LE MARRONNIER DE CONSERVATOIRE
oiseau captif désespérant de jamais retrouver l’air et la liberté !
Tout proche d’un mur blanc, ce malheureux arbre vit chaque année les branches qu’il s'efforçait de pousser du côté de la cour et sa tête même, froissées, déchirées, meurtries par les effroyables coups de ballon que messieurs les concurrents au grand prix de Home lui décochaient en se livrant à de traditionnels ébats. Il ne put jamais hisser une feuille jusqu’à cette fenêtre du premier étage derrière laquelle s’élaborent les mystères du trombone à coulisse! En revanche, ses racines captives, restées étrangères « à l’empire des morts », recroquevillées dans les étroites limites de leur prison de bois, possédaient l’avantage, ironique, d’être mitoyennes avec les classes de chant.
Là-haut, l’artillerie des cuivres; en bas les gémissements de tous les héros futurs d’un répertoire d'opéras.
Suspendez à ces murs, mes armes, ma bannière !
Donc, pendant plus de trente ans, cet arbre rachitique subit le voisinage de ténors, grand
et petit module, aux prises avec cet air célébré dialoguant avec la non moins fameuse romance .
Sombre forêt, désert triste et sauvage!
Parler éternellement de sombres forêts derrière un arbre grillé, rôti par le réfléchissement de la lumière sur l’asphalte d’une cour, n est pas, en passant, sans être digne de remarque. Il y a dans la vie tant de gens qui, à défaut d’autre, ont le génie de l’inopportunité! Ne connaissonsnous pas d’aimables directeurs de théâtre racontant dans le détail, à un auteur éconduit, les merveilles de la pièce qu’ils montent? De grands poètes ou de célèbres comédiens demandant ingénuement à un compositeur à quoi sert la musique?
Aussi, pour ces raisons et pour bien d’autres, n’y aurait-il pas lieu de s’apitoyer sur le sort de feu cet arbuste délaissé, si son étiolement et sa visible souffrance n’eussent offert un vivant parallèle avec la destinée de beaucoup des jeunes d’alors qu’on vit passer dans son ombre mélancolique !
Un jour de gaîté, il fut semé par des apprentis musiciens en mal de villégiature. Dans un vieux