LE CCLTIVATEDR EN CHAMBRE
Cloarec cultivateur en chambre. On lui décerna une couronne de gazon et le triomphe.
Ce qu’il y a de plus curieux, c’est que le pauvre diable prit son triomphe au sérieux, et ses prétendues connaissances agronomiques aussi. 11 fit décorer son appartement en ferme villageoise. Il appendit des socs, des râteaux et toutes sortes d’instruments agrestes aux murailles; il se fit faire des petites charrues de poche pour orner ses étagères; enfin, depuis ce jour, Jules Cloarec déposa le frac et la redingote pour endosser la veste, le gilet rond et les larges hauts-dechausses. Il porte le grand chapeau et les longs cheveux du paysan bas-breton. C’estmaintenant un véritable closier du Finistère égaré dans les rues de Paris. On ne le rencontre qu’aux environs des balles. Il examine le blé, le suppute, le pèse, le juge, donne son avis sur les produits, et parle \}av j’avo7iseij'allom, commes’il n’avait jamais quitté son village. Malheureusement son style se ressent un peu trop de cette monomanie patoise. Comme à tout il faut une compensation, si nous en croyons le système de M. Azaïs, MM. les directeurs de jj>urnaux ont une façon toute naturelle de mettre un frein à la verve campagnarde de l’illustre cultivateur : ils refusent avec un enthousiasme tout à fait unanime toutes scs élucubrations.
Dès que le bruit vient jusqu’à lui d’une invention de nouvelle charrue, il s’en fait. exécuter un petit modèle, une sorte de joujou; il y attelle de petits bœufs mécaniques qui marchent par un ingénieux mécanisme, et il se livi’e aux essais de labourage dans sa caisse de fenêtre. Il est juste de dire qu’il réussit sans cesse, et que les produits que lui donne son chauip aérien sont superbes. Mais nous devons aussi ajouter, pour être vrai, que tous ceux qui ont voulu suivre ses avis n’ont
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jamais réussi qü’ù récolter de l’herbe où ils semaient du blé ; c’est ce que Cloarec ne peut s’expliquer.
Quoi qu'il en soit, Cloarec est un parfait honnête homme, très-dévoué, très-bon, qui remplit bien ses devoirs de citoyen et qui est enchanté de laisser de temps en temps le sarrau du paysan pour revêtir la tunique du garde national. C’est là le dernier lien qui le rattache à la société des villes. Il ne voit que champs, bois, prairies naturelles ou artificielles, mais dès qu’on parle d’aller à la campagne, il trouve un prétexte pour se récuser. Il n’aime les champs que par théorie, et la campagne dans les environs de Paris, pour y aller manger une friture de goujons, ou bien une gibelotte de lapin. En fait de ferme et de maison des champs, il n’aime que la Maison rustique au dix-neumème siècle, publiée en dix volumes, par Bixio, à Paris.
ESQUISSES PARISIENNES