LA BOURGEOISIE PARISIENNE
VERS LA FIN DU XIVe SIECLE ET AU COMMENCEMENT DU XVe. (Voir Guillebert de Metz, ci-dessus, p. 200.)
rrGrant foison de riches bourgois avoit, et dofïiciers que on appeloit petis royect taux de grandeur, n
C'est dans ces termes que Guillebert de Metz constate l'importance numérique, la fortune et l'influence de la bourgeoisie parisienne à l'époque où il écrivait. D'où lui venaient donc cette richesse et ce pouvoir? Comment ces petits marchands, ces membres obscurs des confréries, ces simples gardes des métiers, ces humbles agents de l'Echevinage et du Châtelet, préposés au commerce et à la garde de la capitale, ces «officiers» enfin, dépositaires d'une si faible part d'autorité , étaient-ils parvenus à un tel degré de prépondérance sociale? Question complexe à laquelle on ne pourra répondre qu'en écrivant l'histoire du gouvernement municipal à Paris, c'est-à-dire en racontant comment s'est développée chacune des forces dont la réunion a formé, avec le temps, le faisceau de la puissance bourgeoise. Obligés de nous circonscrire dans les étroites limites d'un appendice, nous nous bornerons à rappeler ici quelques faits bien connus, qui serviront de commentaires au texte de notre auteur.
La bourgeoisie de Paris, considérée comme institution marchande, remonte à l'origine Formation même de la cité : les Nautœ Parisiaci en ont formé le noyau; la hanse féodale n'a fait que e pa risque, continuer, sous une autre forme, les traditions du commerce gallo-romain, et les métiers, en se constituant à l'état de corporations, ont soumis au même régime toutes les industries, tous les genres de négoce qui ne relevaient pas naturellement de la Marchandise de l'eau. Il est résulté de ce fait un monde bourgeois, tout occupé de travail, de trafic, profitant des occasions qui lui étaient données de faire fortune, et s'enrichissant, en effet , malgré les droits royaux et seigneuriaux, les dons gratuits qu'il lui fallait faire, et les exactions de toute espèce qu'il avait à subir. C'est cet ensemble de marchands que les plus anciens titres désignent sous l'appellation collective de Burgenses, les Bourgeois. On les voit, en celte qualité, se réunir dans leur Parloir, vendre et acheter au nom de la commu-
nauté, assister aux fêtes et cérémonies, faire des cadeaux au Roi et lui adresser quelquefois des remontrances, haranguer les souverains étrangers de passage à Paris, et prendre enfin leur petite part de pouvoir et d'honneurs, lorsque les circonstances le permettaient.
Ces privilèges étaient la conséquence naturelle de la situation que les mœurs du temps avaient faite à la bourgeoisie : la fortune ne va jamais sans quelque influence, et les bourgeois seuls étaient en mesure de s'enrichir. Les gentilshommes, qui ne pouvaient ni travailler ni trafiquer sans dérogeance, couraient les grands chemins ou demeuraient dans leurs manoirs, sans toucher au commerce et à l'industrie autrement que par les péages qu'ils leur imposaient et par les redevances de toute nature dont ils avaient coutume de les grever. Les paysans, attachés au sol soit par le servage, soit par une longue habitude, ne songeaient point à venir à Paris pour demander aux chances du négoce les moyens de devenir riches; ils y eussent trouvé, d'ailleurs, dans les règlements qui défendaient chaque profession , une barrière presque infranchissable. Les familles bourgeoises se perpétuaient donc dans la paisible possession d'un métier ou d'un comptoir, que les mœurs, d'accord avec les lois, protégeaient contre toute concurrence, et qui devenait ainsi, entre leurs mains, un véritable monopole. C'est là tout le secret des vieilles fortunes bourgeoises, à Paris comme ailleurs.
Le Livre des Sentences rendues en l'auditoire du Parloir-aux-Bourgeois, les Rôles de la Taille de 1292 et i3i3, les Comptes et ordinaires de la Prévôté de Paris, nous ont conservé les noms de plusieurs notables commerçants qui vivaient dans la seconde moitié du \mc siècle et au commencement du xrve; c'étaient les grands-pères ou les grands-oncles de ceux que Guillebert de Metz a connus. On voit figurer parmi eux plusieurs centaines de bourgeois, tous bien posés, tous «ayant pignon sur rue,» tous arrivés à cette notabilité qui a été de tout temps la condition de l'entrée dans les charges municipales. A première vue, ces bourgeois semblent de petites gens; on rencontre dans le nombre non-seulement des changeurs et des orfèvres, mais des drapiers, des pelletiers , des merciers, des épiciers, des huchiers, des talmeliers, des poissonniers, des bouchers, des tisserands, des fripiers, des tanneurs , des « cordouanniers r> et jusqu'à des taverniers. Les marchands, sans autre désignation, constituent l'aristocratie bourgeoise; ils répondent à nos modernes négociants, aux armateurs et aux commissionnaires d'aujourd'hui. Des clercs et des scribes de tout ordre, des procureurs et gardes-notes du Châtelet, des courtiers, mesureurs, porteursjurés, etc. etc. des sergents et autres agents de la prévôté royale et de la prévôté bourgeoise complètent cet ensemble de population moyenne, du milieu de laquelle se détachent les grosses fortunes qui ont toujours eu le privilège d'émerveiller la foule
La Au moment où nous sommes arrivés , c'est-à-dire à la fin du xive siècle et au commen-
bourgepine parisienne
au xr»" siècle.
(l) Pour donner plus d'intérêt à cet appendice, patronymiques déjà formés; la seconde, renfermant
nous avons recueilli dans les Comptes royaux, les les noms «Je métiers qui se sont transformés plus
Comptes de l'Hôtel et les états de la maison de tard en noms propres; la troisième, embrassant les
Bourgogne, les noms des bourgeois notables do- noms d'origine, qui étaient toujours précédés du
miciliés à Paris vers la fin du xm" siècle et au nom de baptême et qui sont devenus patrony-
commencemenl du xiv". Nous les avons rangés en iniques à leur tour. En donnant cette liste, nous
Irois catégories: la première, comprenant les noms n'avons point la prétenlion d'exposer une théorie
LA BOURGEOISIE PARISIENNE AUX XIVe ET XVe SIÈCLES. 321
cernent du xvc, la bourgeoisie de Paris a déjà eu ses alternatives de grandeur et de décadence. Florissante à l'époque de Philippe-Auguste, de saint Louis, de Philippe le Bel?
quelconque sur l'origine des noms; notre seul but aussi complète que possible des bons bourgeois est de placer sous les yeux du lecteur une liste de Paris à Vëpoque de Philippe le Bel.