‹ Paris historiqueChapitre 6 sur 6 · PAR LA GRACE DE DIEU · texte numérisé non relu

PAR LA GRACE DE DIEU

Aucun droit temporaire ou permanent ne peut se légitimer sur la terre sans la consécration du droit divin , et Dieu, qui ne perd jamais son droit, a permis à l’instrument de mort de Fieschi de le manifester cette fois-là aux yeux des nations.

Reynier del. Champin lilh

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ijôtd îif CongurviUr,

Hue Saint-Tliomas-du-IiOuvre.

Cet hôtel, que toute la génération actuelle a vu debout, s’ouvrait par une de ses façades sur la rue Saint- Thomas du Louvre, et par l’autre, sur le Carrousel.

Construit sur les dessins de Métézeau , il était loin d’appartenir à une des bonnes époques de l’architecture, mais il renfermait dans son intérieur, d’assez belles peintures de Mignard.

Sa seule illustration lui vient des personnages qui l’ont habité. Elle se renferme dans l’époque orageuse de la minorité de Louis XIY. Il en est souvent question dans les mémoires de ce Catilina en soutane, qu’on appelait le cardinal de Retz

Il avait été bâti dans la première partie duxvn® siècle par M. de la Vieuvilie. Il fut ensuite occupé par le duc de Luynes, le duc de Chevreuse, le duc d’Épernon et le duc de Longueville, Il passa depuis à Louis de Bourbon, comte de Soissons. Sa destinée alla enfin en décroissant, comme toutes les choses de ce monde. Il servit d’abord de remise aux voitures de la cour, et’ peu après de magasin et de bureau à la ferme des tabacs.

Sous le gouvernement du Directoire, espèce de régence bourgeoise qui favorisa de son mieux la licence et les mauvaises mœurs, il devint un lieu déplaisir pour les oisifs qui ne se piquent pas de délicatesse dans le choix de leurs voluptés. Le bal de l’hôtel de Longueville fut à la mode dans la mauvaise compagnie.

Conciliabule de factieux dorés , et puis antre du monopole, et puis lupanaire de prostituées , et puis ruines, et puis rien , c’est l’histoire de l’hôtel de Longueville. On en fera, si l’on veut, un chapitre à ajouter à l’histoire des progrès.

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I3arrià*f î)c l’^ureinr,

Actuellement Gesitiïïy.

L’étymologie du nom des r ues est de si grande importance dans l’histoire de Paris , qu’on voudra bien nous permettre de nous arrêter un moment à celle-ci. Le nom de la rue de XTJrsine ou de X Oursine , qui paraît, au premier abord, lui avoir été imposé par l’enseigne d’un cabaret ou par celle d’un fourreur, s’exprimait, au milieu du xin* siècle, par le latin, Via de Laorciniis , fabriqué sur le vieux français horcines ou cimetières . L’abbé Lebœuf avait lu un titre de 1^45, où le même endroit est appelé Locus Cinerum , dont on comprend très bien la contraction en Laorcinium. Un fait qui appuie à merveille sa conjecture, c’est le nom ancien de la rue voisine, nommée aujourd’hui rue Poliveau ou des Saussaies , mais qui s’est nommée long-temps rue de la Cendrée. Nous pensons qu’il faut s’en tenir à cette probabilité, en attendant que la science étymologique ait des règles plus positives. On pourra même attendre long-temps.

Il y avait un bel usage au dix-septième siècle, et beaucoup d’honnêtes gens de notre connaissance regretteront qu’il ne se soit pas conservé dans le nôtre. Quand un artiste, un poète ou un savant n’était pas parvenu à s’assurer l’indépendance par ses travaux, on lui donnait un bon emploi dans le fisc ou dans la finance, et on le faisait asseoir in telonio. C’est à ce titre qu’Eustache Le Sueur fut nommé inspecteur des recettes aux entrées de Paris. Un pontife avait voulu faire de Raphaël un cardinal. Nous faisions son rival commis à l’octroi, près la barrière de l’Oursine. Aujourd’hui, je ne sais pas ce qu’on en ferait.

Dans ses nouveaux devoirs, qu’il remplit très exactement, Eustache Le Sueur eut à repousser les injures d’un gentilhomme qui voulait frauder les droits. Il demanda raison, il l’obtint, et tua son adversaire sous le mur de l’enclos des Chartreux. Leur maison lui servit d’asile après sa funeste victoire. Naturellement porté vers les idées sérieuses et profondes que la religion inspire, et douloureusement poursuivi du souvenir d’une action qu’elle réprouve, il se soumit avec i’ardente ferveur que les artistes dignes de ce nom portent dans toutes leurs résolutions, aux expiations volontaires de la vie monastique , et c’est à sa retraite que nous devons l’admirable galerie du cloître de Saint-Bruno. Les vingt-deux tableaux qui la composent furent achevés en trois ans.

Nous n’aurions pas parlé de la barrière de l’Oursine, si elle ne rappelait Le Sueur.

Reynier del

Place tN u (Htcualicr iW <f» tt i*t

Champin lith.

Eue rt placr ïu Cl)ttmli(r=t>u=€>urt.

La rue du Chevalier-du-Guet aboutit, dans la rue des Lavandières , à la place du Chevalier-du-Guet et à la rue Perrin- Gasselin , dont le nom très ancien est évidemment fait d’un nom propre d’homme. Du commencement du quatorzième au milieu du seizième siècle , l’espace que ces rues renferme était connu sous la dénomination de Perrin- Gasselin.

En i363 , le roi Jean acquit une maison dans la partie du Perrin- Gasselin qu’occupe aujourd’hui la rue du Chevalier-du-Guet , pour y loger le commandant de cette utile milice des grandes villes , qui veille à la sûreté de tous. C’est à cette tradition qu’elle doit son nom actuel.

L’institution du guet , ou d’une milice préposée à la surveillance et à la garde intérieure des cités, est commune à tous les peuples civilisés. Dès les temps les plus anciens de l’histoire de Paris , on voit un certain nombre de citoyens , fournis journellement par les différentes communautés bourgeoises et industrielles, et chargés de maintenir pendant la nuit le repos de la

grande capitale. La révolution n’a pas même inventé là garde nationale, et M. de la Fayette, dont l’instruction vaste et variée embrassait toutes les époques de la monarchie, a dû en ressentir quelque regret.

Seulement . la prévoyance bienveillante de nos vieux rois avait voulu éviter à la bourgeoisie les fatigues d’un service trop actif qui pouvait nuire aux intérêts et à la santé des citoyens. Cette partie de la garde de nuit était abritée sous des bâtimens faits exprès, et n’avait l’obligation de se montrer au dehors que dans des occasions alors extrêmement rares. Pour la distinguer du guet mobile, qui était fourni et payé par le roi, et qui faisait les rondes, on l’appelait la gat'de assise.

Depuis le règne de saint Louis, et depuis plus longtemps peut-être, ie chef du guet soldé s’appelait le chevalier du guet, parce qu’il devait toujours être tiré de l’ordre de la noblesse, dans le double but d’honorerla bourgeoisie, et de relever l’institution par le titre de son commandant. A cette époque, en effet, elle jouissait d’une considération proportionnée à ses importans services. La police, première condition du bon ordre et de la paix civile; la police, dont le nom se confondait chez les anciens avec celui de la politique et de la morale, ne s’est présentée à l’esprit des hommes sous des acceptions odieuses , que du moment où elle a été employée par les partis vainqueurs à scruter Jes mystères de la pensée, à surprendre les effusions du cœur, les élans de l’âme , pour les trahir, et qu’elle s’est traduite en délations, en proscriptions et en assassinats. Autres temps, autres mœurs. N’oublions pas que la société marche.

Reynier del.

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Uuc îut JM-iut- Diable,

Au IVSartelet Saint-Jean.

Il y avait autrefois en cet endroit une tour carrée que la tradition appelle le Martelel- Saint- Jean , le Pieux-Temple , la Synagogue , Y Hôtel de Pet-au-Diable. Il est fort difficile de remonter à l'origine de ces singulières dénominations. Nous donnerons nos conjectures pour des conjectures.

Les deux premiers noms de ce monument semblent indiquer qu’il a d’abord appartenu à l’ordre du Temple. Après la proscription de cet ordre, et quand son souvenir commençait à s’éteindre , le peuple a confondu ses établissemens avec ceux des Juifs, et comme le nom du Temple ne représentait rien à son esprit, il a appelé celui-ci la Synagogue. Il n’y avait point de synagogue au Martelet-Saint-Jean. Elle était fort près de là, dans la rue de la Tacherie ; mais ces méprises d’acceptions sont très communes dans la langue populaire.

Un édifice abandonné, sur lequel s’étaient appesanties les colères de la justice, et surtout celles de l’Eglise,

passait dans l’opinion vulgaire pour être dévolu au diable. Le Martelet- Saint Jean devint donc la Tour-du - Diable, c’est-à-dire un lieu d’abomination, protégé par l’horreur même qu’il inspirait, et qui offrait un asile presque inviolable aux meurtriers , aux voleurs , et aux mendians.

A cette époque où la société se partageait d'ellemême en castes distinctes , modelées sur la forme sociale la plus universelle, les mendians avaient un roi qui s’appelait le roi Pétau , par allusion au latin Peto (je demande). Ce roi, dont le nom est bien reconnu par nos vieux écrivains, habitait avec sa cour dans la Tour - du- Diable , et le peuple le nommait Petau - Diable. La tour et la cour du roi Pétau sont encore proverbes en français , et c’est delà que nous vient le mot Pétaudière qui ne s’est pas fort éloigné de son origine.

Qui en douterait, puisque le roi Petau-Diable eut ses historiographes et ses romanciers dont il est question dans le qrand Testament de Villon?

Je lui donne ma librairie,

Et le rommant de Petau-Diable .

Nous apprenons même du poète que l’auteur de ce roman de Petau-Diable avait nom Guy Tablerie.

Si on trouve à la rue du Pet-au-Diable une étymologie mieux appuyée que celle-ci, nous l’admettrons volontiers.

En attendant, la rue Petau-Diable , ou du Pet-au- Diable, s’est tout-à-fait désintéressée de ces belles re cherches d’érudition. Elle n’existe plus.

Reynier del,

Collège §‘.e 13 tir lie

Champin lith.

CoUùjc ôitinti^Oarlif,

Rue de Reims, n. 1 et o.

Cet établissement fut créé en i43o, par Jean Habert, docteur en droit canon , sur un emplacement pris à cens de l’abbaye Sainte -Geneviève.

Il porta dès-lors le nom de Sainte-Barbe, et le conserva, en i5 56, dans le collège régulier, fondé par Robert- Dugast , et reconnu par lettres du roi Henri II.

Le collège de Sainte-Barbe ne cessa depuis de s’accroître en réputation, et Louis XV se crut obligé, en 1730, de le prendre sous sa protection spéciale.

Il avait compté parmi ses professeurs le grand Jean- François Fernel, le prince de la médecine moderne , génie dont Cabanis a dit « qu’il était capable de systématiser les connaissances les plus vastes »; et cela est vrai quoique cela ne soit pas français.

Il s’honorait aussi du nom de Buchanan , un des premiers poètes latins de la renaissance, puisqu’il est convenu qu’il y a eu des poètes latins depuis que la langue latine est morte.

Cependant, la plus grande illustration du collège de Sainte-Barbe est le nom d’un de ses écoliers, dom Inigo de Loyola, qui vint y recommencer ses études à l’âge de trente-trois ans, et qui paraît y avoir jeté les premiers fondemens de son ordre. C’est ce chevalier de la Vierge , aux profondes pensées d’avenir , que l’Église honore encore, et que la philosophie poursuivra toujours, dans l’institution de Saint-Ignace.

Le collège de Sainte-Barbe a enrichi la langue française du nom de Barbistes , sous lequel les élèves plus ou moins célèbres qui en sont sortis , se reconnaissent aujourd’hui; compensation fort équivoque à la vérité, des innombrables idées que les collèges ont fait perdre. Il faut bien s’en contenter.

Seulement, pour ne pas manquer aux lois de l’étymologie latine, s’ils les avaient apprises à Sainte-Barbe, ils devraient s’appeler Barbaristes qui est le mot propre. On ne saurait s’imaginer combien certaines délicatesses de bienséance ou d’amour-propre ont introduit de solécismes dans l’usage.

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OarriàT îut Irônr.

La place circulaire entourée d’arbres, qui termine le faubourg Saint- Antoine, et qu’on appelle encore aujourd’hui le Trône , doit ce nom à une particularité trop peu connue.

La ville de Paris y avait fait élever, en 1660, un trône magnifique où Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche, reçurent, le 26 août, l’hommage et le serment de fidélité de leurs sujets. Les magistrats annoncèrent en même temps au roi qu’il était dans leur dessein de consacrer cette grande solennité par l’érection d’un Arc- de -Triomphe, dont le plan surpassait en grandeur et en majesté les plus beaux monumens que l’antiquité nous eût laissés en ce genre. On pouvait croire à leur

romesse , s’il est vrai que l’exécution en fut confiée à l’architecte de la colonnade.

Louis XIV, dédaigneux de pareils hommages, comme tous les hommes qui ont devant eux un grand avenir de gloire, accueillir froidement cette offre, et le monument s’arrêta, le 6 août 1670, à la pose de sa première pierre.

A l’endroit même où le grand roi n’avait pas daigné vouloir un Arc-de-Triomphe, la révolution élevait un échafaud cent vingt-quatre ans après, pour y égorger ce qui restait des serviteurs et des amis de sa famille, sans compter ceux qui ne l’avaient ni aimée ni servie-

Depuis le 6 au 26 juillet 1794? il y mourut quatre cent vingt-trois personnes, dont soixante-quinze femmes ou jeunes filles, parmi lesquelles plusieurs étaient à peine sorties de l’enfance.

Cela , c’était le monument de la République.

La barrière du massacre a conservé son ancien nom.

Puris historique

Cloître ère Carmen

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Reynier del

Clotirc îiu «muent îice Cormes,

Place Maubert.

Quelque idée qu’on se fasse de l’origine des Carmes, on ne peut enlever à leur institution le sceau primitif d’importation orientale. Les premiers religieux de cet ordre arrivèrent en France, en 12 54, à la suite de saint Louis.

Ils occupaient, en 1259, l’emplacement sur lequel s’établirent depuis les Célestins.

Cette partie de la rive droite de la Seine, qui s'est fort exhaussée dès-lors, était submergée en ce temps-là pendant six mois de l’année, et on ne communiquait avec elle qu’én bateau.

Philippe-le-Bel , ayant égard aux réclamations de cette république aquatique, en transféra le siège , en i3og, sur la montagne Sainte-Geneviève, où elle fut du moins à l’abri des inondations.

Le pape Clément V octroya aux carmes, en i3io, la permission d’y bâtir un nouveau couvent, et les munificences de Philippe-le-Long leur permirent, en 1 3 1 7 , d’y faire élever une église.

Le cloître des Carmes était un vaste et curieux monument des arts de cette époque reculée. Les peintures qui chargeaient ses murailles représentaient la vie du prophète Eiie et du prophète Elisée , écrite au dessous en vieilles rimes françaises. Les curieux y remarquaient une chaire antique pratiquée dans le mur meme, et qu’avaient recommandée à la vénération des siècles les prédications de maître Albert , le Bourdaloue de ces temps ingénus. J’ai quelque regret d’être obligé de déclarer que ce maître Albert qui prêchait dans une église construite en 1 3 1 7 , ne saurait être Albert-le-Grand qui ne fut point carme, et qui était mort d’ailleurs en 1280. Cette hypothèse, assez généralement reçue aujourd’hui, ne peut malheureusement se concilier avec la chronologie.

Ce qu’il y a de certain , c’est qu’Albert ou Aubert-le- Grand avait professé à Paris, dans le courant du siècle précédent, et que, du nom d’un de ces deux Aubert, contracté avec l’initiale du mot maître ( M. Aubert), s’est formé le nom de la place Maubert , où l’on ne se souvient guère de cette étymologie.

Quant à l’institution de l’ordre des Carmes, fondé sur le mont Carmel par le prophète Élie et le prophète Elisée , ce point d’hagiographie est beaucoup plus douteux. Il est même probable que si Pythagore a été carme, comme le prétendaient ces bons pères, il n’a dû cet honneur qu’aux privilèges de sa métempsycose.

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£e petit Cl)fttelet.

Les deux seuls ponts qui servissent d’entrée à Paris, à une époque fort reculée, et lorsque la ville entière était renfermé dans l’île de la Cité, se terminaient l’un et l’autre, à l’extérieur, par une forteresse qui en défendait l’entrée. Il paraît que ces forteresses s’appelaient les Châtelets .

Le petit Châtelet , détruit par les Normands dans le courant du neuvième siècle, ne fut reconstruit qu’en 1369. C’était une demeure d’un style assez grossier et d’un aspect fort sévère, que Charles VI affecta en j 402 à la résidence du Prévôt de Paris.

Le petit Châtelet devint depuis une prison. Quelques vieillards se souviennent de l’avoir encore vu debout sur la place qui a conservé son nom.

Les droits de péage dus à l’entrée de Paris, se payaient sous le petit Châtelet. On lit dans le tarif de saint Louis qu’un singe à vendre doit quatre deniers, ce qui prouve que les singes étaient devenus des objets de commerce assez communs depuis les premières croisades. Quant au singe qui n’était point à vendre, et que les joculateurs employaient journellement à leurs exercices, comme cela se pratiqua jusqu’à Brioché, et même jusqu’à Nicolet, le propriétaire de l’animal était seulement tenu de le faire jouer et haller devant le péager. Delà vient le proverbe essentiellement parisien: Payer en monnaie de singe.

Les jongleurs de toute espèce s’acquittaient d’une manière analogue, d’après les termes de la même ordonnance , en donnant un échantillon de leur savoirfaire aux percepteurs de l’octroi, et, comme les charlatans n’ont jamais manqué à Paris, il en résultait pour ces honnêtes employés un spectacle perpétuel.

Ces excellentes pratiques sont depuis long-temps tombées en désuétude, et c’est dès-lors que n’ont cessé de s’introduire à Paris tant de talens de contrebande.

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ittaiean îrc Ocaumardjab.

Plaoe St-Antoine.

L’emplacement de cette maison et de ces jardins, qui furent quelque temps célèbres, est occupé aujourd’hui par un grenier à sel , rencontre qui pourrait prêter à quelque rapprochement piquant. On le fera si on veut.

J’ai encore vu tout cela, et rien n’y répondait à l’idée qu’on se fait de la fortune du propriétaire. Je ne parle pas de son goût dont j’imagine qu’on ne se fait plus une grande idée.

Beaumarchais était un homme de beaucoup d’esprit , de tant d’esprit qu’il fit envie à Voltaire. Son opulence, qui aurait pu aussi faireenvie au riche seigneur de Fernev, était fondée comme celle de Voltaire sur des

spéculations de fournitures et des marchés onéreux pour l’état. Dans un ordre de choses rigoureux, ces deux grands réformateurs du peuple auraient peut-être été comptés parmi les sangsues du peuple. Ils avaient commencé la révolution par où tant d’autres la finissent.

Beaumarchais, plus heureux ou plus malheureux que Voltaire, vit le résultat de ses œuvres; il eut l’adresse d’en éviter les conséquences , et on convient qu’il n’a rien fait d’aussi spirituel en sa vie. Quand il rentra dans sa Villa intra-muros , le cynisme et le scandale n’étaient plus des moyens de se faire remarquer du public , il y avait trop de concurrence. Le parti le plus habile était alors de vieillir et de mourir, comme aurait pu le faire un bon-homme, et Beaumarchais, qui ne se trompait jamais sur le parti le plus habile , eut encore l’esprit de prendre celui-là. Il mourut donc, à demi ruiné, et plus qu’à demi oublié, dans la capitale où il avait fait tant de bruit. Sa mort n’en fit point du tout.

Les gens de lettres se rappellent seulement qu’il avait écrit des Mémoires où le sarcasme est prodigué avec une verve merveilleuse ; les amateurs du théâtre, qu’il est l’auteur de Figaro , et le peuple , qu’il possédait une belle et grande maison sur la place de la Bastille.

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Ijôtflîff maîtrf Jfljan 3m»«ialîrfs tlreins.

En la Cita de Paris.

Jean Juvénal des Ursins dont il est ici question , est Jean Juvénal le père, prévôt des marchands, avocat général au parlement, et chancelier d’Aquitaine, un des plus grands magistrats et des plus vertueux citoyens dont notre histoire ait conservé le souvenir.

Juvénal des Ursins sut concilier, dans sa noble carrière, deux intérêts dont nos idées faussées ne comprendront plus l’alliance: l’intérêt de la monarchie et l’intérêt du peuple. Pur modèle des patriotes qui ont conservé l’intelligence des devoirs attachés à ce nom, il ne sacrifia jamais la faveur à la popularité, ni la popularité à la faveur. Ce serait un homme fort déplacé de nos jours, et dont nous ne parlerions pas, s’il ne s’agissait essentiellement ici des vieilleries de nos annales.

Il rétablit l’ordre des affaires et la dignité de sa charge, rendit la liberté à la navigation de la Seine, réprima les abus de la féodalité riveraine, lutta contre la tyrannie du Duc de Bourgogne et contre les entreprises du Duc d’Orléans, maintint par un acte mémorable de fermeté les condamnations portées contre le Duc de Lorraine , délivra le Roi des mains d’un prince ambitieux qui l’avait fait son prisonnier, et ne se laissa pas plus abattre par les persécutions des Cahochiens que par les intrigues de la cour.

Dépouillé de ses biens par les Anglais après la mort de Charles VI, on vit l’impassible vieillard , en haillons et nu-pieds, chercher au loin un refuge pour sa femme Pernelîe et pour ses onze enfans. Les gens qui se vouent aux affaires publiques , et dont j’admire d’ailleurs le courage, prennent aujourd’hui plus de précautions pour l’avenir.

On montrait autrefois dans une chapelle de Notre- Dame , un tableau du temps , qui le représentait à genoux avec sa famille, et que Montfaucon a eu l’heureuse prévoyance de reproduire dans les Antiquités de la Monarchie française. Il ne reste de lui que son nom qu’on oubliera bientôt, et son exemple qu’on ne suivra plus.

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B-ue St-Honoré , en face l’Assomption.

L’ouverture de la rue Duphot a fait disparaître cette maison historique, dont un fanatisme, sans exemple dans tous les siècles, cherche inutilement les vestiges pour les adorer.

Robespierre était un avocat d’Arras , dont les études n’avaient pas été fortes, mais qui ne manquait pas d’esprit pour un avocat. La révolution le mit en relief, parce qu’il réunissait à un haut degré les formes d’intelligence les plus propres à la servir: une faconde assez abondante , une logique assez captieuse, une aptitude particulière à saisir le côté faux des idées , et à le faire valoir; une opiniâtreté orgueilleuse et inflexible qui obtient facilement les honneurs de la fermeté. Tout cela était relevé, en apparence, par le désintéressement d’argent et la sévérité des mœurs. Rien n’a même prouvé le contraire.

Toute la politique intérieure de 1793 et 1794 se réduit aune antagonie que les historiens n’ont près-

que pas remarquée : l’opposition des intérêts de la province qui aspirait à jouir de ses conquêtes, et des intérêts de Paris, constitué en émeute permanente, sous le nom de la Commune. Robespierre s’était mis à la tête de ce dernier parti, parce qu’il était assez habile pour prévoir que Paris était le seul foyer possible des révolutions à venir; il fallait seulement, pour parvenir aux derniers résultats de son système, renverser tout ce qui lui était opposé dans ce Pandœmonium, qu’on appelait la représentation nationale , et sa besogne était fort avancée au 9 thermidor. La représentation vraie de la France révolutionnaire était même presque entièrement tombée avec la Gironde.

Le 9 thermidor fut une journée de surprise pour ceux-mêmes qui la firent. Quelques factieux sur lesquels pesait, d’une manière trop immédiate et trop menaçante, la dictature de fait de ce Maire du Palais qui n’attendait que l’occasion de s’emparer de son titre, s’appuyèrent sur les débris insignifians , mais nombreux , du parti opposé à la Commune , pour renverser leur terrible ennemi. Robespierre et la Commune montèrent à l’échafaud.

Le lendemain , les thermidoriens ne purent prévaloir comme ils lavaient espéré ; ils avaient créé une majorité pour écraser leur maître, et cette majorité , tout inerte et toute méprisée qu’elle fut , les écrasa à leur tour, parce que l’instinct de morale et d’humanité qui reste au fond des nations les plus perverties lui servit d’auxiliaire, parce qu’il la poussa en dépit d’ellemême dans des voies de régénération. C’est là le véritable secret de l’histoire.

La partie inférieure de la maison où logeait Robespierre était occupée par un menuisier, nommé Duplay, dont il fut jusqu’à sa mort le commensal et l’ami. On a dit, mais sans le prouver, qu’il avait épousé sa fille. Il est fort douteux que ses successeurs présomptifs se contentassent d’une vie si modeste.

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Préfecture et Police sont deux mots très nouveaux dans leur acception actuelle. Il s’agit ici d’un monument qui date de plus loin, et dont le nom ancien est assez généralement oublié. C’était l’hôtel du premier président du Parlement de Paris.

L’emplacement qu’il occupe n’offrit long temps qu’une vaste solitude, stérile et abandonnée, qui, tous les ans, était pendant plusieurs mois , noyée et cachée sous les eaux. Sur les deux branches du compas qui le dessinent en triangle, on commença, en i58o, à construire les deux quais que nousy voyons aujourd’hui , et qui furent terminés en 161 1. La rue de maisons uniformes et d’un

style remarquable qui les unissait, conserve encore le nom du président de Ilarlay, son fondateur. Henri IV lui avait fait don de ce terrain sous condition de construire, car le bon roi Henri IV donnait rarement sans condition.

L’hôtel qui s’éleva sur ces tristes lagunes fut consacré dès-lors par d’illustres habitans dont nous n’avons pas tout-à-fait perdu le souvenir: Achille de Harlay, Mathieu Molé, Lamoignon. Ces noms me dispenseront d’en rapporter d’autres qui sont beaucoup plus récens , mais qui sont peut-être moins glorieux.

L’historien qui recommencera notre ouvrage dans trois cents ans, dira ce que c’était que la Préfecture de Police; nos études nous rendent complètement étranger à l’histoire contemporaine.

La cour d’honneur du premier président était ornée de médaillons peints qui représentaient les personnages les plus célèbres des deux ou trois règnes antérieurs à la construction. Il en subsiste encore quelques-uns, et il serait à souhaiter que les restes précieux de cette noble décoration fussent mieux préservés contre les ravages du temps. Nous ne pouvons que les recommander au zèle conservateur d’une autorité intelligente.

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La place sur laquelle est bâtie cette admirable église a peut-être vu s’élever les premiers monumens chrétiens de Paris , à prendre le nom de cette ville dans l’acception de son ancienne enceinte. Les rois de la première race y avaient, dit-on , consacré une chapelle sous l’invocation de saint Barthélemy. Robert-le-Pieux dédia sur ses ruines une seconde chapelle à saint Nicolas. Un architecte célèbre, nommé Eudes de Montreuil, jeta en ] 240, les fondemens de la Sainte-Chapelle que nous admirons encore aujourd’hui, et qu’il a été quelquefois, question de détruire. U déploya dans sa construction toute l’élégance de style, toute la légèreté de formes, tout le luxe d’ornemens que l’architecture appel ë& gothique avait

empruntée des Arabes, ou plutôt toutes les inspirations que l’art chrétien avait si puissamment répandues siales pays conquis par la foi. Ce qu’il y a de merveilleux, c’est quelle fut achevée et dédiée de nouveau en 1248, riche de travaux et de ciselures qui l’ont fait comparer par les artistes à une belle châsse d’orfèvrerie, retouchée avec amour par un burin délicat. C’est à cette rapidité d’exécution quelle doit l’unité et la perfection de son ensemble. La grande ville de nos jours, la ville perfectionnée, la ville reine de la civilisation, n’a point de chefs-d’œuvre qui puissent se comparer à ce chefd’œuvre presque improvisé en huit ans, au milieu du treizième siècle. Son heureuse position dans une enceinte protégée par la présence de quelque autorité populaire, a préservé ses délicieux vitraux eux-mêmes des fureurs de la multitude.

Parisiens, conservez bien la Sainte-Chapelle!

La basse Sainte-Chapelle qui existait au-dessous était, dans sa partie inférieure, consacrée aux sépultures. On dit que Boileau y reposait sous la place même du lutrin qu’il avait chanté.

Comme la révolution n’a passé nulle part sans y laisser quelque trace , elle a renversé en courant, la flèche de la Sainte-Chapelle qui avait ombragé le berceau de Voltaire. La barbarie moderne devait au moins cet hommage à son patriarche.

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Kesmer dei. , Champin Litli.

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Bn la Cité.

Le seul refuge ouvert à la veuve, à l’orphelin sans ressources , au malheureux qui manque de pain , au malade qui manque de remèdes, fut long-temps la maison de l’évêque. Le christianisme offrait un asile à ces infortunés dans le presbytère du saint prélat. Notre civilisation perfectionnée les envoie à la police correctionnelle, sous la garde d’un soldat municipal. 11 faut toujours tenir compte en passant des bienfaits dont nous sommes redevables à la philanthropie.

La plupart des historiens de Paris font remonter à saint Landry, mort au milieu du vne siècle, la fondation de l’Hôtel-Dieu. Cette hypothèse n’est pas absolument contredite par les actes qui constatent que cet emplacement appartenait, en 690, à un monastère de filles dont Laudetrude était abbesse. Il était assez naturel de

confier à des femmes le soin des infirmes et des ma- * lades , et nous connaissons même peu de villes où cette charitable institution ait commencé autrement.

L’Hôtel-Dieu n’est cependant nominativement désigné dans aucun titre avant l’an 83g, sous l’épiscopat d’Inchadius.

Depuis Philippe-Auguste , il fut comblé des libéralités des rois, et des bienfaits pieux des citoyens.

En j38o, Oudart de Maucreux, bourgeois de Paris, y fit construire une chapelle à ses frais. La populace de Paris, qui ne sait que démolir, la rasa pendant la révolution. C’était trop de donner un asile aux mourans,si on leur avait laissé Dieu.

En 1714? quand le sentiment de la charité commençait à s’éteindre avec celui de la foi, on s’avisa de prélever sur les entrées de spectacles un faible droit pour les malades, et cet impôt, souvent attaqué, se perçoit encore de nos jours. Le premier des devoirs de la société est maintenant à la charge du luxe et de la dissipation ; et il le faut bien , puisque la piété n’y suffirait plus.

11 serait curieux de demander aux registres de l’Hôtel- Dieu combien cle grands hommes il a vu mourir dans l’abandon et la misère. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il reçut les derniers adieux de la muse de Gilbert, le 12 novembre 1780. Si le pauvre homme avait su mettre son génie aux gages de l’athéisme et des factions qui menaçaient déjà la monarchie chancelante, il serait mort, chargé d’honneurs, sur un fauteuil académique. Nos poètes populaires entendent mieux leurs intérêts-

Régnier del, ^ Champin hilli.

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Cf mmr Couurf eous |)l)Uippf^Hugustf.

Il n’est pas question ici de ce palais somptueux dont la munificence de quatre souverains a fait le temple des arts : ce sujet n’est pas encore tombé dans le domaine de l’histoire rétrospective. Il s’agit de ce vieux Louvre dont l’origine se perd dans l’obscurité des temps que nous appelons barbares; les Romains en faisaient autant pour tout ce qu’ils ne connaissaient pas.

J’ignore profondément si Lower ou Louver a signifié château en vieux saxon , mais je sais que luparin signifiait communément louveterie ou maison du louvetier, dans le bas-latin. U ne faut pas chercher une autre étymologie au nom du Louvre. Nos pères mettaient moins de faste que nous dans la désignation des choses, et même dans celle des raonumens. Ils les nommaient tout simplement par leur usage. Aujourd’hui le nom d’un édifice ne signifie rien du tout, mais il a l’avantage de

venir du grec.

Ce qu’il y a de certain, c'est qu’une tradition qui n’est pas sans fondement, veut que le Louvre ait été, de temps immémorial, une maison de chasse. Des érudits daignent

en* reculer la fondation au vne siècle, pour y loger les excellens chiens du bon roi Dagobert.

Il est du moins probable que le Louvre existait déjà sous la seconde race. Les Capétiens le relevèrent et en augmentèrent les constructions. Philippe- Auguste , le premier peut-être, en fit une forteresse, ou, comme on dit aujourd’hui, un fort détaché , car il n’était point enfermé alors dans l’enceinte de la ville. On a conservé le nom de ses principales tours : la grosse tour , la tour de la librairie; les tours de l’horloge , de l’artillerie , du ferà-cheval, de Windal, de l’écluse, de l’armoirie, de la fauconnerie, de la taillerie, de la grande chapelle. La tour de la librairie, c’est-à-dire de la bibliothèque, renferma la précieuse collection de Charles Y, qui était composée de neuf cents volumes. Il n’en faut pas tant, même aujourd’hui, pour avoir tout ce que les hommes ont écrit d’utile.

Philippe-Auguste, vainqueur en iai/j à la bataille de Bouvines, fit enfermer dans le Louvre, Ferrand, comte de Flandres, et on chargea ce vassal présomptueux des chaînes qu’il avait préparées pour son souverain. Enguerrand de Coucy occupa la même prison sous le règne de saint Louis, pour avoir fait pendre cruellement trois jeunes étudians qui avaient poursuivi des lapins sur ses terres. Sous les gouvernemens absolus, il y a presque toujours des prisons dans le palais des souverains; sous les gouvernemens libres , il y en a partout.

Le plan ou plutôt la vue du Louvre, au temps de Philippe - Auguste , a été retrouvé par le savant M. Alexandre Lenoir, dans un tableau votif très ancien. C’est tout ce qui reste du vieux fort détaché auquel nous espérons que l’opposition fera grâce, en faveur des peintres et des statuaires qui font conquis.

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Cf |J«lrtis=ÎJf=3u0tiff.

L’histoire du Palais-de Justice, ce serait l’histoire de France. On ne la cherchera pas dans ces courtes notices qui n’ont pour objet que d’éveiller quelques souvenirs à la vue d’un monument, et de fixer quelques dates précises aux évènemens qu’il représente ou qu’il rappelle» Il ne s’agit pas ici de l’histoire écrite, mais de ces faits traditionnels de l'histoire, qui sont l’objet d’une conversation fugitive entre deux passans curieux, plus ou moins instruits des origines et des vicissitudes de nos édifices publics et de nos maisons célèbres. L’histoire elle-même se trouvera dans les livres, et notre ouvrage n’est pas un livre. C’est le procès-verbal d’une causerie quelquefois instructive peut-être , mais qui ne pouvait afficher l’ambitieuse prétention d’instruire. Nos promeneurs aiment à se rendre compte de ce qu’ils voient ;

ils auraient reculé dès la première page devant l’intention d’enseigner.

Le Palais, fondé par l’empereur Julien, fut le séjour des rois de la première race et de douze rois de la troisième.

Robert II, fils de Hugues Capet, le fit reconstruire au commencement du xie siècle.

Plusieurs de ses successeurs donnèrent des soins à son agrandissement. Le préau qui sert de promenade aux prisonniers de la Conciergerie a fait partie des jardins de saint Louis. C’est à ce grand prince que le Palais dut l’érection de sa magnifique chapelle.

Charles V le quitta pour l’hôtel Saint-Paul. Charles VI y revint à diverses reprises. François Ier y habitait encore en 1 53 i .

Ce monument a été témoin de la plupart des crimes et des folies de cette longue période de siècles. Il a vu les fureurs de la Jacquerie , de la Ligue et de la République, le massacre des sénéchaux sous Estienne Marcel? l’assassinat juridique de Brisson, au temps des Seize; plus de massacres et d’assassinats que le reste de notre histoire n’en contient , pendant l’horrible magistrature de Fouquier-Tinville et de Dumas.

Il est vrai qu’il a vu aussi les farces et les sotties des clercs de la basoche, exécutées dans sa grande salle sur la table de marbre des festins royaux.

Le ridicule est partout à côté de l’atroce dans les annales des nations, mais c’est l’atroce qui domine.

Paris lus torique.

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L’histoire poétique et artitisque de Notre Dame a été merveilleusement tracée par Victor Hugo, dans un roman, ou plutôt dans une épopée qu’on a définie avec autant d’esprit que de justesse par le surnom N Iliade gothique. Les personnes qui viennent de lire la Not?%e- Dame de Paris trouveront un charme tout particulier à visiter ce monument. Quant à nous, selon notre usage prosaïque, nous ne leur offrirons que des noms propres et des dates.

Là, fut d’abord un temple consacré à Jupiter. En 555, à la sollicitation de Saint-Germain, évéque de Paris, Childebert y fit construire une vaste et magnifique église dont Fortunat parle avec admiration. Les Normands la dévastèrent en 8y5. La piété du peuple et des rois la restaura sans la reconstruire, et parvint à la conserver jusqu’au milieu du douzième siècle.

Vers l’année ii63, sous l’épiscopat de Maurice de Sully, on s’occupa de rebâtir la cathédrale de Paris. Le pape Alexandre III, chassé de ses états et réfugié en France, en posa la première pierre. Les guerres, les discordes civiles, la misère publique que ces grands

fléaux entraînent après eux, interrompirent fréquemment les travaux de cette œuvre immense de l’art chrétien, qui ne put être terminée qu’au bout de deux siècles.

La Notre-Dame du quatorzième siècle existe encore, mais le temps n’est pas le plus cruel ennemi des monumens de la piété et du génie. Le faux goût des âges suivans les altère et les déshonore. Les malheureuses passions du peuple les outragent et les mutilent. L’ignorante insouciance des pouvoirs politiques les dédaigne et les abandonne. L’inditférence et l’oubli achèvent l’ouvrage sacrilège des barbares.

C’est ainsique Notre-Dame a perdu maintenant une partie de son caractère primitif, avec les belles gouttières en saillie qui décoraient de la manière la plus pittoresque l’extrémité de ses contre-forts, avec les moulures délicieuses de la rose de son grand portail, avec les pignons à jour de ses fenêtres méridionales, la flèche élégante qui surmontait le centre de la croisée et les vitraux merveilleux qui versaient sur ses nefs la lumière du soleil accidentée , comme à travers un prisme intelligent, par tous les prestiges de la couleur.

Ce majestueux cadavre de la vieille cathédrale rappelle toujours du moins quelques-uns des plus grands souvenirs de la religion et de l’histoire. C’est là que nos anciens rois venaient renouveler devant Dieu le serment d’être fidèles observateurs des lois, et de gouverner pour le bonheur des peuples. Ils prendront cet engagement à l’avenir devant 5oo bourgeois contribuables ou patentés y délégués par trois cent mille bourgeois qui obéissent à l’impulsion de trois journaux contradictoires, et ils le tiendront avec une exactitude inviolable. Chaque époque a ses garanties.

C’est à Notre-Dame que Napoléon fit rentrer le christianisme proscrit. C’est à Notre-Dam equ’il rétablit la monarchie dans la solennelle cérémonie du Sacre. Une juste et sage postérité lui tiendrait compte de ces deux faits immortels. Nous ignorons ce qu’elle penserait du reste.

Pans historique.

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B.ueS.-Julien-ïe-Pauvre, n. 13.

C’est ici un des plus anciens monumens que la religion ait fondés dans notre vieille capitale , et comme partout, ce monument était un hospice. Le christianisme s’annoncait ainsi aux nations.

Quel était ce saint Julien, fondateur ou patron, qui lui imposa son nom, ou qui, plutôt, le lui laissa prendre, car la 'philanthropie de ce temps-là était modeste et cherchait l’obscurité, parce qu’elle était encore chrétienne? Est-ce saint Julien, évéque du Mans si zélé pour les pauvres? Est-ce saint Julien l’Hospitalier? cette difficulté d’hagiographie est digne d’occuper les bollandisles. Elle ne nous arrêtera point.

Que l’un et l’autre saint Julien soient bénis à jamais! ils ont aimé et secouru le malheur.

Dubreul place l’érection de cette pieuse maison au commencement du vtf siècle.

Grégoire de Tours est le premier de nos écrivains qui en fasse mention, et il résulte de plusieurs passages de son récit qu’elle existait assez long-temps, en effet ? avant l’année 58o.

Elle fut du nombre des églises dont Henri Ier fit don à la cathédrale, et prit le nom de Fille de Notre-Dame. Elle devint depuis la propriété de deux laïques qui la léguèrent au monastère de Long-Pont, près de Mont- Ihéri. On pense que c’est alors qu’elle fut rebâtie, et qu’elle prit le titre de Prieuré.

Sa principale gloire historique est d’avoir logé l’Université naissante. J’aime mieux l’autre.

Toutes réflexions faites, l’Université lui préféra d’abord les beaux bâtimens des Mathurins , et plus tard le collège de Louis-le-Grand. Il n’y avait pas à hésiter.

La maison de saint Juhen-le-Pauvre, dédaignée par la fille aînée des rois , se souvint heureusement qu’elle avait été la fille de Notre-Dame. Elle fut réunie à l’Hôtel-Dieu en 1 655 , et dès-lors elle n’a jamais perdu son premier nom. Ses titres n’ontpas gagné un seul quartier de noblesse en vieillissant de quatorze siècles , mais ils resteront chers à l’humanité.

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Sur la colline même ou s’élève aujourd’hui ce monument, Clovis avait érigé en 499 au plus tôt, en 5 r 1 au plus tard, une basilique placée sous l’invocation de saint Pierre et des saints Apôtres. Dans la première hypothèse, il voulut en faire une commémoration de son baptême, qui eut lieu en 496» dans la seconde, il la fonda en mémoire de la défaite d’Alaric II, qu’il tua, en 507 , de sa propre main , aux plaines de Poitiers. En 857, les Normands l’incendièrent avec toutes les autres églises de la contrée, à l’exception de Saint- Vincent et de l’abbaye de Saint-Denis , qui se rachetèrent à prix d’argent de la fureur des barbares.

En 1190, elle n’était pas encore relevée de ses ruines, mais elle était déjà passée , depuis la fin du neuvième siècle, sous le vocable de sainte Geneviève, a douce et miraculeuse patrone de Paris.

La Sainte-Geneviève moderne , œuvre gigantesque de Soufflot, appartient plus à l’histoire de la révolution qu’à l’histoire du christianisme. Une de nos assemblées délibérantes, qui ne savait certainement pas le grec, lui infligea le nom ridicule de Panthéon, ou Temple de tous les Dieux. Cette manifestation solennelle du panthéisme des Gentils est une bévue qui mérite d’ètre remarquée , dans ces jours de confusion et de délire où l’on ne croyait plus en Dieu lui-même. Elle caractérise l’époque.

I^es premiers Dieux de ce Panthéon furent Voltaire et J. -J. Rousseau. L’enthousiasme populaire y plaça depuis Mirabeau que la Convention nationale en chassa pour y porter Marat. Une réaction nouvelle exhuma ce monstre de son sanctuaire, et le jeta dans un égout.

Napoléon méconnut le privilège du Panthéon qui n’était ouvert qu’à des Dieux. Il y décerna les honneurs de la sépulture aux sénateurs morts , et c’est la seule trace que leur vie politique ait laissée. Caligula y aurait érigé un tombeau pour son cheval.

La restauration rendit Sainte-Geneviève aux Saints. La révolution de i83o a rendu le Panthéon aux grands hommes. Une révolution sourde qui couve sous cellelà, menace de rendre le Panthéon à Marat, si elle peut. Il est probable que son histoire n’est pas finie.

Quoi qu’il arrive, les grands hommes de la génération vivante, ne le rempliront pas tout entier, à moins qu’on n’en fasse par ordonnance , ou qu’on ne les recrute dans les annonces payées des journaux. Ce dernier moyen est le plus prompt et le plus sûr.

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Hue Ôaint ôcumn,

Au coin de la rue Zacharie, n. “2.

Il n’v a pas long-temps qu’on voyait encore sur la porte de la maison qui fait le coin de cette rue et de la rue Zacharie, une pierre de deux pieds en carré, où l’on avait sculpté diverses figures, dont les principales étaient celles d’un guerrier renversé de cheval , et d’un autrepersonnage qu’une dame couronnait d’un chapeau de roses. Au dessus étaient écrits ces mots : au vaillant CLA.RY, et au-dessous cette devise : en dépit de l’envie.

Cet étrange et courageux monument avait été consacré parla sœur de Guillaume Fouquet, écuyer de la reine Isabelle de Bavière, à la gloire du sire de Clary, son parent, au moment où la cour, irritée du généreux combat de ce brave gentilhomme contre l’Anglais Pierre de Courtenay, le vouait à la proscription et à l’échafaud.

Courtenay était venu à Paris pour défier Guy de la Trimouille à la lance et à l’épée, sans y être porté par d’autre motif qu’une bouillante émulation chevaleresque, offensée dans son orgueil de la renommée exclusive d’un brave. Charles VI fit cesser le duel après plusieurs lances rompues de part et d’autre , et défendit qu’il eût des suites plus sérieuses, à l’occasion d’une simple rivalité de gloire. Courtenay, cependant, tira vanité de ce fait d’armes, et se flatta chez la comtesse de Saint- Pol, sœur du roi d’Angleterre, de n’avoir trouvé personne en France qui osât courir avec lui les chances d’une rencontre à mort. Clary releva ce défi outrageant, et obtint de la comtesse de Saint-Pol le champ-clos pour le lendemain. Il s’y porta si vaillamment qu’il laissa son adversaire couvert de blessures, épuisé de sang et vaincu. Cette page de l histoire poétique du moyen-âge aurait eu sa Romance en Espagne.

Le duc de Bourgogne, jaloux du noble avantage que le jeune chevalier avait enlevé à son favori , le fit poursuivre avec tant de rigueur que le sire de Clary fut long-temps « en peine, au témoignage des vieilles chroniques et obligé de chercher au loin sa sûreté , tantôt de çà, tantôt delà, » pour expier l’honneur d’avoir dignement vengé son pays. On a déjà vu comment il fut dédommagé de ces cruelles persécutions par l’amour de sa dame, et on regrettera sans doute avec nous qu’une si belle histoire ne soit plus immortalisée que dans les livres.

On a fait beaucoup de bruit de notre gloire depuis un demi-siècle , mais sous la condition expresse qu’elle daterait d’un demi-siècle. La postérité en jugera.

Paris liistoriqu»,

ILue St.- Jacques, n. 278.

En 1621 , Anne d’Autriche acheta dans le faubourg Saint-Jacques une grande place et une maison attenante, qui était connue sous le nom du Fief de IFalois ou du Petit-Bourbon . Elle transféra en cet endroit les religieuses de l’abbaye du F al- Profond, près de Bièvrele-Châtel, et se déclara fondatrice de leur nouveau monastère.

L’affection de la reine pour cette création de sa piété ne put de long-temps se manifester avec éclat. Sous le ministère absolu de Richelieu, elle n’avait ni le pouvoir d’accorder des grâces, ni le crédit d’en obtenir. Un roi, c’était l’ombre d’un roi : une reine, ce n’était rien.

Le ministre mourut. Cinq mois après le roi le suivit au tombeau. Le temple de Dieu s’éleva. Louis XIY enfant en posa la première pierre le Ier avril 1 6^5. Les troubles de la minorité en suspendirent la construction.

Les travaux du J^al-de- Grâce avaient été commencés sur les dessins de François Mansard. Ils furent continués sur ceux de Jacques Le Mercier. On les reprit en i654 sous la conduite de Pierre Le Muet et de Gabriel Leduc. En 1 655 ce beau monument était achevé.

Mignard peignit le dôme du V al-de- Grâce, et Molière le chanta.

Il reste de tout cela un établissement d’utilité publique , qui , à la différence de tant d’autres, est au moins placé sous Finvocation de la charité. Le Val-de-Grâce d’Anne d’Autriche, de Mansard, de Mignard et de Molière est aujourd’hui un hôpital.

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Itue St. -Denis , n. 286.

L’an 1202, on acheva d’élever en cet endroit, pour les pauvres et les pèlerins de passage à Paris , un hospice nommé Y Hôpital de la Croix de la Reine , qui se trouvait placé hors des murailles.

En 1207, cet hôpital prit le nom de la Trinité.

Un manuscrit de 1280 le nomme la Trinité aux Asniers , parce qu’un des statuts des trinitaires leur prescrivait de ne monter que des ânes pour se transporter d’un lieu à un autre.

Sur la fin du xiv" siècle, les confrères de la Passion

louèrent une grande salle dans X Hôpital de la Trinité pour jouer les mystères : et ces farces pieuses , monumens grossiers de Fart théâtral chez nos aïeux, y furent représentées jusqu’en 15^5, époque où elles commencèrent à faire place à la tragédie régulière. La Cléopâtre captive de Jodelle fut donnée en 1 55a à l’hôtel de Rheims.

L’église de la Trinité fut rebâtie sur un plan plus vaste en 1598.

Son portail, qui avait été reconstruit en 1671, disparut dans les premières années de la révolution , et c’est alors que s’élevèrent les maisonnettes en bois dont se composent quelques petites rues qui subsistent encore aujourd’hui.

Hôpital de la Trinité fut autrefois un lieu d’asile, comme cela convenait à une maison de refuge, destinée aux voyageurs errans et nécessiteux. Poursoulager le malheur, la religion ne s’informait que du malheur : la loi politique est plus exigeante.

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place ïic <£rhie.

Cette partie des grèves de la Seine fut dans l’origine l’emplacement d’un grand marché, commun à toute la partie septentrionale de Paris.

Plus tard, devenue place principale, elle fut consacrée aux réjouissances publiques et aux exécutions, deux grandes solennités qui se touchent de fort près chez les peuples civilisés.

Le premier sacrifice humain consommé en ce lieu , par autorité de justice, fut celui de Marguerite Porrete, brûlée pour cause d’hérésie en i3io.

Depuis cette époque, des torrens de sang y ont coulé tous les ans dans des supplices variés; car l'imagina*

tion des hommes est féconde en inventions cruelles, et leur merveilleux instinct de perfectionnement ne s’est jamais manifesté avec plus de puissance que dans l’art de raffiner la douleur.

Si tous les cris que le désespoir y a poussés sous la barre et sous la hache , dans les étreintes de la corde et dans les flammes des bûchers, pouvaient se confondre en un seul, il serait entendu de la France entière.

Il y a quelques années qu’on n’y tue plus , mais la marche de la civilisation n’est pas arrêtée : on tue ailleurs.

La croix de la Grève a disparu long-temps avant l’échafaud. Le symbole de l’innocence condamnée, placé sur la frontière de l’autre vie en signe de réparation éternelle, était trop consolant pour l’innocent qui allait mourir. La philosophie le renversa.

C’est sur les degrés de cette croix que Charles-le- Mauvais, roi de Navarre, harangua les Parisiens en 1 358, pendant la prison du roi Jean , pour les pousser à la sédition.

On a pu croire quelquefois que cette tradition s’était conservée dans la populace des émeutes.

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Comme une grande partie des rues, la rue de la Harpe doit son nom à une enseigne.

L’enseigne de la Harpe pendait à la seconde maison, à droite, au-dessus de la rue Mâcon, il y a six cents ans pour le moins , car la rue de la Harpe est déjà désignée sous ce nom en 1247

Cependant, la partie septentrionale de la rue de la Harpe s’est nommée aussi la rue aux Juifs ou de la Juiverie , parce que les Juifs y avaient leurs écoles; et du côté où elle sépare l’Ecole-de-Médecine de la place Saint-Michel, on l’a quelque temps appelée rue Saint - Corne ou rue d’ Harcourt, en l’honneur d’une église et d’un collège qui y sont situés.

A l’extrémité méridionale de la rue de la Harpe , dans l’endroit où est maintenant la fontaine Saint-Michel, s’élevait, depuis 1200, la porte Gibart ou porte d’ Enfer, qui faisait partie de l’enceinte de Philippe-Auguste. Elle prit le nom de porte Saint-Michel en 1 3q4 , époque où elle fut réparée , et qui concourait avec la naissance de la princesse Michelle, fille de Charles YI. Elle fut abattue en 1684, pour faire place à une fontaine construite sur les dessins deBullet, et décorée, selon l’usage du temps, d’un distique de Santeul.

Près de la porte Saint-Michel, et attenant d’une part au collège d’Harcourt , une maison fut occupée , en 1574? par cet illustre Jacques Amyot, qui a conservé tant de grâce et de naïveté à notre langue* dans la traduction de Longue ^ qui lui a prêté tant de précision et d’énergie dans la traduction de Plutarque. C’était l’année même où l’édition du fameux Plutarque in-8° s’achevait sous les presses de Michel de Vascosan, et la maison du savant translateur fut peut-être payée du produit de son admirable ouvrage.

La rue de la Harpe et son collège rappellent quelques autres souvenirs littéraires , mais il ne faut pas des réputations de collège après Amyot.

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Rue de la Tixeranderie , n. 21.

De la rue Jean-Pain- Mollet à la rue du Mouton, la rue de la Tixeranderie s’appelait anciennement rue de Vieille- Oreille , et devait ce nom au voisinage du carrefour de Gui gne- Oreille , qui, de Guigne- Oreille , est devenu par corruption Guillori et Guilleri.

Dès les dernières années du xme siècle, on la trouve nommée Viez-Tixeranderie , Ficus Textorius, et cette nouvelle désignation lui fut évidemment imposée par les tisserands , qui s’y établirent en grand nombre.

Il faut jeter un coup-d oeil en passant sur le deuxième étage de la maison qui porte le nü 27. Là prennent jour sur la rue deux petites chambres fort modestes qui ont reçu quelquefois la visite du grand Turenne et de madame de Sévigné, qui se sont ouvertes plus souvent à Mignard , à Villarceaux et à Ninon. Unefemme en est

sortie pour venir s’asseoir sur le trône de France, ou tout à côté : c’était l’appartement deScarron, écrivain très spirituel, dont la réputation a été mal à-propos enveloppée dans le discrédit de son genre , et qui mérite au moins une place distinguée parmi les nouvelliers les plus ingénieux.

A l’angle de la rue voisine , s’élève un hôtel qui était, en iôig, la demeure du président Jacques Louvet. On y voyait encore, il y a quelques années, un reste de tourelle et quelques fragmens de sculptures de la renaissance, d’une merveilleuse délicatesse. Les coquilles qui ornent sa porte et ses fenêtres ont fait prendre à cette rue le nom de rue des Coquilles , au lieu du nom ancien de ruelle Gentienne , rue Gentien , Jacques Gentien, Jean Gentien, qu’elle avait porté long-temps , et quelle devait à une riche et honorable famille parisienne, celle du Moine de Saint- Denis, et du prévôt des marchands, Pierre Gatien. La trace de ces vicissitudes est fort difficile à suivre, et nous nous y attachons volontiers quand elle se présente nettement à notre esprit. Une bonne histoire de Paris devrait contenir, en quelque sorte, l’état civil des rues : mais ce n’est point l’histoire de Paris que nous faisons; nos prétentions ne s’élèvent pas si haut.

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Contient îu$ prtite=:Hugusttns,

Hue des Petits-Augustins.

La rue des Petits- Augustins fut percée au commencement du xvue siècle , sur le petit Pré-aux-Clercs , et prit le nom de rue de Petite Seine , parce qu’elle remplaçait un canal ainsi nommé que l’on venait de combler. Elle doit celui qu’elle porte encore aux Augustins réformés ou P etit s-.. Augustins , qui s’y établirent en

Les Augustins déchaussés de la reine Marguerite ( c’était leur titre) furent appelés en effet par Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, qui leur donna une maison, six arpens de terrain, et six mille livres de rente perpétuelle «pour chanter les cantiques et louanges de Dieu». Marguerite de Valois, qui était

fort avancée en beaucoup de choses sur la civilisation de son temps, et qui pressentait l’époque où les églises pourraient devenir des succursales de l’Opéra, exigeait seulement que les saintes prières fussent chantées sur des airs composés par son ordre. Les bons Pères assurément n’aimaient pas la musique. Ils s’obstinèrent à leur plain-chant grégorien , écrit sur quatre lignes , sans distinction de mesures , et ils lui sacrifièrent très méritoi rement leurs six mille livres de rente.

La reine les remplaça par des Augustins chaussés, qui chantèrent tout ce qu’elle voulut.

M. Alexandre Le Noir, architecte et antiquaire distingué, auquel la France doit une reconnaissance éternelle, était parvenu à réunir dans cette église une multitude de monumens précieux de l’histoire et des arts du moyen-âge, rangés avec beaucoup d’art et de goût suivant l’ordre des temps. La restauration , mal conseillée, comme de coutume, reprit en sous-œuvre le travail sacrilège des Vandales : elle détruisit le Musée, en attendant qu’on l’eût habilement conduite à se détruire elle-même.

L’emplacement du couvent est occupé aujourd’hui par X Ecole des Beaux-Arts.

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(Êijliôf îice Olanfs=ittantmttr ,

Quartier St.-Avoye.

La situation de cette église n’a pas été moins modifiée par des constructions successives, que le système de son architecture. Elle s’étendit d’abord le long de la rue des Blancs-Manteaux , jusqu’auprès de la porte Barbette. C’est là que le corps de Louis d’Orléans , assassiné dans la Vieille rue du Temple , le 24 novembre 1407, par Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, fut transporté le lendemain du crime.

Le terrain du monastère et de l’église avait d’abord appartenu au Temple. Le censier du Temple, Amaulry de la Roche, le céda aux religieux-serfs de Sainte-Marie mère de J.-C. , en 1258. Le roi saint Louis dédommagea les chevaliers du Temple de leur droit de censive, en 1263, par une rente de quarante sous, et c’est à ce titre qu’il fut regardé comme le fondateur du couvent des Blancs-Manteaux .

Dès l’an 127/4, l’ordre des Blancs-Manteaux fut supprimé par le second concile de Lyon, qui abolit tous les ordres mendians établis depuis le quatorzième concile de Latran, à l’exception des Jacobins, des Cordeliers, des Carmes et des Augus tins.

Les Guillelmites, ou ermites de Saint-Guillaume, qui avaient leur demeure à Mont-Rouge , et qui faisaient partie d’un ordre mendiant non supprimé, obtinrent en 1 297 une bulle de Boniface VIII, qui les mettait en possession de là maison des Blancs-Manteaux, et ils l’occupèrent jusqu’à la dix-huitième année du xvn® siècle.

En 1618, les Guillelmites furent réunis à la célèbre congrégation de Saint-Maur , qui a jeté sur cette sainte maison un éclat inaltérable à toutes les révolutions de l’avenir. Dans son enceinte furent composés V Art de vérifier les dates , la Collection des Historiens de France , et tant d’autres ouvrages qui feront ia gloire éternelle de notre littérature savante, inimitables chefsd’œuvre de l’érudition et de la patience qui exciteront beaucoup de vaines émulations , mais qu’on n’égalera plus.

Il ne faut cependant désespérer de rien. Nous avons l’école des chartes, et je rends grâces au ciel que nous ayons au moins cela. C’est cent fois plus que ne comporte l’état actuel de notre civilisation et de nos lumières.

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