ÉMILE BERNARD
4 la rentrée d’octobre, la classe d’orgue nie JLJL réunissait à de nouveaux camarades, et, parmi ceux-là, je ne tardai pas à me lier avec Emile Bernard qui devint un musicien fort distingué et fut l’un de mes plus chers amis.
Emile Bernard, de haute taille, avec des épaules larges et le teint coloré, avait toutes les apparences d’une santé qu’il ne connut jamais. Malade, au contraire, dès cette époque, les années vinrent encore lui apporter tout un cortège de maux imprimant à sa vie une direction, d’ordre compliqué, où les plus grands ménagements étaient à prendre.
Le chaud, le froid, la pluie ne pouvant être impunément affrontés, le chez soi devint la règle; et l’on peut dire que Bernard a passé sa vie au coin du feu.
PARTS, SOUVENIRS D’UN MUSICIEN
L’œuvre assez importante qu’il a laissée en garde un peu le caractère; il est évident que si l’auteur avait pu vivre une vie normale, aller, venir, écouter, discuter, elle eût sûrement pris un grand relief, appuyée comme elle est sur une éducation musicale de premier ordre. Le grand public l’ignore encore; mais les musiciens la tiennent en haute estime et cela est bon signe pour son avenir.
Cette œuvre se compose de pièces pour le piano et pour l’orgue, de musique de chambre et d’orchestre, et encore — mais plus rares, celle-ci — de compositions vocales.
La solidité de la facture est la qualité maîtresse de ces pages si patiemment méditées dans la solitude. En les feuilletant, on s’arrête surtout aux pièces d’orgue : celles-ci de grand style, que dépasse peut-être encore un clecetlo pour instruments à vent absolument remarquable et d’un effet délicieux.
Malgré ses maux, Émile Bernard avait le caractère gai, enjoué même. L’habitude de souffrir est si bien prise chez les malades incurables, qu’à la moindre accalmie on les voit se tourner avidement vers la vie dont le sourire d un