‹ Paris incendiéChapitre 73 sur 124 · LU · texte numérisé non relu

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mentionner à ce sujet le drame épouvantable, mêlé d’hypocrisie et de barbare atrocité, qu'on appelle le massacre des Dominicains d’Arcueil.

Ces religieux , comme tous leurs confrères de Paris sans exception, avaient admirablement fait leur devoir pendant le siège contre les Prussiens. Jls avaient soigné les malades et les blessés dans les ambulances qu’ils avaient établies. Us allaient ramasser et ensevelir les morts sur les champs de bataille, consoler et secourir les mourants, payer enfin de leur personne autant que le comportait leur caractère religieux. Sous la Commune, l’ambulance des Dominicains resta ouverte ; mais, autant que possible, on se passa de leurs soins; on se contenta d’user de leurs biens, qu’ils ne refusaient du reste de partager avec personne. Quand vint la loi des otages, on n’opéra point d’arrestations. Un se borna à dire aux religieux qu’ils devaient se considérer comme prisonniers dans leur propre , maison. Ils se tinrent pour avertis, et on ne les vit plus dans la campagne comme on les voyait autrefois. Ils menaient une existence absolument claustrale. Tout le pays, au besoin, aurait pu rendre ce témoignage. Mais c’était bien de cela que s’inquiétaient les farouches de la Commune. La maison religieuse et ce qu’elle contenait excitaient leurs ardentes convoitises; la personne des religieux excitait leurs haines aveugles. Il n’en fallait pas davantage.

Cet état de choses dura jusqu’au 19 mai. Ce jour-là, dit l’abbé Grandcolas dans une lettre rendue publique, « un membre de la Commune, suivi du gouverneur de Bicëtre et du sieur Cerizier, à la tête du 101° bataillon fédéré, s’est présenté à l’école Albert-le-Grand, vers quatre heures et demie du soir, et nous a tous emmenés : les religieuses à la Préfecture de police et plus tard à Saint-Lazare; les pères Dominicains, les professeurs et les domestiques du collège, au fort de Bicêtre, où l’on nous a jetés dans une casemate, après nous avoir dépouillés de tout, même de nos bréviaires ». Ce n’était là qu’un commencement. Mais qu’on remarque la date, pour ceux qui rejettent volontiers sur les accidents de la lutte la responsabilité des crimes accomplis. Nous ne sommes encore qu’au 19 mai, et personne, parmi les sectaires farouches de la Commune, ne croit à l’entrée prochaine des troupes de Versailles dans Paris. C’est donc bel et bien un acte de persécution prémédité qui s’accomplit.

Pendant qu’on se battait partout dans Paris, qu’à l’horreur de la guerre civile se joignaient les horreurs de l’incendie, le 25 mai, vers huit heures du matin, au moment où la garnison de Bicêtre quittait le fort en toute hâte, les Dominicains d’Arcueil furent tirés de leur retraite casematéc. Aux uns, on dit : Vous êtes libres; aux autres qu’il faut porter des secours à des blessés, à des malades en danger de mort; à tous qu’on doit avant tout aller à la mairie des Gobelins. A peine le seuil est-il franchi, qu’un bataillon de fédérés s’empare des religieux et les conduit à la mairie d'abord, puis à la maison disciplinaire du secteur, avenue d’Italie, 38, d’où ils sont entraînés vers les barricades. Là, on leur donne des pioches, des pelles; on les oblige à travailler. Un veut ensuite mettre des fusils entre leurs inams et les contraindre à combattre au premier rang. Pour le coup ils refusent, et aucune violence ne peut avoir de prise sur leur conscience. Ce refus a dicté leur arrêt de mort.

La barricade du reste n’est plus tenable. Les balles y pleuvent avec une telle intensité que les fédérés l’abandonnent. Les Dominicains sont ramenés dans la prison du secteur. Le colonel Cerizier est toujours là. C’est lui qui commande et rien ne se fait que par son ordre. Les religieux se confessent une dernière fois elle père prieur les exhorte tous à bien mourir. Le moment suprême est proche en effet. Tout l’annonce. Il est quatre heures et demie environ. Les fédérés du 101° bataillon chargent leurs armes. Un entend un cri impératif : Sortez un à un dans la rue! Et le massacre commence. Douze victimes tombèrent. Quelques professeurs, quelques domestiques parvinrent à s’échapper au milieu de périls sans cesse renaissants. Ils ne se sentirent complètement en liberté

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