‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 84 sur 221 · APPENDICES AUX DEUX DESCRIPTIONS PRECEDENTES · texte numérisé non relu

APPENDICES AUX DEUX DESCRIPTIONS PRECEDENTES

Paris: peints et sculptés au portail d'une église, sur les murailles d'un cimetière, à l'époque même où écrivait Guillebert de Metz, qui les a vus dans leur nouveauté, reproduits ensuite presque partout, d'après le type parisien, ils n'ont eu, la Danse Macabre surtout, qu'une existence éphémère, et l'on n'en retrouve aucune mention chez les historiens de Paris postérieurs au xve siècle. 11 est vrai qu'on en a multiplié, de nos jours, les reproductions écrites et les représentations figurées; mais l'original parisien, texte et personnages, a subi de graves altérations, et nous nous sommes fait un devoir de placer sous les yeux du lecteur ce que Guillebert de Metz a vu et lu au commencement du xvc siècle : Prout habetur apudSanctum Innocentium, dit le manuscrit que nous avons consulté.

Les deux appendices qui suivent sont un complément plus indispensable encore du texte de u bourgeoisie ,

..-ir...,.] j ■ , i i ! .les lettrés, les artistes

notre auteur. On rencontre, en lisant la Description qu il nous a laissée, des noms de bourgeois, el ]c,3

de marchands, de lettrés, d'artistes et d'artisans parisiens du xve siècle, qui sont ou ignorés ou k a rtj?an* dq ^a™, imparfaitement connus. De simples notes auraient été insuffisantes pour mettre en lumière etau

,ii a / ti j» •! commencement du iv*.

certaines existences devenues aussi obscures quelles ont pu être éclatantes autrefois. Et d ailleurs les renseignements que nous avons pu recueillir eussent beaucoup perdu à être dispersés : utiles, sans doute, au point, de vue biographique, ils n'auraient pu offrir, si on les avait disposés au bas des pages, cet ensemble que le lecteur recherche et que notre auteur avait en vue lorsqu'il a composé son tableau de Paris. Nous les avons donc réunis, sous deux rubriques distinctes, et, pour les rendre moins incomplets, nous avons appelé à notre aide le dessin et la miniature.

L'essai de statistique par lequel Guillebert de Metz termine sa Description de Paris est bien Essais

de

statistique parisienne du

m0 au \vic siècle.

informe sans doute, et les chiffres qu'il donne en nombres ronds, un peu au hasard, ont grand besoin d'être redressés. Néanmoins l'idée était neuve, et, pour l'époque, elle constituait un véritable progrès. Cette considération nous a déterminés à grouper autour des calculs de notre auteur ceux que Géraud a faits sur le Rôle de la Taille de 1292, et, de plus, quelques détails sur les consommations de Paris, consignés dans un imprimé anonyme de la fin du xve siècle. U est résulté de ces divers chiffres, rapprochés de ceux de l'octroi de Paris en 1 865 , certaines conséquences assez inattendues. Nous les donnons sous toutes réserves , sachant bien que la statistique, surtout lorsqu'elle repose sur des évaluations conjecturales, est une science des plus périlleuses.

Reste une dernière pièce qui trouve sa place dans ce volume, ainsi qu'elle l'a trouvée dans le Les manuscrit de Rruxelles contenant l'ouvrage de Guillebert de Metz. Le fait ne résulte point, comme duTom fcPwu on pourrait le croire, d'une simple juxtaposition; la copie de ce singulier morceau est de la compilé

A 0 par ung notable clerc

main même, de notre auteur, qui en a fait, en quelque sorte, la préface de son livre. Le « notable «clerc normand » qui l'a composé ne méritait peut-être pas un tel honneur; son acrostiche n'est qu'un tour de force, et il faut bien convenir que la raison s'y accorde assez mal avec la rime. Nous avons cherché toutefois à découvrir le sens de tous ces mots cousus l'un à l'autre, et tâché de deviner les rapports qui les unissent ; mais nous devons avouer en toute franchise que le fil conducteur nous a souvent échappé. Les «cinq lettres du nom de Paris» resteront donc, avec leurs énigmes, comme un hommage rendu à notre capitale, et, en même temps, comme un échantillon du goût, du savoir-faire qui distinguait les versificateurs du xve siècle.

normand.

lll^T. — 1.

(Voir Raoul de Presles et Guiilebert de Metz, ci-dessus, |>. io5 el 1 35.)

Il n'entre point dans notre pensée de présenter ici l'ensemble de la Loi Salique on de disserter sur ce premier code de la nation franque. En tant que législation civile, la Loi Salique s'est fondue dans la jurisprudence écrite ainsi que dans les coutumes du pays franc; ses principales dispositions se retrouvent dans les Capitulaires de Charlemagne, dans les Etablissements de saint Louis et dans les nombreux coutumiers qui régissaient l'ancienne France. Quant à l'économie générale de cette loi et à l'interprétation détaillée des articles qu'elle contient, il n'y a plus rien à dire après les savants travaux de Du Tillel, de Pithou, de Lindenbrog, des deux Bignon, de Baluze, et surtout de deux érudits modernes, MM. Pertz et Pardessus.

Un souvenir unique, une impression, si l'on veut, est restée dans l'esprit des chroniqueurs qui nous l'ont transmise : c'est que la Loi Salique avait surtout pour but de régler l'ordre de succession au trône. Aujourd'hui, comme au temps de Raoul de Presles et de Guiilebert de Metz, Loi Salique est synonyme de droit d'aînesse dans la famille du souverain, et d'incapacité politique pour les femmes nées sur les marches du trône. Or. sur soixante ou cent titres (selon les manuscrits) que renferme la fameuse loi des Saliens, la disposition dont il s'agit occupe deux lignes, à peine la cinquième partie de l'un de ces titres; et ces deux lignes ont survécu à toutes les institutions par lesquelles a passé la France. Les voici dans le premier des quatre textes que M. Pardessus a réunis :

«Z)e terra ve.ro , nulla in muhere hœreditas non pertinebit, sed ad virilctn sexum, qui fratrcs ~ fuerud, Iota terra perteneunt. n

Par ces mots terra sulica, les anciens juristes ont toujours entendu la couronne, et c'est ainsi que Childebert en décida lui-même dès l'origine de la monarchie. Le Parlement, les Etats généraux sont restés fidèles à cette doctrine, et les historiens de Paris n'ont {^as manqué de consigner le fait en leurs écrits. Jean de Jandun, dans son épilogue et dans son dithyrambe en l'honneur du roi de France, fait allusion à l'avènement de Philippe le Long, avènement dont il avait été témoin et qui fut la première grande application de la Loi Salique. Raoul de Presles put assister, dans sa jeunesse, au couronnement de Philippe de Valois, seconde application du même principe; el ce souvenir lui a dicté sans doute le commentaire qu'il a reproduit en abrégé dans sa Description de Paris. Guiilebert de Metz,

V\!x DOCUMENTS ET ECRITS ORIGINAUX.

enfin, qni vit s'accomplir la plus flagrante violation de l'antique loi des Saliens, par le fait de l'intrusion de Henri V d'Angleterre, au détriment de sl'Âinsné de France,» crut devoir donner dans toute sa teneur Yexposicion faite par son devancier, protestant ainsi, à sa façon, et malgré sa qualité de libraire du duc de Bourgogne, contre l'usurpation que le traité de Troyes imposait à la France épuisée

Par une coïncidence qui n'a rien de fortuit , la dernière crise relative à l'application do la Loi Salique a eu pour témoin, sinon pour narrateur, le premier en date des grands historiens de Paris: Du Breul, qui, du fond de sa cellule de Saint-Germain-des-Prés, put assister à toutes les scènes de la Ligue, a voulu nous laisser un monument de la fidélité que les Parisiens ont constamment témoignée au vieux dogme, conservateur de la monarchie française. Il est le seul qui nous ait transmis textuellement une longue pièce de vers latins, composée vers le milieu du xvie siècle et placée, en forme d'inscription, dans la grande nef de Notre-Dame, au-dessus de la statue équestre qu'on regardait alors comme représentant Philippe de Valois. On croyait que ce monarque, vainqueur des Flamands à Cassel, avait fait placer dans la cathédrale ce singulier ex-voto; ce qui explique pourquoi l'inscription que nous allons reproduire y fut appendue un siècle et demi plus tard : les Parisiens voulurent mettre leurs sentiments sous la protection d'un souverain qui avait régné en vertu de la Loi Salique.

Voici en quels termes Du Breul raconte la victoire de Philippe et l'érection de la statue : •5 Le comte de Flandre estoit entré en si mauvais mesnage avec ses subiects, à cause des « levées de deniers qu'il faisoit faire pour s'acquitter des vieilles debtes de l'accord fait avec •le défunt roy Philippe le Long, que, ses villes s'estant révoltées et l'ayant arresté prison- - nier, il fut contraint de prendre loy de ses subjects pour recouvrer sa liberté. Dont pour revanche, se voyant libre, il eut recours au roy Philippe de Valois, lequel soudain dresse -une armée, prend saccage et brûle Cassel, où les rebelles avoient faict le gros de leurs «trouppes, après leur avoir deffaict vingt deux mille hommes en bataille rangée. Et revenant comme en triomphe à Paris, il entre, tout armé et monté, dedans l'église cathédrale «de Nostre Dame, où il fait offrande de ses armes et cheval à Dieu et à la sacrée Vierge, «sa mère. En mémoire de quoy, on lui dressa une statue en la nef d'icelle église, qu'on «veoit encores le représenter ainsi qu'il estoit. Et si Messieurs de Nostre-Dame en ^font tous les ans une feste double le 17 aoust. Auprès icelle statue est un grand tableau «contenant les vers qui ensuivent. . . Sur la Loi Salique, le royaume et empire viril des ■' Francs ('2). »

Félibien raconte le fait à peu près dans les mêmes termes ; mais il croit que Y 'ex-voto rappelait l'entrée triomphale de Philippe le Bel à Notre-Dame, après la victoire de Monsen-Puelle, et que la statue équestre représentait ce monarque, armé seulement de son

(l> En reproduisant clans ses Preuves (Hist. de In ville dcParis, t. IV, p. 58-j et 583) le procès-verbal de l'assemblée générale tenue à Paris le 29 avril 1^20, où fut lu le traité de Troyes, et où r-tous (rrespondirent in turba que oyl, » Félibien écrit en marge : t 11 est bien surprenant que dans cette tf rencontre et dans toute la suite il ne se soit pas

fr élevé une seule voix en faveur de la Loi Salique.- Un modeste trtranscripvain,* qui n'avait pas voix au chapitre, se mit alors à copier le commentaire de Raoul de Presles où l'ancien droit français est nettement exposé; évidemment ce n'était pas dire oyl au traité de Troyes.

;2' Tkealre des antiquité: de Paris, p. i'i.

LA LOI SALIQUE CHEZ LES HISTORIENS DE PARIS. 2d5

casque et de ses gantelets, sans brassards, tel qu'il se trouvait enfin au moment où les Flamands voulurent le surprendre dans son camp

Nous ne prendrons point parti dans cette question d'attribution, où l'on voit figurer, d'une part, Corrozet(2), Du Breul, Montfaucon , Saint-Foix, de l'autre, Félibien , le président Hénault, Piganiol, etc. Qu'il nous sutlise de faire remarquer qu'au xvie siècle, on regardait la statue comme représentant Philippe de Valois, et que cette croyance légitimait l'apposition, au-dessus de cette même statue, du tableau contenant les vers que nous reproduisons.

Nous donnons, avec le fac-similé de la gravure qu'André Thevet a placée dans sa Cosmographie ( 1 5 7 5 ) , le texte et la traduction du morceau conservé par Du Breul; et nous croyons, en outre, devoir signaler au lecteur le célèbre arrêt rendu par le Parlement le 28 juin 1 5 9 3 . C'est encore un historien de Paris qui a popularisé ce document : on le trouve dans les Preuves de Félibien, t. III, p. 81 3. -

Fac-similé heliographique. Cosmographie de Thevet (i57 5)

STATUE ÉQUESTRE OU TROPHEE QU'ON VOYAIT AUTREFOIS EN L'EGLISE NOTRE-DAME, AU DERNIER PILIER DE LA NEF, À DROITE, VIS-À-VIS LA CHAPELLE DE LA VIERGE, ET AU-DESSUS DE LAQUELLE ETAIT GRAVEE UNE INSCRIPTION LATINE EN L'HONNEUR DE LA LOI SALIQUE.

1 Histoire de la Ville de Paris, liv. X, S 1 1 , et (2) Voir Corrozet, Les antiquitez, histoires et siu-

liv. XI, S 70. gularitez de Paris, rdit. de i55o, f° 107 v°.

DE LEGE SALICA

ET V1RILI FRANCORUM REGNO ET IMPERIO CARMEN ELEGIACUM , PHILIPPI VALES1I, QUONDAM FRANCORUM REGIS INVICTISS1M1 STATUT EQUESTRI IMPOSITUM.

Fœmineo nunquam didicit diademate flecti :

Externi est Gallus nescius imperii. Sed neque subjecto solita est duce et hospite Franca

Gens, virtute potens, gens animosa, régi. Nec flecti potuit, nisi Franco nomine, Francus,

Ingenito et palrio sanguine sceptra tenens. Nescius externi domini, alque aliéna perosus,

Imperio, indomitus seque suosque fovet.

Et veluti ingenuus sonipes, generosus et acer,

Sessorem stupidum liaud rite caballus habel : Nobile sic caput atque ferocia subdere colla

Indigno renuit Martia turba jugo ; Fceminaque in nullos armorum nascitur usus.

Spem regni abjiciat, mollia tensa trabat : Aut tereti digito fusos torquere rotando

Discat, in aulaeis plurima fingat acu.

Instruat Attalicos, varioque colore tapetes

Pingat, qui vivis vultibus œquus erit.

Ordiri et studeat radio percurrere telas,

Et docta texat serica strata manu.

His sese ofïiciis exerceat; artibus istis

Ingenii spécimen praebeat illa sui.

Pénélope sic casta olim, sic fecit Aracbne,

Atque aliae, quarum nomina clara vigent. Non est aequa feris muliebris dextra lupatis ;

Nec régit imbellis frena superba manus.

Non bene conveniunt animis tam fortibus uili

Reges, quos Francis extera terra daret.

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