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LE MARRONNIER DU CONSERVATOIRE, HENRI CHOLLET, ÉDOUARD BATISTE

ELW ART.

on professeur s’appelait Emmanuel Bau-

IVx mann. Il croyait avoir à continuer ou à rectifier une de ces éducations musicales comme il s’en donne dans les collèges ou dans l’enseignement privé; aussi sa stupéfaction fut-elle énorme lorsqu’il me vit charmé d’apprendre que la musique s’écrit sur cinq lignes!

Il ne revint pas me donner ma seconde leçon et je n’ai jamais eu l’égoïsme de l’en blâmer. J’ai vu quelquefois son nom sur des morceaux de piano à la vitrine des éditeurs, et j’ai compris que, maître en son art, il devait éprouver

PARIS, SOUVENIRS I)’l T N MUSICIEN.

une extrême répugnance à tenir le biberon d’un père nourricier.

Je ne connaissais pas un seul musicien; il me fallut alors passer par les mains de deux ou trois malfaiteurs de l’enseignement avant de m’apercevoir que je n’étais pas sur la bonne voie.

Je me fis inscrire au cours Chevé, fait à l’amphithéâtre de l’École de médecine par le fils du fondateur même de la méthode. C’était un homme fort intelligent d’une éloquence facile et persuasive ; ancien officier de marine, disait-on; d’allures toutes rondes avec beaucoup de finesse, et j’ai gardé un souvenir reconnaissant de ses excellentes leçons théoriques.

Les fonctions de mon père lui donnant la plus grande facilité pour obtenir des billets de théâtre, je devins un habitué de l’Opéra et surtout du Théâtre-Lyrique du boulevard du Temple où le directeur voulut bien même m’accorder mes entrées. J’y allais au moins une heure chaque soir écouter le magnifique répertoire de ce temps : les Noces de Figaro , Oberon , Euryanthe , Orphée , Fidelio , Faust k son début, qu’on trouvait assommant et qui se traînait en des recettes fort médiocres.

Ar riva l’année 1861, date à retenir dans les annales de la musique, car c’est celle de l’ouverture des Concerts-Pasdeloup dont l’influence devait être si formidable sur la musique française! C’est encore au cours de cette année que Tannhciuser fut sifflé à l’Opéra. Je ne pus assister à l’une des trois seules représentations qui en furent données; mais, je ne sais plus où, j’entendis l’ouverture avec la marche, et je me souviens encore de la stupéfaction et de l’éblouissement que ces deux admirables morceaux me causèrent! Aussi était-ce avec une profonde amertume que je voyais le ridicule unanime dont on accablait Richard Wagner alors. Pas un journal illustré, pas un petit théâtre qui ne présentât ou son œuvre ou sa personne dans le jour le plus insultant.

La girouette qui couronne le kiosque pittoresque de F « opinion » s’est heureusement retournée; mais il est dans ses habitudes de ne jamais se fixer! Rappelons-nous-le, toujours, quand il nous prend fantaisie de vouloir assommer ceci avec cela.

En 1861 j’entrai au Conservatoire clans la classe de solfège d’Henri Chollet; puis, peu après, dans celle d’Edouard Batiste.

C’est avec une réelle émotion que je poussai cette lourde porte du faubourg Poissonnière que j’avais vue si souvent s’ouvrir et se refermer sur les allants et venants, non sans une secrète envie !

Aussi, introduit à mon tour dans la célèbre École, fiit-ce avec la plus vive curiosité que j en examinai les moindres détails. C’étaient, comme aujourd’hui, les mêmes murs tristes et nus entourant la longue cour bien connue; cependant, elle était alors égayée d’un vague échantillon de verdure, maintenant disparu, qui vaut peut-être un moment d’arrêt à son ombre.

A droite en entrant se voyait une caisse de bois peinte en jaune foncé, de laquelle surgissaient en des attitudes éplorées, les branches d’un pauvre petit marronnier qui là, à cette même place, lutta pour la vie pendant plus de trente ans.

Son sort fut celui d’un prisonnier ou d’un

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