‹ ParisChapitre 7 sur 46 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Sans me plaindre de vous je ne puis me défendre : ( hii , vous fûtes injuste et cruelle envers moi , Seule , sans défiance , en vous mettant ma foi , Comme une suppliante enfin j'étais venue ;

Et vom, entre vos mains vous m'avez retenue ; De tous les souverains blessant la majesté , Malgré les saintes lois de l'hospitalité , Malgré le droit des gens et la foi réclamée , Dans les murs d'un cachot vous m'avez enfermée. Dépouillée a la fois de toutes mes grandeurs , Sans secours , sans amis , presque sans serviteurs , Au plus vil dénûment dans ma prison réduite , Devant un tribunal, moi reine, on m'a conduite. Enfin n'en parlons plus. Qu'en un profond oubli Tout ce que j'ai souffert demeure enseveli. Je veux en accuser la seule destinée , Contre moi , malgré vous , vous fûtes entraînée ; Vous n'êtes pas coupable , et je ne le suis pas ; Un esprit de l'abîme , envoyé sur nos pas , A jeté dans nos cœurs cette haine funeste ; Et des hommes méchants ont achevé le reste.

ELISABETH

Madame , a ma rigueur c'est vous en prendre a tort ; De vos malheurs en vain vous accusez le sort ; N'en accusez que vous , votre jalouse haine , Et peut-être avant tout la maison de Lorraine. Vous le savez , en paix nous vivions toutes deux , Quand Guise, Ce vieillard , ce pontife orgueilleux , Non content du pouvoir que la France lui donne , D'un œil ambitieux regarda ma couronne.

Pour me perdre , en effet , que n'a-t-il point tenté? N'a-t-il point , par vous-même en secret excité, Anne le continent, et ses rois , et ses prêtres ,

Pour na'arracher un droit reçu de mes ancêtres , Qu'un règne glorieux affermit à son tour, Et que du peuple anglais a consacré l'amour ?

De pièges , de poignards , on entoure mes pas ; Mais l'orgueilleux Lorrain ne triomphera pas ; Il tendait vers un but ; il en atteint un autre ; Il menaçait ma tète, et va frapper la vôtre.

Avec une ennemie il n'est point de traité.

MARIE

Si vous l'aviez voulu , l'aurions-nous donc été? Et sans descendre enfin du trône d'Angleterre , Que ne m'en avez- vous reconnu l'héritière ?

Maintenant , c'en est fait , tout vous a réussi ; Prononcez le pardon qui vous amène ici ; Je ne saurais penser qu'un cœur si magnanime Ait voulu seulement insulter sa victime. Achevez : de leurs fers affranchissez mes mains , Et de ma chère Ecosse ouvrez-moi les chemins.

KLISABETH.

Mais si j'écoute ici la pitié qui me presse ,

Si je cède à mon cœur qui pour vous s'intéresse ,

Si ma clémence enfin faisait taire les lois ;

Me promettriez vous que , pour servir vos droits ,

De nombreux partisans , entraînés par vos charmes ,

Contre moi , malgré vous , ne prendraient pas les armes

N'est-il plus de complots que l'on puisse former? N'est-il plus de Norfolk qui veuille vous aimer ?

C'en est trop

MARIE

ELISABETH

Il est vrai qu'un exemple sévère Peut effrayer celui qui prétendrait vous- plaire. 11 fuira de Norfolk l'imprudence et le sort ; Il craindra votre amour, car il donne la mort.

0 ma sœur !

ELISABETH

Quel mouvement soudain trouble votre visage? — Bien d'autres secrets devant tous découverts Ont montré votre cœur aux yeux de l'univers.

marie .

Oui , ma vie aux regards n'a pas craint de paraître , On la voit , on la juge , on l'accuse peut-être ; Mais je n'ai pas du moins , pour couvrir ses erreurs , Cherché d'un faux dehors les voiles imposteurs : Je n'ai point d'un vain masque osé tromper la terre , Malheur , malheur a vous si d'une vie austère , Vous venant quelque jour arracher le manteau . La vérité sur vous fait luire son flambeau !

Le fruit de l'adultère ,

Profane insolemment le trône d'Angleterre ; Le noble peuple anglais , par la fraude trompé , Gémit depuis vingt ans sous un sceptre usurpé ! Si le ciel était juste , indigne souveraine , Vous seriez à mes pieds , et je suis votre reine.

ELISABETH

Téméraire ! Ce jour , j'en donne ici ma foi , Verra quelle est la reine ou de vous ou de moi. Adieu !

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