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seront, recalés de manière à rendre uniforme le passage entre le boulevard Saint-Michel et ravenue d’Orléans. Tout le quartier attend ces réformes avec impatience. Chacun y gagnera.
Nous passons dans l’avenue des Gobelins, et nous trouvons que la manufacture est restée clans le même état de dévastation qu’au lendemain de la Commune. 11 n’y a toujours qu’une entrée provisoire, et nul ne peut fixer une date précise à un changement que tout le monde désire, les ouvriers, les gens du quartier et les étrangers.
Dans la vallée de la Bièvre, aussi bien dans Paris que hors de Paris, il est inutile de chercher les arbres qui l’ombrageaient et lui donnaient autrefois des aspecls si pittoresques, bien connus de tous les grands artistes. Il a fallu alimenter les foyers du XIXe arrondissement, et chauffer les bastions du 9e secteur pendant le siège. Les arbres do la Bièvre ne sont plus que des cendres depuis longtemps jetées au vent.
Nous trouvons, en faisant un détour, des ouvriers au Panthéon, ün a depuis longtemps refait l’escalier du portique. On a pansé les nouvelles blessures faites à la colonnade en 1871, comme on avait pansé celles qui avaient été faites en 1848. Mais quelques obus prussiens ont traversé le dôme, et les réparations nécessitent un travail plus long et plus difficile. Il y a, dans l’automne de 1872, autour de la coupole, un échafaudage d’une élégance et d’une légèreté merveilleuses; c’est un véritable ouvrage d’art. Les escaliers aériens conduisent à des planchers dont le dernier est de niveau avec le sommet de la lanterne. Il s’agit de remplacer, en partie, le plomb de la couverture, et de poser une croix de fer au sommet de l’édifice. On a cru d’abord qu’à cela pourraient se borner les réparations. Il n’en est rien. A mesure qu’on découvre la maçonnerie du dôme, on s’aperçoit que bien des pierres ont été ébranlées et disjointes, et on les remplace par des pierres neuves admirablement cimentées. L'échafaudage, qui occupe le quart de la circonférence de la coupole, n'est par aucune de ses pièces scellé au monument. Tous les madriers sont indépendants, et sont transportés au fur et à mesure de l’achèvement d’une partie vers celle qui doit devenir a son tour l’objet de restaurations. Après quatre déplacements successifs de ces pièces, le dôme entier se trouvera achevé. Un habile ingénieur anglais, qui visitait curieusement cet échafaudage, a dit qu’il retrouvait là l’esprit et l’ingéniosité qui sont l’essence du caractère français. Le mot est juste. Il vaut certainement la peine qu’on ne le laisse pas tomber.
Disons encore que le chemin de fer de l’Ouest n’a pas été plus expéditif dans ses réparations que le chemin de ceinture ; la gare montre toujours béantes les blessures faites à sa façade. Hâtons nous donc, dans ces grandes enjambées, de repasser sur la rive droite de la Seine, où nous sommes loin d’avoir terminé notre lamentable revue. 11 nous reste même le plus gros.
La colonne de Juillet, longtemps bigarrée de plaques de cuivre auxquelles on n’avait pas encore donné la patine du vieux bronze, présente aujourd’hui l’aspect qu’elle avait autrefois. Il ne reste cà refaire que le piédestal en marbre. Gela demandera encore un peu de temps. Mais on prend facilement patience quand on voit les ouvriers à l’œuvre. La gare de Lyon est telle qu’elle était avant les événements. L’angle de la rue Saint- Antoine et du boulevard Beaumarchais est rempli par des constructions neuves. On a profité de la circonstance pour donner une autre physionomie à ce coin de la place de la Bastille.
Si, sans nous arrêter à l’arsenal, nous descendons rapidement les grands boulevards, nous trouvons encore bien des ruines autour de la place et dans le voisinage de la caserne du Château-d’Eau. Il ne faut pas, pour rencontrer des maisons en complète déroute, aller bien avant dans l’avenue des Amandiers et sur l’ancien boulevard du Prince- Eugène. Le théâtre, qu’on voyait autrefois sur ce dernier point, a complètement disparu. A sa place on a construit uné maison d’habitation et les boutiques sont louées. En revanche, le théâtre de la Porte Saint-Martin se hâte de sortir de ses ruines.
Mais il est moins avancé cependant que le théâtre de la Renaissance, qui s’établit côte à côte et prend la place du restaurant Deffieux. Tout porte à croire que tous les deux, à quelques semaines de distance, ouvriront leurs portes au public dans le courant de l’année 1873. On n’aura pas perdu de temps, et cette portion du boulevard retrouvera l’animation qu’elle avait autrefois.
L’arc triomphal de la Porte Saint-Denis est aujourd’hui complètement restauré. On travaille à ta Madeleine et les travaux de l’église de la Trinité touchent à leur fin. Du reste, il est bon de le reconnaître, puisque nous en est offerte naturellement i’occasion, les édifices religieux ont été les plus prompts à relever leurs ruines et à rentrer dans leur ancienne splendeur.
La rue Royale ne montre plus rien du spectacle affreux qu’elle offrait aux regards, après la bataille, dans les derniers jours de mai 1871. Elle a relevé ses maisons, et naturellement elle a mis à prolit des espaces que les constructions anciennes consacraient à des terrasses improductives. Ailleurs encore, et principalement rue de Rivoli, avenue Victoria, rue Saint-Martin, les particuliers ont tenu à honneur de relever promptement les ruines de leurs maisons. Mais que de vides accusateurs dans la rue du Bac, dans la rue Vavin, à la Groix-Ilouge ! Dans la rue de Lille, on s’est contenté d’enlever les décombres, de déblayer et de nettoyer le terrain et de l’entourer de planches. Toute une vaste portion du côté gauche de cette rue n’est qu’un désert, et rien ne fait prévoir le moment où cessera cette triste situation. On se retrouve là comme devant la place nette de l’ancien ministère des Finances. On y pense d’autant plus qu’on travaille avec activité a la Laisse des dépôts et consignations, qui fait face à ces vastes terrains dénudés. Les ouvriers en ont encore au moins pour une campagne, et ils ont mené rondement la besogne. On voudrait pouvoir en dire autant pour le palais du Conseil d’Etat et de la Cour des comptes. Mais la vérité s’impose à nous. La restauration n’est même pas commencée et l’herbe pousse sur les ruines. La nature seule n’oublie jamais la marche du temps.
Une remarque a été faite, et nous ne pouvons la passer sous silence sans manquer à l’impartialité : dans le faubourg Saint-Germain les ruines privées se relèvent beaucoup plus lentement que dans tous les autres quartiers de la ville. Cela tient à plusieurs causes au milieu desquelles il est bon de ne pas s’égarer et surtout de ne pas laisser s’accréditer des malveillances. C’est pourquoi nous n’avons pas hésité à nous livrer à certaines investigations qui ne sauraient être dépourvues d’utilité.
Plus que partout ailleurs dans Paris, on trouve, au milieu de belles et aristocratiques résidences, des terrains spacieux que leurs propriétaires trouvaient difficilement a exploiter cl’une façon fructueuse en suivant le courant moderne du commerce et de l’industrie. 11 y avait à cela des obstacles de toute sorte. Le principal était souvent dans les constructions anciennes qui recouvraient le sol et étaient fort loin de se prêter commodément aux usages nouveaux auxquels on aurait voulu les approprier. Les ravageurs de la Commune ont rendu nécessaire le passage des démolisseurs. Maintenant les terrains sont nus et les propriélaiies attendent que le commerce et l’industrie s’en emparent, Sauf sur quelques rares points isolés, on ne songe même pas a élever ce qu’on appelle vulgairement des uraisons de rapport à la place des maisons détruites. Un attend parce qu'on croit toujours qu’on peut leur donner une autre et meilleure destination, qui transformerait tout le quartier et lui donnerait un peu de cette animation et de cette vitalité qui surabonde ailleurs dans co monde qui est Paris. Un ne peut nier ni contester sérieusement qu’il se tiouve une grande proportion de vérité dans ce calcul et dans ce raisonnement. Un en jugera beaucoup mieux dès que la sécurité sera rentrée dans tous les esprits et que les affaires auront repris leur cours normal. Jusque-là, il faut se borner à constater les faits. Mais du moins le faisons-nous sans omettre
aucun détail. Il faut tout dire, ou ne pas se mêler d’écrire l’histoire et surtout l’histoire contemporaine.
Le palais de la Légion d’honneur a été plus favorisé, comme nous avons déjà eu l’occasion de le remarquer. Grâce aux souscriptions fomentées par le général Vinoy, grand chancelier de l’ordre, le palais a été rebâti sur l’ancién plan, entièrement, sans modifications, et il est actuellement à peu près terminé, du moins pour tout ce qui regarde l’extérieur. Un n’a pas touché au Palais-Bourbon. On s’est contenté seulement de remettre bien des choses en place, et de restituer une foule d’objets plus ou moins précieux, mais évidemment volés et que Bergeret dans sa fuite avait abandonnés. On s’occupera probablement de ce palais uniquement lorsque l’Assemblée nationale aura consenti à rendre à Paris toutes ses prérogatives de capitale, et viendra de nouveau porter dans ses murs le siège de ses séances orageuses.
Puisque nous y pensons, disons tout de suite que le Théâtre-Lyrique, qui n’a encore reçu que quelques réparations extérieures fort insignifiantes, est menacé de rester fort longtemps à l’état de ruine; car il lui faut attendre le bon vouloir d’assemblées délibérantes, et ce n’est pas toujours au sort de l’art et aux infortunes des artistes qu’elles s’intéressent le plus vivement.
Quant au Palais-Royal, la restauration, au contraire, ne manque pas d’activité, et l’on peut prévoir et calculer le jour où les ouvriers le quitteront. La maison de M. Thiers n’est plus la ruine déplorable que nous avons vue trop longtemps, ün a eu quelque peine à comprendre, après le vote de l’Assemblée nationale, pourquoi le Président de la Républiquea, pendant plusd’une année, laissé sa maison dans l'état où l’avait mise la pioche des démolisseurs de la Commune. Nous n’avons pas à scruter ce mystère. Nous constatons ■Seulement qu’un hôtel neuf s’élève et grandit à vue d’œil au milieu des ombrages de la place Saint-Georges. Au printemps de 1873, tout sera complètement refait et restauré.
Si maintenant nous voulons nous occuper uniquement des objets d’art, nous trouvons que les statues blessées, aussi bien celle du maréchal Moncey sur la place Glichy que celle du jeune Faune dansant dans le jardin du Luxembourg, ont été guéries un peu grossièrement peut-être. Sur la place de la Goncorde, la statue de Lille coupée en deux vient d’être achevée d’après l’ancien modèle de Pradier. Il reste le bronze consacré à Voltaire devant la mairie du XIe arrondissement. Un n’a pas encore soigné les éraflures de balles qui ont endommagé le fauteuil. Il y a là une négligence qu'on ne peut tarder à réparer, même quand il serait vçai que cetle statue, trop haut perchée sur son piédestal, ne se trouve que provisoirement à la place qu’elle occupe depuis le mois de septembre 187 1 . Le provisoire en France, trop d’exemples le prouvent péremptoirement et victorieusement, dure souvent beaucoup plus que le définitif. Donc, qu’on restaure le A'oltaire au plus vite. Quant à la colonne de la place Vendôme, il ne s’agit pas là d’une simple réparation. C’est tout un monument qu’il faut relever, et avec pompe. Un peut donc attendre encore un peu pour savoir quelle statue la couronnera définitivement.
Gomme on le voit, nous sommes loin encore de pouvoir présenter aux étrangers autre chose qu’une ville en partie détruite et se relevant lentement. Le tableau que nous venons de rapidement esquisser doit suffire pour qu’on connaisse l’état des ruines de Paris à la fin de l’année 1872.
Mais ce n’est encore là qu’une partie du tableau, et il faut se rendre dans les campagnes qui nous entouraient autrefois d’une ceinture d’élégantes villas, si l’on veut parfaitement sentir toute la portée des dégâts qui nous restent à faire disparaître. Ici les ravages des deux guerres se confondent, et presque toujours la guerre civile n’a fait que mettre la dernière main à l’œuvre de la guerre étrangère. Sur la Seine, le pont de Neuilly n’a reçu que peu d’atteintes. L’arche écroulée du pont de Samt-Gloud a été refaite. Mais ailleurs, en bien des endroits, on ne peut passer le fleuve que sur des ponts de
bateaux provisoires, comme à Suresnes, et souvent même on ne peut pas le passer du tout, à moins de le remonter ou de le descendre. Tel est le cas à l’ile de la Grande-Jatte, qui communique bien avec Neuilly par un pont de bois, mais ne communique plus sur l’autre rive avec Courbevoie. Le pont en fer sur le grand bras est cependant commencé, et l’île est en ce moment encombrée des débris de l’ancien pont et des matériaux nécessaires au nouveau. Asnières n’a pas repris entièrement son ancienne physionomie. Il y a des toits neufs, mais aussi bien des brèches encore et toujours p;is de gare. Le pont de ëaint-Ouen sera sans doute achevé avant peu. On voit les arches de fer déjà jetées sur les trois branches de la rivière. Ajoutons que, pour tous ces ponts, les récents débordements de la Seine et les inondations ont encore apporté des obstacles auxquels on s’attendait pas. Il a fallu y parer à l’improviste.
On ne peut se défendre d’un sentiment de tristesse profonde quand on entre au bois de Boulogne. Le mieux est de ne plus l’aborder par les grandes et monumentales avenues qu’encombrait autrefois la foule élégante. Qu’on aille droit au Jardin d’acclimatation qui, de bonne heure, a rouvert ses portes au public. Là il ne reste plus à terminer que les bâtiments de l’administration. L’aquarium, les serres et les logements d'animaux sont réparés et repeuplés. On peut môme dire qu’il a fortement accru le nombre et la qualité de ses pensionnaires. On a retrouvé bien vite le chemin de cet établissement à la fois si utile et si charmant. Les enfants surtout abondent, et ils sont heureux d’y expérimenter à peu de frais les moyens de transport les plus inusités. Les éléphants, les chameaux, l’autruche, les poneys et les petits bœufs ont une clientèle assurée dans ce monde enfantin dont les caprices et la témérité toujours gracieuse ne connaissent pas d’obstacles.
Quant aux autres parties du bois, nous voudrions n’en pas parler. Elles conserveront longtemps la trace des mutilations savantes et inutiles que leur a infligées le général Trochu. Privées de leurs arbres, elles offrent sur une large zone l’image de la désolation. Et maintenant on replante. Riais il faut des années pour que les jeunes baliveaux donnent de l’ombrage. Ce qu’on a fait pour l’avenue qui portait autrefois le nom de l’Impératrice ne peut pas se faire pour le bois de Boulogne tout entier. Ün n’improvise pas une forêt comme un square ou un jardin d’agrément à l’ombre d’une habitation de plaisance. La génération qui nous suit et peut-être celle qui vient après, doivent se résigner. Elles ne pourront connaître que par tradition le bois de Boulogne tel que nous l’avons connu. Un quart de siècle ne suffira pas à en refaire la plus belle promenade de l’Europe, comme on disait avec orgueil. Après tant de rudes coups, le temps des folles intempérances de langage devrait être définitivement passé.
De l’autre côté du bois, on voit Suresnes, Puteaux, Courbevoie, qui se sont reconstruits assez vite et ont effacé les traces de tant de ravages. Saint-Cloud y mettra beaucoup plus de temps. Et nous ne parlons môme pas ici du château, dont les ruines risquent fort de n’être jamais relevées. Il est même à souhaiter, avons-nous entendu dire autour de nous, que nous conservions tel qu’il est ce témoignage vivant de la sauvagerie d’une guerre que les progrès de la civilisation internationale étaient loin de faire prévoir. Il en ressortira toujours une grande leçon. Laissons cette opinion pour ce qu’elle vaut.
Nous constatons seulement, au commencement de décembre 1872, qu’une trentaine d’ouvriers sont occupés à déblayer les ruines du château auquel se rattachent tant de souvenirs anciens et nouveaux. Il y a un an, ce travail avait été commencé, et on l’avait subitement interrompu, sans qu’on sache trop pourquoi. Aujourd’hui un immense hangar est mis à la disposition des travailleurs, et ils viennent y déposer tous les débris précieux qu’ils peuvent retirer de ces ruines. Les premières épaves sont des têtes de statues, des fragments de cuivre ciselé, des morceaux de mosaïque, un pied de table sculpté, des moulures détachées, et vingt
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autres choses de ce genre. Sur toutes, on voit les traces du feu et de la calcination. On doute fort que ces fouilles parviennent à remettre en lumière quelque chef-d’œuvre épargné par les flammes. Mais on ne s’en montre pas moins actif. Gomme contraste, on remarque que les jardins qui entouraient le château ont repris vigueur. Les gazons des pelouses sont plus beaux et plus florissants que jamais. Les arbres verts s épanouissent. On voudrait s’arrêter longtemps à regarder les spectacles qu’offre la nature dans son immortelle vitalité. Mais on ne le peut pas. Les ruines attirent et l’on se porte toujours vers elles.
Après celles du château, celles de la ville. On sait que, sur les 025 maisons qui la composaient, 000 ont été brûlées par le pétrole prussien. Le dommage, dit te Journal des Débats , peut être évalué à 10 millions 580000 francs. Dans l’estimation qui en a été faite tout d’abord, on n’a porté ce chiffre qu’à 10 millions 80000 francs. Ce qui s’est traduit par une allocation de 1 million 412325 fr. seulement, qui a été distribuée aux habitants les plus nécessiteux. Ce n’est point avec de si minimes ressources que les propriétaires peuvent songer à rebâtir leurs immeubles. Il leur est également difficile d’emprunter, puisque leur gage est détruit. C’est donc, et pour longtemps, le statu quo dans un état de choses désolant. On voit bien çâ et là quelques maisons de plaisance qui appartiennent à des gens riches. Ce sont les seules qui ont été réparées. Les simples maisons d’habitation ne le sont pas. Une partie de la population pauvre est toujours logée dans les baraquements militaires du parc, que du reste ces constructions provisoires ne contribuent pas à embellir.
Les propriétés privées en général nous attirent beaucoup plus que les palais. Au milieu des tristesses de ï3aint-Cloud, nous retrouvons toute notre mélancolie des premiers jours. Nous pouvons à peine suivre de l’œil la main qui nous fait remarquer un nouveau motif décoratif fort pittoresque : un obus éclatant au milieu du fronton d’une villa et le sillonnant de rayons semblables à ceux de la foudre de Jupiter. L’impression est la même à Montretout, et sur toute la colline. Partout où ont passé les Prussiens, ravages et dégâts. A eux la plus large part dans tout ceci.
Si nous allons vers le village de Boulogne, nous retrouverons les souvenirs sinistres de la défense, telle que la comprenait le général Trochu. Ils sont mêlés et confondus avec ceux de la Commune. La patience la plus éprouvée ne parviendrait pas à les débrouiller. Quelques ruines sont relevées dans la portion du pays qui est particulièrement affectée à des blanchisseries. Mais au Parc-aux- Princes on ne retrouve plus rien de cette vie élégante qui avait fait éclore un village aux portes de Paris, à la lisière et sur une échancrure du bois, par un caprice de la mode.
On ne se retirait point là pour avoir sur le pas de sa porte les agitations de la grande ville. On y cherchait le calme et le repos de la campagne. Tout a fui au bruit du canon. Les plus riches habitations ont été abandonnées d’abord, et puis détruites. Où sont les propriétaires qui reviendront donner la vie à ce parc, une simple écornure du bois de Boulogne? Qui le sait?... Plusieurs sont revenus, et, trouvant la maison par terre, sont repartis sans regarder derrière eux.
Sur l’autre rive du fleuve, Issy, Clamart, Eontenay-aux-Roses, Châtillon se relèvent lentement. Sur le plateau où tant de combats ont été livrés, une seule des maisons détruites est redevenue habitable. On travaille à l’église de Châtillon et à celle de Bagneux. L’église de lTIay a été restaurée une des premières. Mais tous ces villages, comme le fait remarquer un Mémoire publié par le préfet de la Seine, se dépeuplent d’une manière sensible. Ils n’étaient point industriels; ils étaient principalement habités par des propriétaires de petites maisons de campagne, qui les ont abandonnées pendant la guerre étrangère, et qui les ont retrouvées dans un état de dévastation tel, qu’on comprend sans peine leur hésitation à revenir les habiter. Il faudra bien des années de calme, nous n’osons dire de prospérité, avant que l’impression
produite par la guerre sur cette partie de la banlieue de Paris soit tout â fait dissipée.
Nous pourrons tenir un langage analogue en quittant définitivement ces parages et portant nos pas sur le nord-est. Ici nous rencontrons la Marne, dont la boucle est célèbre parmi les populations parisiennes. Sur les bords de la rivière, la même cause a produit les mômes effets. Les beaux arbres des îles qui avoisinent Nogent ont été coupés en grand nombre et enlèvent aux habitations qu’ils ombrageaient ce qui en faisait le charme. Aujourd’hui ces îles sont désertes, et les canotiers n’ont pas encore repris l’habitude d’aller faire joyeusement le tour de Marne. Le grand viaduc de Nogent avait été coupé aux deux extrémités; iln’estréparé que d’une façon provisoire. A Ghampigny les bor ds de la rivière n’ont rien perdu de leur grâce charmante. On y trouve toujours ce qui peut plaire aux amis du pittoresque. Mais un pont de bateaux remplace le pont de fer. Cependant depuis quelques jours le tablier a été amené sur la route, et il ne tardera pas à être placé. Dans le village même, les maisons portent encore les traces du combat terrible qui fut engagé sur le plateau au commencement de novembre 1870. Sur quelques-unes on peut lire des inscriptions en allemand. Au milieu des amertumes dont on s’abreuve en faisant cette pénible nomenclature, il serait difficile de dire le sentiment qu’on éprouve devant ces caractères gothiques. Il y a une sorte de joie lugubre à trouver d’autres ravageurs que ceux de la Commune.