UNE MÈRE
Avec notre existence De la femme pour nous le dcvoûment commence.
C'est elle qui , vouée a cet être nouveau ,
Lui prodigue les soins qu'attend l'homme au berceau.
Quels tendres soins ! Dort-il? attentive , elle chasse
L'insecte dont le vol ou le bruit le menace ;
Elle semble défendre au réveil d'approcher :
J,a nuit même d'un fils ne peut la détacher ;
Son oreille de l'ombre écoute le silence ;
Ou , si Morphée endort sa tendre vigilance ,
Au moindre bruit rouvrant ses yeux appesantis ,
Elle vole , inquiète , au berceau de son fils ,
Dans le sommeil longtemps le contemple immobile ,
Et rentre dans sa couche , a peine encor tranquille.
Bientôt d'autres bontés suivent d'autres besoins ; L'enfant , de jour en jour , avance dans la vie : Et, comme les aiglons qui , cédant a l'envie De mesurer les cieux , dans leur premier essor Exercent près du nid leur aile faible encor , Doucement soutenu par ses mains chancelantes , Il commence l'essai de ses forces naissantes. Sa mère est près de lui : c'est elle dont le bras Dans leur débile effort aide ses premiers pas ; Elle suit la lenteur de sa marche timide ; Elle fut sa nourrice , elle devient son guide. Elle devient son maître au moment où sa voix Bégaie a peine un nom qu'il entendit cent fois ; Ma mère est le premier qu'elle l'enseigne a dire , Elle est son maître encor dès qu'il s'essaie a lire ; Elle épelle avec lui , dans un court entretien , Et redevient enfant pour instruire le sien. D'autres guident bientôt sa faible intelligence ; Leur dureté punit sa moindre négligence. Quelle est l'âme où son cœur épanche ses tourments ?
Quel appui cherche-t-il contre les châtiments?
Sa mère ! Elle lui prête une sûre défense ,
Calme ses maux légers , grands chagrins de l'enfance ;
Et , sensible a ses pleurs , prompte a les essuyer ,
Lui donne des hochets qui les font oublier ;
Le rire dans l'enfance est toujours près des larmes.
Legoiyé.