‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 85 sur 221 · LE ROYAUME ET L'EMPIRE VIRIL DES FRANCS, POËME ÉLÉGIAQUE · texte numérisé non relu

LE ROYAUME ET L'EMPIRE VIRIL DES FRANCS, POËME ÉLÉGIAQUE

PLACÉ AU-DESSUS DE LA STATUE ÉQUESTRE DU MONARQUE INVINCIBLE. PHILIPPE DE VALOIS, ROI DES FRANCS.

Jamais le Gaulois n'a su courber le front sous le sceptre d'une femme ; il ne connaît pas de maître étranger. Nation valeureuse, nation au cœur fier, les Francs n'ont pas l'habitude de se laisser gouverner par un chef vassal ou étranger'1'. Ils n'ont pu obéir qu'à un chef de leur nom, ces Francs qui tiennent le sceptre du pur sang de leurs pères.

Non! il ne connaît pas de maître étranger, ce peuple qui déteste tout ce qui lui vient d'ailleurs, ce peuple indompté, assez puissant pour se protéger soi et les siens. Et de même qu'un cheval de noble race, qu'un coursier généreux et plein d'ardeur ne doit pas être monté par un cavalier stupide ; de même ce peuple, enfant de Mars, ne veut courber sous un joug indigne ni sa noble tête ni son col superbe.

La femme n'est pas née pour le métier des armes. Qu'elle renonce à l'espoir de régner et se livre à des tâches plus douces : que de ses doigts ronds et délicats elle apprenne à tourner ses fuseaux ; que son aiguille façonne en broderies mille charmants ouvrages; qu'elle prépare de riches tapis aux mille couleurs et brode des tableaux dont les figures paraissent vivantes; qu'elle s'applique à ourdir des toiles et à faire courir la navette entre les fils, et que sa main savante nous tisse des housses de soie ; telles doivent être ses occupations, tels sont les arts qui doivent révéler son génie. Ainsi fit autrefois la chaste Pénélope ; ainsi firent Arachné et tant d'autres, dont les noms célèbres sont encore florissants. Le bras d'une femme est trop faible pour gouverner nos mors sauvages; sa main débile ne pourrait retenir nos freins superbes (2).

Ils ne sauraient convenir à des cœurs si généreux, les rois que les Francs recevraient d'une terre étrangère.

;l) Les commentateurs de la Loi Saiique ont fait n prince consortv placé en dehors de toute partici-

remarqucr que la crainte du joug- étranger était le pation aux affaires publiques,

principal motif de l'attachement que le peuple fran- (2) Ce second argument a moins de force que le

rais a toujours eu pour cette loi fondamentale. N/>s premier; entre autres princesses, les Blanche de

hons aïeux n'avaient pas imaginé ce compromis, Castillc et les Anne de Beaujcu ont prouvé que la

tout moderne, qui fait de l'époux de la reine un main féminine ne manque pas toujours de fermeté.

Ignotos ita Gallus Iieros ^ dorso excutit omnes,

Finibus expellit, bella cruenta movens; Atque duces veteri deducens stemmate firmat

Sublimes solio, juraque sacra subit.

Obstipa comice'2) jugum detrectat, et audax

Excutit omne, alio si quis ab orbe ferat; Et ramum longa repetens ab origine, semper

Indigenas reges numinis instar habet; Praemissoque rétro du m sanguine clara coruscat,

Crescit perpetuo nobile stemma domus.

Mascula vis animi perdurât, et omine laeto

Sceptra dat, invicia jure tenenda manu.

Magna Pharamundi lex sanxit, et inclyta virtus

Servari a tota posteritate jubet.

Gallica nomen erat primum illi, scilicet ut lex

Sit propria hœc Gallis, fortia corda decens. Mos fuit antiquus Romae, de patriciorum

Ordine, et indigenas elicuisse viros; Hosque sacerdotes Marti sacrare verendos.

Hi dicti Salii; Lex Salica inde fluit.

Nostra suos habuit Salios et Galba. Nam Mars

Semper apud Gallos primo in honore fuit. Romanis etiam dictus Mars Gallicus olirn,

Expertis quam sit Gallus ad arma ferox. A Saliis populis, babuit quos Gallia quondam,

Aut Salio authore, hoc nomen habere volunL Atque aliis aliter visum est, sententia quorum

A sale deduci cum ratione refert ; Et Salicam dici quod condiat, et salis instar

Servet in aeternos Gallica jura dies.

Qui salicam dixit, potius esse virilem'3'

Debuerat : veros nam decet illa viros.

Imperium muliebre animis servilibus, atque

Dégénères alii mollia jussa feranl.

Nos quibus ingenium est multa virtute superbum,

Et partum est rigido nobile Marte decus ;

(I' Le versificateur a fait ici ce que l'on appelle (2) Comice pour cervice.

au collège une faute de quantité : héros (en grec <3) Du Breul a probablement oublie' un mot en

Vpws) constitue prosodiquement un spondée, et il transcrivant le morceau; il manque un demi-pied à

le transforme en iambe. cet hexamètre.

LA LOI SALIQUE CHEZ LES HISTORIENS DE PARIS. 249 Oui! tous ceux qu'il ne connaît pas, le héros gaulois les renverse à terre, et, pour les chasser de ses frontières, il allume des guerres sanglantes; mais il affermit sur le trône les chefs sublimes qu'il a choisis dans une race antique, et il sait obéir à leurs lois sacrées. Rejetant fièrement son cou en arrière, il refuse le joug; il le secoue avec audace, si quelqu'un vient le lui apporter d'une contrée étrangère. Il lui faut un rejeton qui remonte à la plus haute antiquité; il regarde ses rois indigènes comme une image de la Divinité; et tandis que, grâce à ce vieux sang, brille leur illustre maison, la noble race des rois grandit d'âge en âge. Leur cœur mâle et vigoureux devient plus ferme encore, et c'est avec justice, c'est avec foi dans l'avenir que le sceptre se trouve remis entre des mains invincibles. Ainsi l'a sanctionné l'auguste décret de Pharamofid ; sa gloire exige que la postérité garde à jamais cette loi.

Son premier nom fut Loi Gallique, sans doute afin que cette loi fût particulière aux Gaulois, comme la seule convenable à ces cœurs vaillants

C'était à Rome un antique usage, de tirer du sein des patriciens des hommes nés sur la terre de Rome, et de consacrer à Mars, en qualité de prêtres, ces hommes vénérables. On les nommait Saliens : de là vient l'expression Loi Salique. Et notre Gaule aussi a eu ses Saliens; car, chez les Gaulois, le dieu Mars a toujours obtenu les premiers honneurs; et jadis ils l'appelaient aussi le Mars gaulois, ces Romains qui savaient par expérience quelle est la bouillante ardeur des fils de la Gaule au milieu des combats. Les peuples saliens, qui autrefois occupèrent la Gaule, ou Salius, son auteur, donnèrent, selon les uns, leur nom à cette loi. D'autres ont eu une opinion différente, et ils ont pensé avec raison que ce nom vient de sal (sel), et qu'on l'a nommée Loi Salique, parce qu'elle assaisonne, et, comme le sel, conserve à jamais les droits gaulois (2).

Elle aurait mérité plutôt le nom de virile que celui de salique, car c'est la seule qui convienne à des hommes vraiment dignes de ce nom. Aux âmes serviles de subir l'autorité d'une femme! aux cœurs dégénérés de se soumettre à des ordres efféminés! Pour nous qui avons un génie fier de notre brillante valeur, nous dont la gloire s'est illustrée dans de

1 Rien ne confirme cette assertion : la Loi Salique n'est pas d'origine gauloise; elle était le code d'une des tribus franques qui "envahirent la Gaule, et fut lue, dit-on, aux Francs Saliens, dans trois Champs de Mai consécutifs, puis sanctionnée par leur approbation. Parmi les érudits qui se sont occupés de cette loi , les uns aflirment quelle fut rédigée avant Clovis; les autres n'en croient pas la rédaction antérieure au règne de ce prince. Elle a été remaniée à diverses reprises, notamment sous Dagoberl I".

(i) Ces diverses étymologies sont de pure fantaisie; les prêtres Saliens, le Salius gaulois, n'ont pu servir à désigner une législation qui n'avait rien de commun avec les lois gauloises et romaines. Quant au substantif sal, considéré comme racine de l'adjectif salique, l'auteur l'a probablement introduit dans ses vers pour amener, à l'aide do l'expression jus, qui signifie en même temps droit et bouillon, loi ou sauce, le jeu de mots intraduisible jura Gallica.

II1ST. — t.

Et qui contudimus Romana? rostra superba

Alitis, ut florum fulgeat aima Trias; Qui juga magnanimis aliéna l'ejecinius ausis.

Servili indociles conditions prêtai ç Ingentes aniinos spiramus mente prsealta :

Viribus Herculeis pectora firmà valenl.

Jnclyta riobilitas et clarum riomen avorum.

Virtutum in nobis seinina multa lerant.

Eneadum memores, memores virtutis àvitœ

Excitet, et stinVtilos addat origo potens. Jam longo indomiti Franci regnavhnus aeva,

Concordes sandre legis honore, diu.

Majestas etiam et regni inconcussa potestas

Perpetuos armis est habitura dies.

Hoc Deus ipse animis pnestantibus imperat, atque

Prospérât, et solito cœpta favore beat.

Quid frustra nostris maie barbarus insilit lioslis

Legibus? Antiquuin jus violare parât?

Lilia îiiiin ftilvi depasccnl nosti'a Leones?

Aut Aquilœ permis Gallica signa cadent?

\ut Aqiiiiae immixtus Léo, monstrum iunnane figurans,

Grvps erit et rostro saévit et lingue ferex? Al numen relinent demissa insignia cœlo-,

Angelicisquc armis agmina bruta ruent.

Non Aquilam aut Pardos Gallorum insignia gestânt,

Non truculentum animal, vel feritate rapax. Nil nisi candorem retinent, et pulcher amo'iio

Dulcis flos spirat balsama odore suo.

(îa-sius ille color, toti gratissimus orbi,

E cœli nobis vertice missa notât.

Atque sua est Gallis, qua1 proferit et fugat liostes.

Ejaculans ignés Aurea Fia m nia suos.

Sit procul indc metus, timoi' exulct atque t'accssal:

Non opis externae est indiga Franca manus. Sal propria virtute potens, peregrina repelle

Imperia; auxilio sat potes una tuo.

Dives, iciara, ferox, armis ànimosa pôtéhstpïéj

Virtutis propriae conscia, fide tibi.

Natio nulla unquam ])lures subiisse labores

Pro Ghristi visa est relliffione sui.

LA LOI S ALI QUE CHEZ LES HISTORIENS DE PARIS. 251 rudes combats, nous qui avons émoussé le bec orgueilleux de l'Aigle romaine pour faire resplendir l'éclat auguste de nos trois fleurs de lis, nous qui, par notre audace magnanime, avons rejeté le joug de l'étranger, indociles à subir la honte de la servitude, nous avons une àme sublime qu'animent de sublimes instincts, et Dieu a doué nos robustes poitrines d'une force herculéenne. Que la noblesse illustre, que le grand nom de nos aïeux jettent donc en nous de nombreuses semences de vertus; souvenons-nous des Troyens, souvenonsnous du courage de nos pères, et que notre puissante origine nous excite et nous aiguillonne sans cesse'1'. Déjà, Francs indomptés, nous avons régné longtemps avec honneur dans l'union de notre loi sainte; oui, la majesté, la puissance inébranlable de notre empire aura, grâce à nos armes, des jours éternels. Dieu lui-même le commande à des cœurs généreux, Dieu qui nous fait prospérer, qui favorise et bénit à jamais nos entreprises.

Et pourquoi donc un ennemi barbare et criminel vient-il faire de vaines menaces à nos lois? Pourquoi se prépare-t-il à violer nos droits antiques? Quoi! nos Lis seront la pâture des Lions sauvages ! Les ailes de l'Aigle renv erseront les drapeaux gaulois ; ou bien le Lion s'unira à l'Aigle, et, monstre épouvantable, viendra, comme un vautour, nous combattre avec ses serres et son bec sanglant (2)! Non, non ! Dieu n'abandonnera pas ces drapeaux qui nous viennent du ciel, et ce sera contre des armes célestes que se précipiteront ces bataillons stupides et grossiers. Ce n'est pas une Aigle, ce ne sont pas des Léopards'3' que portent les étendards gaulois, ce n'est pas un animal cruel, rapace et sauvage! Nos étendards sont d'une blancheur immaculée ; c'est une fleur belle et douce qui exhale les plus suaves parfums : couleur chère à tout l'univers, qui nous révèle la céleste origine de nos drapeaux! Oui, les Gaulois ont leur Oriflamme qui frappe de loin les yeux des ennemis et les disperse, l'Oriflamme qui lance ses feux éblouissants.

Ainsi donc, loin de nous la crainte; bannissons toute frayeur; la main d'un Français ne s'ouvre pas à l'aumône d'un secours étranger. Ton propre courage te rend assez puissante, ô nation des Francs; repousse la domination d'autrui; ta puissance n'a pas besoin d'un appui autre que le tien. Tu es riche, illustre, fière, pleine de cœur et de force dans les combats; tu as la conscience de ta propre valeur; aie donc confiance en toi seule. Jamais nation n'a fait plus que toi pour le Christ, ton Dieu; c'est là ton plus beau titre!

1 On retrouve ici la trace des origines fabuleuses attribuées à la nation française par les anciens cbroniqueurs. Voir, à ce sujet, les notes que nous avons ajoutées au Commentaire de Raoul de Presles, et aux premiers cbapitres de la Description (h Paris, par Guillebert de Metz.

s L'auteur fait ici allusion aux grandes guerres que Henri II eut à soutenir contre la maison d'Autriclie. On sait que ces expéditions débutèrent par

la conquête des Trois Évêcbés ( Metz , Toul et Verdun) et la victoire de Renti, pour aboutir à la défaite de Saint-Quentin et au traité de Cateau- Cambrésis. Les lions désignent le drapeau des Pays- Bas espagnols, et Y aigle les étendards de l'Empire.

n) Les léopards, qui caractérisent l'écusson d'Angleterre, indiquent ici la prise de Calais, qui eul lieu en 1 558 , et qui mit fin a la longue possession territoriale des Anglais en France.

Unde tibi ingénies tituli. Nam solis ab ortu

Solis ad occasus inclyta fama tua est.

Inde tibi augustum nomen Meotida adusque

Famœ allatura est gloria magna tuae.

Tu tamen et placidœ serva pia munia pacis.

Obsequiosa fovens quos tibi junxit amor; Utque soles semper, nunc illibata tenebis,

Inviolata colens f cédera amicitiae.

Sic quoque finitimos (tanta est vis, crédite, amoris)

Concordi alliciet fœdere parla quies.

Quos non ducet amor, coget timor et tremor. Kcquis

Horrida Francorûm fulmina ferre potest?

Sed inaneat semper firmis radicibus haerens

Lex Salica, antiqui qiiam coluere patres; Quae Francorûm animos virtutibus implct, et astris

Inscrit, unde illis gloria parta viret.

Sit testis locuples, sil magno in bonorc vetustas :

Creditur illi; annis est adliibenda fides.

Vinculo amicitiae junctis ut amabilis, bosti

Semper terribilis, semper acerba fuit.

()uaecumque in Francos gens induit arma, timoré

Horrescit, pavido pectore tota frémit.

Fulminei sic sensit tellus Flandra Valesi

Praelia, quod vario garriit ore loquax; Mentitum regem dum latrat stulta Philippum,

Indignum sceptris, Gallia culta, tuis.

Experta est tandem quid posset mascula virtus

Gallorum, atque inalo docta tacere suo est. Quidve nurus galla1 différât ^ ab alite fœtus

Gristata, illa suum sensit in excidium.

Hanc domuit, mactans bis millia dena Philippus;

Agnovitque ducem Flandria victa suum.

Hinc spolia ampla refert, statua sublimis equestri,

Deque triumpbato bis boste tropba^a gerit.

ïpse regas populum, claro diademate fuïgens, Tarn patriœ cbarus, quam tibi chara subest.

Dïjjëiàt esl un dactyle, ce qui produit ici une faute de quantité.

Du couchant à l'orient resplendit l'éclat de ta renommée; et ta gloire immense va porter le bruit de ton nom auguste dans les contrées les plus reculées.

Toutefois, ô France, garde les dons précieux de la paix; réchauffe dans, ton sein bienveillant ceux qui te sont unis par l'amour; et, selon ta coutume, préserve aujourd'hui, comme toujours, de tout contact impur les nœuds sacrés de cette amitié. Ainsi, crois-moi, nos voisins, tant l'amour a de force, se laisseront gagner par l'attrait de ce doux repos, fruit de notre heureuse union. Ceux qui ne se laisseront pas guider par l'amour seront en proie à la crainte, à l'épouvante. Et qui donc pourrait supporter les foudres terribles des Français?

Ah! qu'elle reste toujours profondément enracinée chez nous, cette Loi Salique, objet du culte de nos vieux pères; cette loi qui met le courage au cœur du Français, qui l'élève jusqu'au ciel, et le couvre d'une gloire toujours nouvelle! Que cette loi lui soit un témoin éclatant ! que son antiquité lui soit toujours chère et vénérée ! On croit à ce qui est antique; on doit ajouter foi à ce que les siècles -ont consacré (1)

Autant la France se montre bienveillante pour ses amis, autant elle est terrible pour ses ennemis. Toutes les nations qui prennent les armes contre elle tremblent d'épouvante dans l'attente des événements. Ainsi l'on a vu la Flandre vaincue parValois, dont les coups, rapides comme la foudre, ont puni cette nation vantarde qui avait eu l'audace de s'attaquer à la personne du monarque, de le signaler comme un prince indigne de régner sur toi, ô noble France! Enfin elle a connu, par sa propre expérience, la mâle vigueur des Français, et son malheur lui a appris à se taire. Cette poule arrogante a senti, à ses dépens, quelle différence il y a entre le coq vigoureux et le poussin débile (2). Vingt mille des défenseurs de la Flandre, étendus sur le champ de bataille, lui ont fait connaître son maître, et Philippe, tel que le représente une imposante statue équestre, est revenu vainqueur de ses ennemis, dont les riches dépouilles ont augmenté l'éclat de son triomphe (3).

Pour toi(4), conserve longtemps ce brillant diadème, pour le bonheur d'une patrie qui

' Nous supprimons ici un très-long passage contenant cinquante-huit vers qui ne sont que la paraphrase des idées précédemment exprimées , ainsi qu'un résumé historique des exploits accomplis par les Français sous le régime de la Loi Salique.

3 L'auteur fait allusion au fameux coq que les Flamands avaient peint sur un étendard arboré au sommet de l'une des tours de Casse! , avec ces vers bien connus :

Quand ce coq chanté aura , Le Roi Cassel conquestera.

Ce coq orgueilleux s'est trouvé n'être qu'un poussin débile , fœtus ; le vrai coq est celui des vieux Gaulois.

(3) Nous avons cru devoir supprimer ici cinquante-deux vers , où l'auteur énumère les conquêtes de Henri II et de François Ier, père de ce monarque , ainsi que les qualités nécessaires au souverain qui règne en vertu de l'antique loi des Saliens.

Le poëte s'adresse au roi Henri II , et il est loin de prévoir que la Loi Salique recevra une nouvelle application à la mort du troisième fils de ce monarque.

Tu sine vi solio sedeas sublimis avito;

Sit stabilis cœli gloria régis ope ; Perque manus capianf digni te pâtre coronam,

Perpétua série films, inde nepos!

Vive diu felix, et tanto rege beata,

Gallia, quo nullus major in orbe régit. Audacter rétine et serva, fatisque secundis,

Exerce legis congrua jussa tuae.

I)i faciant Francos semper, sub lege recepta,

Libéra fœmineo toilere colla jugo!

te chérit comme tu la chéris elle-même ; reste longtemps sur ce trône que tu tiens du droit et non de la force; que la protection du ciel assure la perpétuité de ta gloire; que ta couronne transmise par toi à tes lils, par ceux-ci à leurs héritiers, ne soit jamais le partage que de princes dignes de toi !

Reste longtemps heureuse, ô France, sous le sceptre de ce grand roi qui n'a pas de rival dans l'univers! Suis tes destins propices, exerce tes droits dans leur plénitude, et que le ciel te permette de vivre à l'abri d'une loi tutélaire, toujours' libre du joug avilissant d'une femme!

ri,

(Voir Guillebert de Metz, ci-dessus, p. 1 Ag. )

Le titre que nous donnons à cet appendice indique nettement les limites dans lesquelles il doit se renfermer. L'Oriflamme est parisienne d'origine : d'abord simple bannière de dévotion et enseigne toute locale, comme la chape de Saint-Martin elle est devenue, avec le temps, l'étendard du souverain, le drapeau national. e1 son histoire a fini par se confondre avec celle de la monarchie. Toutefois les historiens de Paris, qui ne séparaient pas dans leurs récits les grandes affaires du royaume de celles de la capitale (2), n'ont point oublié que l'Oriflamme appartenait, avant tout, à l'abbaye de Saint-Denis, c'est-à-dire à la banlieue de la ville qu'ils décrivaient. C'est à ce litre que Raoul de Presles et Guilleberl de Metz en ont parlé, et que leurs successeurs les plus rapprochés de nous, tels que Du Breul, Sauvai, Félibien, Le Beuf, lui ont donné place dans leurs ouvrages. Lorsque ce labarum vénéré reposait au monastère, nos vieux chroniqueurs allaient volontiers le contempler; l'un d'eux s'écrie :

Et comment que len lait portée Par nations blanches et mores Elle est à Saint Denis encore ; La lai je na gueres vehuë (3).

Quand la guerre éclatait, et que le Roi allait en grande pompe lever la bannière de Saint-Denis, ils étaient témoins de cette imposante cérémonie, et le souvenir qu'ils en emportaient restait profondément gravé dans leur mémoire. Le retour de l'étendard sacré n'était pas accueilli par eux avec moins d'enthousiasme, surtout si la victoire avait couronné leurs vœux, comme il arriva en j 3 2 8, lorsque Philippe de Valois, vainqueur des Flamands

(1) Ce caractère lui est bien reconnu par Félibien , qui s'en exprime en ces termes : rr Cet étenffdard était la bannière de Saint -Denis, que le rr comte de Vexin, comme premier homme lige de rrl abbave, avoit coustume de porter pour la desrrfense de l'église de Saint- Denis, dans les petites guerres fort ordinaires en ce temps -là."

hist. — 1.

(Histoire de% la ville de Paris, livre IV. p. i52.)

("> On en a la preuve dans le titre même que Guillebert de Metz donne à son ouvrage : La description de la ville de Paris et de l'excellence du royaume de France.

M Guillaume Guiart . La branche des royaux lignages, année 1-290.

à Cassel, vint remettre l'Oriflamme aux religieux de Saint-Denis : Obtulit oliflammam smm, qua contra Flamingos ususfuerat, dit un auteur contemporain.

Raoul de Presles était fort jeune à l'époque où eut lieu cette rentrée solennelle; mais il est permis de croire qu'il en avait été frappé, puisqu'il s'écriait : «Et si portez seul, le Roy, « loriflambe en bataille, cest assavoir ung glaive tout doré, ou est altacbiée une baniere « vermeille, laquelle voz devanciers ont acoustumé de venir prendre et querre en l'église de '•monseigneur saint Denis en grant solennité et devocion. » Comme Guillaume Guiart, il t''Ia il allé dans la basilique de l'abbaye pour contempler cet auguste palladium, et il ne manque pas de le dire : «De ce me croy, car jen ay veu deux de mon temps sur lautel «des glorieux martirs, en chascune partie de lautel une; et estoient enhantées de deux « petites hantes dargent dorées, ou pendoil a chascune une baniere vermeille. » Les levées de l'Oriflamme furent assez nombreuses de son temps; mais il ne lui fut pas donné de revoir, avant de mourir, le glorieux spectacle qui avait enthousiasmé sa jeunesse. Philippe de Valois avait levé l'étendard de Saint-Denis en i346 et 13/iy; mais c'était pour aller se faire battre à Crécy et échouer devant Calais. Le roi Jean était allé, lui aussi, quérir la sainte bannière; mais c'était pour la faire assister au désastre de Poitiers. Ce ne fut qu'en i38q, après le règne pacifique de Charles V, et pour inaugurer, par un triomphe éphémère, le triste règne de Charles VI, que l'Oriflamme fut levée, portée contre les Flamands réunis à Rosebecq, et ramenée en triomphe à Saint-Denis. La bataille se donna le a 7 novembre, et Raoul de Presles était mort la veille de la Saint-Martin d'hiver, c'est-à-dire le 1 0 du même mois.

Guillebert de Metz fut moins heureux encore; l'Oriflamme fut levée trois fois pendant son séjour à Paris, et toujours dans les circonstances les plus douloureuses : en 1 ki 2 , pour aller assiéger les Armagnacs enfermés dans la ville de Rourges; en 1 h 1 h , pour combattrp les Rourguignons avec lesquels le Roi marchait deux ans auparavant; et en 1 Zt 1 5 , pour ajouter aux désastres de Crécy et de Poitiers celui d'Azincourt.

Depuis cette grande défaite où disparut l'Oriflamme, selon la plupart des chroniqueurs , les historiens de Paris n'en disent plus rien, et il faut aller jusqu'à Du Rreul pour en trouver une simple mention : «C'estoit à Sainct Denis, dit le savant bénédictin, que l'on gardoif «anciennement ceste bannière tant renommée que l'on appeloit l'oriflainbe, laquelle les " Roys alloient quérir avec de grandes cérémonies, et n'enchargeoient qu'à quelque prince '■ ou valeureux seigneur, quand ils alloient faire la guerre aux inlidelles, ou bien contre leurs «ennemis. Mais à la fin, en abusant à tous propos, et la portant en toutes guerres, le Roy <■ Philippe de Valois la vint à perdre en un .voyage qu'il fit en Flandres, et du depuis on n'en « reccust plus de nouvelles. 5) (Théâtre des antiquité:, liv. IV.)

Du Rreul fait allusion à l'événement de Mons-en-Puelle : le sire de Chevreuse, porteoriflamme, suffoqué par la chaleur, tomba, et la bannière

Chaï a terre, et la saisirent Flamens, qui après senfuyrent.

Guillaume Guiart, auteur de ces vers et témoin du fait, prétend que l'oriflamme prise par les Flamands n'était qu'une imitation de la vraie. Cette opinion s'appuie sur le témoignage de Raoul de Presles. qui déclare avoir vu deux oriflammes « sur l'autel des glorieux

c martirs; r. e\ . quoiqu'elle ait contre elle Du Gange, Du Tillet, le P. Daniel et plusieurs autres historiens, elle a été soutenue par Guillaume Marcel, le P. Anselme, Dom Doublet et Kélibien. Le premier de ces écrivains constate qu'il existait , en i /if)o, un porte-oriflamme; le second affirme que Louis XI «reçut, en i 465, l'Oriflamme des mains du cardinal d'Alby, «abbé de Saint-Denis, après avoir entendu la messe dans l'église de Sainte-Catherine du "Val des Écoliers;» le troisième, après avoir déclaré que cette antique bannière est mentionnée dans deux inventaires de 1 5o/i et i 5 3 /i , ajoute : «Je l'ai veu et tenu encore depuis "la prise et réduction de Paris en l'obéissance du feu roy Henri le Grand;» quant à Félibien, il fait remarquer qu'en i 5 q /1 l'étoffe de l'Oriflamme avait été trouvée «à demi mangée « par les mites. »

En citant l'un des grands historiens de Paris, il est nécessaire de rappeler que les éditeurs de Sauvai ont placé à la fin du tome second de son ouvrage une assez longue dissertation sur l'Oriflamme; mais on sait aujourd'hui que ce mémoire a été écrit par Galland. Il nous reste, en outre, quelques représentations figurées du célèbre étendard : trois méritent surtout d'être signalées. La plus ancienne paraît être celle qui se voit sur un vitrail de la cathédrale de Chartres (n° 1); la plus moderne appartient à un manuscrit de Froissart que possède la Bibliothèque impériale (Ms. français, n° 26/1/1); l'original qu'elle représente (n°3)a été témoin de la défaite d'Artevelle « emprés la ville de Rosebecque ; » enfin Monfaucon et Gaignières nous ont conservé le dessin d'une troisième oriflamme, tiré de la bibliothèque des Célestins (n° 2 ). Le sujet de cette peinture est Charles V remettant la bannière de Saint-Denis à un chevalier, probablement Pierre de Villiers, seigneur de l'Ile— Adam. Rien de plus parisien que cette scène dont Raoul de Presles a dû être témoin , et qui sans doute a été conliée au vélin par l'un des religieux du monastère. Le lecteur nous saura gré de placer sous ses yeux ces trois types d'un drapeau qu'on voit mentionner partout, mais dont on ne trouve nulle part la représentation authentique.

Nu I. ;v 2. . Jjf 3.

Oriflamme du vitrail de Chartres. Oriflamme du manuscrit des Célestins. Oriflamme d'un manuscrit de Froissart

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