L'AMOUR MATERNEL
Lorsque du doux printemps la présence féconde
Au souffle des zéphirs ressuscite le monde ,
Renonçant à ses jeux , le peuple des oiseaux ,
Cherche au fond des bosquets les plus sombres rameaux ,
Et la mère attentive arrondit et décore
Le nid de ses enfants qui ne sont pas encore .
Philomèle en nos bois suspend l'hymne d'amour ;
En vain elle voit naître et voit mourir le jour :
L'écho ne redit plus sa finale légère ;
Et son tendre silence avertit qu'elle est mère.
Mais d'un devoir si doux, d'un si pur sentiment ,
Femme, qui mieux que toi connaît l'enchantement?
Quand d'un souffle immortel Dieu même t'eut formée ,
Tu naquis pour aimer comme pour être aimée.
En vain ce Dieu t'impose un long tribut de pleurs ;
Ton courage redouble au sein de tes douleurs :
La mère qui pour nous a souffert sans faiblesse ,
Avec moins de tourments aurait moins de tendresse.
Malheureux le mortel dont le cœur isolé
Par le doux nom de fils ne fut point consolé !
Il cherche tristement un appui sur la terre ,
Et l'ennui vient s'asseoir à son toit solitaire ;
Le temps blanchit sa tète , et les ans l'ont vaincu :
Hélas ! il a vieilli , mais il n'a point vécu.
Et comment exprimer ces transports si touchants , Qu'a l'âme d'une mère un tendre amour inspire? Elle aime son enfant , même avant qu'il respire.
Dans quel enchantement son oreille ravie Reçoit le premier cri qui l'annonce a la vie ! Heureuse de souffrir , on la voit tour à tour Soupirer de douleur et tressaillir d'amour. Ah! loin de le livrer au sein de l'étrangère , Sa mère le nourrit , elle est deux fois sa mère : Elle écoute la nuit son paisible sommeil; Par un souffle elle craint de hâter son réveil : Elle entoure de soins sa fragile existence ; Avec celle d'un fils la sienne recommence ; Elle sait , dans ses cris devinant ses désirs , Pour ses caprices même inventer des plaisirs.
Quand la raison précoce a devancé son âge , Sa mère , la première , épure son langage , De mots nouveaux pour lui , par de courtes leçons , Dans sa jeune mémoire elle imprime les sons. Soin précieux et tendre , aimable ministère , Qu'interrompent souvent les baisers d'une mère ! D'un naïf entretien poursuit-elle le cours , Toujours interrogée , elle répond toujours ; Quelquefois une histoire abrège la veillée : L'enfant prête une oreille avide , émerveillée ; Appuyé sur sa mère , à ses genoux assis ,
il craint Je perdre un mot de ses fameux récits.
Il s'amuse et s'instruit; par un mélange heureux Ses jeux sont des travaux , ses travaux sont des jeux,
La lice va s'ouvrir : l'étude opiniâtre ,
Te dispute ce fils que ton cœur idolâtre ,
Tendre mère : déjà de sérieux loisirs
Préparent ses soucis ainsi que tes plaisirs.
Enfin luit la journée où le rhéteur antique ,
D'un peuple turbulent monarque flegmatique ,
Dépouillant de son front la inorne austérité ,
Décerne au jeune athlète un laurier mérité.
En silence on attache une vue attendrie
Sur l'enfant qui promet un homme a la patrie. . .
Cet enfant , c'est le tien : un cri paît : le vainqueur ,
Porté par mille bras , est déjà sur ton cœur;
Son triomphe est a toi , sa gloire t'environne ,
Et de pleurs maternels tu mouilles sa couronne.
MlLLEVOYE.