‹ ParisChapitre 27 sur 46 · SOUVENIRS DU PEUPLE · texte numérisé non relu

SOUVENIRS DU PEUPLE

On parlera de sa gloire Sous le chaume bien longtemps; L'humble toit, dans cinquante ans, Ne connaîtra plus d'autre histoire.

Là , viendront les villageois Dire alors a quelque vieille :

Par des récits d'autrefois , Mère , abrégez notre veille.

Bien , dit-on , qu'il nous ait nui > Le peuple encor le révère, Oui , le révère.

— no —

Parlez-nous de lui , grand' mère , Parlez-nous de lui.

Mes enfants , dans ce village , Suivi de rois il passa , Voila bien longtemps de ça ; Je venais d'entrer en ménage.

A pied grimpant le coteau Où pour voir je m'étais mise , Il avait petit chapeau Avec redingote grise.

Près de lui je me troublai , Il me dit : Bonjour ma chère , Bonjour, ma chère.

— Il vous a parlé , grand'mère !

Il vous a parlé !

L'an d'après , moi pauvre femme , A Paris étant un jour , Je le vis avec sa cour :

Il se rendait a Notre-Dame.

Tous les cœurs étaient contents ; On admirait son cortège , Chacun disait : Quel beau temps !

Le ciel toujours le protège.

Son sourire était bien doux :

D'un fils Dieu le rendait père , Le rendait père.

— Quel beau jour pour vous, grand'mère Quel beau jour pour vous I

Mais quand la pauvre Champagne Fut en proie aux étrangers , Lui , bravant tous les dangers , Semblait seul tenir la campagne.

Un soir , tout comme aujourd'hui , J'entends frapper a la porte ; J'ouvre, bon Dieu! c'était lui, Suivi d'une faible escorte.

Il s'assied où me voilà, S' écriant : Oh ! quelle guerre !

Oh! quelle guerre !

— Il s'est assis la , grand 'mère !

II s'est assis la !

J'ai faim , dit-il ; et bien vite Je sers piquette et pain bis ; Puis il sèche ses habits ; Même a dormir le feu l'invite.

Au réveil , voyant mes pleurs , Il me dit : Bonne espérance !

Je cours de tous ses malheurs Sous Paris venger la France.

Il part ; et comme un trésor J'ai depuis gardé son verre , Gardé son verre.

— Vous l'avez encor , grand' mère ?

Vous l'avez encor?

Le voici. Mais a sa perte

Le héros fut entraîné ,

Lui , qu'un pape a couronné ,

Est mort dans une île déserte.

Longtemps aucun ne l'a cru ; On disait : il va paraître , Par mer il est accouru ; L'étranger va voir son maître.

Quand d'erreur on nous tira , Ma douleur fut bien amère ,

Fut bien amère .

— Dieu vous bénira , grand' m ère ; Dieu vous bénira.

(Béranger.)

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