II
Le fameux palais de PAlhambra , commencé par l'émir al Mumenlm , fut achevé par Mulei-Hassem ; et ce monument de magnificence l'emporte même sur les prodiges qu'enfante l'imagination. La, des milliers de colonnes d'albâtre soutiennent des voûtes immenses , dont les murs , couverts de porphyre , éclatent d'or et d'azur. Là , des eaux vives et jaillissantes forment , au milieu des appartements , des cascades d'argent liquide , vont remplir des canaux de jaspe , et serpentent dans les galeries. Partout le doux parfum des fleurs se mêle a celui des aromates qui , brûlant toujours dans les souterrains , s'exhalent du pied des colonnes , et viennent embaumer l'air qu'on respire. Des jours ménagés sur la ville , sur les bords enchantés des deux fleuves , sur les montagnes de neige , présentent à l'œil étonné des tableaux variés sans cesse. Tout ce qui flatte les sens , tout ce que l'art et la nature , la magnificence et le goût , peuvent réunir pour la volupté , se trouve joint dans ce beau séjour aux chefs-d'œuvre qui charment l'esprit. A côté des eaux bondissantes , au milieu des riches sculptures , vis-àvis des superbes vues , on a gravé sur le porphyre les vers de nos poètes arabes. Dans le parvis de la salle immense où le roi rend la justice , on lit sur la porte cette inscription :
Crime, pâlis d'effroi , crains mon regard sévère : Le ciel , lent à punir , tonne et frappe à la fin.
Rassure-toi , triste orphelin ,
Ici tu vas trouver un père.
A l'entrée de l'appartement où la reine rassemble les beautés
de sa cour et les guerriers Je notre armée , on a tracé ces vers eu lettres d'or :
Ici la beauté , la pudeur , Les jeux , les ris , la politesse , Font naître et couronnent sans cesse La gloire, l'amour et l'honneur.
Ici la plus chère faveur Ne coûte rien a la sagesse; L'amour est exempt de faiblesse , Et le courage de fureur.
Vaincre suffit à la valeur , Plaire suffit à la tendresse.
Ce lieu de délices est environné d'un jardin plus délicieux encore , dont la touchante simplicité contraste avec le luxe du 2>alais ; c'est le fameux Généralif , célèbre dans l'Afrique et l'Asie, l'objet de l'envie des puissants califes , qui, dans le Caire, dans Bagdad , ont vainement tenté de l'égaler.
En y pénétrant , on n'est point surpris ; les yeux satisfaits ne rencontrent point ces efforts de l'art , ces brillants prodiges, qui plaisent moins qu'ils n'étonnent , et rappellent seulement l'idée de la richesse ou du pouvoir : tout y présente , au contraire , l'image de ces biens faciles qu'on n'admire point, mais dont on jouit. Des bois d'orangers et de myrtes coupent des plaines de verdure arrosées par des eaux limpides. Ces bois, plantés avec adresse, cachent, découvrent tour à tour les perspectives lointaines , les riants villages, les champs cultivés, les glaces accumulées sur les monts, les palais, les monuments de Grenade. A chaque instant , des coteaux fertiles vous offrent la vigne, l'olivier sauvage , les lilas , les grenadiers entrelaçant leurs fruits et leurs Heurs. Tantôt une cascade bruyante se précipite du haut d'un rocher; tantôt un ruisseau tranquille sort en murmurant d'une touffe de roses. Là c'est une grotte écartée où filtren t
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plusieurs sources d'eau vive ; ici un bocage sombre où voltigent mille rossignols ; partout enfin un aspect différent , une jouissance nouvelle, font éprouver a chaque pas un sentiment doux ou un plaisir pur.
Fl.ORIAN.