‹ Paris inconnuChapitre 16 sur 66 · UN AMI TROP BON ENFANT · texte numérisé non relu

UN AMI TROP BON ENFANT

J’ai un ami, hélas! Tout le monde en a eu au moins un! Ne faut-il pas que chacun porte sa croix ici -bas?

Le mien est complaisant, ventru, riche, bien mis ; il n’a, à vrai dire, pas de défauts, mais il est insupportable. Cependant il n’est pas conseiller, il ne vous lit jamais de tragédies, il ne fait pas de vers, il n’emprunte pas vos livrés, il est presque spirituel, il n’est point conteur, et il ne commet oncques de calembours. Eh bien! avec toutes ces qualités et malgré ses qualités, c’est un être impossible, un gluau, une manière de tunique de Nessus attachée à ma chair, dont je ne pourrais me débarrasser que par un événement tragique. Je le déteste, je ne puis le voir, et cependant nous sommes des amis intimes, inséparables.

Son vice rédhibitoire, ce qui me fera pardonner toutes mes violences, c’est qu’il a trop bon cœur.

11 s’est institué la Providence de tous les chiens galeux et de tous les chats errants de son quartier ; il en a toujours à sa suite, il en dépose chez tous ses amis et connaissances , il en fournit à tous ses locataires. Quanta lui, hélas! il ne peut garder aucune de ces pauvres bêtes ; elles seraient trop malheureuses chez lui! lui qui, mallieureusemenl, hélas! et toujoui-s hélas! sort tous les jours le matin et pour ne rentrer que fort tard. Aussi préfère-t-il, dans l’intérêt de ces misérables créatures, les confier à de bonnes âmes, qu’il sait devoir en prendre soin. D’ailleurs, sa femme ne ■^peut pas souffrir les animaux»

ESQUISSES PARISIENNES

Ses poches sont toujours pleines de billets de loteries philanthropiques, decartesde concerts donnés dans quelques cabarets de la barrière, au bénéfice des familles malheure’uses; c’est le placeur le plus intrépide qu’il y ait de loges au fhéâtre Saint-Marcel. Il vous prend au collet et déboutonne votre habit; il vous harangue les larmes aux yeux; il dépeint avec une vérité, saisissante le grabat du pauvre, les pauvres petits enfants presque nus, couchés sur la paille, n’ayant ni pain, ni feu ; il parle pendant une heure sans broncher pour placer deux ou trois de ses billets à cinquante centimes. Si vous saviez combien il regrette de ne pouvoir assister à cette solennité musicale avec toute sa famille! mais ses nombreuses occupations, quelques billets de loterie qu’il aura le bonheur de placer dans le monde à une soirée où il est invité l’en empêchent véritablement. U est horriblement malheureux d’étre ' si occupé, tout son temps est pris.

Lorsqu’on le voit arriver, tout le monde s’esquive, on le fuit ; on détourne la rue de peur d’être attaqué à la charité. Si du moins il avait la vue basse; mais le gaillard est doté d’yeux de lynx; il avise sa victime à cent pas; il l’assassine à coup sûr. Pour ma part, il m’a coûté plus de dix paires de gants, quoiqu’il n’en porte jamais; il m’a forcé de marchander des bijoux, des bracelets, des chapeaux de femme; de demander les œuvres philosophiques de M. Cousin chez les libraires.

Il m’a causé tous les désagréments possibles, jusqu’à prendre des glaces, à entendre des opéras pour échapper à ces guet-apens philanthropiques.

La nuit, il rencontre un pauvre homme sur le boulevard, qui lui demande-dix sols pour son garni : « Est- ce que vous plaisantez? Ah I jamais je ne souffrirai qu’un honnête homme aille coucher dans de pareils boug^l)

ItiU I^AIUS INCONNU

au milieu des vagabonds, des voleurs et des assassins. Cette idée seule me révolte.

— Hélas ! monsieur, dit le mendiant, en ne lui voyant faire aucun geste vers sa poche; aimez-vous mieux que je couche dans la rue?

— Non, mille fois non ; suivez-moi, vous serez bien , couché.

A deux heures du matin, il frappe à ma porte; j’ouvre : c’est mon ami qui entre, suivi de son mendiant.

— Croirais-tu, mon cher, s’écrie-t-il, que de notre temps il y a encore des gens qui sont réduits à coucher dans la rue, qui sont exposés à être ramassés comme des vagabonds par la police? O siècle d’égoïsme! Tiens, voilà monsieur que je viens de rencontrer, il est dans ce cas. Je connais ton cœur, je sais que tant que tu vivras, tu ne souffriras jamais qu’un de tes semblables soit exposé à un pareil malheur; aussi je te Tai amené pour que tu le couches, celte nuit seulement,

— Mais tu sais bien que je n’ai qu’une chambre, et que...

— Dah ! bah ! bah ! un lit est bientôt fait; un matelas par terre, A la guerre comme à la guerre. Ah ! si j’étais garçon I mais malheureusement je ne puis mener personne chez moi, je suis marié; ces femmes, ça ne comprend rien. Adieu, il est tard; à demain I

Il se sauve, ferme la porte, rentre chez lui tout rayonnant, se disant à lui-méme :

« Encore une bonne action à enregistrer! »

Si vous êtes un homme faible, vous attendrissant facilement, vous ne jetez pas votre hôte de hasard à la porte, et vous êtes condamné à passer une nuit blanche en écoulant Thisfoire lamentable du vagabond, ou ^us suivez le conseil do l’excellent cœur, vous jetez

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un matelas par terre. Votre homme profite de voti-e premier sommeil, vous dévalise et déguerpit sans bruiL Ce fut ce qui m’arriva.

La vue des haillons le navre; son cœur ne peut supporter qu’un de ses semblables marche nu-pieds; il se révolte rien qu’à l’idée d’un homme sans linge. Il en rencontre un jour un qui s’était drapé dans ses loques* les plus picaresques ; il sent son àrae émue, il s’en empare, il le choie, il le caresse de paroles, s’en fait accompagner chez son meilleur ami, absent pour le moment, lui donne des bottes, des vêtements bien chauds, qui se trouvent sous sa main, une chemise, un chapeau qu’il voit sur un meuble, exige que l’homme s’habille séance tenante, et le renvoie. Il a bien souffert, ce jour-là, do céder ainsi une partie de sa belle action à autrui! Mais, hélas! il était trop petit; ses vêtements n’auraient pu servir à cet intéressant va-nu-pieds, et ses souliers lui auraient fait mal. L’ami était sorti en pantoufles, en veste du matin, nutélc; il rentre pour s'habiller, quelques instants après que scs vêtements d’hiver, les seuls qu’il possédât, étaient partis sur le dos de son obligé inconnu. Il fait du bruit, il crie, il finit par se fâcher tout de bon : il ne pouvait plus aller à ses affaires.

— Aussi, pourquoi diable un homme comme loi n’a-t-il qu’un vêtement d’hiver? répond avec calme ce cœur d’or. Mon cher, on en a toujours plusieurs en cas d’accidents.

— Pourquoi? mais parce que je suis pauvre, et que je ne puis avoir une garde-robe de millionnaire.

— Bah! bah! (c’est son mol) tu ne me feras jamais croire ça.

Et il va raconter ce haut fait à tous ses amis les philanthropes.

11 ne faut pas croire que mon ami ne fasse rien; non, il adore le travail ; malgré sa grande fortune, il soutient qu’un honime est indigne de vivre s’il ne s’occupe ; il dit encore :

— L’oisiveté est la mère de tous les vices. Dieu nous a envoyés sur cette terre pour travailler ; celui qui ne travaille pas ne doit pas manger.

il aborde tous ses clients en leur disant :

Travaillez, prenez de la peine.

C’est le fonds qui manque le moins.

Il a gardé la maison de coiiunerce de son père, parce que la plaie de la société sont les fainéants. 11 * veut prêcher d’exemple, etc., etc.; il possède à fond une iiitinité de phrases semblables. Il va même, dans ses grands moineiits, jusqu’à s’écrier que le travail plait à Dieu, et que le travail c’est la liberté. Si on le poussait un peu dans ces graves circonstances-là, il chanterait volontiers :

Travaillons, travaillons, mes frères...

Mais, — il y a toujours des mats dans l’existence de mon ami, — mais il ne se lève qu’à dix heures pour déjeuner ; ses nombreuses occupations, les fréquentes séances des innombrables sociétés de bienfaisance dont il fait partie, l’obligent à rentrer fort tard; puis, ne faut-il pas qu’il lise les journaux? Autant qu’il en prenne connaissance avant déjeuner. Sa femme et le gaiçon de peine suffisent au magasin le matin. Il n’aime pas à prendre son café à la maison; madame n’en prend janiaisi Pourquoi embarrasser sa cuisine d'ustensiles inu- Ules T

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D’ailleurs, on a bien plutôt fait d’aller au café. C’est une distraction pour un homme très-occupé ; il y an prend les nouvelles, il y voit du monde, il ne peut cependant pas vivre comme un ours derrière son comptoir. 11 fait sa partie de domino, il juge les coups de piquet. Il regarde jouer au bezigue. Arrive une heure* oh! pour le coup, il rentre à la maison pour s’habiller* Il est très-pressé, il faut voir les clients, prendre un air de Bourse, savoir où en sont les affaires. Si vous croyez que tout est rose dans la vie, vous vous trompez joliment 1 II sort, regarde d’où vient le veut ; avant de Visiter ses clients, il va voir si les bâtisses et les démohtions marchent bien : il pousse jusqu’aux Champs- Mysees. .Ne faut-il pas prendre l’air? On ne peut ms toujours rester enfermé, que diable ! Cinq heures sL nent, il reprend le chemin de sa maison; il dîne il gourmande tout le monde ; rien n’est à son idée rie ne marche quand il n’est pas là, pei sonne ne travaille 1 faut qu 11 fasse tout. Obi il est bien malheureux! Il

•• nouvelle, dit-il ; si

J y allais? J ai bien le droit de me donner un peu de disti action; je travaille assez pour cela. Ma foi! oui les pauvres se passeront de moi ce soir; mais demain j’irai au cercle des protecteurs de pigeons. '

Ions les jours se passent ainsi. Aiadanie fait ouvrir l i

outique; vend, reçoit les courtiers, choisit les mar chandises, achète, fait fermer la maison à la nuit Après avoir passé douso heures devant son comptoir elw rifle encore les livres dn caissier avant de oionL i son appariement. Mon ami a des principes arrêtés, il dit : - Il faut qu une lemme travaille; l’oisivelé enoendre les mauvaises pensées, les mauvaise, pensé,, m-

gendrent les mauvaises actions, et les mauvaises actions font les mauvais ménages. Une femme doit aider son mari; certes, je ne suis pas assez ridicule pour exiger que ma femme se donne autant de mal que moi; mais Je veux du moins qu’elle s’occupe, qu’elle surveille un peu mes intérêts, qui sont les siens.

Mon ami a toutes les qualités du cœur, il se sacrifle pour sa famille ; lui sera-t-elle reconnaissante? Que lui importe! il fait le bien pour sa satisfaction personnelle. Voyez plutôt ; il avait dans son pays une tante, une sœur de sa mère; elle est morte en laissant deux filles qui ne savaient rien faire de leurs dix doigts, et un gi’and dadais de fils qui est bête, mais bête à couper au couteau. Mon ami les a recueillis, il les a fait venir à Paris ; il a^’ait une cuisinière, il l’a renvoyée, vous concevez : cela faisait trop de femmes dans la maison. Et puis il faut bien que la petite apprenne quelque chose; quant à l’autre, elle est si bornée qu’il n’en savait que faire, lorsqu’il lui trouva un emploi digne de son intelligence.

Depuis un temps immémorial, une vieille femme tenait un coin, une sorte de renfoncement à côté de la porte de sa maison, elle lui payait ce trou vingtquatre francs de loyer par an ; elle vendait des gâteaux rassis aux petits enfants de ce quartier populeux. Mon ami, qui se saigne pour sa famille, a renvoyé la vieille pour donner la place à sa cousine et l’établir. Cela rapporte de cinq à sept francs par jour, c’est toujours de l’argent qui rentre à la maison. Comme on dit, « on préfère sa peau à sa chemise. » Son homme de peine était chez lui depuis dix ans ; il l’a remplacé par son grand dadais de cousin. Certes, ce n’est pas pour quarante-cinq sous qu’il lui donnait par jour, il est audessus de cela, mais il avait des défauts,

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Il ne paye pas sa famille ! Oh! non, ce ne sont pas des domestiques; elle mange avec lui, à sa table, il la couche, il rhabille; elle lui coûte les yeux de la tête, quoi! Mais il a le cœur content, il a fait son devoir : cela lui suffit. Il faut bien nous aider entre nous, sans quoi, que deviendrions-nous, grands dieux!

Il m’a toujours dit d’user de son crédit, il se plaint, sans cesse de ce que je ne lui ai rien demandé, il me fait des reproches; dernièrement, enfin, une occasion se présenta, j’eus besoin de ce cher ami; j’allai le trouver, il était au lit.

— Je viens te demander un service.

— Ah ! enfin!... Quel bonheur! je pourrai donc une fois en ma vie être utile à mon vieux camarade. Te souviens-tu du collège Henri IV? Nous étions copins. Je suis encore ce que j’étais dans ce temps-là. Ah ! mon vieil ami, va, je suis tout à toi, je t’écoute; je n’ai pas changé, je suis toujours le môme.

— Tu sais ma position, tu me connais.

— Parbleu! si je te connais, voilà plus de vingt ans. Nous sortions^ ensemble, j’allais passer les vacances chez tes parents, à la campagne; et quelles bonnes parties nous faisions dans la rivière ! Ah! nous nous amusions bien, t’en souviens-tu?

— Oui, oui, je viens te prier de me prêter cent francs; avec cela, je...

— Ah! mon petit, je l’arrête ici; ce n’est pas pour te refuser, parbleu! Qu’est-ce que ça peut me faire, cent francs? Je suis très-riche, tu le sais bien; mais c’est un principe, je ne prête jamais d’argent. Je ne dis pas cela pour toi, sois-en bien persuadé, au moins; cherche, demande à tous mes amis, tu ne me trouveras pas en défaut : je ne prête jamais d’argent. Tiens, tu connais bien le père Cottin? tu sais qu’il a été trente

ans commis et teneur de livres dans notre maison ; tu sais combien mon père l’aimait ; il nous a fait gagner plus de deux cent mille francs ; il vient dîner ici deux fois par semaine. Dernièrement, son fils avait trouvé un emploi très-lucratif; le père vint: il fallait six mille francs. Ce n’était même pas un emprunt, c’était pour faire un cautionnement placé sur l’État; eh bien 1 je lui ai refusé : le jeune homme n’a pas eu sa place, c’est un avenir manqué; mais, que veux-tu? c’est un principe, je ne prête jamais d’argent. Pour tout au monde je ne dévierais pas de ma ligne de conduite. J’ai du caractère, et je comprends Robespierre disant : « Périssent les colonies plutôt qu’un principe! » 11 faut être comme cela. Le monde appartient aux esprits fermes, a dit je ne sais qui; il avait raison.

— AhI c’est différent, je ne savais pas; je vais chercher ailleurs un esprit moins arrêté.

— Tiens, à propos, je me suis encore laissé emporter par mon cœur et mon envie de bien faire; je me suis chargé du placement de ces billets. C’est un bal par souscription qui se donnera samedi prochain à la Villette, au bénéfice du rachat de l’œuvre des jeunes nègres du haut Congo. Tu danses, toi ; moi, je ne pourrai pas y aller; tu penses bien que je ne conduirai pas ma femme dans un tel lieu. Entre nous, je crois que la société y sera très-mêlée; mais, qu’est-ce que ça te fait, tu es garçon?

— Ma foi, je suis désolé de te refuser encore cette corvée, mais je ne pourrai m’y trouver encore ce jourlà : je serai à Clichy.

— Pauvre garçon! tant pis; mais j’irai te voir; tu me feras des dessins pour nos loteries, encouragements aux éleveurs de souris blanches pour les ramoneurs.

Tel est le caractère de ce grand cœur d’or, dont

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j’ai l’honneur d’ôfre l’ami. Si j’ai fait son portrait, c’est que je suis un peu comme le paysan d’Athènes, qui était fatigué d’entendre toujours appeler Aristide le juste. Mon excellent ami a tant et tant dit, répété, corné aux oreilles de tout le monde, qu’il est un grand philanthrope, un diminutif de saint Vincent de Paul, un Wilberforce au petit pied , un petit Manteau bleu modeste, qu’on a fini par le croire. Je ne sais pas même si, dans son quartier, on ne lui attribue pas la loi Grarnmont. te qu’il y a de certain, c’est qu’on ne p.arle jamais de lui sans ajouter cette phrase : « Il est impitoyable pour ceux qui lui doivent ; il est si honnête, il paye si bien ses billets à échéance! 11 a fait tenir Jean deux ans à tlichy; c’est pour une de ses créances que le pauvre Pierre a été vendu; il s’est brûlé la cervelle. Jacques lui avait fait un billet, il n’a pas payé; il l’a fait déclarer en faillite, malgré les larmes de sa femme et de ses enfants. Que voulez-vous? c’est un commerçant de vieille roche; il a conservé les principes de la vieille probité de nos pères. » Cependant, c’est un bien brave homme, un cœur d’or, qui pleure en voyant un pauvre. Il passe sa vie à visiter les prisons et les hûpitaux ; personne ne s’avise, jamais de demander s’il y console tous ceux qu’il y a envoyés. Il n’est pas jusqu’à sa malheureuse jeune femme qu’il tient dans un état réel de séquestration derrière un comptoir, que cet homme vertueux, ce travailleur infatigable, ne soit parvenu à tromper. Elle croit à son mari , elle le câline, elle le prie instamment de ménager sa santé, de ne pas se donner tant de mal, de travailler un peu moins, et surtout de ne pas tant se tourmenter du sort des pauvres, qui sont bien à plaindre, mais qu’heureusement ils sont en état d’aider de leur fortune; elle le conjure, connais-

sant sa générosité, de ne pas se laisser trop entraîner par son bon coeur.

Quant à lui, il est de bonne foi; il accepte sérieusement ces tendres reproches; il croit que tout ce qu’il conte lui est arrivé. 11 fait vendre les meubles d’un pauvre ménage qui ne peut lui payer un terme de trente francs, et il prend deux billets de loterie d’un franc à une loterie autorisée pour la fondation d’une maison de refuge pour la vieillesse. Nous-mêmes, nous ne savons pas si c’est un fourbe impudent, ou si, à force de tromper les autres, il n’a pas fini par se prendre au sérieux et se croire philanthrope, obligeant et travailleur. C’est encore une énigme pour nous. Il est peut-être comme ces gens qui, à force de répéter le môme mensonge, se persuadent qu’ils disent la vérité. Sans cela, ce serait le monstre le plus hideux qui ait été. Tartufe ne serait qu’un polisson auprès de lui.

En tout cas, je lui souhaite un prix Montyon, il l’accepterait, et ce serait peut-être une excellente occasion pour lui faire prouver son excellent cœur.

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