partes. Nam Lugdunensi mentum servatur in urbe; Pars autem capitis suprema, ut publica fama est, Sacra Angelini servatur in œde Johannis;
810 Corpus at in cineres conversum Genua servat.
Hoc templum tantum magnum, tantumque venustum. Altumque et clarum est, ac omni parte décorum, Ut Galli in patria nuHum formosius omni Esse ferant penitus, licet illi Virginis almae
8i5 Templum Carnoti quidam praeponere tentent. INonnulli vero quos Itala miserat ora Viderunt, quorum fuit hœc sententia, quamvis Templum finitum cunctis ex partibus esset Quod Mediolani média fabricatur in urbe,
8ao Sed dubitare tamen quod pulchrius esset eorum. Ex hoc ergo potes templi deprendere (2) formam. Nec tibi sit mirum, si, princeps inclite, dixi Plurima de templis Gallorum relliquiisque, Quod non est moris fieri per carmina vatum,
825 Unde meos versus reprehendent forte poetae;
Sed feci id, quoniam visa est michi Gallia, solo Templorum ornatu, Lombardas vincere terras, Quanquam etiam fluviis et stagnis vincere fertur, Unde sibi plures ferme sunt undique pisces.
83o Plurima prœterea varias michi visa per urbes Gallorum patriœ possem ornamenta referre; Sed plus quam cuperem jam crevit epistola longa , Ut verear générasse tibi fastidia verbis. Ergo, vale, et nostras venia dignare Gamenas, Marchio : si nimiis tecum sunt versibus usœ,
836 Cum nequeant paucis narrari plurima verbis.
Ex Blesis, anno Christi m.cccc.li.
(l) Le texte donne par erreur hora. — (2) Texte : deprehendere.
PARIS ET LES VILLES DE FRANCE SOUS CHARLES VIL 577 que l'on conserve le chef de saint Jean-Baptiste, ou du moins, pour que nies vers soient plus près de la vérité, une partie de ce chef, puisque la noble tête du Précurseur a été partagée en un grand nombre de parties. En effet, le menton est conservé dans la ville do Lyon; la partie supérieure de la tête, suivant la renommée publique, se trouve dans l'église de Saint-Jean-d'Angély , et le corps, réduit en cendres, est gardé à Gênes La cathédrale d'Amiens est si grande, si bien proportionnée, si haute, si magnifique, si ornée dans toutes ses parties, que les Français n'en connaissent pas de plus belle dans toute l'étendue de leur pays, bien que quelques-uns essayent de lui préférer l'église Notre- Dame de Chartres (2). Quelques personnes venues de l'Italie ont vu cette église et ont été du même avis: et. quoique la cathédrale que l'on construit au milieu de la ville de Milan soit la perfection même dans toutes ses parties, elles hésitaient à dire quelle était la plus belle des deux®. D'après cela, vous pouvez comprendre quelle est la magnificence de cette église.
Ne vous étonnez pas, illustre prince, si j'ai prodigué les détails sur les églises et les reliques de la France; ce n'est pas l'usage en poésie, par ce motif peut-être les poêles trouveront à redire à mes vers; mais je l'ai fait, parce que, sous le rapport de la magnificence des églises, la France m'a semblé déjà l'emporter sur les pays lombards. Au reste, la France leur est, dit-on, bien supérieure par la beauté des fleuves et des étangs, d'où elle tire un plus grand nombre de poissons pour tout le pays'1'. Je pourrais en outre vous raconter beaucoup de merveilles que j'ai vues dans les diverses villes de la France; mais nia longue épître s'est accrue déjà plus que je ne voulais, et je crains que mes paroles ne vous causent de l'ennui. Adieu donc, et daignez pardonner à ma muse, illustre marquis, si elle a abusé avec vous de sa facilité à versifier; mais pour raconter beaucoup de choses, il faul beaucoup de mots.
De Blois, l'an du Seigneur i45i.
Cette dispersion du corps de saint Jean-Baptiste est aussi peu certaine que la plupart des autres faits merveilleux cités par Astesan.
(2> Voir la Nouvelle description de la cathédrale d'Amiens, par M. Goze, Amiens, 18/17, in-4°.
(J) Astesan fait ici preuve d'une remarquable impartialité : à l'époque où i! écrivait, le Dôme (il
Duomo) était en construction depuis plus de soixante années, et des siècles devaient s'écouler avant son achèvement.
(,,) Ce parallèle , tout à l'avantage de la France , par lequel Astesan termine la relation de son voyage , prouve que le patriotisme n'étouffait pas en lui le sentiment de Ja vérité.
PARIS