SCÈNE IV
CATHERINE
Jamais votre cousin de Guise n'a plié le genou devant vous , qu'il n'ait, en se relevant, emporté un morceau de votre manteau royal .
HENRI
. » . Il n'a jamais forcé notre volonté , cependant ; ce que
nous lui avons accordé a toujours été de notre plein gré... et , cette fois encore, si nous le nommons chef de la Ligue... ce sera un devoir que nous lui imposerons comme son maître.
CATHERINE
Tous ces devoirs le rapprochent du trône... Cette Ligue que vous allez autoriser, savez-vous quel est son but?... Hélas! mon fils, ma santé ne me permet plus de veiller sur vous comme je le faisais autrefois , et cependant peut-être aurai-je enfin le bonheur de déjouer un grand complot.
Un complot! on conspirerait contre moi!... dites, dites, ma mère. . . Quel est ce papier?
CATHERINEs
Un agent du duc de Guise , l'avocat Jean David , est mort à Lyon. . . Son valet était un homme à moi; tous ses papiers m'ont été envoyés, celui-ci en faisait partie.. .
Voyons... Comment!... un traité entre don Juan d'Autriche et le duc de Guise !. .. Un traité par lequel ils s'engagent à s'aider mutuellement a monter , l'un sur le trône des Pays-Bas,
l'autre sur le trône de France Sur le trône de France ! Que
comptaient-ils donc faire de moi , ma mère?
CATHERINE
Voyez le dernier article de l'acte d'association des ligueurs , car le voici tel... non pas que vous le connaissiez, mon cher Henri , mais tel qu'il a été présenté a la sanction du Saint-Père quia refusé de l'approuver.
henri , lisant.
» Puis , quand le duc de Guise aura exterminé les hugue-r » nots , se sera rendu maître des principales villes du royaume, » et que tout pliera sous la puissance de la Ligue , il fera faire « le procès a Monsieur , comme à un fauteur manifeste des » hérétiques, et après avoir rasé et confiné le roi dans un cou- » vent?.., » Dans un couvent! ils veulent m' ensevelir dans un cloître!... Ah! notre cousin de Guise , vous en voulez terriblement a notre couronne de France... Ma mère , est-ce qu'on ne pourrait pas lui donner celle des martyrs? Il se bat demain avec Saint-Mégrin... Saint-Mégrin est brave et adroit.
CATHERINE
Et croyez-vous que le duc de Guise soit moins brave et moins adroit que lui?...
HENRI
Mais qui m'empêche de nommer Saint-Mégrin chef de la Ligue ?
CATHERINE
Eh! qui voudra le reconnaître? a-t-il un parti?...
HENRI
Vous avez raison... Sans doute Guise n'attend que le moment où je l'aurai nommé chef de cette infâme Ligue, pour se déclarer... Que faire?... Si mon peuple m'aimait... Mais pourquoi donc mon peuple ne m'aime-t-il pas, ma mère? je voudrais pointant bien le rendre heureux ; j'y réussirai plus tard. Un cloître, un cloître ! . . . Ah! ne l'ai-je pas dit tout haut, quand , a mon sacre , ils m'ont posé la couronne sur la tète , que cette couronne me blessait? et quand , deux fois, elle a failli tomber
pendant la cérémonie, n'ai-je pas dit encore que c'était de mauvais augure? Un cloître! les hérétiques ! ils me tueront plutôt, ma mère, je mourrai roi. Ne m'ont-ils pas vu combattre a Jarnac et à Moncontour? Oh! s'il ne s'agissait que de charger a la tête de ma brave noblesse... Mais il faut ici repousser l'intrigue par l'intrigue...