C-ha-mpin litli
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Confinent î»c pierre Corneille,
J&ue d'Argenteuil, n. 18.
Si vous avez passé à Rouen , clans ce magnifique Herculanum du moyen âge, musée vivant de l’architecture et de la sculpture chrétiennes, je suppose que vous avez délaissé un moment les pompeuses merveilles de la cathédrale et de Saint-Ouen , les dentelles de pierre de Saint-Maclou , les compositions riantes et classiques de l’entrevue du Drap-d’Or, pour aller reconnaître , dans la modeste rue de la Pie, la modeste maison de Pierre Corneille. Vous avez vu la chambre haute, et cependant mal éclairée , où il écrivit ses premiers vers, où il reçut les premières inspirations de sa muse, où il rêva le Cid, Polyeucte et Cinna. La poésie visite l’en-
fant qui sera poète, et les dons les plus précieux dont elle doive l’honorer sont ceux qu’elle répand sur son berceau.
Maintenant voici la demeure qu’occupa le grand Corneille dans la force de son génie, car ce ne fut, heureusement peut-être, ni le Louvre, ni le Luxembourg. Là s’est accomplie cette vie glorieuse qui a nourri tant de comédiens et tant de libraires , et qui n’a laissé qu’un nom pour héritage à la famille de notre Sophocle. Quand il eut rendu le dernier soupir, un courtisan nommé Dangeau , qui s’était enrichi des produits du jeu, écrivit sur son calepin: le bon homme Corneille est mort hier , il était un des plus habiles de notre temps à faire des comédies.
Ce marquis de Dangeau avait , depuis dix-sept ans, remplacé Scudéry à l’Académie française.
Je ne vous dirai pas à quel étage de cette maison habitait Pierre Corneille : cette particularité a échappé à la tradition, mais il est probable que ce n’était pas au premier.
C’est de là qu’il sortait, quelques jours avant sa mort, avec un de ses compatriotes qui nous a conservé ce fait singulier, quand il s’arrêta devant l’échoppe d’un savetier du coin pour y faire raccommoder sa chaussure. Ce prodigieux génie qui avait relevé si haut la majesté du cothurne, était trop pauvre pour acheter des souliers.
P^i-ris histqriqwe
ïônier del. ' * Cha-mpirt lith
3^ te ï\otte - Ï3 ame
C'JU îîotmlUrtmf,
A présent Saint-Xiouis.
Cette île était autrefois partagée par un petit canal en deux îles d’inégale grandeur, l’une qui s’appelait Y île Notre-Dame , l’autre qui s’appelait Y île aux F^aches, et toutes deux, chargées de prairies, servaient de pacage aux bestiaux de l’évêque et du chapitre , qui en étaient propriétaires.
En 1 3 1 3 , Philippe- le-Bel ayant rassemblé à Paris l’élite de la chevalerie française et étrangère dans des fêtes magnifiques, où ses fils furent armés , la convoqua dans l 'île de Notre- Dame , où elle se rendit par un pont de bateaux pratiqué pour cette cérémonie solennelle. C’est là que le cardinal-légat, Nicolas , prêcha la croisade. Le roi de France, le roi d’Angleterre, Louis de France, fils aîné de Philippe, et un grand nombre de seigneurs, y prirent la croix.
L’île Notre-Dame est célèbre aussi par le fameux
combat du chien d’Aubry de Montdidier et du chevalier Macaire, sous le règne de Charles Y. Ce fait qui tient du merveilleux, mais auquel un grand nombre de faits avérés peuvent donner de la vraisemblance, était retracé dans un bas-relief sur la cheminée de la grande salle du château de Montargis. Olivier de la Marche l’a raconté dans son Traité du Duel , et l'autorité meme de la critique ne lui a pas manqué, puisqu’il a l'aveu plus ou moins explicite de Jules Scaliger,du père Montfaucon et de Saint-Foix. Son authenticité est appuyée aux yeux du peuple sur une autorité plus récente et moins grave, mais que nous ne prétendons pas récuser, celle d’un excellent mélodrame de M. de Pixérécourt qui a rajeuni avec beaucoup de succès cette tradition touchante.
L’î le Saint-Louis est, depuis des jours reculés, un notable quartier de Paris, qui se distingue par une physionomie et des mœurs exceptionnelles, et qui a conservé jusqu’à nous quelque chose du calme, de la simplesse et de la vieille candeur des provinces. C’est un oasis de maisons pacifiques, d’habitudes casanières et de douces mœurs, au milieu du chaos orageux de ce qu’on appelle aujourd’hui, par antiphrase ou par dérision , la civilisation perfectionnée. Puisse la petite ville insulaire demeurer long-temps fidèle à son caractère!
Fa. r l i
t'f Ctiàtmu înt Coq ou les JJordjcrons,
Hue Saint Lazare, n. 7 S»
Les Porcherons étaient autrefois une espèce de bourg séparé du quartier Montmartre, et situé un peu audessus des barrières. C’était un des rendez-vous du peuple, un lieu de folie et d’ivresse, de cette ivresse qui est la bonne, au jugement de Figaro , le séjour des amours grivois, et le Parnasse de Vadé.
Le nom de cette ville de guinguettes, qui est resté jusqu’en 1780 à la rue Saint-Lazare, lui venait d’un vieux château à tourelles et à girouettes, £>âti par Jean Bureau à la porte Saint-Honoré, qu’on appelait le châ~ teau des Porcherons , et qui eut l’honneui d’héberger Louis XI, le 3o août 1461, à son retour de Saint-Denis,
où il venait de faire célébrer un service pour la mémoire de son père. Le duc Philippe de Bourgogne s’y rendit au-devant du roi avec toute sa cour, et fit partie de son cortège à son entrée à Paris.
En 1020, le château des Percherons avait pris le nom de château Coq ou du Coq, de celui de son propriétaire. Vers la fin du siècle dernier, on voyait encore les armes de cette famille , sculptées à cette date, sur une vieille porte murée.
Non loin du château du Coq s’élevait un moulin de forme ronde et bâti en pierres, qu’on appelait la tour des Dames, parce qu’il appartenait aux dames de l’abbaye de Montmartre, et qui subsistait encore il y a une trentaine d’années. Il a fait place à une rue élégante qui est habitée, pour nous servir d’une expression à la mode, par les notabilités des arts. C.’est un petit quartier d’Athènes, où furent les Porcherons. L’heureux progrès de nos mœurs n’est pas marqué partout d’une manière aussi sensible. 11 ne faut désespérer de rien.
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Quai Napoléon.
Les Égyptiens jugeaient les rois le jour de leurs funérailles. Cela est arrivé quelquefois en France.
Isabelle cle Bavière, veuve de Charles VI, mourut à l'hotel Saint-Pol, le 3o septembre i435.
Cette reine eut quelque chose des impératrices de la Rome d’Auguste, de Claude et de Néron. Elle avait introduit à Paris le goût du luxe et des fêtes; elle avait donné l’exemple d'une prodigalité sans mesure et d’une galanterie sans pudeur; elle ne rebuta aucun parti, aucune faction, car elle ne voulait que du plaisir, du pouvoir et de l’or. Elle mit le comble à toutes ses faiblesses ou à tous ses crimes, par la plus insigne des trahisons,
en ouvrant la France à l’étranger. Quelques années plus tard, elle s’éteignit méprisée, après avoir vu la monarchie relevée par l’épée de Jeanne d’Arc.
Un petit bateau la conduisit de son palais, sans suite et sans appareil, jusqu’à ce port où elle fut recueillie par quelques moines qui la transportèrent à Saint-Denis: pompe furtive qui fut presque dérobée aux regards du jour , et dont aucune cérémonie ne consacra le souvenir. Un écrivain du temps atteste qu’on lui rendit moins d’honneurs qu’à une simple demoiselle.
Le peuple reçut la nouvelle de la mort d’Isabelle avec une gaîté insultante; il prit le deuil à la mort d’Henri IV. Plusieurs citoyens succombèrent au désespoir de sa perte, et Dominique de Vie, seigneur d’Ermenonville, tomba mort en passant sur la place où il avait été assassiné.
L’histoire n’a plus qu’à écrire. Voilà le jugement des rois.
us historique
Péonier del
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Champin lith
2Mtt tic r<ti)b$mwt0ir?.
Michel Ney naquit à Sarrelouis le 17 janvier 1769.
Il s’engagea fort jeune, et parvint bientôt au grade de sous-officier.
La révolution le fit capitaine.
Le passage de la Lahn lui mérita les épaulettes de colonel.
La prise de Pforzheim l’éleva au rang de général de
Le combat de Steinberg le fit passer à celui de général de division.
11 entra en vainqueur dans la Souabe avec le bâton de maréchal.
Il en sortit avec le titre de duc d’Elchingen.
A la terrible bataille de Mojaïsk, l’armée le salua prince de Moskowa.
Napoléon l’appela le brave des braves ,
C’est vers le troisième arbre de cette allée, à gauche en sortant du Luxembourg, que le brave des braves tomba, le 7 novembre i8i5, sous le feu d’un peloton de vétérans.
En règle générale, il faudrait ne tuer personne, parce que tuer est un crime.
En matière politique, ce crime est aussi une grande faute: on ne tue pas l’opinion.
Et surtout, on ne tue pas la gloire. L’homicide commis sur un grand homme ne fait que hâter son apothéose. Les grands hommes sont in\iolables comme les
rois.
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tjôtd îu* illontbajon ,
Rue Betlsy, n. 20.
C’est dans la deuxième maison à gauche en entrant par la rue du Roule, que l’amiral de Coligny fut assassiné la nuit de la Saint-Barthélemy, 2/j août r 57 2.
Le massacre ne devait commencer qu’une heure avant le jour aux premiers coups du tocsin de l’horloge du palais; vers minuit, Catherine de Médicis, croyant remarquer de l’irrésolution et des remords anticipés dans un jeune et malheureux roi qui était peu fait pour de pareils crimes, fit avancer le signal, et sonner à Saint- Germain-l’Auxerrois. Aussitôt, le duc de Guise, bien escorté, marche et frappe à la porte de l’amiral. Un valet de chambre ouvre, 011 le poignarde. Besme ou La Besme, Allemand; Pétrucci, Siénois; Cosseins et Sarlabouc, montent et trouvent l’amiral qui s’était éveillé au bruit et qui les attendait dans son fauteuil. « Jeune « homme, dit-il à Besme, tu devrais respecter mes che- « veux blancs, mais fais ce qu’on t’a commandé. Tu « n’abrégeras ma vie que d’un petit nombre de jours/» Les assassins le percèrent de plusieurs coups et le jeté rent par la fenêtre dans la cour de l’hôtel. Guise essuya
de son mouchoir le sang qui couvrait son visage afin de le mieux reconnaître, et, foulant aux pieds le cadavre, il dit à sa troupe: « allons , continuons notre besogne.» Coligny avait cinquante-cinq ans et demi.
Cette maison, occupée depuis par les seigneurs de Rohan-Montbazon dont elle portait encore le nom en 1 772, est petite, mesquine, à peine suffisante pour le marchand qui l’occupe aujourd’hui, et n’a rien dans son extérieur qui annonce la demeure d’un des personnages les plus éminens du royaume. Plusieurs savans, et entre autres M. le Prieur de Blinvilliers , pensent qu’elle n’était qu’une dépendance de l’hôtel de Coligny, situé, même rue , dans la partie qui s’appelle aujourd’hui rue des Fossés Saint-Germain-l’Auxerrois. Ils placent la demeure de l’amiral dans le bâtiment beaucoup plus remarquable qui est devenu l’hôtel de Lisieux. Nous partageons leur opinion, mais nous devions avoir égard aux traditions les plus communes.
cette dernière hypothèse, la chambre à coucher ny rappelle d’autres souvenirs. Carie Yanloo ong-temps , et la célèbre Sophie Arnould y est O ïy4°*
nv 1 pas si loin qu’on le pense du théâtre d’un , ime au boudoir voluptueux d’une courtisane, a que des années.
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Le i 3 et le i4 avril 1 834 ? une émeute républicaine effraya Paris.
Le quartier où nous sommes en fut le centre. Cette maison passait , à tort ou à raison , pour un de ses derniers retranchemens.
La résistance fut désespérée. La vengeance fut impitoyable. Beaucoup de citoyens y moururent.
On offrirait de parier, et Ton aurait de grandes chances, qu’il n’y avait pas, dans les victimes de ces déplorables journées, un seul homme qui sût clairement ce que c’est qu’une république, et qui pût attacher à ce mot une définition intelligible.
On ne s’égorge pour des mots que lorsqu’on ne sait pas ce qu’ils valent, et on s’égorgera toujours, tant que l’éducation du peuple ne sera pas instituée sur d’autres bases.
Le tort de ces grandes catastrophes retombe donc sur la société , qui cherche sottement une génération docile et paisible dans une génération mal élevée, et mal élevée par sa faute.
L’ordre exige quelquefois de grands, de terribles sacrifices, et c’est une chose si bonne en soi qu’on ne peut la payer trop cher; mais, pitié à l’erreur, respect à la conviction et paix aux morts. Il n’y a plus de partis devant un tombeau.
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9 PcCU/' dit &XAA^nJ cf .
Champin hth.
Üjôtd île Haute©,
Place du Carrousel, n. 1-
Voici une maison qui n’est rien, une maison qui va disparaître bientôt , mais qui étonne les étrangers par son isolement, par sa hauteur disproportionnée avec sa base , par son défaut de point d’appui. Elle faisait autrefois l’angle de la rue Saint-Nicaise et de la rue de Chartres.
Le 3 nivôse de l’an 1 800 , vers sept heures et demie du soir, une machine infernale éclata dans la rue Saint- Nicaise, un moment après le passage du premier Consul qui se rendait à l’Opéra. Quelques passans furent blessés. Un architecte des bâti ni en s subit l’amputation d’une cuisse.
Deux jours après, cent cinquante républicains étaient déportés par un sénatus-consulte. Cinquante d’entre eux partirent pour les îles Séchelles. Il en est revenu deux sous la Restauration.
Huit jours après, une douzaine d’hommes du même parti furent fusillés à la plaine de Grenelle.
Quelques semaines écoulées, on s’avisait que la machine infernale était l’oeuvre d’une conspiration royaliste , et on envoyait à l’échafaud deux des enfans perdus de cette opinion , qui étaient fort capables de ce crime, et qui l’avaient probablement commis.
Pendant ce temps-là, le premier Consul s’était aperçu que sa place d’armes était trop étroite. L’explosion avait cassé des vitres; elle devait donc avoir ébranlé des maisons. On les rasa par mesure d’urgence, pour ouvrir devant les Tuileries le plus vaste emplacement militaire qui ait jamais vu manœuvrer l’armée d’un souverain, dans l’intérieur d’une ville. Cette maison seule s’est conservée, nous ne savons pourquoi : pour faire croire, peut-être, à une génération imbéciile que l’explosion de la rue Saint-Nicaise avait renversé tout le reste. Il y a des gens qui le disent.
Un pouvoir habile tire parti de tout. Napoléon parcourut en homrfie de génie le chemin que cette catastrophe, savamment exploitée, avait tracé devant lui. C’est par là qu’il est arrivé à l’empire.
A l’angle méridional de cette maison , vous lirez une inscription taillée dans la pierre, en souvenir de M. Jean-Georges Farcy, professeur de philosophie, tué à cette place le 29 juillet i83o. M. Farcy était un jeune homme du plus grand mérite, qui aurait pu rendre sa vie plus utile que ne l’a été sa mort.
Taris kistoTiqne.
Régnier del
JïLaieon bc |)urrf Mvonatni
Champin Jitk.
ÜUbon tic fJicrrc tic Jdrousæcl,
Rue Saint-Taandry , n. 7, en la Cite.
Pierre de Broussel, conseiller au parlement de Paris, à l’époque de la Fronde, était un des frondeurs les plus mutins de sa compagnie, et les frondeurs, comme personne ne l’ignore, c’était l’opposition de ce tempslà. Pierre de Broussel avait tout ce qu’il fallait pour devenir un personnage : une assurance imperturbable, une ambition effrénée, une conscience commode, et cette précieuse faculté de parler à vide sur toutes les questions, qu’on appelait déjà de l’éloquence. Il ne savait où il allait, car il était au fond grossièrement ignorant; mais il allait toujours, et la multitude lui en savait gré, car il n’y a rien dont elle fasse plus de cas que de l’intrépidité d’un sot. La Reine le fit mettre eu prison avec Blanc-Mesnil, au sortir d’un Te Deum chanté
pour une bataille gagnée; mais le peuple, qui se souciait fort peu de gagner des batailles à l’étranger, quand il en perdait à Paris avec l’ordre et le pouvoir, réclama si vivement son père , qu’on eut la bonté de le lui rendre.
Le pere du peuple, c’était ce faquin de Broussel.
Les triomphes de Pierre de Broussel ne se bornèrent pas à une ovation stérile. La populace le proclama gouvernenr de la Bastille, quand elle eut pris cette forteresse sur une poignée d’invalides qui ne la défendirent pas, en l’an 1649. (Remarquez bien que je ne dis pas en l’an 1789 : on pourrait aisément s’y tromper.)
Mazarin, qui s’entendait mieux en politique que tous les Broussels du monde, s’avisa d’un singulier expédient. Il reprit la Bastille, confirma Brousse! dans son gouvernement, et l’autorisa peu de temps après à le transmettre à son fils aîné. Le Père du peuple abdiqua dès-lors le beau titre qu’il avait volé à Louis XII, pour devenir le très humble valet de l’autorité. Il n’en voulait pas davantage. Le peuple chercha un autre père , moins prompt à échanger les droits et les devoirs que cette qualité impose contre des places et de l’argent, et on dit qu’il le cherche encore.
Quelques années s’écoulèrent. Louis XIV régna en roi. Broussel retomba dans l’obscurité et mourut dans le mépris. Il fut enterré à Saint-Landry, sa paroisse, et le chancelier Boucherat , son parent, y fit placer une épitaphe où il est question de ses vertus. Les vertus de Broussel n’ont jamais obtenu d’autre monument dans l’histoire.
détenu tir Hcuilly.
Cet ancien château a donné son nom à la rue où il était situé.
11 avait remplacé une maison de plaisance consacrée aux plaisirs des rois de la première race. C’est dans ce Versailles desMérovingiens, probablement fort modeste, que Dagobert 1er épousa Gomatrude, et qu’il la répudia ensuite pour contracter un nouveau mariage avec Nanthilde. Cette opinion , qui est celle de Mabillon , appuyée sur un passage de Frédégaire , pourrait bien trouver des contradicteurs dans la savante école qui exploite aujourd’hui les annales de nos âges barbares, et qui se sera signalée du moins par une révolution
bien hétéroclite dans l’orthographe des noms francs. Heureusement le fond de la question n’est pas de grande importance, et on peut se passer jusqu’à un certain point de connaître le lieu où s’est écoulée la lune de miel de Gomatrude. Il y a meme des gens qui se soucieraient assez peu de savoir comment le nom de Gomatrude s’écrivait du temps où personne ne savait écrire.
On avait aussi donné le nom de jardin de Reuilly à une jolie villa , située dans la rue de la Planchette , et qui s’était d’abord appelée Rambouillet , du nom de son propriétaire. C’est dans cette maison que se rendaient les ambassadeurs des puissances non catholiques , le jour de leur entrée solennelle.
Les amateurs de l’étymologie nous sauront gré de leur apprendre que le château de Reuilly s’appelait autrefois Romiliacum y et que c’est de Romiliacum qu’on avait fait Reuilly , par une contraction qui doit paraître un peu forte. Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que Rambouillet semble formé beaucoup plus naturellement du même mot ; mais il est probable que la duchesse de Montansier ne s’en doutait guère, quoique Ménage fût de ses amis.
Reoruer del.
Mai*
èc lame de? Marmouset?
ittrtiôinitif la rue Tic* Ittarmousct*, n. 13,
dans la Cit?.
Marmousets , qui a pris une acception burlesque, n’était autrefois qu’un diminutif familier, borné à l’usage de la conversation , et par lequel on désignait les petits enfans.
Est-il vrai que cette rue doive son nom au crime d’un pâtissier qui faisait des petits pâtés de la chair des enfans qu’il attirait chez lui par l’attrait de ses friandises, et de celle des pratiques de son voisin le barbier, son digne associé dans cet exécrable commerce?
Cela est vrai comme l’ogre du Petit-Poucet et de la Belle au boiç dormant, et cependant il n’y a point d’histoire plus attestée par la tradition. Nous connaissons dix villes de France qui ont eu leur pâtissier infanticide. La maison qu’il habitait à Besançon fut rasée comme à Paris, et l’emplacement qu’elle occupait s’appelle encore la place labourée.
Ce qu’il y a de certain, c’est qu’à Paris, l’emplacement de la maison proscrite resta vide pendant cent
ans, et que Pierre Beiut, conseiller au Parlement, propriétaire du terrain, fut obligé de se pourvoir devant le roi François Ier, pour obtenir permission d’y bâtir. Les lettres-patentes royales qui l’autorisèrent à édifier une maison, sont remarquables par leur teneur, en ce sens «qu’elles dérogent aux arrêts intervenus et itn- « posent silence perpétuel au procureur du roi présent « et à venir.» Il y avait donc notoriété de crime, et d’un crime qui ne pouvait pas se nommer.
La justice avait autrefois cette pudeur qui est un de ses caractères les plus sacrés. Elle ne se compromettait pas en débats odieux avec le coupable; elle n’était pas livrée à cette publicité indécente et immorale, qui relève le condamné aux dépens du juge; elle ne servait pas d’intermédiaire aux scandales de la vie privée et à 3a contagion des mauvais principes et des mauvaises mœurs. Thémis avait un voile comme Isis, et quand ce voile est déchiré, tout est perdu.
L’histoire des enfans mangés en petits pâtés était probablement une innocente fiction des mères , et il faut rendre grâce au mensonge qui épargnait à l’innocence la science horrible du crime.
Par une étrange fatalité, la place de la maison du pâtissier est restée souvent rase et vacante, comme après son jugement. Elle l’est encore aujourd’hui.
Quant à la maison du barbier, nous la trouverons à quelques pas, et nous le verrons entouré d’honnêtes clients qui lui confient leur tête avec une parfaite sécurité. Dans ces beaux jours de perfectionnement humanitaire, les hommes s’égorgent entre eux comme autrefois, mais les barbiers se gardent bien d’égorger leurs pratiques, et on ne fait plus de petits pâtés de chair humaine.
P (tris
historique
iijôtcl îiu ittarquie tic Miette.
R,ue de Beaune, n. 1* au coin du quai Voltaire.
Le nom du marquis Charles de Yillette, ancien propriétaire de cet hôtel, ne lui aurait pas laissé une grande illustration. Grâce aux progrès des lumières, il n’y a pas une maison de Paris où l’on ne fasse aujourd’hui d’aussi méchans vers que ceux du marquis de Yillette. Quant à moi, je m’arrêterais avec beaucoup plus d’intérêt devant celle de maître André le perruquier, qui avait au moins une imagination originale.
Mais ce marquis de Yillette, qui cherchait à se faire passer pour le bâtard de Yoltaire (supposition très honorable, comme on voit, pour la marquise sa mère), avait épousé la fille adoptive de ce grand homme, cette aimable et vertueuse mademoiselle de Yaricourt, si connue dans la correspondance sous le nom dej Belle et Bonne , et qui a emporté au tombeau la dernière moitié de son sobriquet. Cette respectable dame que nous
avons encore eu le bonheur de connaître, était sœur de l’infortuné Varicourt, cruellement massacré à Versailles par une populace furieuse dans l’horrible journée du 6 octobre 1789. Arrêtez-vous donc devant la maison du marquis de Villette. Belle et Bonne est digne d’un souvenir.
Si vous en voulez un autre, jetez maintenant les yeux sur les hautes croisées du premier. C'est dans l’appartement quelles éclairent que le plus grand écrivain du xvme siècle a passé les quatre derniers mois de sa vie. C’est là que ce prodigieux génie, qui a répandu sur son pays tant de gloire et tant de malheurs, est tombé de l’ivresse du triomphe dans les angoisses de l’agonie. C’est là que Voltaire est mort le 3o mai 1778.
On nous assure que ces croisées demeurèrent closes depuis, pendant un grand nombre d’années. Ah! si l’ombre de Voltaire avait pu rester sensible aux évènemens qui se sont accomplis sur la terre en vertu de ses doctrines, il aurait fallu les rouvrir en 1793, et la rendre témoin de tout le mal qu’il avait fait sans le savoir.
Sans le savoir, hélas! Dieu nous préserve d’imputer à sa mémoire tant de forfaits impossibles à pressentir! Mais qu’est-ce donc que l’homme, et que le grand homme lui-même, si on ne peut le justifier des excès de sa présomption et de sa témérité, que par l’excès de son ignorance et de son aveuglement?
Paradis aux bienfaisàns ! Honorons la gloire, elle mérite bien quelques hommages, mais adorons la vertu ! Nous avons vu la maison de Voltaire. Nous reviendrons voir celle de Belle et Bonne.
Pcans historique
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b ! JIl^çj-Jlllîll^jU Ht Ç yilllj jl> >iJU jyillh I
! Oni'f^TKX* !.f!rH £j <)|) £(JUI3Î JJf'
Rue Saint-Antoine , n. 212.
Tout le vaste emplacement qui sépare la rue Saint- Antoine de la rivière, à la hauteur du quai des Cèlestins , était autrefois couvert de vastes hôtels et de magnifiques jardins qui vinrent se réunir au domaine royal dans les dépendances de l’hôtel Saint-Paul ou Saint-Pol. Quelques rues de ce quartier, fort déchu aujourd’hui de son ancienne opulence, rappellent encore ■
le nom des doux ombrages qu’elles ont remplacés, la rue du Parc- Royal , la rue de la Cerisaye, la rue Beautreillis y la rue de V Orme. Quelques autres confirment, par le nom quelles ont porté jusqu’à nous , la tradition qui veut que les rois y aient eu leur ménagerie , établis-
sement qui paraît avoir subsisté jusqu’au règne de Henri IV, et peut-être même plus tard. Telles sont la rue des Lions et la rue du Petit-Musc.
Celle-ci fut ainsi nommée de l’ancien hôtel du Petit- Musc , qui avait appartenu, au commencement du xive siècle, à Louis 1er, duc de Bourbon. C’est sur les fondemens de ce vieux manoir qu’Androuet du Cerceau construisit l’hôtel de Mayenne, pour Charles de Lorraine, duc de Mayenne, lieutenant-général du royaume au temps de la ligue. Henri de Lorraine, son fils, y habita jusqu’à l’an 1621, c’est-à-dire jusqu’à l’époque du siège de Montauban , où il fut tué. Sa famille en conserva quelque temps encore la possession.
La mutation des propriétés qui entraîne celles des noms, a multiplié abusivement le nombre de certaines demeures seigneuriales aux1 yeux des historiens de l’ancien Paris. Ainsi, on chercherait inutilement dans le faubourg Saint-Antoine , la place où s’élevèrent l’hôtel du Petit-Musc, l’hôtel de Bourbon, l’hôtel d’Étampes, l’hôtel de Bretagne , l’hôtel de Boisy, l’hôtel d’Ormesson , si on ne savait à n’en pas douter que tous ces hôtels se réduisent à l’hôtel de Mayenne, occupé en diverses années par différens maîtres.
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IVuc de Grenelle Saint-Honoré, n. 55» et rue du Bouîoy, n. 24.
L’hôtel qui occupait cet emplacement fut habité tourà-tour par Françoise d’Orléans, douairière de Condé; par Charles, comte de Soissons; par Henri, duc de Montpensier, et par Roger de Bellegarde, grand-écuyer de France.
Reconstruit en 1612 sur les plans d’Androuet du Cerceau , il prit le nom d’hôtel Séguier.
Le chancelier Pierre Séguier est resté célèbre dans l’histoire et dans les lettres.
Ce grand magistrat fut le second protecteur de l’Académie française à la fondation de laquelle il avait concouru et qui tint ses séances dans son hôtel, pendant
trente ans, c'est-à-dire jusqu’à la mort du chancelier, arrivée en 1672. C’est là que l’Académie reçut la visite de Christine, reine de Suède, le 2 mars 1646, et que Mézeray, avec tout l’à-propos d’un savant, lui donna lecture de l’article du Dictionnaire , si heureusement approprié à la circonstance : jeux de princes, qui ne plaisent qu’à ceux qui les font.
Le berceau de l’Académie française est devenu un hangar de voitures publiques. Les beaux-esprits qui ont dans les petits journaux le monopole de la facétie, ne manqueraient pas de dire qu’il est dans la destinée de cet hôtel de servir au progrès.
Au numéro 45 delà rue de Grenelle-Saint-Honoré , c’est-à-dire quelques maisons après l’hôtel Séguier, en descendant vers la Seine, vous remarquerez l’hotei de Jean de La Ferrière, vidame de Chartres, un des meilleurs amis de l’amiral de Coligny. Jeanne d’Albret, reine de Navarre, et mère de notre bon roi Henri IV, y mourut le 9 ou le 10 juin 1072, quelques mois avant la Saint- Barthélemy. Nous y avons vu dans notre jeunesse une salle de bal chère aux grisettes du quartier. Douleurs et joies, c’est l’histoire d’une maison comme celle d’une cité, comme celle du monde. C’est toute l’histoire de l’homme.
orique.
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iê^iw JftatWina
(Église Tics iîtntljurins,
Rue Saint- Jacques, n. 62* et rue des Mathurins, n. 2, 4 et f>.
La rue des Mathurins s’appelait autrefois la rue des Thermes. Ou y remarquait alors un hôpital ou aumônerie sous l’invocation de saint Benoit.
Dans une des chapelles de cet hôpital reposait le corps de saint Mathurin. Les religieux delà Trinité ayant été appelés à l’administration de l’hospice, prirent le nom de Mathurins, et ce nom est devenu celui de la rue.
Sur l’emplacement de la chapelle du saint , on éleva l’église. Notre fameux Robert Gaguin qui fut général de l’ordre, et de plus , diplomate, historien, grammairien
et poète, contribua beaucoup à son érection et à son embellissement.
On remarquait, dans le cloître de cette maison, une tombe consacrée à deux écoliers , Léger de Moyssel et Olivier Bourgeois , pendus pour vol de grand chemin. Ce jugement de la prévôté occasiona un conflict de juridiction très mémorable, dont l’Université remporta l’honneur. «Un autre prèvost de mesme témérité,» dit Ramus , à la suite d’une anecdote du même genre, dans sa belle harangue de 1 557, (< av°ft condamné deux escoliers: « lesquelz semblablement après les avoir baisé « en la bouche, et aïant osté leurs corps du gibbet,lui et « ses sergentz vestus d’habits de deuil, les convoierent «jusques à leur fosse, et lui finalement fust privé de « son estât. »
Malgré les progrès si vantés des sciences et des lettres , l’Université a beaucoup perdu de ses privilèges. Une révolution , ou un progrès de plus , pourrait bien lui enlever ce qui lui en reste.
Quant à l’église des Mathurins , elle n’a plus de vicissitudes à redouter. Elle est détruite , et les hommes
du progrès ne s’en souviennent pas plus que de Robert Gaguin.
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Reynier del.
Champin li th.
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C^bbaw=an^l3oiô,
Rue de Sevres, n. 16»
L’ Abbaye-aux-Bois est le nom d’une institution dépaysée , qui avait perdu sa solitude et ses ombrages.
En 1202, Jean de Nesle, châtelain de Bruges, et Eustachie sa femme, fondèrent, dans le diocèse de Noyon , une abbaye au milieu des bois. Cet emplacement prit le nom de Bâtiz.
Quatre cents ans après, le passage des gens de guerre et les incursions de l’ennemi vinrent troubler cette douce retraite , si profondément ignorée du monde qu’elle ignorait. Ij’innocence , la méditation , la prière, s’envolèrent du colombier, pour venir demander un asile, en i65o, à la piété d’Anne d’Autriche.
Quelques annonciades de Bourges, établies dans la rue de Sèvres , et obligées, en i654, d’opter entre leurs deux maisons, reprirent le chemin du Berry. Les vierges exilées se réfugièrent dans cette nouvel ie demeure , comme des oiseaux du désert , vaincus par la fatigue, s’abattent sur un monument. Elles espéraient bien aussi ne faire que s’y reposer, mais les évènemens trompèrent leur attente et leurs désirs. Hélas ! il n’est pas si aisé qu’on le pense de rentrer dans les bois quand on les a quittés.
Et voilà comment il se trouve un Abbaye-aux-Tîois dans la rue de Sèvres.
Un incendie consuma l’église et les bâtimens , en 1661. Ils se relevèrent en 1718, sous les auspices de la duchesse d’Orléans , et sous le vocable de Notre-Dame.
Aujourd’hui les saintes filles n’habitent plus qu’une partie de la sainte maison , mais la protection divine sous laquelle elles l’avaient placée ne l’a pas abandonnée. On s’y occupe comme autrefois d’œuvres de charité; on y entend comme autrefois des voix fortes et solennelles qui attestent la grandeur de Dieu , celles de Chateaubriand et de Ballanche; on y reconnaît , comme autrefois, une patrone pleine de grâces .
Pans historique
Kérïnier del
fragment î) une porte
du tvtt<-i«4ivte Cajilie. du ftv Tirage* ni* «h (<x Cité .
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Hue ïir la Cirante, n. 4,
Sn la Cité.
La rue de la Juiverie traverse la Cité dans toute la largeur. C’était là qu’habitaient les Juifs, dans le temps où la civilisation ébauchée de l’Occident parquait au sein de ses grandes villes le peuple de David et de Salomon , comme la civilisation toujours enfant de l’Orient, ses malheureux Parias.
Le milieu de cette rue était occupé par une synagogue.
Quand Philippe-Auguste eut chassé les Juifs en 1 182, quand il eut donné tous leurs édifices publics à Maurice de Sully, avec permission de les consacrer au culte catholique, cetîe synagogue devint une église.
Il paraît que l’église nouvelle fut d abord placée sous Pin vacation de saint Nicolas, et inféodée à l’antique et illustre confrérie des bateliers, corporation plus solennelle qu’on ne pense, puisqu’elle a été fondatrice, et que Paris a reçu d’eJle son noble insigne du vaisseau.
Vers le même temps s’y établit la grande confrérie des bourgeois, qui finit par absorber celle des me rca*tores aquœ Parisienses , car l’aristocratie de la bourgeoisie ne date pas d’hier, mais elle n’était pas encore assez affermie pour se passer d’illustrations. Elle ne dédaigna pas de s’agréger, en j 224, Blanche de Castille, mère de saint Louis.
Depuis cette époque, tous les rois de France ont été de la confrérie des bourgeois, et c’est pour cela que certains d’entre eux ont joint à leur titre royal celui de bourgeois de Paris; cela n’était pas mal pour i’âge barbare de la tyrannie. Maintenant, ce sont les bourgeois de Paris qui sont de la confrérie des rois, et il en sera ainsi jusqu’à ce que tout recommence, car l’histoire est un cercle vicieux.
L’agrandissement progressif des marchands de l’eau ne nuisit cependant pas à la prospérité des marchands de vin. Plus tard, le fameux cabaret de la Pomme de Pin arbora son enseigne en face de l’église de la Madeleine, mais il serait difficile de marquer au juste l’année de sa fondation. Voilà une de ces choses qui font déplorer dans l’histoire la négligence de nos ancêtres et l’incertitude de leurs documens.
Ce qu’il y a de certain , c’est qu’au jugement de hauteur du Pèlerin du P amasse y la Pomme de Pin commençait à déchoir en 1 635 , du crédit qu’elle avait le temps passé et auquel elle avait dû cette glorieuse mention deRegnier, qui parle, dans la satire x, d’un certain nez d’ivrogne
Où maints rubis balais , tout rougissans de vin , Montraient un hac itur à la Pomme de Pin.
Mais c’est peu pour témoigner de sa respectable antiquité: Rabelais la comptait près de cent ans auparavant, parmi « les tabernes méritoires où cauponisoient « joyeusement les escholiers de Lutèce.»
La Pomme de Pin reprit sa splendeur dans le grand règne de Louis-le-Grand , sous les auspices du grand Crénet. Ses tables peu magnifiques , mais fort chargées de bouteilles , présentèrent souvent une galerie de grands hommes qui ferait envie au musée de Versailles iui-mêrqe ! C’est là que Chapelle enivrait Roileau ,
Et répandait sa lampe à l’huile,
Pour lui mettre un verre à la main.
Ce Jarïiin tlenarîi.
Depuis long-temps , il ne reste plus de traces, ni de la volière qui terminait le jardin des Tuileries, ni de la porte de la Conférence qui s’élevait un peu plus loin.
Entre cette porte et cette volière, existait une petite maison fort connue autrefois , fort oubliée aujourd’hui, dont Louis XIII avait fait concession par brevet du 20 avril i63o, à un nommé Renard, ancien valet de chambre du commandeur de Souvré,sous la condition de défricher le terrain et d’y rassembler des plantes rares.
En homme d’esprit , Renard , qui en avait beaucoup, tira grand parti de son privilège. Indépendamment des fleurs précieuses qui devenaient alors un objet de luxe, il réunit des meubles d’un excellent choix , des tapisseries somptueuses, des objets de curiosité fort recherchés dont il fit commerce. Il compta plus tard le cardinal- Mazarin parmi ses chalans, et contribua beaucoup à l’embellissement de son cabinet.
Ce n’est pas tout. L’isolement du jardin de Renard , lesagrémens de toute espèce qui en faisaient un lieu de délices et surtout l’humeur commode du propriétaire , le rendaient propre à servir de rendez-vous au monde élégant. Il n’y avait alors ni musées publics pour recevoir les chefs-d’œuvre des arts , ni petites maisons pour héberger les amours clandestins. Renard se fournit d’un cuisinier habile, et perfectionna l’invention récente encore des cabinets particuliers. Il serait extraordinaire qu’il n’eût pas fait fortune.
La Fronde survint, brutale comme toutes les révolutions,^ les portes de Paris furent interdites au roi ; mais les courtisans n’oublièrent pas le chemin du jardin de Renard. Un soir, entre autres, la table était servie; Candale, Jarzay, Saint-Mégrin , Bouteville, en faisaient les honneurs. L’histoire ne parle pas des dames. Le duc de Reaufort se rua sur la galante assemblée avec quelques hommes de son parti , renversa les tables , brisa les meubles et chassa les violons. Cette notable expédition achevée, il se retira couvert de gloire. C’est une des grandes journées de cette guerre ridicule.
On ne dit pas si Renard prit le parti prudent de se ranger sous les bannières de l’opposition.
La plus grande illustration de la maison de Renard , c’est d’avoir logé Poussin. C’est là qu’il fut installé à la fin de i64o, en vertu des ordres de Louis XIII, et par les soins du surintendant Desnoyers. Cette habitation lui parut un p etit palais, et son jardin un paradis. Elle ne parvint cependant pas à lui faire oublier Rome, te cela se conçoit aisément. Le ciel et les arts de l’Italie manquaient aux délices du jardin de Renard.
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2tue de Tournon.
Un jeune homme, nommé Concilie Concini , d’une noblesse équivoque , arrive à Paris, en 1600, à la suite delà reine Marie de Médicis, pour y chercher la fortune ou la mort qu’il trouva toutes deux.
Il devient marquis, gentilhomme de la chambre, gouverneur de Normandie, premier ministre et maréchal de France. Il est plus encore: favori d’un maître absolu qui a besoin d un maître , c est-a-dire plus que roi. Sa fortune se compte par millions; Fenriui de la cour commence à le gagner; on sait qu’il a marchandé la principauté de Montbéliard, et qu’il pense à la retraite; mais, dans son absence meme, le nom de Concini vivant effraierait ses ennemis. Vitry obtient du roi l’ordre de l’arrêter; il l’arrête sur Te pont-levis du Louvre, en face de Saint-Germain-l’Auxerrois , et au même instant, trois coups de pistolet renversent le ma-
réchal d’Àncre. Louis XIII, ravi de retrouver sa liberté, s’écria: « Je suis donc enfin Roi de France!» — Il avait compté sans Albert de Luynes et le cardinal de Riche» lieu.
Le maréchal d’Àncre fut d’abord enterré à Saint- Germain-l’Auxerrois; mais le peuple qui n’avait rien à voir dans cette sanglante tragédie, intervint au dénouaient. C’était déjà le peuple de Saint-Denis, qui exhume des cadavres et les profane. Le cadavre de Concini, dépouillé de son linceul, fut traîné sur le Pont-Neuf, visà-vis la statue d’Henri IV , et distribué par lambeaux à une foule anthropophage. Un homme, habillé de rouge, lui arracha le cœur, le fit rôtir sur des charbons et le mangea. Cet homme habillé de rouge se retrouve dans toutes les révolutions: c’est lui qui a mangé le cœur de la princesse de Lamballe.
Le maréchal d’ Ancre n’avait fait aucun mal au peuple. Il l’aimait, il le soulageait dans ses misères. Il était beau, bien fait, habile dans tous les exercices, aimable, spirituel, bienfaisant; mais il était trop puissant pour ne pas être haï, et il s’en aperçut quelques jours trop tard.
Son hôtel fut confisqué comme tous ses biens; Louis XIII y demeura quelque temps. On l’affecta depuis au logement des ambassadeurs extraordinaires, puis on l’échangea contre Fhôtel de Pontchartrain avec le duc de Nivernois , et il appartenait encore à cette famille en 1789.
On sait que la maréchale d’Àncre fut bridée comme sorcière. 11 n’y a plus de sorciers, mais il y aura toujours des favoris ambitieux, des juges iniques et des assassins.
Rednier del r ^ ^ -n . Champin lith
Cjôtd îm JktiHDourbott.
Dans cette partie du quai du Louvre qui est occupée maintenant par les tombeaux de juillet, s’élevait une maison appelée autrefois l’hotel ou le château du Fossé Saint-Germain, et qui appartenait en 1298 àEnguerrand de Marigny.
Enguerrand de Marigny mourut, comme on sait, au gibet de Montfaucon qu’il avait fait planter, victime d’une de ces proscriptions judiciaires que l’histoire flétrit dans tous les siècles, et qui, tous les siècles, se renouvellent.
L’hôtel de Marigny fit place à l’hôtel du Petit-Bourbon, bâti pour Louis de Condé, vers la fin duxve siècle. Cet hôtel resta sans maître après la mort du connétable, son fils, tué devant Rome, le 5 mai 1 527.
Le connétable avait été déclaré criminel de lèsemajesté. La vengeance politique ménagea les murailles
de son palais; maison sema du sel dans ses appartemens? on brisa les armoiries, et les portes furent brossées de jaune, en signe d’infamie, parla main du bourreau.
Le souvenir de cette flétrissure, effacé par le temps, n’empêcha pas les États-Généraux de s’y assembler en
1 6 î 4 et 1 6 1 5.
C’est à une des fenêtres de cet hôtel que la tradition place Charles IX, tirant avec une longue arquebuse, non pas sur le peuple, dont le massacre de la Saint-Barthélemy accomplissait les vœux cruels, mais sur la noblesse protestante qui venait chercher des bateaux pour se réfugier au faubourg Saint-Germain, Le Pont-Neuf n'était pas bâti.
Avec une légère variante, la révolution a doté de cet attentat une des fenêtres de l’Orangerie. La calomnie n’a pas plus épargné les monuraens que les hommes.
Après la tragédie, la comédie. En i658, Louis XIV permit à la troupe de Molière de s’établir à Paris, sous le titre de troupe de Monsieur ,et de jouer alternativement avec les comédiens italiens sur le théâtre du Petit-Bourbon. On y donna pour la première fois, les Précieuses ridicules , le 18 novembre 1659, Sr/anarelle ou le Cocu imaginaire, le 9.8 mai 1660.
Un jour, une femme belle et parée s’appuya sur la fenêtre d’où le roi parricide avait foudroyé ses sujets. Ce n’était pas la mère de Charles IX, l’implacable Catherine de Médicis; c’était la maîtresse de Molière; la jolie comédienne Béjart.
Paris historicj
Ole £ouuitr$.
Cette ile, qui a deux cent vingt toises de longueur, s’étend sous les murs du vieil Arsenal, en face de l’endroit où était le Mail. En 1370,011 l’appelait l’île des joviaux , en i44$, File aux meules des javeaux, et depuis, l 'île aux meules y ce qui semble annoncer quelle recevait alors le dépôt des moissons, ou les meules de javelles , qui appartenaient aux agriculteurs riverains.
Dès le temps de Sauvai, elle avait pris le nom d’île 1 .ouviers, probablement du nom d’un de ses proprié taires. Les cartes de cette époque où elle est figurée, prouvent qu’elle servait déjà d’entrepôt aux bois d® charpente.
Elle était possédée, vers la fin du xvne siècle, par un particulier nommé d’Antrague ou d’Entrague, qui la vendit, en 1671, à la ville de Paris, pour en faire un port aux marchandises qui arrivaient par la rivière: cette idée fut abandonnée ou restreinte. En 1714? l’île Louviers était affectée à l’entrepôt du foin et des fruits. C’est depuis long-temps un chantier de bois de chauffage.
L’île Louviers ne rappelle qu’un seul souvenir historique de quelque intérêt. En i54q, les prévôt des marchands et échevins de Paris y firent construire une espèce de havre pour donner à Henri II et à Catherine de Médicis le spectacle d'un combat naval et de la prise d’un fort.
Mais de l’île Louviers, à travers les ombrages qui l’embrassent encore, on découvre, à la pointe orientale de l’île Saint-Louis, l’hôtel Bretonvilliers et l’hôtel Lambert, que Lesueur enrichit des merveilles de son génie, et dont la vue fera toujours palpiter le cœur des artistes.
O11 ne nous pardonnerait pas d’oublier que cette île modeste est placée sous les croisées de Sully.
Reonier del.
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fte-eeeeeemeeeeeee ceooeeeeeeeeoeec aee
Cfô Carmélite*
De la rue Saint-Jacques.
La maison qu’habitaient ces religieuses avait été autrefois un prieuré, sous l’invocation de Notre-Dame des Vignes, ou de Notre-Dame des Champs . Elle était placée hors de la ville, qui est allée la chercher en s’agrandissant de siècle en siècle.
La grande antiquité de ce bâtiment a donné lieu à un grand nombre de conjectures. Les plus modestes et les plus sages ont voulu y voir le premier temple chrétien érigé par saint Denis. C’est une hypothèse sans autorité, mais non pas sans vraisemblance.
Les antiquaires en ont fait un temple de Mercure , et qui pis est, de la vieille Isis. D’autres ont cru reconnaître
Gérés clans une statue érigée sur le pignon de l’église , et quelques pointes de fer placées autour de sa tête pour éloigner les oiseaux, pouvaient effectivement figurer une couronne d’épis. L’inflexible vérité a mis un terme à ces doctes et puériles disputes. L’Isis, la Gérés, le Mercure, n’occupait sa place au fronton que depuis 1600. Le sculpteur n’avait voulu en faire qu’un archange saint Michel, pesant les aines dans ses balances, fiction d’une haute poésie, qui ne le cède guère aux autres en antiquité, car elle remonte au moins à Eschyle.
La tradition attestait que cette crypte en cachait une autre, où l’on peut placera son gré, suivant les deux systèmes, des sépultures romaines ou des catacombes chrétiennes. Dans l’une ou l’autre acception, Paris ne possédait pas beaucoup de monumens d’un plus grand intérêt.
Pour nous qui n’avons, ni le droit, ni le pouvoir d’éclaircir ces mystères , l’antique église des Carmélites a heureusement un autre genre d’illustration. C’est là que se retira Louise-Françoise de La Baume Le Blanc, duchesse de Lavallière, instruite, un peu tard pour sa gloire, par l’inconstance de Louis XIV, des vicissitudes de la vie mondaine et des dangers de la cour. C’est là qu’elle se livra pendant trente-six ans , sous le nom de sœur Louise delà Miséricorde, à toutes les austérités de la pénitence. C’est là que cette vie d’amour devint une vie d’abnégation de soi-même, de dévotion et de charité. La douce Lavallière y mourut en 1710,
Fle^ni er del.
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Champin lith.
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SVue Neuve Saint-Augustin, n. 30.
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Le maréchal de Richelieu est peut-être le type le plus complet qui ait jamais existé du caractère et de l’esprit français. Il en réunit toutes les brillantes qualités et tous les défauts, car, nous en demandons bien pardon aux adulateurs en prose et vers de la première nation du monde, un Français n’est pas nécessairement l’expression achevée de toutes les perfections. Nul homme peut-être n’a été plus aimable dans le commerce de la vie, plus intrépide à la guerre, plus ingénieusement habile dans les négociations, dans celles surtout qui ne demandent que de la pénétration, de la finesse et de la grâce. Le revers de la médaille est moins flatteur. Une confiance outrée en soi-même, qui est une
source inépuisable d’erreurs et de fautes; une jactance insolente qui, dans toute autre position^ n’aurait fait de lui qu’un petit-maitre et un sot; ce profond mépris des hommes, qui est malheureusement le moyen le plus sûr de leur imposer, et des femmes, qui est malheureusement le moyen le plus sûr de leur plaire; un dédain sans bornes pour les mœurs, et même pour les bienséances, en composent les principaux traits. Tout compensé , il y a dans Richelieu du César , du Machiavel et duBorgia. Placé, comme il l’était, au plus haut degré de la hiérarchie sociale, il complète merveilleusement lesymbole d’un siècle’ quj, avait Louis XY pour souverain, et Voltaire pour précepteur. On comprend fort bien qu’il ait été le complaisant du premier et le protecteur du second, car ces trois hommes de fatalité étaient marqués du même sceau. La longévité même du maréchal de Richelieu a quelque chose de symbolique , tant sa vie semble participer de la gloire du grand siècle dont i\ a vu la fin , et du scandale de l’époque désordonnée dont il a vu le commencement. Tel qu’il s’offre aux yeux de l’histoire, elle lui doit peut-être une statue comme la république de Gênes. Otez-lui le hasard de sa naissance qui l’a jeté arbitrairement au milieu du tourbillon des grandes affaires, et vous réduisez le vainqueur de Port- Mahon au rôle de Gil-Blas ou de Guzman d’Alfarache. Il n’en est pas ainsi des gloires véritables et pures. Elles résistent à toutes les épreuves et à toutes les transformations.
Le nom du maréchal de Richelieu , plus célèbre aujourd’hui par ses succès de boudoir que par ses faits d’armes, est le seul titre d’illustration des monuments
Reynier del.
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Champin, lilh.
assez récens devant lesquels nous sommes arretés. L’hôtel, bâti sur les dessins d’un architecte nommé Pierre Levé, ne remonte qu’à 1 707. Construit pour le comte de Toulouse, et passé ensuite au duc d’Antin, il fut acheté en 1757 par le maréchal déjà sexagénaire, mais encore redoutable aux ennemis de la France, et même aux maris. Son aspect ne manque pas de magnificence, et on pense bien que l’intérieur fut enrichi de tous les ornemens que pouvaient lui prêter le luxe et les arts. Parmi les statues qui décorait ses jardins, il y en avait deux de la main de Michel-Ange qu’on a revues depuis au Musée, à l’entrée de la grande galerie des tableaux. Ces jardins s’étendaient jusqu’au boulevard, et aboutissaient à ce fameux pavillon d’Hanovre, ruines d’hier moins regrettables que tant d’autres, qui prit son nom de la belle campagne, si heureusement accomplie par le maréchal dans l’année même où il avait fait l’acquisition de l’hôtel d’Antin.
Quoique la construction de ce pavillon, d’un goût assez misérable, n’eût pas coûté plus de cent mille écus, elle servit de prétexte aux bruits populaires qui accusaient le maréchal d’avoir commis de cruelles exactions dans la Saxe et dans le Hanovre, et dont les mémoires du temps ne sont pas propres à le justifier. L’extravagant traité de Closter-Seven, et la malheureuse défaite de Rosbach qui en fut le résultat, avaient d’ailleurs singulièrement refroidi l’enthousiasme de la nation , peu disposée alors à faire grâce aux excès d’un général concussionnaire, quand il les avait couverts de quelques lauriers. Elle a bien changé depuis. Vrai ou non, ce reproche finit cependant par s’oublier; la France
reconnut qu’elle était peu fondée à exiger de son Alcibiade les vertus de Turenne et de Catinat, et Richelieu demeura le héros de Voltaire. Il mourut dans son lit en 1788 à l’âge de quatre-vingt-douze ans, heureux de n’avoir pas été destiné par la nature à vivre un siècle tout entier, et de ne pas voir mourir avant lui le roi et la monarchie.
Après lui, le pavillon d’Hanovre changea de destination. La réaction de 179$ y plaça le Bal des victimes . C’étaient des fêtes auxquelles on n’était admis qu’en prouvant qu’on appartenait à une des innombrables familles décimées par la terreur, et, chose difficile à croire si on ne l’avait pas vue, la toilette des femmes y rappelait quelque chose du sanglant appareil de l’échafaud. Cette contre-révolution d’entrechats était la seule dont l’énergie usée des royalistes fût capable, et tout le monde sait qu’elle n’aboutit qu’à des réactions en sens contraire, qui livrèrent enfin la grande nation, garrottée dans sa gloire militaire, au sceptre d’un soldat heureux. En attendant, la révolution dansait aussi, car on danse toujours à Paris, mais elle avait mis ses plaisirs sous la sauvegarde des euphémismes les plus gracieux. Elle dansait à Paphos, elle dansait au bal des Zéphirs, et celui-là était ouvert sur un cimetière. Étrange époque! singulier pays!
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Tout le monde ne sait pas que Ghaillot s’appelait autrefois Nigeon ou Nijeon. Son nom actuel a été probablement formé de celui de son château ? castellum ou castelletum.
Ce petit lieu rappelle quelques grandes renommées.
Louis XI donna les terres et seigneurie de Nigeon à notre célèbre historien, messire Philippe de Commines, seigneur d’Àrgenton. C’est là qu’il composa une partie de ses immortels Mémoires , un des meilleurs livres du quinzième siècle; je dirais le meilleur si V Imitation de Jésus- Christ n’en était pas.
Catherine deMédicis acheta plus tard ce vaste manoir,
situé clans une des plus belles rues de la petite cité, mais elle l’occupa rarement.
Bassompierre en devint propriétaire, et y fit , selon son usage, des dépenses considérables.
Henriette Marie de France, fille de Henri IV, et veuve de Charles Ier , ayant obtenu par lettres-patentes du 19 janvier ï65a , l’autorisation d’établir dans la paroisse de Chaillot, un couvent de religieuses de la Visitation, acquit à son tour la maison rebâtie par Catherine de Médiois et agrandie par Bassompierre.
Aces illustrations du passé, Chaillot réunit une des illustrations du présent. Il a vu vieillir et mourir ce fameux Barras, qui de gentilhomme devint tribun, de tribun souverain, de souverain un bourgeois paisible et voluptueux; Barras dont la jeunesse eut quelque chose de celle de Catilina, et la vieillesse quelque chose de celle de Lucullus; Barras qui aurait pu nous révéler quelques-uns des secrets d’une politique plus violente que celle de Louis XI, mais qui n’a pas écrit ses Mé-
moires.
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Uuc ÎUl i'OltlUTf.
En 1202, Mathieu de Montmorency, seigneur de Marly, et Mathilde de Garlande, sa femme, donnèrent à cens leur vigne appelée le Clos Mauvoisin, à plusieurs particuliers, sous la condition d’y bâtir. C’est sur cet emplacement que s’ouvrirent la rue Galande ou Garlande, la rue du Fouarre , et autres rues qui se trouvent entre la rue de la Bucherie et la place Maubert.
Foare ou Fouarre , dont il nous reste Fourrage > est un vieux mot français qui signifiait de la paille. Dans les titres latins de l’époque, la rue du Fouarre est appelée Ficus Straminis.
La place Maubert était alors un lieu d’enseignementpublic. Sous Philippe- Auguste, l’emplacement des écoles s’étendit; il s’en établit de nouvelles dans la rue du Fouarre,
Les étudians de cet âge de simplicité assistaient sxvc de la paille aux leçons de leurs maîtres, et cet usage avait appelé en grand nombre autour d'eux les gens qui faisaient ce commerce, rapprochement dans lequel les journaux trouveraient aujourd’hui une source intarissable de délicieuses plaisanteries. De là vint le nom de la rue du Fouarre.
La rue du Fouarre fut d’abord fermée à ses deux extrémités. En i302, le roi Jean assigna deux arpens de bois de sa forêt de Fontainebleau pour en renouve. 1er les portes, et pour les entretenir. Cette clôture avait pour objet d’empêcher le passage des voitures, dont le bruit aurait pu incommoder et distraire les étudians. Tant de sollicitude pour l’instruction n’annonçait pas un gouvernement trop barbare; et, en effet, la génération qui s’élevait alors , allait préparer les beaux siècles de notre littérature.
Mais quoi , dirait Montaigne ? Nous n’avions ni l’Opé-
ra, ni l’Encyclopédie, ni le feuilleton, ni l’enseignement mutuel, ni cette fourmilière de poètes que les rayons du Progrès font éclore de tous les pavés de Paris. On ne s’était pas encore avisé de placer une école de musique militaire sous une bibliothèque publique.
La civilisation a bien de la peine à marcher.
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CROIX DU TRAIIOIR.
Le nom de la rue de l’Arbre-Sec lui vient de l’enseigne d’une maison située près de l’église de Saint-Germainl’Auxerrois, et qui était encore connue sous ce nom du temps de Sauvai. Les noms de rues n’ont généralemei# pas d’origine plus commune.
A l’extrémité de la rue de l’Arbre-Sec, du côté de la rue Saint-Honoré, on remarque une belle fontaine élevée sous le règne de François 1er, mais qui avait d’abord occupé le milieu de la rue. Comme elle obstruait la voie publique , le prévôt des marchands , Miron , la fit transportera l’endroit qu’elle occupe aujourd’hui, et où elle servait de réservoir aux eaux d’Arcueil.
La croix du Trahoir, érigée sur la même place, est fort célèbre dans les tristes annales des exécutions judiciaires. C’est là qu’étaient mis à mort les condamnés de la juridiction de Saint-Germain-l’Auxerrois.
Comme la croix du Trahoir s’appelait aussi, par corruption, la croix de Tiroye, on a fait venir l’un et l’autre de ces noms de celui du fief de Thérouenne. Cela est fort douteux. Trahoir est un mot trop bien fait soit qu’il vienne de trahere , soit qu’il vienne de tradi tor, pour n’être qu’un mot corrompu.
En i648, le président Molé fut arrêté par des séditieux près de la fontaine du Trahoir.
Cette place était favorable au développement des passions populaires. Dans les dernières années du règne de Charles VI, elle fut le théâtre d’une révolte occasionée par l’accroissement des impôts. Cent ans après, en i5o5 (temps digne de mémoire et de regrets où les émeutes se comptaient par siècles ! ) , elle en vit éclater une autre à l’occasion d’un refus d’enterrement. .
« Henri III passoit à la croix du Trahoir comme on « pendoit un homme , dit Tallemant des Réaux. Ce pau- « vre diable cria: grâce, Sire ! Le Roi ayant su « du greffier que le crime étoit grand, dit en souriant: k Eh bien, qu’on nelepende pas qu’iln’aitdit son in man nus. Le galant homme, quand on en vint là, jura qu’il « s’en garderoit bien et ne le diroit de sa vie, puisque « le Roi avoit ordonné qu’on ne le pendît point aupa- « ravant. Il s’y obstina si fort qu’il fallut aller au Roi, « qui , voyant que c’étoit un bon compagnon , lui donna
Pans historique.
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Guillaume d’Auvergne, évêque de Paris, ayant déterminé, par la force et l’onction de ses paroles, plusieurs filles de mauvaise vie à sortir du vice où elles étaient plongées, et à racheter par la pénitence, les honteux désordres de leur jeunesse, il les réunit dans une maison qui prit le nom de Filles- Dieu. Elle était située hors de la ville et près de Saint-Lazare.
Cette institution charitable est de 19.26.
En i349, la moitié des Filles-Dieu moururent de la peste qui ravageait alors Paris, et de la famine qui en fut la suite. La plupart avaient gagné la contagion au chevet des malades.
Un autre fléau suivit ces deux-là. En 1 356 , la funeste bataille de Poitiers semblait exposer Paris aux agressions
de l’ennemi. Les habitans brûlèrent les faubourgs du midi, pour les remplacer par des fortifications, et renfermèrent , dans les fossés et arrière-fossés de l’enceinte, les faubourgs plus étendus qui s’étaient formés au nord. La culture et l’enclos des Filles-Dieu disparurent dans ces combinaisons stratégiques, et ce qui restait de ces pauvres créatures vint demander un asile à l’Église.
C’est alors que Jean de Meulant, évêque de Paris , leur donna pour séjour un hôpital situé près de la porte St.- Denis, et qui avait été fondé en i3i6, par Imbert de Lions.
Avant la révolution, on voyait encore, à l’extérieur de l’abside de leur église , un crucifix devant lequel s’arrêtaient les patiens dans leur trajet vers Montfaucon. Ils baisaient l’image sainte , recevaient l’eau bénite, et s’asseyaient un moment à leur dernier banquet où les Filles-Dieu leur servaient le pain et le vin avec de tendres paroles de charité, de foi, et d’espérance. C’était le repas libre des anciens, adouci par les mœurs évangéliques.
Nous n’avons plus les Filles Dieu. Nous avons maintenant les maisons pénitentiaires, ou, plutôt, nous n’avons pas même cela. Nous en avons la théorie , bienfait de phrases et de papier .comme toutes les théories qui ont mis la philantropie à la place de la religion.
tëuttc $nint4lod) ou î»ro ittoulins.
En i635, les murs de Paris traversaient le terrain de la place des Victoires et du Palais-Royal et allaient aboutir à la porte Saint-Honoré , située où sont à présent les boucheries des Quinze-Vingts.
Ce fut de ce côté que Charles VII fit attaquer, le 8 septembre 1429, Paris dont les Anglais étaient maîtres. La Pucelle y eut les deux cuisses percées d’un trait d’arbalète, au moment où elle sondait les fossés de sa lance On peut estimer que ceci se passait à-peu-près à l’entrée de la rue Traversière, du côté de la rue Saint-Honoré.
En 1670, il y avait encore des moulins sur la butte Saint-Roch. Le marché aux chevaux se tenait dans l’espace qu’occupent aujourd’hui la rue et l’hôteî d’Antin.
C’est à l’endroit où commence cette rue d’Antin, du
coté cle la rue Neuve des Petits-Champs, qu’eut lieu le fameux duel de Beaufort et de Nemours, le 3o juillet i652, vers les sept heures du soir. Le duc de Beaufort avait pour seconds Buri, de Ris, Brillet et Héricourt. Le marquis de Villars, père du maréchal; le chevalier de La Chaise, Compan et de Serche accompagnaient Nemours, qui avait lui-même chargé les pistolets et apporté les épées. Le duc de Nemours tira le premier comme l’offensé, et voulut fondre ensuite l’épée à la main sur son adversaire , qui le tua raide de trois balles dans la poitrine. Deux des tenans furent tués, et la plupart des autres blessés plus ou moins dangereusement. Ce triomphe sanglant du fougueux Roi des Halles mettait en deuil une partie de sa famille. Nemours était son beau-frère!
L’archevêque de Paris refusa les honneurs de la sépulture chrétienne au duc de Nemours, mort en duel, et qu’on avait transporté aussitôt dans l’église de Saint- André- des- Arcs , sa paroisse. C’était son droit et son devoir; mais on ne peut s’empêcher de remarquer que ce prélat scrupuleux, c’était le cardinal de Retz, casuiste à la manche large, qui avait coutume d’y cacher des poignards en guise de bréviaire.
La butte Saint-Roch a été de nos jours le principal champ de bataille du t3 vendémiaire. C’est là que la Convention, désarmée du fer du bourreau, gagna sa dernière bataille contre les royalistes avec l’épée de Bonaparte. Ce qui s’ensuivit est parfaitement raconté par La Fontaine, dans l’apologue du Cheval qui voulut se venger du Cerf
Pétris historique
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û palais îut Curcmbourg.
L’histoire de la révolution se chargera de dérouler les fastes nécrologiques de cet édifice, palais directorial où mourut la république, palais sénatorial où mourut l’empire , palais de la pairie où mourut la vieille monarchie de Charlemagne. Notre chapitre ne sera qu’un bordereau de chartes pour servir àl’histoire d'un monument.
A l’endroit où s’élève le palais du Luxembourg, il n’y avait sur la fin du seizième siècle qu’une grande maison de campagne, entourée de ses jardins, qui appartenait à Robert de Harlay de Sancy. Un arrêt de la cour des aides, rendu en i564> la qualifie « un hôtel bâti de neuf».
Le comte de Pinci Luxembourg l’acheta quelques
années après, et y joignit de grandes pièces de terrain contiguës. Elle devint alors l’hôtel du Luxembourg , et c’est le nom qui lui est resté.
La reine Marie de Médicis s’en rendit propriétaire en 1612, pour la somme de 90,000 livres. Elle l’agrandit l’année suivante delà ferme de l’Hôtel-Dieu. Elle y réunit depuis vingt-cinq arpens de terre, pris sur un lieu appelé le boulevard. Elle y fit bâtir en 161 5, sur les dessins de Jacques Desbrosses , le palais qui existe aujourd’hui, et ne put parvenir à lui imposer le nom de j Médicis. L’usage a ses caprices, et ses caprices sont des lois plus puissantes que les lois des souverains.
Marie de Médicis laissa, par testament, le palais du Luxembourg à Gaston de France, duc d’Orléans, son second fils.
Echu depuis pour moitié à la duchesse de Montpensier, il lui fut abandonné en entier pour 5oo,ooo livres. One transaction le fit passer, en 1672 , à Elisabeth d’Orléans, duchesse de Guise et d’Alençon, qui le céda au roi en 1694. Il fut occupé successivement parla duchessede Brunswick et par la reine douairière d’Espagne. Après la mort de cette dernière princesse, il rentra dans le domaine royal, et Louis XVI le donna, en 1779, à son frère, Monsieur, depuis roi, sous le nom de Louis XVIII. Il sert maintenant de palais à l’aristocratie constil née, si toutefois il reste quelque chose enFrance qu’on puisse appeler une aristocratie.
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Paris n’a point de bâtiment de ce genre , plus remarquable par la grâce et la délicatesse des ornemens.
Si on en croyait la tradition, qui ne se trompe jamais tout-à-fait, cette maison fut habitée, en 1280, parle roi Philippe-le-Bel. Il n’y a rien de moins probable , mais cette méprise est fondée sur une ressemblance de noms.
Ce qui est certain, c’est quelle fut habitée, vers 1^80 , par Philippe, duc de Touraine, et, depuis, duc d’Orléans, frère du roi Jean , qui en avait fait l’acquisition pour deux mille francs d’or, le premier octobre
Ce prince la vendit au fameux Guy de la Trimouille ,
qui l’occupait en i3g8. Elle devint l’hôtel seigneurial de cette illustre famille.
L’hôtel de la Trimouille s’étendait alors le long de la rue Béthizi, jusqu’à la rue Tire-Chappe.
Vendu après la mort de Guy , réclamé par Jehan de la Trimouille et réintégré au nombre de ses propriétés, il perdit enfin son nom , pour prendre celui de différens autres possesseurs.
Il appartint, entre autres, à Antoine Dubourg, chancelier de France, oncle du savant et courageux Anne Dubourg, et plus fameux par là que par sa chancellerie.
11 passa ensuite au président de Bellièvre, homme d’État qui eut le rare bonheur d’ètre surnommé le Bon Homme , et auquel l’histoire doit tenir compte de ses efforts inutiles en faveur de Marie Stuart.
Il porta long-temps depuis le nom de ce vénérable magistrat; et comme tout se perfectionne, il porte aujourd’hui celui d’une enseigne , qui fait probablement allusion elle-même à la prétendue origine royale de ce délicieux monument.
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Au seizième siècle , Paris se divisait en trois parties bien distinctes: la cité , la ville et l’université. Ces trois parties communiquaient entre elles , par divers ponts jetés sur les deux bras de la Seine, mais que les accroissemens de la population sur lune et l’autre rive, avaient fini par rendre insuffisans. Henri III posa, le 3i mai 1578, la première pierre du Pont-Neuf. Les travaux furent confiés au fameux Androuet du Cerceau.
Les évènemens politiques interrompirent cette construction. Elle ne fut reprise qu’en 1602 , sous la direction de Charles Marchand, qui eut le bonheur de la mettre à fin en 1607. Henri IV régnait et la France était tranquille.
L’établissement du Pont -Neuf rendit nécessaires de grands mouvemens de terrain dans la partie occidentale de la cité qu’il fallut réunir à une petite île nommée Plie des Pasteurs-aux- Roches , située à l’endroit où s’élève aujourd’hui la statue de Henri IV. C’est là qu'avaient été brûlés, le i i mars i3i/i , Jacques de Molay, grand-maître de l’ordre des templiers , et Guy , commandeur de Normandie.
Le Pont-Neuf est orné sur ses deux faces d’une corniche très saillante qui règne sur toute sa longueur, et qui est supportée par des consoles en forme de masques. Ces sculptures, d’un beau caractère , méritent toute l’attention des curieux. Elles sont de la main de Germain Pii Ion.
Ce Pont-Neuf, qui est si vieux , était autrefois le rendez-vous des baladins, des bateleurs, des marchands de thériaque, et en même temps des filous, des coupeurs de bourses , des tire-laines et des argotiers. C’est là que Mondor vendait son baume , que Tabarin débitait ses plaisantes sornettes, que le singe de Brioché attirait par ses tours hardis les yeux des passans enchantés. C’était là aussi que, dès l’entrée de la nuit, les habiles et vaillans compagnons de Cartouche se signalaient par desprouesess patibulaires, dont YHistoiredes Larrons a consacré le souvenir; leurs successeurs se rencontrent maintenant partout où est la foule. Quant aux charlatans , ils ont gagné encore plus de terrain; les rues ne suffisent plus à les contenir; si on cherchait bien , on en trouverait peut-être dans les salons.
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C’était là le palais cardinal. Un ministre en lit héritière la fille du roi qui avait fondé sa fortune, exemple bon à suivre , et qu’on ne suivra pas souvent.
Nous ne pourrions plus vous montrer aujourd’hui , dans le jardin du Palais-Royal, une foule d’objets que l’histoire nous rappelle , et qui exciteraient à un haut degré votre curiosité. L’aspect des jardins de luxe était encore plus sujet à varier , dans ce pays de la mode , que l’aspect des monarchies; mais il ne faut désespérer de rien. La révolution a rétabli l’équilibre.
Vous ne verrez plus dans le jardin du Palais-Royal ce petit bassin, où se laissa tomber Louis XIV enfant , et qui vous ferait réfléchir. Il serait curieux de savoir ce que la France de notre temps pourrait être, si Louis XIV enfant s’était noyé dans un bassin du Palais-Royal.
Vous ne verrez plus ce fameux balcon , dessiné par Remercier, sur lequel Anne d’Autriche aimait à respirer l’air de ses jardins, et dont la balustrade, exécutée par maître Étienne de Nevers, serrurier ordinaire des bâ-
timens du roi, « était ciselée, dit Sauvai , avec plus de tendresse, de mignardise et de patience, que ne pourrait être travaillé l’argent par les plus habiles orfèvres. »
Vous ne verrez plus ce cirque qui occupait la place du bassin actuel et de ses deux parterres, mais que les vieillards ont encore vu , car, ce n’est qu’à la fin du dernier siècle qu’il fut dévoré par un incendie. Pour que cette construction ne masquât point le coup-d’œü, on lui avait donné beaucoup plus de profondeur dans le sol que d’élévation au-dessus , de sorte qu’on y entrait de plain-pied par le paradis , et qu’on descendait trois étages pour arriver aux premières.
Vous ne verrez plus cette superbe allée de marronniers, plantée par Richelieu, où le cardinal médita peutêtre, souvent dans la même matinée , le plan d’une tragédie, le siège d’une ville et un billet galant à Marion Delorme. Ces marroniers, propices au mystère, n’auraient été que trop favorables à une des destinations historiques du jardin du Palais-Royal.
Vous ne verrez plus l arbre de Cracovie, quartiergénéral de ces nouvellistes désoeuvrés, dont le fatal besoin d’émotions changea depuis la face du monde.
On ne vous montrera plus l’endroit où l’abbé Trentemille -homme s décidait de la paix et de la guerre, à l’insu de la diplomatie et des rois.
Mais si vous vous arrêtez dans l’allée qui borde la gauche du jardin, auprès du café de Foy, vous êtes sur la place même où le fougueux Camille Desmoulins détacha quelques feuilles d’arbre, le 12 juillet 1789, pour en faire le signe de ralliement d’une insurrection qui devait bouleverser la terre.
Et si vous êtes curieux de savoir comment les adeptes de la philosophie révolutionnaire entendaient leur sublime ouvrage, vous n’êtes pas loin de la place où ces fervens apôtres de la tolérance brûlèrent, le 6 août 179!, le mannequin du pape, sa crosse, sa mitre et sa croix.
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Rue des IVEarais.
Quai d’Orsay»
« On me parla, dit mademoiselle Clairon dans ses « Mémoires , d’une petite maison, sise rue des Marais- « Saint - Germain , du prix de douze cents livres. On « me dit que Racine y avait demeuré quarante ans « avec toute sa famille, que c’était là qu’il avait com- « posé ses immortels ouvrages, là qu’il était mort; que « depuis la touchante Lecouvreur l’avait occupée, l’a- « vait ornée , et qu’elle y était morte aussi. »
Et cette maison de Racine n’a rien qui la distingue, l ien qui la désigne aux passans ! En Angleterre , on en ferait un monument.
Adrienne Lecouvreur, dont on a dit qu elle fut une
reine parmi des comédiens, était née à Fismes , en Champagne, en 1690, dans l’arrière boutique d’un pauvre chapelier. Une trentaine d’années après , elie mettait ses diamansen gage, pour prêter quarante mille francs au maréchal de Saxe. Le héros se souvint de la dette, mais il oublia sa maîtresse, et Adrienne en mourut de douleur à l’âge de quarante ans.
Certains biographes prétendent qu’une de ses nombreuses rivales, princesse de cour et non de théâtre, la fit cruellement empoisonner, car à la fin de la vie de cette grande tragédienne , il était naturel de chercher une tragédie. Cependant, comme il n’y a rien de plus commun qu'une rivale qui se venge, et rien de plus rare qu’une actrice qui meurt d’amour, c’est l’hypothèse la plus extraordinaire qui a prévalu.
Le clergé ayant refusé d’admettre à la sépulture ecclésiastique les restes de l’infortunée Lecouvreur , ils furent enterrés de nuit , le 10 mars 1730, par les soins de quelques portefaix , sur la partie des bords de la Seine qui fait face aux Tuileries. En Angleterre , elle reposerait parmi les tombes royales de Westminster.
Voltaire a consacré à la mémoire d’ Adrienne Lecouvreur des vers pleins d’une profonde sensibilité, et qui prouvent qu’il l’a aussi aimée, comme la tradition le témoigne, s’il a réellement jamais aimé quelque chose.
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H,uc Saint-Jacques, au coin de la rue des Noyers.
Tl y avait, en l’an i3oo, un avocat qui ne plaidait que pour les pauvres , et qui mourut en odeur de sainteté. Ceci commence comme un conte de fées.
Yves Hélor ou Ilélory , fils d’Hélor , était un bon gentilhomme breton, dontla famille, illustrée par les armes, florissait depuis plusieurs générations dans sa seigneurie de Kermartin, près de Tréguier. Il vint à Paris, à l’âge de quatorze ans, pour y faire ses études de philosophie, de théologie et de droit canon , se rendit ensuite à Orléans, pour y apprendre le droit civil sous Pierre de La Chapelle, fut depuis official de l’évêque de Rennes,
mourut curé de Lohannec, en i3o3,et passa saint, le
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j 9 de mai 1 347 ? Par du Pape Clément VI. C’était alors le plus grand honneur auquel pût parvenir un homme de bien , même dans l’ordre des avocats. Les nôtres ne portent pas leurs vues si loin , mais ils sont assez bien lotis dans les rovaumes de ce monde.
Un an après la canonisation de saint Yves , les écoliers bretons étudiant à Paris, firent bâtir une église sous son invocation, et en donnèrent l’administration â une confrérie d’avocats et de procureurs qui gouverna paisiblement, car les chicaneurs les plus déterminés se seraient bien gardés de la prendre à partie.
Les plaideurs heureux appendaient leurs paperasses dans cette chapelle, en témoignage de reconnaissance pour le bon saint Yves. Maintenant ce n’est plus à l’intercession d’un saint qu’on a recours dans les procès^, c’est à la grâce de Dieu.
La rue des Noyers , qui devait son ancien nom à une plantation d’arbres de cette espèce, prit d’abord le nom de rue Saint-Yves; mais elle ne le garda pas long- temps, et les avocats ne plaidèrent pas pour le maintenir. Ils n’avaient point encore d’intérêt à être populaires.
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Nous ne pouvons plus vous montrer que le lieu où fut l’ancienne Cour des Miracles ; mais Victor Hugo l’a miraculeusement rebâtie dans son beau livre de Notre - Dame de Paris. C’est là que je vous conseille de l’aller voir.
Cette cour consistait en une place assez vaste et en un profond cul-de-sac où s’entassaient plus de cinq cents familles de gueux , de vagabonds et de mendians. Une partie de cette population excentrique, qui s’est considérablement augmentée, habite maintenant les hôpitaux. L’autre exploite avec plus ou moins de succès le progrès et la civilisation. Elle travaille en grand. Elle tient sa place dans l’état et y prend, quand elle peut, celle des autres.
La Cour des Miracles s’était appelée ainsi, par une antiphrase badine, parce que toutes les infirmités qui avaient excité pendant le jour la commisération des bonnes gens, s’y guérissaient radicalement dès le coucher du soleil, sauf à se renouveler le lendemain. Les boiteux jetaient leurs béquilles, les muets reprenaient la parole, et les aveugles voyaient comme au temps de l’Évangile.
Le gouvernement de cette cité infernale ne s’appuyait ni sur l’autel, ni sur le trône, ni sur la religion , ni sur la morale. Il se passait de lois comme de sacremens. On nous le fera peut-être essayer un jour. Les législateurs de la Cour des Miracles avaient cependant senti la nécessité d’y établir une sorte de hiérarchie sociale qui rappelle jusqu’à un certain point les castes de l’Orient, tant les hommes sont portés, par d’inexplicables instincts, à se rallier sous des règles et des disciplines; tant le besoin de l’ordre est grand , même pour ceux dont la vie est une guerre perpétuelle contre l’ordre général.
La libre nation des argotiers se composait de capons , de franc s -mit oux, de mercandiers , de malingreux , de narquois, de rifodés, de cagous, de suppôts, àYarchisuppôts, de sabouleux. Cette belle nomenclature s’est effacée de la langue populaire depuis que la promiscuité des états a mis tout le monde sur le même pied; mais avec un peu d’esprit d’observation, il serait bien possible de retrouver quelques traces de ces tribus du moyen âge dans la société actuelle ; il n’y a que le nom de changé.
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Rue Saint-Martin.
À la place qu’occupe cette église sous l’invocation de saint Merry, fut jadis une vieille église sous l’invocation de saint Pierre. C’est dans une cellule adossée à la chapelle de saint Pierre que le pieux Médéric ou Merry, mourut le 29 août de l’an 700. Ses reliques y opérèrent des miracles constatés par un diplôme de Louis-le-Débonnaire, daté de l’an 820. En 884, on s’occupa de lui consacrer une église nouvelle dont le fondateur resta long-temps ignoré.
Six cent cinquante ans après, sous le règne de François Ier, comme on rebâtissait la basilique qui existe encore aujourd’hui, on trouva dans une tombe de pierre le cadavre d’un guerrier aux bottines de cuir doré, et on y lut cette modeste inscription :
il î C JACET
VIR BOJNÆ MEMORIÆ , ODO FALCONARIUS ,
FUNDATOR IIUJUS ECCLESIÆ.
Cet homme de bonne mémoire, qui s’appelait Qdon le Faulconnier et dont les titres à la gloire semblaient se réduire à la fondation d’une église, était ce vaillant capitaine qui défendit si courageusement Paris assiégé par les Normands en 885, et qui contribua plus que personne à sa délivrance, sous les ordres du comte Eudes, alors son générai, depuis son roi. Les soldats de ce temps-là ne le cédaient aux nôtres ni en patriotisme ni en courage, mais ils oubliaient facilement leurs services pour se souvenir seulement qu’ils étaient chrétiens.
Le fameux ministre Suger, qui fut surnommé le père de la yatrie, habitait en ii/Jo auprès de Saint-Merry. La tradition ne nous a conservé aucun autre renseignement sur l’emplacement de sa maison. Il est probable que ce n’était pas un palais.
Le cloître Saint-Merry a été célèbre dans nos dernières guerres c;viles, célébrité funeste, mais touchante, qui rappelle un héroïsme aveugle et malheureux. Puissent les lumières du siècle nous procurer une civilisation morale qui ne compte plus de pareils trophées! C’est contre l’étranger qu’il faut se battre, comme Odon le Faulconnier.
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Cimetière îus Jnnorens.
Cet immense marché qu’arrose la plus élégante de nos fontaines, chef-d’œuvre dû au ciseau de Jean Goujon, était au moyen âge un hideux cimetière, enfermé d’une enceinte de pierre, dont la moitié avait été construite aux frais du maréchal de Boucicaut, et l’autre à ceux du fameux calligraphe, Nicolas Flamel. On retrouve assez souvent de pareils bienfaits dans l’histoire de cet honnête bourgeois de Paris, qui n’était d’ailleurs pas plus sorcier que le reste de ses compatriotes, mais qui employait sa fortune d’une manière plus utile au public.
L’enceinte dont nous parlons formait une galerie voûtée qu’on appela les Charniers et qui était réservée aux morts privilégiés. La foule se pressait alors
sous ces arceaux noirs et humides, et sur ces pavés composés de pierres tumulaires , entre les cabinets des écrivains et les étalages rians des modistes , qui payaient des loyers fort considérables pour ce temps , et qui s’en dédommageaient amplement sur leurs chalans. C’était le Palais-Royal de nos bons aïeux. Il faut avouer que la vogue a eu de singuliers caprices.
Au milieu du cimetière s’élevait un obélisque surmonté d’une lanterne, qui éclairait, pendant toute la nuit, ce vaste champ de mort, et qui animait, seule, son affreuse solitude. On y distinguait tout au plus quelques chiens errans, attirés par les exhalaisons des fosses, ou quelques malfaiteurs qui cherchaient un refuge. C’était un horrible silence dans lequel une oreille attentive pouvait presque entendre le travail assidu des vers du cercueil; mais la nuit écoulée, tout changeait d’aspect. Le jour avait ramené le bruit , le luxe et le plaisir.
En 1785, un arrêt du conseil d’état convertit le cimetière en marché. On en exhuma douze cent mille squelettes qui sont allés servir de matériaux au grand ossuaire des catacombes.
Les Anglais, maîtres de Paris, avaient choisi ce cimetière, en 1 484, pour y donner une fête, en réjouissance de la bataille de Verneuil. On y dansa la danse Macabre, genre de divertissement très convenablement approprié à ce théâtre. Un siècle et demi plus tard, les Anglais y auraient probablement joué Hamlet.
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Celte maison, à une croisée de face, nouvellement rafraîchie par l’art du badigeonneur , présente aujourd’hui un aspect assez gracieux. La fenêtre du second étage est voilée, à l’intérieur, d’un rideau blanc dont l’ajustement ne manque pas de coquetterie , et derrière lequel l’imagination peut rêver les doux loisirs d’un rentier, ou les veillées voluptueuses d’une actrice du boulevard, un asile pour la méditation, un boudoir pour le plaisir.
C’est de cette exécrable croisée que partit, Je 28 juillet 1 835 , la foudre infernale qui tua quinze personnes, qui en mutila quarante, qui mit un terme à la glorieuse carrière d’un maréchal de France et de trois ou quatre officiers- gé n éraux , qui alla tuer le bourgeois soldat au port d’armes, le vieillard dans sa promenade matinale, l’enfant dans les bras, hélas! et jusque dans le sein de sa mère. C’est par cette démonstration folâtre comme l’assassin l’a qualifiée, >que se manifestait la république à venir.
Au milieu des morts et des mourans, quatre têtes s’élevaient encore, les seules que la mort eût épargnées
sur ce champ de carnage, les seules pourtant sur lesquelles l’horrible machine eût été dirigée, les seules dont la chute pût donner au crime une chance assurée de succès , la tète du roi et celles de ses trois fils. Le roi continua la revue au milieu de ses enfans, et rentra ensuite dans son palais pour y veiller au maintien de l’ordre public.
11 y a encore cependant, et c’est ce que la postérité aura plus de peine à croire , des âmes assez endurcies pour mettre en doute l’esprit de conservation qui préside aux sociétés humaines et pour nier la Providence.
Dans le temps déplorable où nous sommes, dans ces jours de cataclysme universel, ou la civilisation menace de s’écrouler partout, dans cette décadence inévitable du monde moral, où un individu peut assumer quelquefois sur son front toute l’autorité d’un principe, la Providence ne manque jamais de sanctifier sa mission par des épreuves miraculeuses: c’est là une des secrètes solennités par lesquelles elle impose aux pouvoirs humains le sceau de sa protection qui est l’unique garantie de leur durée.
Un peuple religieux, c’est-à-dire social et moral comme il n’y en a plus, n’aurait pas méconnu ce mystère; il aurait élevé un temple à la place de la maison de Fiéschi, et il aurait écrit sur son fronton :
s’est* ACCOMPLI LE SACRE DE LOUIS-PHILIPPE,