XXXII. — Intrigues et soupçons
Rossel s’est mis à l’amvre avec une activité fébrile. Mais il n’a pu empêcher les troupes de Versailles d’avancer jusqu’au château d’Issy, de prendre cette bonne position, et même d’occuper la gare de Glamart où l’on fait une masse de prisonniers. C’est toujours la conséquence inévitable des combats du 30 avril. La guerre méthodiquement conduite a cet avantage de donner des résultats certains. Les progrès sont lents, mais continus. On ne peut imputer ces échecs au nouveau délégué de la guen e. Ils reiombent entièrement sur (fluseret, dont la position est aggravée d’autant. Pour être même entièrement juste, il faudrait dire qu’ils retombent sur la Commune et sur le Comité central qui ne savent pas faire leur devoir.
Quant à Rossel, il se multiplie pour imprimer une bonne impulsion à tous les service-. Le jour même de son entrée en fonctions, il avait pu se rendre un compte exact de la difficulté de la tâche. Un étranger avait forcé les portes de son cabinet. Il ignorait les changements survenus dans la nuit. 11 venait chercher Cluseret avec lequel il devait avoir un entretien suprême; il trouva Rossel. C’était le colonel Aronssohn, qui ne cessait d’aller de Paris à Versailles, et réciproquement, sous le couvert d’un passeport autrichien. Il se faisait appeler Gutmacher. Ce nom sonnait mal aux oreilles de l’ancien capitaine du génie devant Metz, qui avait une véritable antipathie, ou plutôt une haine profonde pour tout ce qui était Allemand. L’en trelien devait être embarrassé, on le comprend sans peine. La situation était délicate, et le colonel Aron-ohn, qupique intrépide, n’avait pas l’aplomb, l’imaginalion, la présence d’esprit des fourbes de profession. Rossel comprit sans peine qu’il avait devant lui une des mille intrigues dont la Commune était enveloppée. Pendant quelques instants, il essaya de la débrouiller. Mais n’v parvenant pas, il donna l’ordre de conduire le faux Autrichien en prison, jusqu’à plus ample informé. Aronsohn tenait à sa liberté personnelle. Il connaissait le décret sur les otages et n’avait nulle envie qu’il lui fût appliqué, dans l’intérêt même de sa mission.
Il donna des références au Crédit Mobilier autrichien et sur la légation d’Autriche.
Rien n’y fit. Rossel avait prononcé la sentence et avait tourné le dos. Les hommes d’exécution mirent ia main sur le Gutmacher d’occasion. A ce contact, tout ce qu’il y avait de généreux dans le sang d’Aronsolm se révolta. Il se débattit, lutta, opposa longtemps la plus vive résistance. Mais il n’était pas le plus fort. Meurtri, sanglant, abimé, il fut traîné en prison, écroué, et, heureusement pour lui, oublié.
Cette aventure, sans y paraître, laissa line trace profonde dans l’esprit de Rossel. Naturellement soupçonneux, il le devint encore davantage; ce qui ne l’empêchait pas de travailler avec la plus grande énergie à la défense de Paris.
Ceux qui ont subi l’investissement prussien se souviennent d’une commission des barricades qui avait été instituée par le général Trochu, sous la présidence du citoyen Rochefort. Ii restait encore debout, dans Paris, quelques-unes des fortifications de rues entreprises par cette première commission, notamment a la fourche des Latignolles qui domine la grande avenue de Clichy et la porte de Saint- Üuen. Ce n’était pas sulfisant. IL fallait de l’ensemble et de la régularité, si l’on voulait réellement former une seconde ligne de défense dans l’intérieur de la ville. Officier du génie distingué, Rossel connaissait toute la valeur des procédés scientifiques. Il trouva précisément sous sa main l’homme qui lui était nécessaire pour l’exécution de ses plans. Un héros de clubs démagogiques, Napoléon Gaillard père, n’avait pas trouvé sous la Commune l’emploi de ses éminentes facultés. Cordonnier de profession, U était barricadier par goût. Rossel le prit, le tira son échoppe où il paraissait volontiers le moins souvent possible, et en fit son agent le plus actif.
Un ordre du délégué de la guerre fit connaître la nature et la disposition des nouvelles fortifica¬
tions. « Le citoyen Gaillard père, disait ce document, est chargé de la construction des barricades formant une seconde, enceinte en arrière des fortifications. Il désignera ou fera désigner par les municipalités, dans chacun des arrondissements de l’extérieur, les ingénieurs ou délégués chargés de travailler sous ses ordres a ces constructions. Il prendra les ordres du délégué de la guerre pour arrêter les emplacements de ces barricades et leur armement. Outre la seconde enceinte indiquée ci-dessus, les. barricades comprendront trois enceintes fermées ou citadelles, situées au Trocadéro, aux buttes Montmartre et au Panthéon. Le tracé de ces citadelles sera arrêté sur le terrain par le délégué à la guerre, aussitôt que les ingénieurs chargés de ces constructions auront été désignés. » C’était complet.
On reconnaissait a la précision de cet ordre un esprit ferme, habitué au commandement. On s’en préoccupa vivement à Versailles. On entrevoyait de nouvelles difficultés, sans cesse renaissantes. La conquête des portes et du rempart devenait même secondaire, si chaque quartier, chaque place, chaque rue élaient transformés en places fortes. Aux inquiétudes militaires s’ajoutaient aussi d’autres angoisses. On ne pensait pas sans un grand serrement de cœur à toutes les ruines qu’il faudrait accumuler pour rendre la France victorieuse de Pans. Ce désastre pouvait dignement entrer en parallèle avec tous ceux que nous avait infligés la guerre contre l'étranger. Il y avait bien là de quoi donnera réfléchir et aux militaires et aux hommes politiques.
Par bonheur, les nombreux agents que le gouvernement de Versailles entretenait dans Paris étaient loin de rester inactifs. Nous avons déjà eu l'occasion de faire connaître l’ancien lieutenant de vaisseau A. Domalain. C’est lui qui, dans la circonstance actuelle, va rendre un service signalé au gouvernement de l’Assemblée nationale. Il a placé la plupart des anciens officiers de sa légion bretonne dans les services de la voirie parisienne que dirige, comme ingénieur en chef, Georges Cavalier. célèbre dans les écoles sous le nom grotesque de Pipe-en-Lois. Tout ce qui se passe dans les bureaux de la voirie, M. A. Domalain le connaît. Il n’v a pas de mystère pour lui m dans l’emplacement, ni dans le plan, la coupe et l’élévation des barricades projetées. A peine a-t-on tracé les lignes des profils qu’il en est instruit. Parfois même ce sont ses hommes qui les couchent et les lavent sur le papier. Mais cela ne suffit pas. Pour rassurer Versailles et permettre aux étals-majors de dresser et d’accommoder leurs plans en conséquence, il serait bon qu’on eut copie exacte de tout ce que prépare la Commune. Malgré la difficulté de l’en (reprise, M. A. Domalain ne perd ni le courage ni l’espérance. 11 stimule le zèle de ses hommes; il met en jeu toutes les ressources que lui fournit une imagination facile, etii a la. chance de réussir. Uopiedes plans que devait mettre à exécution le farouche Gaillard père est. portée à Vex1sailles, en bravant toute sorte de périls.
Disonsle tout de suite, le gouvernement de l’Assemblée nationale avait grand besoin qu’on lui donnât des renseignements exacts et précis. Car, parmi ses serviteurs, il y en avait un bon nombre qui semblaient prendre à tâche de se moquer de lui, et de le promener uniquement dans les régions de la lantaisie. Nous pourrions ici multiplier les exemples. Qu’un seul nous suffise. Avant de décider sur quel point se ferait l’attaque définitive, on hésita longtemps. On reculait devant un énergique déploiement de forces contre les bastions du Nord, parce qu’on croyait la ligne de Montmartre, de Saint Ouen à Clignancourt, formidablement fortifiée. Or, pendant que le général Rorel, chef d’étatmajor du maréchal Mac-Malion, se disait parfaitement renseigné de ce chef, il se trouvait que les bastions qui regardent Saint-Denis et Saint-Ouen étaient restés à peu piès dans l’état où les avait mis l’armistice du 29 janvier. Les grosses pièces de marine, enlevéesjde leurs aflüls,élaientcouchées sur le sol dans l'avenue de Clichy. Il est vrai que quelques heures auraient suffi pour les remettre en position. Mais durant ces quelques heures, par
un hardi coup de main, on pouvait acquérir l'importante position de Montmartre.
Ces renseignements précis turent donnés au général Ilorel par des hommes énergiques et dévoués qu’aucun péril n'effrayait. En même temps, on l’engageait fortement à ne pas laisser échapper l’occasion qui lui était offerte, et on lui promettait une énergique et efficace coopération à l’intérieur. Le général avait d’autres visées. Autour de lui, il en était de même. Cependant l’état-major tint grand compte des rectifications qui étaient faites aux rapports de ses agents directs, mais il déclara nettement que l'armée était maîtresse d'entrer dans Paris quand et comme il lui conviendrait. De ce côté, on se le tint pour dit.
Rapportons ici un fait que nous ne trouverions peut-être pas à placer ailleurs Le 30 avril, au plus fort de la bataille, l’ Alliance républicaine des départements tenait sa première réunion dans la cour carrée du Louvre. On votait un manifeste et l’on venait en cortège pompeux faire acte d’adhésion publique à la Commune. Nous n’aurions pas relevé ce fait et nous l’aurions laissé passer inaperçu comme tant d’autres, si nous n’avions trouvé que le citoyen Millière présidait la réunion. C’était la première fois qu’il sortait de l’ombre depuis qu’il avait donné sa démission de représentant du peuple. Ceux qui connaissaient à peu près' ce qui se passait derrière le rideau le remarquèrent et on n’en augura rien de bon. Personne néanmoins ne prévoyait encore le dénoûment.
Le cordonnier Dereure est fatigué du rôle effacé qu’il joue à la mairie de Montmartre et à la Commune. Il veut qu’on parle de lui et qu’on le mette en vedette. Pour atteindre ce but, il ne trouve pas de moyen plus efficace que d’ouvrir aux clubistes les églises de son arrondissement. Il invite spécialement le public à fréquenter l’église Saint-Bernard de la Chapelle. Le citoyen Dereure n’est pas heureux avec ses idées émancipatrices. D’autres l’ont devancé dans ses innovations, et les clubs de la Trinité et de Saint-Nicolas-des-Ghamps sont célèbre* depuis plusieurs jours. A la Trinité, la chaire, devenue tribune démagogique, est envahie par des femmes qui ont répudié toutes les grâces et tous les attributs de leur sexe. La Vénus libre est distancée parla Vénus politique. C'est à croire que le sens intellectuel comprend et traduit mal ce qu’entend l’oreille. Si la curiosité ne s’en mêlait pas, on sortirait navré après les cinq premières minutes. A Saint-Nicolas-des-Champs, c’est autre chose. Les discours se ressentent du milieu populaire dans lequel on se trouve. Les phrases sont moins correctes, mais les motions ne sont pas moins folles. Un soir, un orateur, qui porte les galons de capitaine sur sa tunique de garde national, demande qu’on rétablisse immédiatement la loi des suspects et sur preuves morales; qu’on institue des assises communales oit les électeurs pourront toujours citer leurs mandataires; que tout négociant qui suspendra son commerce par manque de confiance en la Commune perde ses droits civiques et ne puisse plus exercer jamais sa profession; enfin que tout citoyen qui refuse de servir la République les armes à la main soit fusillé. Et ces motions sont votées coup sur coup. Et pas une protestation ne se fait entendre.
Pour toutes les énormités de ce genre, on jouissait d’une liberté entière sous la Commune. Les détenteurs du pouvoir n’étaient même pas fâchés de donner un pareil exutoire à toutes les exubérances. Ce qui se faisait et se disait dans les clubs 11e les engageait en rien, et iis 11e de redoutaient pas. Ils réservaient leurs craintes et leurs moyens les plus efficaces d’action pour tous les projets qui se préparaient dans 1’ombre. Si, dès le 18 mars, nous 11’avions toujours vu une face multiple aux événements, on pourrait dire qu’en s’emparant de la délégation de la guerre, Rossel avait inauguré la politique du soupçon. Il savait à moitié tant de choses qu’il se défiait de tout et de tous. Le comité de Salut public était à sa déiotion parce qu’il lui voyait imprimer une secousse violente a toute la machine administrative. C’est ce qu’on demande avant tout. Mais cela ne satisfait point ltossel, qui 11e se sent pas et veut être le maître pour conjurer
HISTOIRE DE LA COMMUNE
] les dangers qu’il flaire de toutes parts et qui embarrassent la situation.
Pendant (pie le père Gaillard se met à l’œuvre, et dirige fièrement les terrassiers qu’il a rassemblés sur la place de la Concorde et à l’extrémité de la rue de Rivoli, le colonel Rossel réglemente avec Avrial le service des munitions et du matériel de l’artillerie, qui est dans un épouvantable gâchis. En même temps, il envoie sur toute la ligne de bataille les ordres les plus sévères pour qu’on n’ait pas de communications avec les troupes de Versaides. Même devant un parlementaire le feu 11e doit pas être suspendu. Rossel ne veut même pas que le public soit renseigné sur ce qui se passe dans les forts ou aux bastions du rempart; tout officier qui se rendra coupable d’indiscrétion est menacé de révocation et d’emprisonnement. Par tous ces ordres, le délégué à la guerre ne fait que rentrer dans les conditions normales de la plus vulgaire discipline. Il ne dit pas et garde pour lui seul, ou à peu près, les excellentes raisons qui dirigent i-a conduite.
Dans la nuit du 3 au 4 mai, en effet, une porte de l’enceinte doit être livrée aux troupes de Versailles. Rossel en est instruit. Néanmoins, les indications qui lui ont été fournies sont tellement vagues et peu étendues qu’il ne connaît ni la porte qui a été choisie ni de quelle façon doit s’exécuter le coup de main. Seulement pour le mettre en éveil, on lui envoie te mot d’ordre qui est Mirabeau, et le mot de ralliement qui est Marseille. 11 n’en faut pas davantage pour qu’un esprit déliant se tienne sur ses gardes. Ce n’est pas assez pour qu’il sorte des généralités, et frappe vigoureusement un coup décisif qui mette pour longtemps en déroute les agissements ténébreux. Des documents, qui sortent peu à peu des cartons, permettent cependant de dire aujourd’hui que sans la prévoyance de Rossel et son intervention dans le service du rempart, la délivrance de Paris aurait pu être effectuée trois semaines plus tôt, et que, dans la nuit du 3 au 4 mai, l’armée de Versailles devait faire son entrée par les portes de la Muelte et d’Auteuil. Les premières troupes d’avant garde attendirent jusqu’à minuit, entre les deux lacs, un guide, qui n’arriva qu’à trois heures du matin. Aux portes indiquées, il avait trouvé des consignes inflexibles, et avait dù aller prendre le Bois par la porte de Neuilly.
L’incident ne fut pas ignoré de Rossel, et il en résulta que le délégué à la guerre enveloppa le général Dombrowski dans ses soupçons. Il y était du reste naturellement porté par la haine profonde qu’il nourrissait contre tous les étrangers.
Dombrowski 11’était pas un puritain austère dans le genre de Rossel. Si, pendant la bataille, il donnait à tous l’exemple de la bravoure et de la témérité, il se souvenait volontiers, la nuit venue, qu’il était homme et courait à l’occasion les aventures galantes comme un simple étudiant. Cela l’exposa plus d’une fois à des rencontres fâcheuses. Nous trouvons le récit piquant de l’une d’elles dans l’ouvrage de M. A. J. Dalsème : Histoire des conspirations sous la Commune. Dombrowski avait au cœur un vieil amour. La dame se montrait des moins difficiles pour tout autre que pour le général polonais. O11 la fléchit On la décida à donner un rendez-vous dans son petit appartement de la rue Vavin. L’endroit est on 11e peut plus propice à une embuscade. Elle est dressée. Le général polonais sera enlevé, jeté dans un fiacre, garroté, bâillonné et conduit à Versailles, 'l’out est prêt. Les hommes et les instruments d’exécution sont à leur poste. Dombrowski arrive à l’heure exacte qui lui a été assignée, il est seul, inconscient du danger qu’il court. On va l’empoigner, lorsque des pas cadencés se font entendre et des armes leluisent dans l’ombre. C’est une patrouille. Qui vive ?... Les mots de passe sont échangés. Pendant qu’on s’explique, le général Dombrowski s’est éloigné d’un pas rapide, sans même regarder derrière lui. S’il a entendu quelque bruit, il a pu croire que c’était la police urbaine qui faisait son devoir de surveillance. Le dialogue échangé entre les deux oiliciers lui aurait certainement donné à réfléchir. A cette question banale :Que faites-vous ici? le chef de la
patrouille répond : Ordre du Comité de salut public. Escorter Dombrowski de loin; ne le point perdre de vue, et, s il bronche, l’empoigner mort ou \if. Il faut tout prévoir. Le chef des conspirateurs répond à son tour : Nous sommes la garde d’honneur du général. Le premier n’était peut-être pas plus véridique que le second. Dans tous les cas, Dombrowski l’échappait belle.
Il 11’est pas besoin de dire que tous ces faits n’arrivaient pas facilement à la connaissance du public. Pas un seul des journaux qui existaient n’aurait voulu les insérer. Ils n’auraient donné nullement satisfaction a la clientèle qui prodiguait des petits sous avec lesquels on arrondissait de belles pièces d’or. Il valait bien mieux, apiès les mystères des églises, lui servir les mystères des couvents, surtout d un couvent quelque peu excentrique. C’est de là que vint l’affaire de Picpus.
Il faut avoir pénétré dans les profondeurs du faubourg Saint-Antoine pour connaître d’une façon précise l’emplacement occupé par les congrégations de Picpus. Pour les Parisiens eux-mêmes, c’est un voyage, et ils ne vont guère dans ces parages que lorsqu’ils sont entraînés par quelque intérêt. Les amateurs de recherches historiques y passent quelquefois; car il y a la un cimetière aristocratique des plus curieux, réservé aux descendants de quelques rares grandes familles. Le général La Fayette y repose, malgré une existence entièrement consacrée au service des idées républicaines. Mais ce n’était point de cela qu’il s’agissait sous la Commune.
Les perquisitionnâmes avaient pénétré dans les maisons religieuses, et ils fouillèrent tout, la cave, les greniers, les jardins, les pavillons. A leur suite marchaient les chroniqueurs, qui trouvent que la besogne est ingrate et mauvaise quand elle 11e leur fournit pas ample matière à quelque récit scandaleux. Dans le couvent de Picpus, ils rencontrèrent trois vieilles folles qui auraient dù depuis longtemps être transportées clans les asiles où l’on donne des soins spéciaux aux aliénations meiùales, et quelques instruments et appareils d’orthopédie hors d’usage. Il n’en fallait pas plus. Avec ces éléments, on pouvait constituer tout un récit des plus dramatiques à la manière noire, et mettre en branle les imaginations. On 11’y manqua pas. Le Vengeur , journal de Félix Pyat, fut le premier qui entra dans le mouvement. A l’en croire, on était sur la trace des plus abominables forfaiis. La chose prit soudain des proportions assez sérieuses pour que, de divers côtés, on essayât d’empêcher l’opinion publique de s’égarer. On redoutait surtout contre de pauvres femmes innocentes l’excitation des fureurs populaires. Le Mot d’ordre de Rochefort, le Cri du peuple de Jules Vallès, le Père Duchêne du belge Vermesch ne faisaient pas autre chose. La vente de ces feuilles publiques dépendait d’une semblable rédaction. 11 ne fallait pas se laisser damer le pion par le Vengeur qui les avait distancés. Il n’y a rien de plus féroce qu’une lutte de boutique et une question de gros sous. Aussi l’acharnement était-il grand, et aux détails anciens on ajoutait sans cesse de nouveaux détails. Les dénégations ne faisaient qu’alimenter le feu. De tontes parts on en venait à dire : Il faut que la lumière se fasse sur tous les lugubres lécits concernant le couvent et les mystères de Picpus.
Elle vint en effet, cette lumière désirée, mais pas du tout des gens qui auraient dû la fournir. De braves femmes, anciennes élèves de cette maison d’éducation, s’indignèrent des outrages, des injures, des calomnies qu’on déversait sur leurs anciennes institutrices. Elles eurent un courage qui manquait à bien des hommes. Elles rédigèrent une protestation et une réfutation péremptoire de lous les faits articulés. Puis elles n’hésitèrent pas a la publier, en la signant de leurs noms et donnant leurs adi-esses. Ces noms méritent qu’on les conserve. Augustine Gourdellier, directrice d’institution; Marie Langlois, femme Lozier; Justine Langlois, femme Drouet ; Juliette Thibault, femme Vasseur; Anaïs de Saint-Hilaire ; Lucy de Saint- Hilaire; Hortense Vaillant; Armandine Monnier; Célina Vibien, femme Carbonnier, ont prouvé que chez les femmes de France le courage ne périt ja-
UNE PATROUILLE PRUSSIENNE EN TOURNÉE D’OBSERVATION, ENTRE OHATOU ET LE VÉSINE'J
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PARlf. INCfiNOIÉ. — N» 6,
mais. Ce qu’elles firent sert du moins à consoler aa milieu de tant d’autres défaillances.