XXV. — Révolution intérieure
Cependant les perquisitions, les visites domiciliaires, les réquisitions continuaient toujours. S’il nous fallait tout nommer, nous n’en finirions pas; et d’autant moins qu’il est impossible de trouver aucune règle, aucune loi dans ces actes de violence. C’est au hasard que la brutalité s’exerce: elle n’écoute que le caprice ou des désirs de vengeance. Nous ne pouvons toutefois pas omettre la descente que firent, le 21 avril, des gardes fédérés chez M. Paul de Richeinont et chez M. de Mcntque. Tous les deux habitaient, dans la rue d’Amsterdam, deux maisons contiguës. Le premier avait une grande notoriété parisienne, comme administrateur de chemins de fer; le second avait longtemps été préfet de la Gironde, et il avait même laissé dans ce département plus d’un souvenir; tous les deux enfin figuraient parmi les anciens sénateurs de l'Empire. A ce dernier titre, on aurait rigoureusement compris qu'ils pussent être l’objet de certaines vexations dans un moment d’effervescence populaire; mais alors pourquoi s’adresser précisément àdeux des plus obscurs membres de ce Sénat oîi ne manquaient pas les grandes notabililés, et n’en pas frapper tant d’autres qui s’étaient fait remarquer par leur attachement aux institutions de l’Empire, par leur zèle et leur ardeur à défendre et à soutenir tous les actes de la politique impériale? Véritablement, l’esprit s’y peicl, et plus on avance dans cette lugubre nomenclature, plus on voit qu’il faut renoncer à trouver la cause et la raison des faits.
Le même jour, sur un autre point de Paris, à l’extrémité du faubourg Poissonnière, les gardes nationaux du 208° bataillon envahissent les bâtiments dans lesquels sont établies l’administration et l'exploitation centrale de la Compagnie parisienne du gaz. En un tour de main, ces hommes armés sont maîtres des bureaux et de la caisse, et cela d’autant plus facilement qu’on ne fait même pas mine de résister. Le vol accompagne la violence. On s’empare de 183,247 fr. 33 c. Ce ne fut pas un pillage ; on dressa un grossier procès-verbal ; on donna même une décharge aux employés comptables. C’était le cynisme de la spoliation. Tout cela se passait au grand soleil, sans mystère aucun. Les gens qui conduisaient de semblables expéditions avaient toujours un mandat délivré par une autorité quelconque et revêtu de cachets devant lesquels s’inclinaient les gardes nationaux avec une obéissance vraiment exemplaire.
La Compagnie parisienne du gaz ne pouvait supporter sans mot dire une pareille saignée. Elle fit entendre ses réclamations au Conseil communal. Elles y furent écoutées; bien plus, elles soulevèrent d’énergiques protestations contre ces actes de banditisme parmi quelques-uns de ceux qui s'honoraient de porter 1’écharpe municipale. Un homme de lettres que nous sommes heureux de rencontrer dans cette circonstance, Arthur Arnould, se fit remarquer par la violence de son indignation. <• Avec de semblables agissements, dit-il avec véhémence, on ne verra bientôt pins dans les adhérents de la Commune que des voleurs. » Cette apostrophe, jetée à la face de tous, sans réticence ni euphémisme, entraîna la délibération. Personne n’osa se lever pour défendre, ni dans sa forme, ni dans ses résultats, l’acte du 208“ bataillon. L’argent fut intégralement restitué à la Compagnie du gaz.
11 était d’autant plus nécessaire d’agir ainsi que, le 20 avril, c’est-à-dire la veille du jour où ces faits se produisaient, la Commune avait subi une petite révolution intérieure. « Le jacobin Delescluze, dit M. Edouard Moriac, trouvant que l’autorité communale se noie dans les commissions, sous-commissions, délégations, etc., etc., qu’elle a nommées, propose de confier le pouvoir exécutif aux délégués réunis des neuf commissions, lesquels