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XXXIII. — Tragi comédie de PlOssel

La Commune ne fait plus guère parler d’elle. Depuis qu’elle a institué un Comité de Salut public, elle semble se reposer sur lui du soin de mener à bien toutes les affaires. En y regardant de près néanmoins, on s’aperçoit qu’elle ne laisse échapper aucune occasion de sortir des attributions municipales qu’elle s’est exclusivement réservées. Elle s’occupe des bibliothèques, du Muséum d’histoire naturelle, des grandes collections nationales. Elle parle beaucoup de l’enseignement du peuple. Mais elle oublie de faire les fonds pour payer les modiques appointements qu’elle alloue aux instituteurs. .Ceux-ci se plaignent vivement, surtout ceux qui n’ont que cette maigre rétribution pour vivre. Ils ont raison. Quand on trouve des sommes relativement fabuleuses pour solder et équiper la garde nationale et entretenir de brillants et nombreux étals-majors, on ne doit pas oublier les éducateurs de l’enfance.

Cet oubli était d’autant moins excusable que nous trouvons, à la date du 4 mai, un décret de la Commune qui porte qu’un registre sera ouvert dans les mairies de chaque arrondissement, et qui indique que ce registre aura pour but l’inscription des noms de tous les citoyens qui se seront distingués en combattant pour la défense de la République et des libertés communales. Nous n’aurions pas relevé ce fait des distinctions honorifiques sous la Commune s’il n’avait été apporté à la tribune de l’Assemblée nationale d’une manière singulière et inexacte par le général Trochu pendant la discussion de la loi sur la réorganisation de l’armée. Il est certain qu’on voulut récompenser certains actes qui paraissaient exceptionnellement méritoires. Quelques armes d’honneur furent même données par certains chefs de corps, notamment par Cluseret, et même par l’austère Charles Delescluze. Mais de là à la création d’un ordre de chevalerie démocratique et communaliste, il y a loin, et les fameux registres d’honneur ne s’ouvrirent jamais.

Le colonel Ilossel cependant n’est pas plus heureux que ses devanciers. IL multiplie les efforts; il redouble de surveillance; il déploie une activité et une énergie qui mettent sur les dents tout le ministère de la guerre, et néanmoins il n’arrive pas. La journée du 4 mai est bien près de lui devenir fatale. Les bulletins publiés par l’état-major ne portent rien d’extraordinaire. On est même blasé sur ces formules qui se répètent tous les jours avec une ennuyeuse uniformité. Le feu a été très-vif du côté d’Asnières, l’ennemiaété repoussé. A Nêuilly, c’est toujours un combat d’artillerie, et les fédérés font des progrès sensibles. Vanves et Issy sont bombardés. On se bat à Bicêtre, à Montrouge, à Bagneux ; les troupes de Versailles reculent. La monotonie est complète. On dirait que les mêmes ofliciers, rédacteurs de dépêches, restent en permanence dans tous les états-majors. Du fait important de la journée, pas un mot. La dissimulation est la seule règle disciplinaire que l’on observe. Que Paris apprenne dans vingt -quatre heures ce qui s’est passé au Moulin-Saquet, peu importe; l’essentiel est qu’il ne l’apprenne pas tout de suite.

C’est un échec en effet, et même un échec grave. Qu’il règne encore quelque obscurité sur la manière dont les troupes de Versailles ont occupé cette forte position, il n’est pas moins certain que les soldats du général Lacretelle sont entrés dans la redoute, qu’ils ont fait de nombreux prisonniers, qu’ils ont enlevé des canons et encloué ceux qu'ils ne pouvaient emmener. La conquête prenait surtout de l’importance par l'effet moral qu’elle devait produire. Car, matériellement, il était impossible à l’armée régulière de la conserver. Comme poste avancé, cette redoute était formidable contre un ennemi qui voulait s’avancer sur le plateau de Vitry. Mais elle n’était pas tenable sous le feu des forts qui formaient sa seconde ligue. C’est pourquoi elle fut volontairement

abandonnée par les troupes de Versailles, qui ne l’occupèrent que le temps nécessaire pour bien faire constater leur présence. Le 133° bataillon des fédérés y rentra sans coup férir, et l’on prit dans les arsenaux de la Commune de quoi réparer les pertes matérielles qui avaient été faites.

Rossel comprit sur-le-champ le parti considérable que pouvaient tirer ses ennemis et ses envieux d’un événement où la plus imprudente des négligences avait joué le principal rôle. Il était facile de faire retomber sur lui toute la responsabilité. Mais ce qui lui paraissait le plus odieux, le plus insupportable, c’était de se voir, de se sentir en butte à des soupçons qui ne se produiraient pas ouvertement. Avec son audace ordinaire, il n’hésila pas à prendre les devants. Dans les détails de son administration, il avait trouvé un prétexte suffisant pour affronter la Commune. C’était plus qu’il ne lui en fallait.

Disons d’abord qu’en héritant du fauteuil et du cabinet de Cluseret, il avait également hérité de tous les embarras de la plus vicieuse des organisations administratives. Le Comité central n'avait jamais quitté le ministère de la guerre, et il prétendait n’en être pas expulsé. Bien plus il ne voulait pas être uniquement dans les mains du nouveau délégué un instrument que le moindre choc briserait. De là, des démarches, des interventions, à la suite desquelles Rossel écrivit à tous les chefs de corps une lettre où on lisait : « D’accord avec le Comité de Salut public, j’ai admis en principe, et je vais immédiatement mettre en pratique, le concours complet du Comité central de la fédération de la garde nationale, pour tous les services administratifs et pour la plus grande partie des services d’organisation dépcndant de la délégation de la guerre... » Cette lettre avait été écrite le 4 mai, quelques heures avant l’affaire du Moulin- Saquet. Elle allait devenir une arme puissante entre les mains de Rossel , qui pouvait en même temps montrer du mèmejour des ordres militaires donnés directement à des généraux et à des colonels par le Comité de Salut public. Cette tactique, d’une habileté très-réelle, déplaçait sur-le-champ les responsabilités. Rossel dégageait la sienne, déjouait les soupçons nés ou sur le point de naître, et, pièces en mains, montrait qu’il préparait un nouveau terrain d’opérations.

La Commune était en séance quand le délégué à la guerre vint frapper à la porte de l’IIôtel-de- Yiile. On se rappelle sans doute que, depuis l’élection du Comité de Salut public, la Commune ne tenait presque plus ses séances qu’en comité secret. Toutefois, Rossel fut admis sur-le-champ, et l’on suspendit la délibération commencée pour entendre ses explications. Il y avait une chose bonne avec la Commune. Les hommes qui la composaient étaient trop ardents pour garder facilement ce qu’ils avaient sur le cœur. Ils parlaient crûment, durement, et en face. Rossel enlendit là des sévérités dites sans ménagement. Mais il n’élait pas homme à se laisser démonter quand il avait pris son parti. Il était venu chercher l’orage; il le trouvait; au fond il était satisfait.

Cependant il sortit froissé et meurtri de cette séance. Il avait écarté les soupçons, il restait à son poste; mais il ne pouvait compter sur un concours efficace dans le conseil communal. Il cherchait des hommes d’intelligence énergique, il ne rencontrait que des hommes passionnés. On ne gouverne pas, on n’organise pasavecla passion; on opprime. Dès le lendemain, Rossel se mettait en quête d’un autre point d’appui, soit auprès des délégations, soit même auprès du Comité central, qui était aussi maître que lui au ministère de la guerre. Partout il s’aperçut qu’il était ou trop tôt ou trop tard.

La question majeure cl capitale était toujours la même, toujours celle qui avait successivement fait culbuter Bergeret lui-même et Cluseret, la question du commandement. A qui devait-il appartenir?... La question ne se posait même pas ainsi, ce qui aurait pu, jusqu’à un certain point, justifier des antagonismes ambitieux. Le problème était posé beaucoup plus radicalement. 11 s’agissait desavoir s’il y aurait unité ou pluralité. Quiconque avait quelque notion de ce qu’est et doit être une orga¬

nisation militaire tenait pour l’unité, sauf à en faire un usage purement personnel. Les agents de révolutions continuelles tenaient au contraire pour la pluralité, qui leur offrait de plus diverseset plus solides garanties. Rossel voulait être un chef de guerre sérieux, ayant la libre disposition des troupes et pouvant mettre à leur tête des hommes investis de sa confiance. Cela n’entrait pas du tout dans les convenances des commandants de légion. Investis de leur grade par l’élection, ils n’entendaient pas le moins du monde qu’il fût amoindri. Dès qu’ils se sentirent menacés, ils se groupèrent avec plus rl’énergie que jamais autour du Comité central dont tous ou presque tous faisaient partie. Celui-ci ne demandait pas mieux que d’êlre appelé à défendre les droits et les prérogatives de ses fidèles adhérents, et aux conciliabules des délégations répondirent des conciliabules qui rappelaient les prodromes du 18 mars.

Le confiit ne pouvait pas être long à venir. Il éclata le 5 mai, à propos du colonel Wetzel, qui avait remplacé le capitaine Dumont dans le commandementdu fort d’Issy. Il était dans la destinée de cette forteresse d’êlre mêlée à toutes les péripéties de ces luttes intestines. A quelque point de vue que l’on se place, le colonel Wetzel était loin d etre un homme estimable. Il avait un pied dans tous les camps. On a même été jusqu’à dire qu’il ne dédaignait pas les relations avec les Allemands, et que souvent on avait vu pénétrer dans son domicile sournoisement, le soir, des jeunes gens de tournure et d’accent germaniques.

Rossel détestait cet homme d’instinct, et l’on sait avec certitude aujourd’hui que Wetzel le lui rendait cordialement. Par contre, ce dernier avait des amitiés très-vives à la Commune, au Comité central et au Comité de Salut public. C’est ce qui explique comment lui avait été confiée la mission difficile et périlleuse de tenir bon dans les ruines du fort d’Issy. On lui donnait ainsi une occasion superbe de faire ce qui convenait le mieux à son tempérament, troubler les eaux, comme dit le vulgaire, afin d’y barboter à son aise, ses intérêts . personnels devant toujours y trouver leur compte. Wetzel n’y manqua point.

A peine nanti de son commandement, et sans regarder qu’il est le premier sur le passage d’un ennemi de plus en plus menaçant et entreprenant, Wetzel fait acte d'indépendance cà l’endroit du délégué de la guerre. Sous prétexte que le poste d’Issy a besoin de secours et de renforts, il s’adresse directement à l’Hôtel de Ville et demande qu’on lui envoie des hommes qui ont été débarqués de la lloltille etqui viennent d’être organisés en compagnies de fusiliers-marins. Jamais l’autorité de Rossel n’avait été méconnue et bravée aussi ouvertement. La colère fut froide, mais violente. Par un ordre sévère, mais sans phrases inutiles, une destitution frappa Wetzel, qui, arrivé à ses fins, n’en tint aucun compte, et resta dans les parages d’Issy pour laisser passer l’orage qu’il avait déchaîné. H y était encore trois jours après; il y fut tué par une balle de hasard. Nous le disons ici pour n'avoir pas à y revenir. Les gros événements se précipitent et nous ne nous détournerions pas.

Le fait de Wetzel était d’aulant plus singulier, que Rossel venait enfin d’obtenir du Comité de • Salut public et de la Commune, l’organisation militaire qu’il désirait depuis longtemps. On distinguait la direction des opérations qui exigeait un soldat, et l’administration qui était abandonnée aux convoitises du Comité central. Pour le seconder ultérieurement, le délégué à la guerre conservait les généraux Dombrowski, Wroblewski, La Cécilia, Eudes et Bergeret qui était rentré en faveur. 11 assignait à chacun son poste de combat et son quartier général. Il se disposait même à prendre l’initiative de certaines mesures propres à maintenir e't à sauvegarder la situation, lorsque cet acte d’insubordination contrecarra tous ses plans.

Rossel était trop intelligent pour ne pas voir tout de suite d’où partait le coup. Il n’y avait pas un moment à perdre, au milieu de tant de dangers imminents, si l’on ne voulait pas périr de la façon la plus misérable. Un homme de résolution n’iiésite jamais. Rossel précipita le dénoiiment.

HISTOIRE DE LA COMME NE

II avait sous la main les membres du Comité central qui expédiaient les ordres et convoquaient les bataillons. Il leur demanda des hommes pour se mettre à leur tète et marcher à l’ennemi. Le Comité central, représenté par Moreau et Boursier, avertit les chefs de légion, qui s’empressèrent d’accourir au ministère de la guerre, comme s’ils n’avaient attendu que cet appel. La partie linale allait se jouer.

Admis sur-le-champ auprès du délégué, ils ne lui donnèrent pas le temps de leur adresser ses demandes et lui présentèrent un ullimalum concerté depuis la veille. Cet ullimalum portait qu’on ne pourrait pas disposer d’un homme sans en avoir référé aux chefs de légion qui se déclaraient inamovibles en vertu de leur élection et jusqu’au moment où l’on pourrait procéder régulièrement à des élections nouvelles. Rendu parla colère plus froid encore que de coutume, Rossel laissa détailler ces conditions , déclara qu’il les acceptait, et termina en demandant tous les hommes dont on pouvait disposer pour un service urgent, ün délibéra, on parlementa. Personne ne voulait rien céder de ce que l'on considérait comme des prérogatives. En fin de compte . il fut convenu que le lendemain 12 000 hommes équipés et prêts à marcher au combat seraient réunis sur la place de la Concorde à onze heures du matin. Rossel devait en prendre le commandement.

Ceci se passait le 8 mai. Le lendemain devait être un jour mémorable pour la cause communale.

Quelques minutes après l’heure indiquée, le délégué à la guerre arrivait sur le terrain où devaient se trouver les soldats qu’on lui avait promis. Une dizaine de chefs de légion n’avaient pas entièrement manqué à la parole donnée. Iis envoyaient, non des bataillons, mais des compagnies incomplètes, mal équipées, sans élan, sans enthousiasme, et comme ramassées par force et au hasard. A midi et même à une heure, on aurait eu de la peine à compter six mille hommes.

Rossel était joué. En consultant les heures, on voit qu’à peu près au même moment, le 38e régiment de ligne entrait dans le fort d’Issy, abandonné depuis la veille par ceux qui étaient chargés de le défendre. Les braves adhérents du Comité centra1, travaillés en dessous main par les agents de Wetzel, avaient profité de la nuit pour déserter le poste, et pas un chpf ne s’était trouvé là pour les maintenir.

La nouvelle parvenait au ministère de la guerre quand Rossel rentrait après sa déconvenue surla place de la Concorde. Elle détermina l’explosion qui prit la forme d’un coup de théâtre. Dès deux heures de l’après-midi, on pouvait lire sur tous les murs de Paris une affiche blanche qui, par sa rédaction insolite, devait fortement attirer l’attention. Elle portait :

« Midi et demi.

» Le drapeau tricolore flotte sur le fort d’Issy, abandonné hier soir par sa garnison. »

Pas un mot de plus. Seulement, la. signature du déléguêdelaguerre accompagne cette phrase courte et concise, et lui donne une haute signification.

Une heure après, nouvelle affiche.

« Le général Brunei, commandant au village dlssy, est chargé d’occuper les positions du Lycée, en les reliant au fort de Vanves. »

C’est un léger correctif delà première dépêche. Mais on n’y prête qu’une médiocre attention. Ün ne voit, on ne veut voir que le drapeau tricolore arboré à la corne d’Issy.

En agissant comme il le faisait, Rossel mettait à exécution une résolution prise depuis la veille. Il disait la vérité, chose qu’on ne voyait plus.

Il voulait qu’on la connût et s’adressait au peuple d’abord, et en cela l’événement d’Issy le servait à souhait. La Commune allait avoir son tour, et le morceau que lui servit Rossel n’est pas un des documents les moins curieux de l’époque. C’est une lettre qui tient à la fois du rapport et de l’acte d’accusation, ün y sent l’hommequi a brûlé ses vaisseaux ; mais il n’en découvre pas moins, d‘une main ferme, les plaies sécrétés, comme un chirurgien qui se sent le courage, la force, l’habileté d’y porter le fer et le feu. La lettre fut ren¬

due publique et produisit un effet immense dans Paris. Elle vaut la peine d’être lue textuellement :

Paris, le 9 mai 1871.

Citoyens, membres de la Commune,

Chargé par vous, à titre provisoire, de la délégation de la guerre, je me sens incapable de porter plus longtemps la responsabilité d’un commandement où tout le monde délibère, et où personne n’obéit.

Lorsqu’il a fallu organiser l’artillerie, le Comité central d'artillerie a délibéré et n’a rien prescrit. Après deux mois de révolution, tout le service de vos canons repose sur l’énergie de quelques volontaires dont le nombre est insuffisant.

A mon arrivée au ministère, lorsque j’ai voulu favoriser la concentration des armes, la réquisition des chevaux, la poursuite des réfractaires, j’ai demandé à la Commune de développer les municipalités d’arrondissement.

La Commune a délibéré, et n’a rien résolu.

Plus tard, le Comité central de la fédération est venu offrir, presque impérieusement, son concours à i’administration de la guerre. Consulté par le Comité de Salut public, j’ai accepté ce concours de la manière la plus nette et je me suis dessaisi, en faveur des membres de ce Comité, de tous les renseignements que j’avais sur l'organisation. Depuis ce temps-là, le Comité central délibère et n’a pas encore su agir. Pendant ce délai, l’ennemi enveloppait le fort cl’Issy d’attaques aventureuses et imprudentes dontje le punirais, si j’avais lamoindre force militaire disponible.

La garnison, mal commandée, prenait peur, et les officiers délibéraient, chassaient du fort le capitaine Dumont, homme 'énergique qui arrivait pour les commander, et, tout en délibérant, évacuaient leur fort, après avoir sottement parlé de le faire sauter, chose plus impossible pour eux que de le défendre.

Ce n’est pas assez. Hier, pendant que chacun devait être au travail ou au feu, les chefs de légion délibéraient pour substituer un nouveau système d’organisation à celui que j’avais adopté, afin de suppléer à l’imprévoyance de leur autorité toujours mobile et mal obéie. Il résulta de leur conciliabule un projet au moment où il fallait des hommes, et une déclaration de principes au moment où il fallait des actes.

Mon indignation les ramena à d’autres pensées, et ils ne me promirent pour aujourd’hui, comme le dernier terme de leurs efforts, qu’une force organisée de 12,000 hommes, avec lesquels je m’engage à marcher à l’ennemi. Ces hommes devaient être réunis à onze heures et demie; il est une heure, et ils ne sont pas prêts. Au lieu d’être 12,000, ils sont environ 7,000. Ce n’est pas du foui la même chose.

Ainsi, la nullité du Comité de l’artillerie; les incertitudes du Comité central et de la fédéraiion arrêtent l’administration ; les préoccupations mesquines des chefs de légion paralysent la mobilisation des troupes.

Je ne suis pas homme à reculer devant la répression ; et hier, pendant que les chefs de légion discutaient, le peloton d’exécution les attendait dans la cour. Mais je ne veux pas prendre seul l’initiative d’une mesure énergique, endosser seul l’odieux des exécutions qu’il faudrait faire pour tirer de ces choses l’organisation, l’obéissance et la victoire. Encore, si j’étais protégé par la publicité de mes actes et de mon impuissance, je pourrais conserver mon mandat. Mais la commune n’a pas eu le courage d’affronter la responsabilité. Deux fois déjà, je vous ai donné des éclaircissements nécessaires, ' et deux fois, malgré moi, vous avez voulu avoir le comité secret.

Mon prédécesseur a eu le tort de se débattre au milieu de cette situation absurde.

Éclairé par son exemple, sachant que la force d’un révolutionnaire ne consiste que dans la netteté de la situation, j’ai deux lignes à choisir : briser l’obstacle qui entrave mon action ou me retirer.

Je ne briserai pas l’obstacle; car l’obstacle, c’est

vous et votre faiblesse; je ne veux pas attenter a la souveraineté publique.

Je me relire, et j’ai l’honneur de vous demander une cellule à Mazas.

Signé : Rossel.

Cette lettre virile vint tomber et éclater comme une bombe au milieu des délibérations plus ou moins oiseuses de la Commune. L’eflet qu’elle produisit se devine aisément. Il fut tout aussi grand parmi les membres du Conseil que dans Paris, et ce n’est pas peu dire. Mais, ici et là, il était de nature fort différente. A la Commune, il y eut stupeur etelfroi; dans le for intime, on ne pou • vait contester la vérité des faits et la logique claire et lucide des déductions. A Paris, l’espérance rentra dans tous les cœurs. Après la lecture de cet'e lettre, chacun vit bien que la cause de la Commune était définitivement perdue.

Rossel fut déclaré traître, décrété d’arrestation, et déféré à la cour martiale. Mais on ne lui donna pas la cellule à Mazas qu’il sollicitait. Ün l’enferma dans une des salles de l’IIûtel-de-Ville pour l’avoir constamment sous la main. Ün confia même sa garde et sa surveillance à un membre du Comité de salut public. Ch. Gérardin, qui appartenait au 17e arrondissement. Ces dispositions minu-, lieuses étaient prises à midi, le 10 mai, et on n’oubliait rien pour rendre la prison sûre et solide. Entre cinq et six heures, le prisonnier disparaissait. Avec lui était parti son gardien, ün fit de grandes recherches, on déploya un grand zèle; on ne parvint pas à retrouver les fugitifs, qui cependant n’avaient pas quitté Paris. La police de la Commune était ainsi faite. Les limiers des Raoul Rigault et des Ferré occupaient ailleurs leurs admirables instincts. Qu’on ne s’éLonne donc plus après cela si tant de trames ont pu être ourdies, si les complots les plus hardis ont pu même avoir un commencement d’exécution !

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