‹ ParisChapitre 17 sur 46 · L'AMOUR MATERNEL · texte numérisé non relu

L'AMOUR MATERNEL

Lorsque du doux printemps la présence féconde

Au souffle des zéphirs ressuscite le monde ,

Renonçant à ses jeux , le peuple des oiseaux ,

Cherche au fond des bosquets les plus sombres rameaux ,

Et la mère attentive arrondit et décore

Le nid de ses enfants qui ne sont pas encore .

Philomèle en nos bois suspend l'hymne d'amour ;

En vain elle voit naître et voit mourir le jour :

L'écho ne redit plus sa finale légère ;

Et son tendre silence avertit qu'elle est mère.

Mais d'un devoir si doux, d'un si pur sentiment ,

Femme, qui mieux que toi connaît l'enchantement?

Quand d'un souffle immortel Dieu même t'eut formée ,

Tu naquis pour aimer comme pour être aimée.

En vain ce Dieu t'impose un long tribut de pleurs ;

Ton courage redouble au sein de tes douleurs :

La mère qui pour nous a souffert sans faiblesse ,

Avec moins de tourments aurait moins de tendresse.

Malheureux le mortel dont le cœur isolé

Par le doux nom de fils ne fut point consolé !

Il cherche tristement un appui sur la terre ,

Et l'ennui vient s'asseoir à son toit solitaire ;

Le temps blanchit sa tète , et les ans l'ont vaincu :

Hélas ! il a vieilli , mais il n'a point vécu.

Et comment exprimer ces transports si touchants , Qu'a l'âme d'une mère un tendre amour inspire? Elle aime son enfant , même avant qu'il respire.

Dans quel enchantement son oreille ravie Reçoit le premier cri qui l'annonce a la vie ! Heureuse de souffrir , on la voit tour à tour Soupirer de douleur et tressaillir d'amour. Ah! loin de le livrer au sein de l'étrangère , Sa mère le nourrit , elle est deux fois sa mère : Elle écoute la nuit son paisible sommeil; Par un souffle elle craint de hâter son réveil : Elle entoure de soins sa fragile existence ; Avec celle d'un fils la sienne recommence ; Elle sait , dans ses cris devinant ses désirs , Pour ses caprices même inventer des plaisirs.

Quand la raison précoce a devancé son âge , Sa mère , la première , épure son langage , De mots nouveaux pour lui , par de courtes leçons , Dans sa jeune mémoire elle imprime les sons. Soin précieux et tendre , aimable ministère , Qu'interrompent souvent les baisers d'une mère ! D'un naïf entretien poursuit-elle le cours , Toujours interrogée , elle répond toujours ; Quelquefois une histoire abrège la veillée : L'enfant prête une oreille avide , émerveillée ; Appuyé sur sa mère , à ses genoux assis ,

il craint Je perdre un mot de ses fameux récits.

Il s'amuse et s'instruit; par un mélange heureux Ses jeux sont des travaux , ses travaux sont des jeux,

La lice va s'ouvrir : l'étude opiniâtre ,

Te dispute ce fils que ton cœur idolâtre ,

Tendre mère : déjà de sérieux loisirs

Préparent ses soucis ainsi que tes plaisirs.

Enfin luit la journée où le rhéteur antique ,

D'un peuple turbulent monarque flegmatique ,

Dépouillant de son front la inorne austérité ,

Décerne au jeune athlète un laurier mérité.

En silence on attache une vue attendrie

Sur l'enfant qui promet un homme a la patrie. . .

Cet enfant , c'est le tien : un cri paît : le vainqueur ,

Porté par mille bras , est déjà sur ton cœur;

Son triomphe est a toi , sa gloire t'environne ,

Et de pleurs maternels tu mouilles sa couronne.

MlLLEVOYE.

Page 1