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XVIII. — Conclusion

Restons- en là.

De tout ce que nous avons dit, soit, dans le courant de ce livre, soit dans ce dernier chapitre, doit ressortir un grave, sérieux et viril enseignement. L’histoire se répète, a-t-on écrit souvent dans toutes les langues. Nous le croyons, parce que la nature est toujours la même, et qu’on retrouve dans le cœur de l'homme les mêmes passions qu’on y voyait au commencement des siècles sociaux. Des lettrés curieux, ouvrant par hasard leur Thucydide, ont cru retrouver toute la contemporanéité dans la Guerre du Péloponèsc du merveilleux historien de la Grèce au temps de Périclès. D’autres ont pris dans Aristophane des traits qui conviennent parfaitement aux femmes de la Commune de Paris en 1871. Enfin, sans remonter si haut, quelquesuns plus modestes se sont contentés de nous rappeler l’histoire de la Commune de Munster, en Alsace. Nous ne nions pas tout ce qu’il peut y avoir d’ingénieux dans ces rapprochements. A cet égard nous ne contestons rien. Nous trouvons, pour dire toute notre pensée sans ambages ni réticences, qu’on ne saurait jamais trop bien connaître le passé. Dans cette connaissance même réside toute la haute moralité que nous recherchons. L’ignorance est le grand fléau, le grand ennemi de l’humanité. Quand il sait réellement, l'homme devient meilleur, et plus il sait, plus il s’améliore. Voilà pourquoi on ne doit jamais se lasser de répandre la lumière, et sur un passé séculaire, et sur le passé d’hier. Dans l’un et dans l’autre on peut apprendre comment les passions et les instincts trouvent et trouveront un déversoir approprié à des besoins que nous ne pourrions changer qu’en changeant notre organisme. Ces métamorphoses ne sont ni le but final, ni le but vital des sociétés. Notre ambition doit se borner à régulariser ce qu’a fait la nature. Qu’on interroge la sagesse antique, et elle vous répond : Ne fais point aux autres ce que tu ne voudrais pas qui te lût fait. Qu’on interroge la sagesse chrétienne, et elle vous répond: Fais à ton voisin ce que tu voudrais que ton voisin te fît. L’un des ternies complète l’autre et lui donne sa véritable virtualité active. Tout est là. C’est le commencement et la fin, et il ne reste plus qu’à tirer les déductions. Chacun est libre et maître de le faire à sa guise, et nous nous garderons bien de jamais soulever la moindre controverse à cet égard. Nous respectons la liberté intellectuelle et morale de tous et de chacun, parce que nous voulons que notre propre liberté soit respectée.

Quant à nous, après toutes les épreuves que nous avons endurées, après toutes les folies que nous avons vues se produire et s’épanouir, en haut et en bas, nous le disons avec une conviction profonde: nous n’avons plus la force de maudire un passé malsain qui déjà fuit loin de nous ; c’est vers l’avenir que nous tournons nos regards ; il se prépare et se fait, et dans ce qui a été nous cherchons ce qui sera. Famille et société se tiennent comme les

anneaux d’une chaîne bien soudée. Mais l’une et l’autre ne sont valides qu’autant que des intérêts égoïstes et prévaricateurs ne viennent pas sans cesse se mettre en antagonisme sur le môme sol. Voilà pourquoi au-dessus de toutes les contestations doit toujours planer l’image vénérée de la mère commune : la patrie. Quand nous aimerons réellement d’un amour sincère et fort cette terre natale que regrette toujours l’exilé et que nul

n’emporte à la semelle de ses souliers, selon la pittoresque expression de Danton, nous nous aimerons, nous nous respecterons les uns les autres dans l’expansion toujours légitime de nos facultés natives, et nous ne reverrons plus les horreurs qui ont épouvanté le monde avec la Commune de Paris en 1871. Soyons hommes, soyons citoyens, soyons patriotes: tout se tient.

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